Chapitre 2

Quand il se gara devant chez sa sœur, celle-ci vint l'accueillir, ravie qu'il se soit enfin décidé à leur rendre visite. Cependant, elle remarqua son visage fermé, triste comme lorsqu'il avait perdu Lisa. Elle l'invita à entrer et lui proposa un café qu'il accepta. Elle vint s'installer avec lui dans le salon et tenta de savoir ce qu'il avait, mais il restait obstinément silencieux. Elle finit par renoncer, se disant que de toute façon, tant qu'il ne l'aurait pas décidé, il ne dirait rien.

Ils discutèrent de choses et d'autres durant une partie de l'après-midi et finalement, il se leva pour prendre congé.

– Ianto, pourquoi ne me dis-tu pas ce que tu as ? demanda sa sœur.

– Ce n'est rien, dit-il.

– À voir ta tête, on ne le dirait pas. Tu as des ennuis au boulot ?

– Non.

– Mais alors, qu'y a-t-il ?

Ianto la regarda, puis soudain éclata en sanglots. Sa sœur le prit dans ses bras et tenta de le réconforter.

– Parle-moi, dis-moi ce qu'il ne va pas !

Le jeune homme continuait de pleurer, de nouveau, ses nerfs lâchaient et il n'arrivait pas à contrôler ses larmes. Au bout de plusieurs longues minutes, il finit par se calmer et il s'échappa des bras de sa sœur. Il la regarda, le visage ravagé.

– Ianto, dis-moi, insista-t-elle.

– À quoi bon, répondit-il.

– Ça pourrait te faire le plus grand bien, il ne faut pas garder tout ça pour toi. Je suis là, tu peux me parler.

– Je dois partir, dit-il précipitamment.

– Non Ianto, tu ne prendras pas la route dans cet état ! Ce n'est même pas la peine d'y penser !

Le jeune homme savait qu'il n'aurait pas le dernier mot. Tant qu'il ne se serait pas confié, elle ne le laisserait pas partir, alors il soupira.

– J'ai démissionné, dit-il doucement.

– Tu as quoi ?

– J'ai démissionné, je ne pouvais plus rester là-bas.

– Mais pourquoi ? Je ne comprends pas, tu semblais te plaire dans ton boulot, en tout cas, c'est ce que tu nous disais.

– Le boulot n'est pas en cause.

– Mais alors, c'est quoi ? insista-t-elle.

– C'est mon patron, lâcha-t-il dans un murmure.

– Que t'as-t-il fait ?

– Rien.

– Alors là je ne comprends pas, dit-elle en le fixant, s'il ne t'a rien fait, pourquoi as-tu démissionné ?

Ianto resta silencieux et sa sœur finit par comprendre, elle le reprit dans ses bras et le serra contre elle.

– C'est pas vrai, tu es amoureux de lui, c'est bien ça ?

Le jeune homme acquiesça et se remit à pleurer. Sa sœur ne connaissait pas son penchant pour les hommes et elle en fut surprise.

– Tu ne m'avais pas dit que tu aimais les hommes, tu es gay ?

– Non, non, je t'assure ! C'est lui, juste lui.

– Tu lui as dit ce que tu ressentais ?

– Non, comment aurais-je pu ?

Ils se séparèrent et la jeune femme le regarda dans les yeux. Elle n'aimait pas voir son frère malheureux, il avait déjà bien assez souffert.

– Tu ne devrais pas t'enfuir ainsi, tu devrais lui en parler, dit-elle.

– Non, c'est trop tard, j'ai obtenu un autre poste à Londres. J'ai pris 15 jours de congés pour pouvoir m'installer.

– Et ton appartement de Cardiff ? demanda-t-elle.

– Je le garde, j'en ai loué dans la City. Il faut que je parte maintenant, les déménageurs doivent avoir terminé, dit-il en embrassant sa sœur sur la joue.

– Tu reviendras nous voir ?

– Oui, bien sûr. À bientôt, dit-il en sortant.

Sa sœur resta sur le seuil de sa maison, le regardant monter dans sa voiture et démarrer. Lorsqu'il eut tourné au coin de la rue, elle referma la porte, réfléchissant à la meilleure façon d'aider son cadet.

