Disclaimer : Square Enix, Disney.

Notes : Une fois n'est pas coutume, une fiction longue. Univers alternatif, orienté fantastique / médiéval, avec des plans dimensionnels à la Donjons et Dragons, et tout plein de bestioles magiques.

Les plans, keskecé ?
L'histoire se déroule dans un royaume constitué de plusieurs plans, de haut en bas : plan Astral (le ciel, source de magie arcanique), plan Élémentaire (demeure des éléments, de la magie élémentaire), plan Matériel Primaire (la terre, les mortels), plan Éthéré (fait la jonction avec les plans inférieurs, i.e. le monde souterrain), plan d'Ombre (source de Ténèbres, monde souterrain).

ANAGRAMMES EVERYWHERE.
Allez, je vous fais le premier : Mokdnig Sherat = Kingdom Hearts. Une fois que vous avez compris le principe, facile de deviner qui est quoi, pas vrai ?

Tout sera révélé en temps et en heure. Bonne lecture !


« Mère serait fière de toi, Saor. »

C'était un sourire un peu cassé, mais affectif, qui s'étirait sur les lèvres de son frère jumeau.
Assis tous deux sur le vieux bois des marches qui rampaient jusqu'à la porte, l'air songeur, ils ne trouvaient pas le sommeil.

« Elle est fière de moi ! De là-haut, dans les étoiles. »

Ce bonhomme était plein de joie. Toujours à rire, avec sa tignasse en vrac, brun, un peu ambre, la prunelle qui pétille à tout va, le sang bouillonnant de l'aventurier. Quel courage, ce mioche.

Même s'il se tortillait nerveusement, mais pas trop. Soxar rit, lui aussi.

« Ça va bien se passer, tu verras. »


« Xoni, laisse-moi… dormir… Demain… »

Une silhouette blanche, cheveux pourpre, en zigzags dans le dos, se tortillait, à demi éveillée, ou à moitié rêveuse, dans la lumière mystique de la Lune qui filtrait au travers d'un carreau de vitre cassé.

Elle marmonnait ; il n'y avait personne, pourtant.


L'endroit était bruyant, et à des millénaires de tout ce qu'ils avaient pu imaginer par le passé.
Tout était si… démesuré.

« C'est à perdre sa langue au fond d'un trou. »

L'entrée – et la sortie – de la citadelle, taillée dans une montagne, était l'unique ouverture dans le mur d'enceinte fortifié. Et elle était gigantesque, à battant, découpée dans l'ébène. Une arche en marbre blanc la surplombait, soutenue par des colonnes à l'effigie de géants cornus ; du lierre enchanté s'entortillait tout autour, avec ses gros lys et des roses de feu. Des gardes veillaient, mais elle restait ouverte le jour.

Des pavés décorés s'alignaient entre les maisons aux toits en ardoise, et il y avait des arbres, des fleurs aux fenêtres, des ornements métalliques, visages mythologiques, sur les murs.

La magie flottait dans les allées, poussière scintillante, omniprésente.

La place centrale, reliant les six rues principales, regorgeait de vie. Un saule pleureur – littéralement, il était ensorcelé – jouxtait une fontaine sculptée dans l'obsidienne, le cœur des volcans.
Un étrange dispositif destiné à recevoir un objet de forme convexe y était fixé, semblant posséder une composante souterraine.

Droit devant, un château s'élevait avec majesté, jusque sur un escarpement brut dans lequel il était comme incrusté. Sa terrasse servait aux discours officiels. Des rubis, incarnats, des saphirs, topazes et opales brillantes, saillaient dans la pierre, des vitraux rendus prismatiques à la lumière éclataient sur la rétine, flammes dansantes ; sur les hautes tours, les étendards en fil lunaire, des tapis en braise-soie recouvrant des escaliers infinis, et ces boiseries en acajou ; cela subjuguait.
Saor en avait des constellations complètes dans le fond des yeux.

Opiliisollius.


« Nous désirons une audience avec Maître Xamens.
– De quelle affaire s'agit-il ? Le Supérieur est très occupé.
– Nous sommes porteurs de… l'Arme. »

Une lueur d'intérêt fugace fila dans le regard de l'homme, sourcils féroces, raidi comme un cadavre sur une hallebarde des plus pointues. Il dévisagea son interlocuteur, qui, bras croisés sous sa cape, natte de cheveux d'argent coulant sur l'épaule, le fixait, hautain, l'œil turquoise défiant.

« Urik… »

Sépulcral, le bougre leur intima – en grognant derrière les mèches rebelles dissimulant sa figure de barbare – d'entrer à sa suite dans le château.

« Pas commode. »

Un chignon tout plein de tresses tressautait sur un manteau en peau de loup blanc, agité d'un rire fragile.


L'intérieur n'avait rien à envier à l'extérieur, il se targuait d'avoir des rideaux ; en soie d'araignée géante. Et des tapisseries cousues avec des cheveux de fée.

Plusieurs tableaux galopaient sur les murs, fresques épiques d'un passé lointain, portraits des rois de jadis, empreints d'une nostalgie bizarre.

Le soleil, tamisé par les vitraux bariolés, conférait à l'endroit quelque chose de… familier. Un entêtement apaisant.
Et les ombres, rendues démentes par le feu follet des bougies, disposées en candélabres magiques suspendus, jouaient un cache-cache avec la lumière.
Sentiment mystérieux.

