Deuxième partie

Charles appelle monsieur Fabien Douglas à la barre. Un homme basané aux cheveux poivre et sel s'avance lentement vers l'avant. Il décline son identité et précise qu'il travaille comme programmeur pour la compagnie Pemberley Inc. Charles Bingley lui demande ensuite d'expliquer à tous comment fonctionne le logiciel de comptabilité qu'il a développé à la demande de son employeur.

-Donc, si nous avons tous bien compris, ce logiciel calcule avec précision la paye de chaque employé et prévoit les versements à faire selon les termes de chaque contrat, c'est bien ça?

-Oui… c'est bien ainsi que ça fonctionne!

-Monsieur Douglas, vous êtes un excellent programmeur, il n'y a pas de doute… Nous en sommes tous certains. Le logiciel que vous avez développé pour la compagnie Pemberley Inc. n'échappe pas à cette règle… ajoute l'avocat volontairement flatteur.

-Merci. Je travaille très méticuleusement.

-Dites-moi, est-il vrai que vous avez également développé le logiciel Architek qui est actuellement utilisé par le milieu de la santé pour entrer les diagnostiques dans le dossier des patients?

-Oui… c'est exact.

-Bien… très bien… et celui qui gère les biens de l'État… je parle du logiciel de traitement des impôts fonciers, c'est de vous aussi?

-Oui… c'était de moi…

-Pourtant, les deux derniers logiciels dont nous venons de parler ont du être reprogrammés à cause d'un mauvais fonctionnement… N'y avez-vous pas retrouvé des erreurs et des paramètres inexacts?

-Oui, en effet, vous avez raison… Mais vous savez, ils avaient tous les deux été développés à partir d'un langage informatique qui s'est révélé moins performant que ceux qu'on utilise aujourd'hui.

-Si ma mémoire est bonne, vous aviez pourtant affirmé alors qu'ils étaient parfaits et ne pouvaient pas faire d'erreurs! Reconnaissez-vous avoir dit cela?

-Oui… vous avez encore raison!

-N'est-il pas probable alors que d'ici quelques temps, nous soyons en mesure de réaliser que le logiciel de comptabilité que vous avez développé pour William Darcy peut lui aussi commettre des erreurs?

-Je ne crois pas… non.

-Vous affirmiez pourtant la même chose de vos deux autres produits…

-Oui… Bon bien! Effectivement… ce n'est pas exclu!

-Merci monsieur Douglas… J'en ai terminé avec le témoin monsieur le Juge.

Le Juge Colins invite alors la partie défenderesse à venir interroger le même témoin.

-Monsieur Douglas, parlons de votre logiciel. La fraude dont la compagnie Pemberley Inc. a été victime, le détournement de fonds… a-t-il été détecté par votre logiciel?

-Oui, c'est en consultant le rapport d'anomalies que nous avons pu observer que le salaire de monsieur Wickham avait été augmenté de manière significative.

-Quelles sont les personnes qui accès à votre logiciel? Je veux dire ceux et celles qui peuvent modifier les informations entrées dans celui-ci?

-Personne ne peut le faire sans l'autorisation du directeur de finances.

-Et quel est le nom du directeur des finances chez Pemberley Inc.?

-Il s'agit de monsieur William Darcy.

Fière de son effet, Élizabeth se tourne vers le jeune homme en question voulant justement que tous suivent son regard. Elle est étonnée de constater que celui-ci affiche un air imperturbable. Revenant vers le témoin, Élizabeth lui demande alors :

-Quelqu'un peut-il réaliser des changements sans autorisation?

-Impossible! Personne n'a accès au logiciel à part moi et monsieur Fitzwilliam Darcy et ni l'un ni l'autre nous ne pouvons agir sans en avoir reçu l'ordre du directeur des finances…

-Qui est monsieur William Darcy c'est bien ça?

-Oui… affirmatif.

-Et ces fameuses directives que vous recevez du directeur des finances, vous parviennent-elles par écrit?

-Non… il s'agit toujours d'ordres directs… donnés de vive voix.

-Et j'imagine qu'il ne vous a jamais appelé pour vous demander d'augmenter les traites de monsieur George Wickham?

-Non… jamais.

-Dites-moi maintenant monsieur Douglas, votre logiciel de comptabilité a-t-il déjà fait des erreurs?

-Non, jamais.

-Donc, si je résume bien vos propos, monsieur Wickham, George de son prénom, ne pouvait pas techniquement être en mesure de modifier la programmation de votre logiciel en sa faveur?

-Je ne vois vraiment pas comment!

-OUI ou NON monsieur Douglas? Insiste Élizabeth avec fermeté.

-NON.

-Très bien, monsieur le juge… j'en ai terminé avec ce témoin.

