Coralie

Coralie s'éveilla dans une petite tente emplie de coffres pleins d 'étoffes anciennes et de boites à bijoux qui semblaient avoir effectué un long voyage sous l'eau. Il faisait noir, très noir, et Coralie dut laisser un moment à ses yeux pour qu'ils s'habituent à la l'obscurité. La jeune fille aperçut une vielle lampe à huile qu'elle alluma de sa dernière allumette, ouvrit les pans de la tente, et le clapotis des vagues lui parvint. Elle était très inquiète, très fatiguée. Coralie décida donc de se reposer et d'attendre le jour dans son abris avant d'entreprendre quoi que ce fut. Bercée par le ressac, la jeune fille s'endormit. Le lendemain, elle fut réveillée en sursaut. Quelqu'un venait d'ouvrir la tente. Une jeune fille aux grands yeux la dévisageait. Elle devait avoir à peu près son âge. Ses yeux étonnement clairs étaient comme recouverts d'un voile translucide. La jeune fille dit : « Papa ! Papa ! Viens voir ! Vite ! C'est sans doute une pachahn ! » Arrivant en courant, son père répondit : « Doucement Matsi... Bonjour jeune étrangère, qui es-tu ? d'où viens-tu ? Parles-tu le ska ? » Intimidée, Coralie répondit par l'affirmative. « Oh papa... puis-je la garder avec moi ? demanda Matsi. - Oui, entendu, mais nous la débarquerons de notre radeau en abordant la côte. - Merci papa, lança Matsi entraînant Coralie jouer dans l'eau. » Coralie demanda alors à sa jeune compagne : « Où sommes-nous Matsi ? - Nous voguons sur la mer des brûlures, dit la jeune fille. Nous appartenons au Peuple de la Mer, nous vivons sur des radeaux, comme celui sur lequel nous sommes à présent. - Pourquoi Mer des Brûlure ? interrogea Coralie, inquiète. - Ces sont les méduses qui l'habitent, les bruleuses, dont la contact brulant s'avère mortel pour les hommes, qui lui donnent son nom, répondit Matsi d'un air soudainement grave. - Mais alors, c'est dangereux de se mettre à l'eau ? Mais non, tant que nous gardons l'œil ouvert et ne nous éloignons pas des radeaux ! dit Matsi en la poussant à l'eau. Elle jouèrent joyeusement ensemble jusqu'à l'épuisement. « Attention, voilà des bruleuses ! cria Matsi. - Vite remontons ! dit Coralie. Ne t'inquiètes-pas, tant que nous sommes sur les radeaux, nous ne craignons rien, lui dit calmement Matsi. - Oh, regarde là-bas, fit Coralie, un garçon est dans l'eau ! - Avec les bruleuses, il est perdu, dit laconiquement Matsi en tournant les talons. - Mais c'est Romaric, il nous faut le sauver ! - On ne peut pas, trancha Matsi. »

Coralie, depuis toute petite avait toujours eu peur de tout ce qui ressemblait de près ou de loin à de la gelée, une sorte de « gelatophobie ». Les méduses en faisaient évidemment partie, les bruleuses ne feraient pas exception. Impuissante, elle allait détourner le regard quand elle entendit une voix : « Plonge Coralie ! Plonge ! ». Comme porter par une force mystérieuse, elle plongea sans plus réfléchir. La voix se fit entendre à nouveau : « Nage sous l'eau ! » Coralie obéit et échappa ainsi à une brûlure fatale. Elle saisit Romaric par le bras sans mot dire. « Que fais-tu là, dit Romaric stupéfait. - Nous n'avons pas le temps, fait comme moi ! répondit Coralie. » Ils plongèrent, évitèrent les bruleuses, et se firent hissés, sains et saufs sur le radeau. Après avoir repris leur souffle, Romaric fit passer un véritable interrogatoire à son amie. « Bon... fit la jeune fille, à ton tour de me conter tes aventures. - Et bien moi, rien de passionnant comparer à toi. Je vais faire court. Je me suis éveillé sur une plage, et me suis dis que je croiserai bien vite des Gommons. Mais j'ai alors entendu une voix m'intimant de demeurer sur la plage et d'y attendre ma chance. Ce que je fit. C'est alors que je vit passer le radeau, pile au moment où des gommons arrivèrent pour m'attaquer. J'allais m'enfuir par les terres quand la voix me dit de plonger. Tu connais la suite. »