Lorsque Ianto arriva à Londres, la nuit tombait. Devant la porte de l'immeuble, il y avait toujours le camion. Le chauffeur attendait son passage afin de lui rendre ses clés et de récupérer son paiement. Ils montèrent pour que le Gallois s'assure que tout était en ordre, puis s'acquitta de la facture et resta seul dans le salon, détaillant cet appartement inconnu qu'il allait maintenant habiter.

Il se dirigea vers la cuisine où les déménageurs avaient déposé sa machine à café et se prépara une boisson. Le front appuyé contre l'appareil, il ferma les yeux, repensant au nombre de fois où le Capitaine était arrivé derrière lui, lui demandant doucement de lui en préparer un. Il lui semblait encore entendre sa voix, il avait mal, il aurait voulu hurler sa douleur et finalement, il ne laissa que ses larmes couler en silence.

Dans la soirée, il sortit pour aller dîner au restaurant. Il n'avait pas eu le temps de faire des provisions et de toute façon, il n'avait aucune envie de cuisiner ce soir. Quand il rentra, il fit rapidement son lit et se coucha après une bonne douche.

Pendant trois jours, il erra sans but précis. Son installation terminée, il avait décidé de visiter Londres. Le temps s'y prêtait et ces longues marches lui firent le plus grand bien. Quand il rentra, à la nuit tombante, il avait décidé d'envoyer sa lettre de démission, inutile d'attendre plus longtemps.

Avant de commencer sa journée, Jack était allé faire un tour dans les rues de Cardiff et ses pas l'avaient menés au bas de l'ancien immeuble de Ianto. Il resta là quelques minutes, fermant les yeux, imaginant le Gallois sortant du bâtiment et venant le rejoindre. Mais quand il les rouvrit, il ne vit que la porte vitrée. Déçu, il poursuivit son chemin pour retourner au Hub.

Quand il passa le sas, Myfanwy cria pour l'accueillir. Il lui lança un morceau de chocolat et elle remonta dans son nid. Il alla dans la cuisine pour se faire un café et regarda tristement la machine que personne n'avait utilisée depuis le départ du Gallois.

Tosh et Owen arrivèrent sur ces entre-faits. Ils le saluèrent et partirent à leurs postes. Rapidement, Jack prépara trois tasses de café et les donna à ses collègues, montant dans son bureau pour boire la sienne.

Pendant quelques minutes, il regarda dans le vide et but une gorgée.

Vivement que Ianto revienne, se dit-il en grimaçant.

Une enveloppe s'afficha sur son écran, lui indiquant qu'un message venait d'arriver. Lorsqu'il vit l'adresse de Ianto, il l'ouvrit, le cœur battant. Même en vacances, le Gallois pensait à leur donner des nouvelles. Ça ne faisait que quatre jours qu'il était parti et il lui manquait déjà beaucoup.

Rapidement, il lut la missive, mais plus il avançait dans sa lecture, plus il pâlissait. Tosh entra à ce moment-là et s'inquiéta de le voir dans cet état.

– Jack, tu te sens bien ? demanda-t-elle en s'approchant.

Le Capitaine la regarda et la fixa comme s'il n'arrivait pas à se souvenir d'elle. Il ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit. Elle fit le tour du bureau et vint près de lui. À ce moment, son regard tomba sur l'écran et elle lut rapidement le message.

– Ce n'est pas vrai, dit-elle, tu ne vas pas le laisser faire !

Jack ne disait toujours rien, il était complètement sonné par la nouvelle. Le Gallois avait démissionné, Ianto venait de l'abandonner. Il ne le verrait plus déambuler dans la base, lui apporter son divin café, il ne pourrait plus fantasmer sur son corps que ses costumes mettaient si bien en valeur. Pourquoi ne lui avait-il rien dit avant qu'il ne soit trop tard ?

Des larmes coulèrent le long de sa joue, allant se perdre sur sa chemise. Tosh le prit dans ses bras, lui murmurant des mots de réconfort. Owen entra à ce moment et se mit à sourire.

– Si je vous gêne, dites-le-moi ! lança-il ironique.

La jeune femme se redressa et lui adressa un regard furieux, passant son pouce sur son cou pour lui signifier de se taire. Le médecin, surpris, tenta de comprendre ce qu'il se passait.

– Tosh, il y a un problème ?

– Ianto a démissionné, répondit-elle, un sanglot dans la voix.

– Quoi ? Mais pourquoi ?

– Il semblerait qu'il ait eu un poste à Londres, fit-elle.

– Il en aurait parlé, tu es sûre de ce que tu dis ?