Le Juge Colins demande ensuite à la partie accusatrice si celle-ci souhaite poser d'autres questions au témoin. Devant la réponse négative de Charles Bingley, le Juge lui demande de faire venir leur second témoin à la barre.

-Nous souhaitons appeler monsieur Fitzwilliam Darcy à la barre.

Lorsque celui-ci se lève pour se rendre à l'avant de la salle, William Darcy en profite pour se pencher et glisser quelques mots à l'oreille de son avocat. Les deux hommes terminent leur petite discussion à voix basse au moment où Fitzwilliam décline son identité et explique en quoi consiste son travail pour la compagnie.

Charles Bingley prend tout son temps pour se rendre devant. Il marche avec assurance, sans pour autant aller très vite. Arrivé devant la barre, il salue le témoin d'un signe de tête et lui demande : Pour le bénéfice de tous, pouvez-vous décrire vos liens familiaux et d'affaires avec la compagnie Pemberley Inc.

-Je suis devenu l'associé de William il y trois ans seulement. Nous sommes cousins et nous partageons également la tutelle de sa sœur cadette Georgianna. Je suis directeur du volet «recherche et développement», ce qui revient à dire que je voyage énormément et que je suis rarement présent lors des réunions du conseil d'administration.

-Comment décririez-vous vos liens avec l'accusé?

-Je n'ai aucun lien avec lui… Avant aujourd'hui, je n'avais même jamais vu monsieur Wickham.

-Mais vous aviez entendu parler de lui?

-Oui… mais ça ne fait pas longtemps.

-Qui vous en a parlé?

-Deux sources différentes! La première fois que j'ai entendu son nom, j'étais en voyage! Je rencontre souvent des gens de compagnies adverses avec qui je dois discuter affaire. C'est lors d'une discussion de cet ordre que j'ai eu vent d'un investissement majeur qu'avait réalisé un dénommé George Wickham dans une compagnie concurrente.

-Pouvez-vous révéler le montant investi par monsieur Wickham?

-On m'a parlé d'un million six-cent mille dollars.

-Et vos sources sont fiables?

-Suffisamment pour que je pousse plus loin mon enquête.

-Votre enquête à donné quoi?

-Mon informateur m'a remis une lettre dans laquelle un compte suisse est mentionné de même que le montant dont je vous ai déjà parlé.

Charles va porter la lettre que vient de lui donner Fitzwilliam au Juge Colins afin qu'il l'examine à son tour.

-Très bien… mais vous avez mentionné que vous aviez deux sources tout à l'heure… pouvez-vous nous parler de la seconde?

-Oui, il s'agit d'une femme que je ne peux pas nommer et qui aurait été malmenée par ce monsieur…

-Auriez-vous l'amabilité de spécifier ce que vous entendez par malmenée?

-Oui,…. Il s'agirait ni plus ni moins que d'un viol… en bonne et due forme…

-La jeune femme en question n'a pas porté plainte?

-Non… elle était mineure à l'époque…

Momentanément distraite par la greffière qui était venue lui porter la lettre à son tour, Élizabeth se lève et s'écrie : Objection monsieur le Juge! L'accusation qui pèse contre mon client n'a rien à voir avec son comportement avec les femmes… et d'ailleurs… l'information est irrecevable, parce que non vérifiable…

-La jeune femme en question n'a pas porté plainte et n'a pas l'intention de le faire? Demande le Juge Colins au témoin.

-Non, votre honneur.

-Objection retenue! Le Juge s'adresse alors à l'assemblée : Veuillez ne pas tenir compte de la deuxième source d'information mentionnée par le témoin.

-Très bien… Merci monsieur Darcy. Maître Bennet, le témoin est à vous.

Élizabeth dépose lentement la lettre devant elle sur la table, se lève puis s'approche de Fitzwilliam.

-Monsieur Darcy. Vous dites que vous voyagez beaucoup?

-Oui! À vrai dire, je suis rarement chez moi.

-Pouvez-vous me dire pour quelle raison vous avez été surpris par la somme investie par monsieur Wickham dans l'autre compagnie?

-Il s'agit d'une grosse somme, non!

-C'est sûr… pour le commun des mortels… c'est vraiment une grosse somme! Vous n'êtes que deux ici d'ailleurs à voir passer des montants pareils dans vos comptes de banque et à trouver ça normal! Ajoute-t-elle sarcastique.

Toute la salle se met à rire. William ne voit rien d'amusant dans cette remarque et commence à s'agiter sur sa chaise. Charles lui fait signe de se calmer.

-Ce que je voudrais bien comprendre, monsieur Darcy, c'est pourquoi le montant investit par monsieur Wickham a retenu votre attention, alors que vous voyez passer des sommes s'apparentant à celles-là quotidiennement lorsque vous effectuez des transactions commerciales?

-Tout simplement parce qu'il s'agissait d'un employé de la Pemberley Inc.!