D'un petit groupe plus loin dans le hall se détacha un second homme, la démarche droite et une chevelure d'azur distant. Arrivé à leur hauteur, le garde bourru lui chuchota quelques mots.
Une balafre mangeait sa face, un « x » au-dessus du nez ; un éclair passa dans ses yeux de serpent. Juste une seconde.

Il se tourna vers la petite compagnie, s'inclinant aimablement.

« Je vous souhaite la bienvenue à la capitale, voyageurs. Je me nomme Asix, le Conseiller. Veuillez me suivre. »

Ils lui emboîtèrent le pas, silencieux comme la mort. En bout de couloir, bifurcation à gauche débouchant sur une immense salle – de bal, semblait-il – d'une sobriété absolue.
Le contraste était… percutant.

Un siège, blancheur de nacre, trônait dans le fond, six autres étant disposés de chaque côté sur un tapis bleu d'outremer, très large. La finition était minimaliste, les formes, plus géométriques. Un agencement vaguement récent en comparaison avec l'architecture baroque ambiante.

Certains des sièges étaient occupés.
On entendait de la musique, cordes frottées, quelqu'un jouait du luth. L'air égaré, tignasse blond cendré. Ça marmonnait d'accoudoir en accoudoir, sans guère prêter attention aux visiteurs, jusqu'à ce que l'homme assis le plus au centre, se lève. Il avait cette prestance pour le moins scotchante qui imposa qu'on se tût.

Le Conseiller prit la parole.

« Votre grandeur, la Kleabeyd est réapparue. »

Tous furent subitement irrésistiblement attirés par cette information. Un éclat sombre crépita dans le regard perçant du Supérieur, debout, incroyable, comme voilé par le gris fumée des cheveux retombant sur son front, de hauteur superbe.

Il parla, puissamment :

« Bienvenue, jeunes gens. Je suis Xamens, le Supérieur, Haut-consul d'Opiliisollius. Puis-je savoir à qui ai-je l'honneur ?
– Je me nomme Urik. »

Il avait été le moins troublé de ses compagnons, bien que le bleu-vert de ses yeux tremblait quelque peu. Tout ce charisme prenait aux tripes.

« Et voici Saor, Soxar… »

Là il sourit, franchement, mais maladroit, à l'intention de la demoiselle à ses côtés, entortillant une mèche carmine autour de ses doigts et murmurant des choses incompréhensibles, pour tenter de la rassurer.

« Ainsi qu'Irika.
– Bien. Sachez désormais ceci : vous êtes ici chez vous. »

L'expression faciale du Supérieur était indéchiffrable.

« Lequel d'entre vous est le Porteur ? »

Urik et Saor s'avancèrent.
Un vif coup d'œil en coin fut lancé.

« Deux Maîtres ? »

Requinqués – le masque d'impassibilité de l'homme le plus puissant d'Oyaruem venait de se craqueler sous l'étonnement – ils tendirent le bras dans un même mouvement. Un flux magique les parcourut, grandissant, avant d'éclater dans la paume de leur main. Deux Kleabeyd se matérialisèrent, rougeoyantes, auréolées d'une lumière surnaturelle.

Leur aspect n'avait rien de comparable sur ces terres : indescriptible, magnifique et dangereux, amalgame de magie arcanique pure. Tous les éléments s'affrontaient là-dessus, alors l'apparence variait selon l'affinité élémentaire naturelle du porteur. L'une noire comme la nuit, l'autre claire comme l'aurore. Urik, Saor.

Cela sortait de la forge des Anciens Dieux.

« Excellent. Xurold. »

Le susnommé s'approcha nonchalamment, à la barbe blonde. Des cartes apparaissaient, puis disparaissaient, dans le sillage de ses doigts.

« Annoncez l'arrivée des Maîtres de la Kleabeyd aux citoyens. Asix.
– Bien. Saor, Urik, vous êtes priés de me suivre. Il nous faut discuter des nouvelles responsabilités qui vous incombent, notamment en ce qui concerne le Mimug. Vous n'êtes pas sans savoir qu'en tant que porteur, votre réserve d'Oeruc se retrouve considérablement augmentée, ce qui attire les forces maléfiques plus que d'accoutumée. Aussi vais-je vous présenter votre instructeur au combat, Ixbrag, dès maintenant. »

Le Conseiller s'éloignait, élégant.

« Soxar, Irika, vos amis vous rejoindront après exposé des formalités. Vous ne pouvez rester, aussi êtes-vous priés de vous retirer. Demeurez à Opiliisollius autant de temps qu'il vous plaira, tous les frais engagés seront pris en charge par nos soins. »

Saor s'imaginait déjà pourfendre le Mal, grandiose ; son jumeau avait le cœur pincé.

Puis, il tourna la tête, et fut glacé. Ou brûlé. Ou les deux.

Un homme le fixait intensément, avec ses yeux perçants, carnivores, taillés dans le jade brut, déchireurs d'âme ; ses cheveux étaient de feu, Soxar un volcan qui explose.
Il avala son souffle, vapeur d'eau.

« A tout à l'heure les amis ! »

Ils se séparèrent.
A l'air libre, le soleil picotant ses yeux céruléens, Irika soupira, soulagée.

« Toi aussi, tu l'as senti, hein… Xoni. »

Elle était tristounette quand même.


« Xael. Oublie. Il est faible. »

Un sourire malicieux s'étira dans l'ombre.