– Oui, c'est écrit là, dit-elle en montrant l'écran.

À son tour, il s'approcha et lut le message, puis il réfléchit. Rien dans l'attitude de Ianto n'avait laissé supposé qu'il allait les quitter. Cela ne lui ressemblait pas, il devait s'être passé quelque chose qu'il l'avait obligé à prendre cette décision.

– Je vais lui téléphoner, dit Tosh en se reprenant. Il faut que je sache. Je vous tiens au courant, finit-elle en quittant rapidement le bureau.

Elle sortit du bâtiment et appela Ianto de l'extérieur, ainsi, il n'y aurait pas d'oreilles indiscrètes, elle pourrait parler à son ami en toute tranquillité. Elle composa le numéro et attendit. Au bout de deux sonneries, le Gallois décrocha.

– Jones !

– Salut Ianto, c'est Tosh !

– Salut Tosh, comment vas-tu ?

– Ça pourrait aller mieux !

– Comment ça, il y a un problème à Cardiff ? demanda-t-il soudain anxieux.

– Oui et le problème, c'est toi ! Peux-tu me dire ce qu'il t'a pris de démissionner ?

– J'ai eu un autre boulot, dit-il simplement.

– Je t'en prie Ianto, ne me la fais pas ! Je sais que ce n'est pas une histoire de poste. Raconte-moi !

– Qu'est-ce que ça peut faire ?

– Ianto, je suis ton amie, alors parle-moi !

– Ce n'est rien d'important.

– C'est à cause de ta petite amie ? C'est ça ? J'ai entendu que Jack t'en parlait !

– C'est ça, dit-il brusquement, ravi que Tosh ait trouvé la parfaite excuse.

Effectivement, quand Jack l'avait taquiné sur ses maladresses, il avait parlé d'une jeune femme et il n'avait pas nié, c'était une façon comme une autre de lui faire comprendre que l'amour lui faisait perdre la tête.

– Pourquoi ne l'as-tu pas dit ? Ta démission a complètement déstabilisé Jack, il ne s'y attendait pas, nous non plus d'ailleurs. Mais maintenant je comprends mieux. Aurons-nous le plaisir de te voir à nouveau ?

– Je ne sais pas, j'aurai pas mal de travail. Déjà à Torchwood, ce n'était pas facile de se libérer, alors j'imagine que ce sera pareil ici.

– Tu vas travailler pour qui ? Si ce n'est pas indiscret, finit-elle, en espérant que son ami lui répondrait.

– UNIT, ils ont besoin d'un archiviste.

– Mais Ianto, tu es tout sauf un archiviste, voyons, tu es fait pour être sur le terrain !

– Un peu de calme ne me fera pas de mal. Je dois te laisser Tosh, il faut que je finisse de m'installer, dit-il en essayant de ne pas froisser la jeune femme.

– Ok, alors bonne chance et donne-moi de tes nouvelles !

– Bien sûr, au revoir Tosh et merci pour tout, dit-il en raccrochant.

Sur la CCTV, Jack et Owen pouvaient la voir déambuler et parler avec son correspondant, mais n'avaient aucune possibilité de savoir ce qu'ils se disaient. Une fois la communication coupée, elle se tourna vers la caméra et leva le pouce, puis elle retourna dans le bâtiment et descendit rapidement dire aux deux hommes ce qu'elle venait d'apprendre.

Quand elle passa le sas, Owen était accoudé à la rambarde et la regarda monter l'escalier.

– Alors ! s'enquit-il.

– Je sais pourquoi il est parti, répondit-elle.

Jack leva les yeux et la regarda, n'osant pas parler. Elle s'approcha de lui et s'assit sur un siège.

– Voilà ce qu'il m'a dit. L'autre jour, tu l'as taquiné sa maladresse et bien tu avais sans doute raison, Ianto est parti rejoindre la jeune femme de ses pensées, d'après ce qu'il m'a dit et il va travailler comme archiviste chez UNIT.

Le Capitaine lui lança un regard désespéré. Tosh chercha à comprendre sa réaction, mais elle ne trouvait pas le fil conducteur.

– Owen, dit-elle, tu devrais nous laisser, je vais essayer de lui parler.

– Ok, tiens-moi au courant, je n'aime pas quand il est comme ça, répondit-il en sortant.