-Vous nous avez affirmé tout à l'heure que vous ne connaissiez pas monsieur Wickham, n'est-ce pas?

-C'est vrai!

-D'ailleurs, dans la lettre que j'ai ici sous les yeux, je ne vois rien non plus qui indique clairement que l'investisseur est un employé de la Pemberley Inc. Alors, pouvez-vous nous expliquer comment vous l'avez deviné?

-Mon cousin m'informait quotidiennement des problèmes qu'il rencontrait avec certains de ces employés.

-Si votre cousin ne vous avait pas parlé de George, auriez-vous jugé cette transaction anormale?

-Il s'agit tout de même de gros montant…

-Seulement si on sait quels sont les moyens financiers de l'acquéreur? Autrement… cette transaction n'est en rien différente de ce que vous voyez habituellement?

-Vous avez raison!

-Vous me confirmez donc que vous saviez que votre cousin le surveillait?

-Oui, je savais que mon cousin se méfiait de lui…

-Très bien… merci monsieur Darcy.

Charles refusant à nouveau de revenir sur certaines questions avec le témoin, le Juge Colins s'adresse à tous pour annoncer que le procès ne reprendrait que le lendemain matin vers 10h00.

Sans attendre que le Juge ait quitté la salle, le client d'Élizabeth se lève et vient lui serrer la main avec vigueur. Celle-ci lui jette un regard désobligeant afin de lui faire comprendre qu'il est beaucoup trop tôt pour paraître content de quoi que ce soit. Jane vient aider sa sœur à ramasser ses documents.

De l'autre côté, Charles salue brièvement les deux jeunes femmes, ramasse ses affaires et invite William et son petit groupe et le suivre dans son bureau.

Une fois bien installé devant la seule fenêtre du bureau de maître Bingley, Fitzwilliam Darcy est le premier à prendre la parole, tant il est encore sous l'impression d'avoir échappé de peu à la catastrophe.

-Wow!… cette avocate est vraiment bien préparée! J'avais l'impression d'être pris dans un tourbillon… Elle a contrôlé ce que j'ai dit de A à Z.

-Je te l'avais dit William… nous avons affaire à forte partie… Pourtant… nous avons accumulé des points nous aussi.

-Je crois que vous êtes à égalité pour l'instant. Enfin, c'est mon impression. Ajouta Caroline en s'approchant de William pour lui masser les épaules.

-William… je suis totalement désolé d'avoir osé parler de Georgianna! Ça m'a échappé.

-Heureusement que tu ne l'as pas nommée… La dernière chose que je veux c'est de la voir citée à comparaître.

-William, il te faudra peut-être reconsidérer cette option aussi. Je n'aime pas la tournure que prend la défense. Contrairement à vous deux… je ne suis pas aussi optimiste. N'oubliez pas que selon la loi, la neutralité est un point en faveur de la défense…

-S'il faut perdre… je perdrai… Mais Georgianna ne doit pas être mêlée au procès. Ajoute William sur un ton sans réplique.

Le silence suit cette déclaration. Charles termine de classer et ramasser ses affaires en les mettant dans sa mallette. Ayant délaissé les épaules de William suite à un mouvement d'impatience de sa part, Caroline va se placer derrière son frère qu'elle surveille d'un peu trop près.

-Charles, tu veux bien te dépêcher! On dirait que tu as oublié qu'on doit assister au bal masqué que donne le débuté de mon quartier dans moins d'une heure.

-Oh non! Je ne l'avais pas oublié! D'ailleurs, n'essaie même pas, je ne te dirai pas en quoi je serai déguisé.

-Alors je ne te dirai rien non plus! Réplique Caroline boudeuse.

-Louisa t'a-t-elle dit si elle avait pouvoir venir?

-Oui, elle sera là, mais aux dernières nouvelles par contre, elle n'a pas trouvé de cavalier. Son mari est à New York cette semaine!

-Moi, j'ai un rendez-vous important autrement, ça m'aurait intéressé! Ajouta Fitzwilliam. J'ai toujours aimé les bals masqués!

-Et toi William? Tu ne serais pas tenté? Tu aurais enfin l'occasion de faire de belles rencontres…

-Louisa sera certainement heureuse que tu viennes? Lui fait remarquer Caroline.

-Je ne sais pas…

-Les invités proviennent de tous les milieux, il y aura des avocats, des auteurs, des acteurs et même des hommes d'affaire comme toi! Allez Will, pour une fois, laisse-toi tenter?

-Bon, très bien… je veux bien y aller. Mais je n'ai pas de costume!

-Tu n'auras qu'à porter celui que devait mettre Carl, le mari de Louisa… Il a loué un costume de noble vénitien. Le prévient Charles avec un grand sourire.

