"Kate, tu me l'as promis ! rappela Lanie les mains sur les hanches.
- Je sais... mais, je ne suis vraiment pas d'humeur", lâcha Kate en regardant autour d'elle.
Elle cherchait visiblement une excuse.
"Allez, Kate, tu ne voudrais pas faire ça à Alexis ? Elle va nous attendre et puis, elle n'a que deux jours de libres dans la semaine. On ne va pas lui gâcher son samedi quand même !", argumenta le médecin légiste.
Le lieutenant Beckett leva les yeux au ciel et soupira. Que pouvait-elle faire ? Alexis devait déjà être arrivée et elle avait dit être d'accord une semaine plus tôt pour cette journée shopping entre filles.
"Bien, souffla Kate, on y va, mais promets-moi qu'on ne rentrera pas tard.
- Ok ! C'est promis."
Lanie prit la main de Kate et la tira hors de son appartement. L'enquêtrice sortit avec un air désespérée et avant de fermer la porte, jeta un œil au dernier volume des aventures de Nikki Hard, se jurant de le lire dès son retour. Elle espérait juste pouvoir tenir d'ici-là. Heureusement, pour elle, à ce moment, elle ne savait pas encore qu'elle allait devoir attendre bien plus longtemps que prévu.
"Allo, Ryan ?
- Castle, soupira l'irlandais. Toi aussi tu vas me dire que quelqu'un a disparu ?
- Quoi, comment tu sais ça ?
- Pardon ? Attends, qui a disparu ?!
- Alexis ! J'ai appelé Beckett, Lanie, mais rien. Elles ne répondent pas. C'était leur journée shopping où je ne sais quoi, mais il est 20 heures !" explosa l'écrivain apparemment en pleine panique.
Le connaissant, il devait certainement être en train d'échafauder les pires scénarios.
"Oh Castle ! le rappela Ryan. J'arrive avec Esposito et n'oublie pas, elle est avec Beckett.
- Et si elle était en danger elle aussi.
- On parle de Kate ! souligna Ryan. Quoiqu'il se passe, elle va tout faire pour sortir Alexis et Lanie de là.
- Ok, tu as raison. Je vous attends", souffla l'écrivain.
Ils raccrochèrent et un quart d'heure plus tard, Esposito et Ryan sonnaient à la porte. Castle se précipita d'un bond dans l'entrée et leur ouvrit.
"Des nouvelles ?
- Non, aucune", apprit le latino à cran.
Assise au bar américain, Martha leur fit un signe de la main. Elle avait d'immenses cernes sous les yeux et semblait lasse.
"Elles sont parties à quelle heure ? interrogea Ryan en sortant un carnet de note.
- Neuf heures, Alexis avait rendez-vous à neuf heures devant le commissariat.
- Lanie est allée chez Kate pour huit heures et demi. Elle m'a appelé à midi.
- Qu'a-t-elle dit ?
- De me lever", grogna Esposito.
Étonnement, les garçons ne firent pas de commentaires et quelques minutes plus tard, ils partaient chez Beckett.
"Rien, soupira Castle dépité. Rien et Alexis n'est même pas venue ici.
- On va la retrouver, lui assura Ryan en posant une main sur son épaule. Si ça se trouve, elles mangent dans un bon resto et elles ont oublié d'allumer leur portable.
- Alexis m'a dit qu'elle rentrait pour dix neuf heures au plus tard, mais elle avait des devoirs à faire. Je suis persuadé quand tant normal, elle serait revenue à dix huit heures maximum.
- Elle s'amusait peut être énormément.
- Ryan, l'interpella Esposito. Tu vois Kate éteindre son portable ?"
Tout trois connaissaient bien la réponse. Évidemment, il s'était passé quelque chose.
"Pas de signe d'effraction, déclara Esposito après quelques secondes de silence. L'arme de Beckett est ici, sa plaque aussi. On va reconstituer leur journée. Allons au commissariat voir si sa voiture y est toujours."
Les gars acquiescèrent et sortirent, l'esprit emplit de sombres pensées.