La jeune femme essaya vainement de le faire parler, mais Jack ne voulait rien dire. Une partie de lui était morte avec le départ de Ianto. Ce n'est que maintenant qu'il se rendait compte de son erreur. Il aurait dû lui avouer bien plus tôt les sentiments qu'il lui portait, mais cela n'aurait sans doute servi à rien, puis qu'il était parti rejoindre une femme.

Au bout du compte, Tosh se dit qu'il valait peut-être mieux le laisser seul. Il était tard, elle descendit prévenir Owen et ils partirent ensemble, laissant le Capitaine dans la base. Après une bonne nuit à réfléchir, il pourrait peut-être s'ouvrir à elle, elle l'espérait en tout cas.

Dans la soirée, Jack parcourut la base sans but précis. Il s'était quand même occupé des pensionnaires et monta finalement sur le toit.

Que dois-je faire ? Il ne reviendra plus, il a démissionné et il est maintenant bien loin de moi. J'ai le cœur brisé, je n'ai plus goût à rien. Sa prestance, sa présence, ses costumes si seyants, cet air mutin qui le rend si attirant, comment n'avoir pas vu plus tôt tout ce qu'il était ? Lorsque j'ai dû tuer Lisa, j'ai vu à quel point il l'aimait et j'en ai été jaloux. Pour elle, il a été jusqu'à me trahir et maintenant, mes pensées sont sans cesse tournées vers lui. Que dois-je faire ?

Jack, perché sur les poutrelles du bâtiment, laissait son regard embrasser la ville qui s'étendait à ses pieds. Bien loin au-delà des limites visibles, il y avait Londres et cet homme qui s'était immiscé dans ses pensées. Le Capitaine avait lutté contre ses sentiments, mais il n'y avait rien à faire. Telle une maladie, ils le rongeaient maintenant sans qu'il puisse y changer quelque chose.

Seigneur Ianto ! Tu es parti pour retrouver une femme dont je ne soupçonne que la présence. Tu l'as soigneusement cachée, tout comme tu l'avais fait avec Lisa. Tu dois vraiment l'aimer pour m'avoir abandonné ainsi. Je voudrais tant t'avoir près de moi, te dire à quel point tu comptes pour moi, mais m'écouterais-tu seulement ?

Une larme roula le long de sa joue. Le grand Capitaine Jack Harkness était maintenant désespéré, il aimait profondément un homme qui n'avait que faire de ses sentiments. Il redescendit dans le Hub et s'installa à son bureau. La base était bien vide sans les allées et venues discrètes du Gallois, même l'odeur de son merveilleux café avait déserté les locaux. Les coudes sur sa table de travail, il se prit la tête dans les mains et laissa son chagrin le submerger. Il finit par s'endormir, la tête posée sur ses bras croisés sur le bureau.

Au matin, lorsqu'il s'éveilla, les lumières s'étaient mises en veille et la base était sombre et silencieuse. Il reposa sa tête sur ses bras, fermant les yeux, se disant que quand il les ouvrirait, Ianto serait devant lui avec son merveilleux café.

Au bout de quelques minutes, il se redressa, l'alarme du sas avait retenti, indiquant l'arrivée d'un membre de l'équipe. Ses yeux tombèrent sur la lettre de démission de Ianto qu'il s'apprêtait à joindre à son dossier avant de le descendre aux archives. Le cœur lourd, il sortit de son bureau, les documents à la main et salua Tosh qui venait d'arriver. Elle se rendit compte du désarroi de son leader et s'approcha de lui.

– Tu vas bien ? demanda-t-elle doucement en posant sa main sur son bras.

Il la regarda, les yeux embués de larmes et se détourna.

– Jack, parle-moi !

Il poursuivit son chemin sans s'arrêter, se dirigeant vers les entrailles de la base, vers cette pièce qui lui rappelait tant le Gallois. Quand il entra, il resta quelques instants à regarder autour de lui. Comme dans un rêve, il revoyait Ianto, penché sur la table, classant, rangeant, notant tout ce qui devait être archivé. Personne n'était descendu là depuis son départ.

Soudain, une détonation retentit dans la base. Owen et Tosh se précipitèrent dans les couloirs. La jeune femme l'ayant vu descendre avec un dossier, elle pensa trouver le Capitaine dans les archives, mais lorsqu'ils pénétrèrent dans la pièce, Jack gisait sur le sol, du sang s'étalant autour de sa tête, son arme encore serrée dans sa main.

À suivre…