-Oh, mais pendant que j'y pense, ce soir, tu devras te présenter comme monsieur Carl Gendron. Le carton d'invitation est à son nom. Lui précise Caroline fière d'y avoir pensé.

Lorsqu'Élizabeth et Jane font leur entrée dans la magnifique salle de réception de l'hôtel Reine-Élizabeth, elles sont toutes les deux costumées de manière si surprenante que plusieurs têtes masquées se tournent vers elles avec intérêt. Jane est habillée en femme-chat alors que sa sœur porte une version féminine de l'aventurier Zorro. Toutes deux vêtues de noir avec des vêtements qui leur collent à la peau, il n'en fallait pas plus pour faire parler les gens et leur valoir des regards incendiaires de la part de la gente féminine.

Elles remettent leur carte d'invitation au portier qui leur donne à chacune un numéro correspondant à leur place à table. Jane a reçu le numéro 90 alors qu'Élizabeth s'est vu confier le numéro 17. Aussitôt entrées dans la salle, elles se séparent pour partir à la recherche de leurs places respectives. Jane trouve la sienne la première et s'assied à côté d'une femme habillée en fleur de lotus et d'un gitan. Élizabeth quant à elle éprouve quelques difficultés à repérer la sienne. Lorsqu'elle réalise qu'il n'y a aucune logique dans l'emplacement des tables, elle retourne vers le portier espérant pouvoir obtenir son aide.

Un homme portant un costume éblouissant et un masque de noble vénitien lui adresse alors la parole et lui propose de se joindre à elle pour les recherches puisqu'il possède lui-même le numéro 18. Soulagée Élizabeth accepte et pose son bras sur le sien. Comme leur table est située totalement à l'arrière près de la scène, ils prennent un certain temps avant de s'y rendre. Enfin arrivés, le vénitien la conduit galamment jusqu'à sa chaise.

-J'aurais été plus efficace avec une gondole.

-Et moi à cheval!

Après avoir échangé un sourire complice, ils baissent les yeux vers le menu qui se trouvent devant eux et ramassent l'ordre du jour de la soirée afin de savoir à quoi s'attendre.

-Moi qui croyais que nous devions rester masqués toute la soirée… Lui souffle le vénitien après avoir lu le premier paragraphe.

-Ce n'est pas le cas?

-Non regardez dans la liste, vers 19h00, il est écrit que des jeux seront organisés dans le but de permettre aux invités de se démasquer.

-Zorro a toujours refusé de se dévoiler.

-Il dévoile son corps – qui est très attrayant - mais garde son masque… Hum, assez singulier.

-Et vous? Qu'avez-vous à perdre en vous démasquant… votre titre de noblesse?

-Ma noblesse vient de mon cœur, pas de mon masque.

-On voit que vous avez l'habitude de la cour.

-On voit que vous aimez qu'on vous la fasse.

Élizabeth ne peut s'empêcher de rire.

-Je me retrouve en terrain dangereux.

-Je croyais que Zorro aimait le danger justement.

-Seulement lorsqu'il connaît son ennemi…

-Que voulez-vous savoir de moi?

-Commençons par choisir notre menu… ça me semble plus approprié, pour l'instant!

-Je veux bien vous laisser conduire la gondole! Mais ce ne sera pas pour longtemps. J'aime mener le jeu…

-Vous devez être un homme d'affaire alors… du genre PDG d'une grosse entreprise?

-Je serai ce que vous voudrez…

-Concentrez-vous donc sur votre menu, vous aurez l'air moins fou lorsqu'on viendra prendre notre commande.,

Un placier arrive vers eux en compagnie de quatre autres personnes. Élizabeth les salue d'un signe de tête en soulevant son chapeau. Il y a un pirate, un joueur de football, une religieuse et même une momie. Ceux-ci saluent gentiment Zorro et le noble vénitien et commencent par jeter un œil sur l'ordre du jour. Le serveur arrive quelques minutes plus tard et repart avec les commandes de chacun des invités.

Une fois les plats principaux servis, le maître de cérémonie se présente et commence à donner des explications sur le déroulement de la soirée. Il demande aux gens de former des équipes de deux à partir de ceux qui sont à leur table. Tous ceux qui se retrouvent seuls à cause de l'absence ou du retard d'un des convives sont invités à venir s'asseoir à une nouvelle table afin de permettre à tous d'être en équipe. Élizabeth regarde ceux et celles qui l'entourent lorsque son regard croise les yeux du pirate qui ne cesse de la dévisager. Une main se pose alors sur son épaule l'obligeant à se retourner. Les yeux sombres du vénitien la fixent avec intensité.

-Un pirate? N'y pensez même pas! Je suis de loin le plus dangereux pour vous ici.

-Entre une gondole et un navire pirate… mon cœur balance!