Sa tête tournait encore. Elle se redressa et aussitôt, se retrouva au sol, le souffle coupé. Elle prit quelques bonnes secondes pour respirer normalement. S'appuyant contre le mur, elle se mît en position assise.
"Alexis ? souffla Kate en faisant un minimum de bruit.
- Oui, répondit la jeune fille brusquement.
- Tu es blessée ?
- Non et vous ? questionna-t-elle d'une voix à présent tremblante d'émotion.
- Non, sais-tu où nous sommes ?
- Non. Je me souviens juste de ce petit restaurant au bord du lac et puis plus rien."
Il faisait noir autour d'elles. Elles étaient côte à côte, dans un espace apparemment confiné. Kate nota aussitôt que ses liens étaient peu serrés. Elles ne portaient pas de bâillon donc elle supposa qu'elles se trouvaient dans un endroit isolé où appeler du d'écrous ne servirait à rien. Le plus doucement possible pour éviter d'attirer l'attention de leur ravisseur, elle tapa sur le mur derrière.
"On dirait que c'est une sorte de métal, informa-t-elle. Lanie n'est pas là ?
- Non, je me suis réveillée il y a cinq bonnes minutes. Ce n'est pas épais, on entend l'extérieur", déclara la jeune fille.
Elles se turent et le vent se fit effectivement entendre.
"Euh une question, fit Alexis après un moment, je suis la seule à me sentir encore mal, comme si on bougeait ?"
Kate prit un moment à répondre.
"Non, je crois qu'on tangue", s'étonna l'enquêtrice en essayant de se relever.
Elle se cogna au plafond, beaucoup plus bas que prévu et elle retomba déséquilibrée.
"Maintenant j'en suis sûre, on bouge. Tu as ton portable ?
- Non, et ma montre non plus. Je... la journée qu'on a passé est très flou.
- Moi aussi, c'est normal. On a été drogué."
Lentement et comprenant l'inquiétude de la jeune fille. Kate se glissa près d'elle et attrapa sa main.
"Ça va aller Alexis. Ton père doit déjà avoir informer Ryan et Esposito de notre disparition.
- Oui, ça c'est sûr, lâcha Alexis avec un rire nerveux.
- Je vais nous sortir de là, promis, souffla Kate en posant sa tête contre celle de l'adolescente.
- Oui, je le sais. Merci Kate."
Elles restèrent un moment comme ça, essayant mutuellement de se calmer. Enfin, Kate entreprit de détacher ses liens. Sitôt les mains libres, elle libéra Alexis et elles s'accroupirent toutes les deux.
"Bien, il faut chercher une trappe ou une petite porte, au plafond, au sol. À la limite un filet d'air, déclara Kate en commençant à tâtonner sur les murs.
- Ok", acquiesça la jeune fille en posant ses deux mains à plat sur le mur.
Après quelques secondes, elle poussa une exclamation. Kate la rejoignit aussitôt.
"Tu as trouvé ?
- Oui, je crois. Il y a un rebord ici.
- Oui", fit Kate en sentant un léger soulèvement.
Elle le suivit et en fit le tour complet. Ce n'était qu'un carré d'un mètre sur un mètre à peu près.
"Il n'y a pas de poignet, ça doit s'ouvrir de l'extérieur, lui apprit le lieutenant.
- Comment va-t-on faire alors ?" demanda l'adolescente d'une voix inquiète.
Kate se tourna vers la petite bouche d'aération située dans un coin. C'était la seule source de lumière. Elle s'en approcha prudemment.
"Il faudrait savoir où nous sommes. Ce n'est peut-être pas le vent que l'on entend. Je pourrais... commença-t-elle en tirant sur la plaque, non, c'est trop dur."
Dans un réflexe, elle porta une main dans le bas de son dos. Elle n'avait pas son arme ni sa plaque par ailleurs.
"On n'a qu'une seule solution, déclara-t-elle finalement.
- Est ce que c'est ce à quoi je pense ? grimaça Alexis en se tournant vers la trappe récemment découverte.
- Oui, à trois et avec le pied."