Le maître de cérémonie reprend la parole un peu plus tard pour expliquer les règles du jeu. Il informe les participants qu'à la fin de chaque épreuve, des équipes seront éliminées jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'une. Il explique également que les équipes perdantes devront se rendre à l'avant afin de retirer leur masque. Une fois que le silence revient dans la salle, le maître de cérémonie présente la première épreuve.

-Il s'agit d'une énigme : Vous n'avez qu'à inscrire la réponse sur la petite feuille que vous avez devant vous sur la table. Voici votre énigme : Qui suis-je? Je suis une dame rouge dans un palais de demoiselles blanches.

Zorro et le noble vénitien réfléchissent silencieusement d'abord puis se tournent l'un vers l'autre pour en discuter. Le noble tente une première réponse : Un tapis rouge?

-Non… Une rose rouge dans un vase?

-Non! Attendez… qu'est-ce qui est rouge? Du sang? La colère…

-Oh, je crois que je le sais…

-Quoi?

Sans lui répondre, Élizabeth lui tire la langue.

-La langue? Mais pourquoi la langue? Lui demande le vénitien incrédule.

-Les dents sont des demoiselles blanches… et on parle d'un palais… Elle lève son doigt vers le haut, pointant l'intérieur de sa bouche.

-Je suis d'accord pour qu'on essaie ça! Répond le vénitien tout sourire.

Élizabeth note la réponse sur la feuille qu'ils ont reçue.

Sachant qu'un correcteur va circuler d'une table à l'autre pour vérifier les réponses des équipes, les invités se remettent à manger.

Lorsque le responsable de la correction se présente à leur table, il ramasse l'ensemble des feuilles puis les ayant corrigées, il revient remettre une clé au duo Zorro-Vénitien.

Quelques minutes plus tard, l'animateur revient ensuite informer les participants que seulement sept équipes sur une possibilité de 68 se sont vues remettre la clé qui allait le permettre de continuer à jouer.

Pendant le dessert, l'animateur s'assure que toutes les équipes éliminées viennent devant pour se présenter et retirer leur masque. Lorsque Jane et son partenaire le gitan retirent le leurs, le vénitien a un mouvement de recul qui surprend Élizabeth.

-Qu'est-ce qu'il y a?

-Je connais cette femme là!

-Elle est belle n'est-ce pas? Lui demande Élizabeth curieuse de savoir ce qu'il va penser de sa sœur.

-Oui… elle a un beau visage… mais vous me semblez posséder plus d'atouts qu'elle…

-Et ils sont… L'interroge Élizabeth volontairement séductrice.

Tout en lui passant la main dans le cou de manière à lui donner le frisson, le vénitien lui répond : Vous êtes plus intelligente…

Ne trouvant rien à répondre de spirituel, Élizabeth dirige son attention vers l'avant où les perdants continuent de sa démasquer à une vitesse impressionnante. De plus en plus troublée par le regard sombre et mystérieux de son admirateur, Élizabeth constate que son bras est maintenant posé sur le dossier de sa chaise de manière possessive. Le cœur battant et les lèvres sèches, Élizabeth tente de s'intéresser aux gens qui regagnent leur place sans leur masque. C'est alors qu'elle reconnaît la jeune femme qui était assise derrière le directeur de la compagnie Pemberley Inc. durant le procès. L'idée que William Darcy puisse être là lui aussi se met à germer en elle jusqu'à ce qu'elle se sente complètement rassurée par le fait que dans l'entourage de la femme en question, personne n'avait la stature du directeur. Deux hommes seulement étaient encore masqués à sa table, le premier était trop petit alors que le second, avait la peau noire.

Une fois tous les perdants identifiés, l'animateur reprend la parole pour présenter le second jeu de la soirée. Il fait venir sur scène six hommes vêtus de blanc et dont les mains sont couvertes de peinture bleue. Il informe les équipes masquées que ces hommes aux mains bleues se promèneront dans la salle en pleine noirceur et toucheront les invités qu'ils arriveront à saisir. Une fois que les lumières se rallumeront. Tous ceux qui auront des tâches bleues sur leur vêtement seront éliminés. La difficulté étant de trouver des cachettes valables ou d'arriver à éviter les mains bleues.

-Où pourrions-nous nous cacher?

-Je ne sais pas…

Avant que les lumières se ferment, Élizabeth et le vénitien regardent partout autour d'eux à la recherche d'un bon endroit.

-Je vois des rideaux, des tables, des chaises.

-Il faudrait réussir à se rendre au fond de la salle, dans les cuisines.

Les lumières se ferment à l'instant même où le vénitien venait d'apercevoir cinq immenses malles qui devaient servir à contenir des éléments de costume ou des accessoires. Déterminé à entraîner sa partenaire vers l'une de ses malles, le vénitien serre solidement la main à Zorro et la guide en avançant doucement. Croyant être arrivé devant la scène, le vénitien se penche et cherche une malle à l'aide de ses mains. Zorro se heurte contre lui. Le vénitien se retourne et la prend contre lui pour l'empêcher de tomber. Il en profite pour lui glisser à l'oreille qu'il va essayer d'utiliser la clé qu'on leur avait remise plus tôt pour essayer d'ouvrir une malle. Sans lui répondre, Élizabeth se penche et se met immédiatement à tâter la première malle à la recherche de la serrure. Elle guide la main du vénitien lorsqu'elle croit avoir trouvé la pièce recherchée. La clé ne parvient pas à l'ouvrir. Le vénitien conduit Zorro jusqu'à la seconde malle. Des cris de panique se font entendre juste à côté d'eux. Élizabeth trouve finalement la serrure et guide la main du vénitien pour la seconde fois. Cette fois, la chance est avec eux, la malle s'ouvre. Tant bien que mal, les deux arrivent à se glisser à l'intérieur. Seulement, tant qu'ils ne sont pas couchés bien serrés l'un contre l'autre, la malle refuse de se refermer. Élizabeth ne peut se retenir d'éprouver un grand plaisir à être ainsi allongée contre le noble vénitien. Des bruits de panique et des cris d'horreur leur parviennent tout de même de l'extérieur.

-Croyez-vous qu'ils vont ouvrir la lumière très bientôt? Ose finalement demander Élizabeth à son partenaire en parlant très bas.

-Je ne suis pas pressé…

-Non, mais vous devez avouer que nous sommes compressés!

-Je trouve ça très plaisant…

-Le danger vous stimule donc aussi…

-Je dirais plutôt, le fait d'être contre vous…

La malle bouge violemment comme si une personne était tombée à la renverse en la heurtant. Élizabeth se retrouve le visage collé contre le masque du vénitien.

-Pardon! S'excuse-t-elle aussitôt.

-Je bénis plutôt cet incident…

Comme son masque le lui permet puisqu'il se termine juste au-dessus de sa bouche, le vénitien pose alors ses lèvres sur celle de la jeune fille. Il les retire aussitôt. Voyant qu'elle ne proteste pas, il se rapproche à nouveau et pose une seconde fois ses lèvres contre les siennes. Sans participer activement à son baiser, la jeune fille ne le repousse pas. Le vénitien accentue la pression sur la bouche de Zorro et attend sagement qu'elle finisse par répondre. Le vénitien retire ses lèvres pour la seconde fois, attend quelques secondes, puis constatant que c'est la jeune fille elle même qui vient poser ses lèvres sur les siennes, il gémit doucement et la force à entrouvrir les lèvres. La réponse de la jeune fille est encourageante. Le vénitien utilise son bras libre pour la rapprocher de lui encore plus. Soudain, la magie est brisée par le bruit produit par une trompette. La voix de l'animateur leur provient alors à l'extérieur. Il incite les participants à sortir de leur cachette et à se montrer afin qu'ils puissent tous êtres examinés.

Élizabeth et son partenaire ouvrent le couvercle du coffre et sortent de la malle en recevant l'aide d'un serveur.

Dans la salle, les invités sont presque tous couverts de bleus. À la fin de l'examen général, trois équipes sont revenues sans tâches. L'une d'elle était cachée sous une table, une autre était allée dans la cuisine et la dernière, l'équipe Zorro-Vénitien, s'en était tirée grâce à la clé.

Les six gagnants sont alors invités à se rendre à l'avant pour se faire expliquer la nature de la dernière épreuve. Ils reçoivent une liste sur laquelle se retrouvent les noms de tous les invités de la soirée ainsi qu'une petite description pouvant leur permettre d'identifier ceux-ci. Leur dernière mission consiste donc à identifier avec exactitude les six personnes encore masquées. L'animateur leur donne le signal du départ à la suite de quoi, il invite toutes les nouvelles équipes perdantes à venir se démasquer à leur tour.

Élizabeth et son noble vénitien suivent attentivement le dévoilement des perdants et rayent scrupuleusement les noms sur leur liste respective. Élizabeth est étonnée de voir que Charles Bingley, son collègue avocat est présent. Lorsqu'il dévoile son identité, Élizabeth voit Jane le regarder et lui faire signe. Celui-ci quitte la scène pour aller directement vers elle. Ayant ajouté aux nouveaux perdants les noms des perdants de l'autre étape, Élizabeth jette un coup d'œil sur les noms des invités qui restent.

Reprise par la peur qu'elle avait éprouvée un peu plus tôt à la pensée que William Darcy puisse être là, Élizabeth s'empresse de lire les noms qui restent sur sa liste et constate avec soulagement que son nom n'y apparaît pas.

Une fois qu'il ne reste réellement que les six derniers masques, l'animateur revient expliquer à ceux-ci qu'ils peuvent circuler, questionner et même soudoyer tous les autres participants dans le but de démasquer les derniers.