Alexis inspira fortement.
"Ok.
- Un...", commença Kate en se mettant devant la petite porte.
Alexis la rejoignit aussitôt.
"Deux et trois !" lâcha Kate en donnant un franc coup avec le plat du pied sur la porte.
Alexis fit de même et un craquement se fit entendre. La soudaine lumière les éblouit et elles passèrent toutes les deux la tête pour l'ouverture. Elles se trouvaient dans une petite pièce vaguement éclairée par une lampe. Kate sortit, vérifiant au passage qu'elles étaient seules et aida Alexis. En fait, l'unique meuble de la pièce était l'immense bloc dans lequel elles étaient enfermés quelques minutes auparavant. Le lieutenant se précipita vers la porte. Elle était ouverte. Elle tourna lentement la poignet et fit signe à Alexis de la suivre en silence. La voie était libre. Elles remontèrent un petit escalier en bois qui débouchait sur un sombre et étroit couloir. Longeant celui-ci, elles tombèrent sur quelques marches et une porte entrouverte visiblement sur l'extérieur. Kate poussa doucement la porte et sortit, suivit d'Alexis. Elles restèrent bouche-bée devant ce qui ce qu'elles voyaient : l'océan. L'océan a perte de vue !
"On... mais où est ce qu'on a bien pu atterrir ?", souffla Kate dont le visage reflétait l'étonnement.
Alexis ne répondit pas, ne connaissant pas la réponse et elles sursautèrent toutes les deux lorsqu'un raclement de gorge se fit entendre.
"Et bien, mesdemoiselles. Bienvenue sur mon yoat ! s'exclama l'inconnu apparemment ravi.
- Qui êtes-vous ?! lâcha Kate en se plaçant devant Alexis.
- Oh, mais pardonnez moi, je suis Carl Mac-grover. Je dirige une compagnie d'hôtel de luxe et bientôt, un village de luxe ! Estimez-vous heureuses, vous allez passer le reste de votre vie en vacances ! déclara-t-il avant de se mettre à rire, ce qui inquiéta un peu plus les deux jeunes femmes.
- Où est Lanie ? questionna Kate sur le défensive.
- Votre amie va bien, elle s'est réveillée avant même qu'on embarque. On l'a donc installé dans sa cabine. Suivez moi", fit-il en faisant un signe à deux de ses hommes un peu en retrait.
Sans qu'elles ne puissent rien faire, elles furent escortées jusqu'au cœur du bateau. Mac-grover les fit entrer dans une cabine puis referma la porte derrière elles.
"Profitez du voyage pour vous reposer, mesdemoiselles", conseilla-t-il avant de partir.
Kate fulminait. Non seulement, elle avait repéré des dizaines d'hommes sur le bateau et en plus, elle ne savait absolument pas où elle se trouvait. Son sourire revient néanmoins quand elle réalisa que la cabine était déjà occupée.
"Kate, Alexis ! Je suis tellement contente vous voir ! déclara Lanie en leur sautant dans les bras.
- Lanie ! Tu vas bien ?! interrogea sa meilleure amie, inquiète.
- Oui, ils m'ont seulement fait une piqûre, euh bizarre d'ailleurs, un calmant sûrement. Enfin ils ont pleins de médecins et une immense laboratoire à l'arrière du yoat", informa le médecin légiste.
Kate passa une main sur sa joue, comme pour s'assurer que son amie allait bien.
"Bon, on est toutes les trois réunis c'est le principal. De quoi est ce que tu te souviens, Lanie ? demanda Kate en s'asseyant sur une couchette.
- Et bien, on a fait les magasins toute la matinée et puis on est sorti de la ville pour voir une petite boutique dans un petit bled pas loin je crois.
- Oui, je me souviens, approuva Alexis. Ensuite on s'est baladé à pied au bord d'un lac et on est tombée sur...
- le resto ! Le petit restaurant désert au bord de l'eau, compléta Kate. On a décidé de manger là-bas et il n'y avait que nous trois d'ailleurs. Maintenant que j'y pense, ce n'est pas le vendeur de la boutique qui nous l'avait suggéré ?