-Je préférais de beaucoup le confort de la malle…

-Vous n'êtes pas à l'aise en société?

-C'est vrai que je suis plutôt timide et réservé lorsque je ne porte pas mon masque…

-Hum! Vous ne pouvez donc pas être Jonathan Marcel, le comédien. Ajoute Élizabeth en rayant ce nom sur sa liste.

-Vous procédez par élimination… Seriez-vous Julie Desbien… recherchiste?

-Vous n'êtes plus que deux après le comédien… un pompier et un graphiste.

-Je ne parlerai qu'en présence de mon avocat!

Élizabeth se met à rire, à cause du terme que le vénitien vient d'employer sans le savoir. Elle ajoute aussitôt de peur qu'il ne devine que c'est elle l'avocate : Que préférez vous tenir dans vos mains, un boyau ou un stylo? Allez dites-le moi? Après tout, nous devons travailler en équipe.

-Et vous… qui êtes-vous? Êtes-vous Judith la fleuriste? Charlotte l'auteure? Ou bien Élizabeth l'avocate?

Réalisant tout à coup que Zorro ne peut être personne d'autre qu'Élizabeth Bennet, William sent que son cœur va lui sortir de la poitrine. Détournant le regard un instant, il reprend sa contenance ne voulant en aucun cas qu'elle puisse percevoir sa déception d'autant plus qu'il n'était pas certain d'en connaître la nature. Autant Zorro l'attirait, autant l'avocate ne lui avait pas été sympathique. Non pas qu'elle soit laide ou repoussante, il l'avait même trouvée vraiment attirante à première vue, mais leur conversation avant le procès lui avait laissé un goût amer. Lorsqu'elle avait évoqué que la beauté de sa sœur lui faisait de l'ombre, tout ce qu'il avait voulu faire, c'était de répéter ce qu'elle venait de dire comme il le faisait si souvent avec Georgianna. Mais elle avait pris la mouche et n'avait pas attendu son explication.

William est encore perdu dans les méandres dans cette complexe et longue réflexion, lorsque sa voisine le tire de sa rêverie en s'adressant directement à lui.

-Puis-je choisir entre les trois? Non attendez, je peux tout de suite vous dire que je ne suis pas fleuriste. La seule qui peut l'être ici est cette belle dame qui porte une robe remplie de pétales.

-J'aimerais beaucoup que vous soyez l'auteure?

-Pourquoi, vous n'aimez pas les avocats?

-Ce sont leurs factures que je n'aime pas.

-Alors… avez-vous fait votre choix?

-Et vous où en êtes-vous?

-J'ai posé la question en premier…

-Je crois définitivement que vous êtes avocate… Vous êtes donc mademoiselle Élizabeth Bennet.

-Et vous, vous êtes le pompier?

-Ah? Et pourquoi?

-Si vous étiez graphiste, vous auriez griffonné sur votre napperon pendant tout le souper.

William éclate de rire. Élizabeth se joint rapidement à lui.

-C'est ce que nous allons inscrire. Vous savez que si nous gagnons, nous serons les seuls à devoir garder nos masques jusqu'à la fin?

-Je ne verrai donc jamais votre beau visage? Demande audacieusement Élizabeth.

-C'est bien plus amusant…

Le maître de cérémonie appelle les six finissants à l'avant et ramasse leurs listes. Après avoir regardé celles-ci attentivement, il en garde quatre et élimine les deux autres. Il demande au graphiste de se dévoiler de même qu'à la fleuriste. Les quatre autres peuvent donc garder leur masque indéfiniment. L'animateur termine le jeu en demandant aux quatre gagnants s'ils veulent garder ou enlever leurs masques. Lorsque son tour arrive, William répond qu'il va garder le sien, Élizabeth l'imite et quitte l'animateur au bras de son vénitien.

-Bravo… chère partenaire, mais vous jouez à un jeu dangereux… j'espère que vous le savez?

-Je vous ai dit que j'aimais le danger.

-Je pourrais bien être un imposteur…

-Un imposteur n'aurait pas pris le temps de se trouver un tel costume… Il est vraiment magnifique au fait. J'aurais aimé vivre à votre époque monsieur le vénitien.

Élizabeth est alors surprise par l'arrivée de Jane à ses côtés.

-Alors, c'est vrai, vous n'allez pas enlever vos masques?

-Non! Surtout pas! C'est plus amusant comme ça.

-Voulez-vous m'excuser toutes les deux? Je voudrais aller m'entretenir avec des amis pendant quelques minutes… Ça vous dérange Élizabeth?

-Non… ça ira, Carl! Répond Élizabeth en utilisant son prénom pour la première fois elle aussi.

Une fois que le vénitien parti, Jane ose enfin demander à sa sœur : Alors, comment est-il?

-Merveilleux… Je suis complètement sous le charme… Oh! Jane… je ne sais vraiment pas quoi faire?

-Laisse-toi aller!

De son côté, William s'arrange pour passer tout près de la table de Charles et pour lui faire signe de le suivre. Il ne veut pas qu'Élizabeth puisse l'associer à lui et aux invités qui l'accompagnent en s'arrêtant directement là.

Une fois qu'ils sont seuls dans le hall d'entrée, Charles tente de se justifier : William! Je te jure que je ne savais pas qu'elle serait ici… C'est Jane qui me l'a dit quant on est arrivés. J'ai bien essayé de trouver un moyen de t'avertir, mais toutes mes tentatives ont échouées. Tu étais trop concentré et ton masque est trop volumineux pour que ta vision soit assez large. Alors, qu'est-ce que tu lui as dit?

-Rien! Elle ignore totalement qui je suis… Elle croit vraiment que je m'appelle Carl Gendron et que je suis pompier.

-Elle a l'air intéressée par lui en tout cas. Si elle venait à apprendre qu'il est marié avec ma sœur Louisa…

-Je crois que je vais m'en aller en douce…

-Si tu fais ça, elle soupçonnera quelque chose! Je connais Élizabeth!

-Je ne veux vraiment pas rester plus longtemps.

-Je pourrais aller rejoindre Jane à votre table. Je connais Élizabeth, il serait normal que j'aille la voir. Elles nous présentera et tu pourras en profiter pour prendre congé.

-C'est trop risqué. Elle pourrait deviner qui je suis!

-Elle a le sens de l'humour William! Si tu enlevais ton masque, je suis certain qu'elle rirait aux éclats!

-Oh, non, elle ne comprendrait plus rien… Charles… nous nous sommes embrassés dans la malle.

-Tu lui as fait des avances? Toi, William Darcy! Ça fait au moins trois ans que ça ne t'es pas arrivé. Elle te plaît alors?

-Non! Oui… mais non voyons!

-Alors, pourquoi le baiser? Tu n'as jamais été un adepte des «one night stand»!

-Je sais!

-Tu veux savoir ce que j'en pense?

-Comme tu veux!

-Je crois que tu es en colère parce que tu es attiré par elle…

-C'est absurde, voyons!

-Pose-toi seulement cette question, si tu avais découvert qu'elle s'appelait Marie Dubois et qu'elle était musicienne, qu'aurais-tu fait?

-Je lui aurais fait la cour…

-Voilà!

-Charles… C'est l'avocate de la partie adverse d'une cause qui me concerne.

-Ouais, c'est effectivement un peu compliqué. Si elle apprend qui tu es, elle est capable de croire que tu cherches à la manipuler.

-Charles, voilà ce que je propose, je vais lui écrire une petite note pour lui expliquer que je dois quitter à cause d'une urgence. Tu iras la remettre au portier. C'est lui qui la lui apportera. Toi, tu iras t'asseoir avec Jane et tu me raconteras la réaction d'Élizabeth à la lecture de mon message.

-Très bien! Je crois que c'est un bon plan. Tu es pompier après tout, tu peux être appelé de toute urgence pour aller éteindre un feu!

-Non, je préfère trouver une autre excuse. Au revoir Charles.

Lorsque la jeune fille reçoit le message de la main du portier, elle l'ouvre avec curiosité et le lit en silence. Charles observe celle-ci comme le lui a demandé son ami. Aussitôt qu'elle a terminé sa lecture, elle range le bout de papier dans son sac noir et se tourne vers sa sœur en grimaçant.

-Une mauvaise nouvelle Lizzie?

-Ouais… Tu parles… mon noble vénitien s'est esquivé avec sa gondole… Un imprévu…

-Il est parti… subitement comme ça?

-Le devoir oblige…

Élizabeth retire alors son masque.

-Zorro… Vous être très zolie!

-Bel effort Charles… mais je crois que je vais rentrer moi aussi… J'ai encore du travail… Demain, les procédures seront difficiles.

-C'est vrai ça… je vais rentrer aussi… Ajoute Jane en se levant derrière sa sœur.

-Alors bonsoir mesdames… Je vais aller à la recherche d'autres belles dames en détresse.

Avant de s'endormir ce soir-là, Élizabeth relit une dernière fois le mot qu'elle a reçu du noble vénitien.

Belle inconnue,

Un imprévu m'oblige à m'éloigner de vous à bord de ma gondole. À tout hasard, Je vous laisse une adresse courriel où vous pourrez me faire parvenir vos doléances.

Bien à vous,

Votre tout dévoué Noble vénitien!

Repliant son message, Élizabeth ferme les yeux ne voyant que le masque vénitien pendant de longues minutes.

Alors qu'en pensez-vous?

Des questions?

Des suggestions?

Miriamme