- Oui, fit Alexis. Il nous a dit que c'était un des meilleurs restaurants du coin et qu'il était accessible niveau prix.
- L'entrée était succulente, se souvint Lanie, mais je ne me rappelle même pas du plat que j'ai commandé.
- Moi non plus, déclara Alexis.
- C'est à ce moment-là qu'on a dû être droguée. La drogue devait être dans le plat.
- Sûrement, approuva Lanie, le vendeur devait être dans le coup.
- Que fait-on maintenant ?" questionna Alexis.
Kate se leva, ouvrit l'autre porte qui menait à une salle de bain, inspecta les murs. La pièce ne possédait pas de fenêtres. Elles n'avaient pas de montre.
"À en juger par la hauteur du soleil dans le ciel, soit on est très loin de Washington, soit il est bientôt midi, déclara-t-elle en se souvenant de ce qu'elle avait vu peu de temps auparavant.
- Quoi ?! Ça fait bientôt une journée que nous sommes retenues ? s'étonna Alexis.
- J'en ai bien peur, souffla Kate.
- Alors on est dimanche, sauf si on a changé de fuseau horaire, fit Alexis.
- Les gars doivent nous rechercher maintenant, déclara Lanie. Je crois... Non c'est stupide...
- Non, qu'est ce qu'il y a Lanie ? interrogea Kate en lui prenant les mains.
- Je pense qu'ils ne vont pas nous tuer. Ils ont l'intention de nous garder.
- Si tu dis ça par rapport à l'attitude "amicale" de Mac-grover, je...
- Non, je veux dire... coupa Lanie, ils nous traitent bien. J'ai eu le droit à un plateau repas bien remplis il y a peu et il y a des vêtements propres.
- Vraiment ? demanda Alexis en ouvrant les tiroirs de la commode.
- Oui, ta taille se trouve dans le tiroir du haut. Nous avons également une couchette chacune et elles sont confortables.
- Lanie, j'ai peur que ça ne veuille rien dire, souligna Kate de sorte que ses amies n'aient pas de faux espoirs.
- Il nous a dit qu'on allait avoir le droit à des vacances jusqu'à la fin de notre vie, rappela Alexis.
- Oui, il compte peut-être nous exploiter pour... pour sa compagnie d'hôtel. En tout cas, il nous a dit en posséder une, fit Kate pensive.
- Oui, des hôtels de luxe et un village aussi enfin je crois, mais que va-t-il faire de trois femmes, c'est incompréhensible, souligna Alexis en refermant le tiroir.
- Avec un peu de chance, on va être chargé de tester les différentes suites", rêva Lanie.
Les deux jeunes femmes ne purent s'empêcher de sourire.
"Ça m'étonnerait beaucoup, déclara le lieutenant en s'allongeant sur une couchette.
- Alexis, j'ai une bouteille d'eau si tu veux, proposa Lanie en ouvrant un mini réfrigérateur situé juste derrière la porte.
- Merci", souffla la jeune fille.
Lanie tendit une autre bouteille à Kate et elles burent près de la moitié de l'eau contenue.
"Ça fait du bien", sourit Alexis.
La jeune fille traîna des pieds jusqu'à la troisième couchette et se laissa tomber dessus. Deux secondes plus tard, elle dormait. L'enquêtrice ouvrit de gros yeux devant ça et tenta de se redresser en vain. Elle sombra tandis que Lanie restait seule éveillée.
"Ouah, j'ai bien fait de ne pas boire", souffla-t-elle.
Elle essaya de réveiller Kate puis Alexis, mais les deux jeunes femmes dormaient à point fermer. Elle vérifia leur pou et n'ayant pas de raison de s'inquiéter plus que ça, elle s'allongea à son tour et ferma les yeux. Il leur avait dit de se reposer et à vrai dire, elle n'avait rien d'autre à faire. Après cinq minutes, elle rejoignit les bras de Morphée, espérant au fond que tout ceci n'était qu'un mauvais rêve.
