Hi everyone ! Voici le second chapitre qui correspond à la deuxième partie du premier épisode. Pas encore beaucoup de changement ici mais ce n'est que le début, je vous promets des plus gros changements par la suite.
J'espère qu'il vous plaira et je vous annonce que les épisodes seront entrecoupés de scènes quotidiennes, où vous verrez une Sherlock différente de d'habitude.
Merci à tous et bonne lecture.
Réponses aux reviews :
Licorne Spatiale : Heureuse d'avoir réalisé ton rêve, je réalise le mien en même temps ;) (j'adore ton pseudo !)
John monta les marches quatre à quatre et découvrir une Sherlock allongée sur le canapé, vêtue d'une chemise blanche et d'un pantalon noir. Ses cheveux étaient éparpillés autour de sa tête et son regard était dans le vague.
-Qu'est-ce que vous faites ?
-Je me recharge en nicotine, dit-elle en montrant son bras recouvert de trois patchs. Ça m'aide à réfléchir. Impossible de continuer à fumer à Londres par les temps qui courent, ce qui ne facilite pas la réflexion.
Sa voix était lente, grave. Elle ne regarda pas John, qui lui la fixait incrédule. Il se dit qu'il devrait peut-être arrêter de s'étonner.
-Mais ça aide à respirer, dit-il en s'approchant du canapé.
-Ah ! Respirer… Quelle barbe !
-Vous avez mis trois patchs ? s'étonna John.
Décidément, elle était pas croyable. Quand il l'avait quitté, elle était aussi excitée qu'un enfant le jour de Noël et voilà, qu'il la retrouvait allongée presque amorphe sur le canapé de leur appartement. Elle joignit ses mains sous son menton dans un geste lent.
-C'est un problème à trois patchs.
John regarda une seconde à l'extérieur et quand il reporta son regard sur Sherlock. Elle avait les yeux clos et ne bougeait plus d'un cil. Il remarqua alors à quel point ses joues étaient saillantes. Elle était carrément maigre en fait, il se demandait si elle se nourrissait correctement. Vu le personnage, ça l'étonnerait pas si ce n'était pas le cas.
-Bon… Vous m'avez fait venir, je suppose que c'est important, lança-t-il.
-Oh oui, bien sûr : je peux avoir votre portable ? déclara-t-elle en rouvrant les yeux subitement.
-Mon portable ?
Ça y est, John se crut dans une dimension parallèle. Qui appelle les gens, pour leur demander leur portable ? Personne, vraiment personne. A part elle apparemment.
-Si je me sers du mien, on va reconnaître le numéro : il est sur mon site web.
-Mme Hudson a un portable, déclara John.
-Oui elle est en bas. Je l'ai appelé mais elle n'a rien entendu.
-Et moi j'étais à l'autre bout de Londres, s'agaça John.
-Il n'y avait pas d'urgence.
Le médecin la regarda de travers. Vu les messages envoyés, ça avait plutôt l'air d'être urgent. Il rechigna mais lui donna quand même son portable. Elle tendit la main et il posa l'appareil au creux de celle-ci. Il s'éloigna du canapé. Sherlock avait à nouveau les mains jointes mais avec le portable de John entre ses mains cette fois.
-Alors de quoi s'agit-il ? De l'affaire ?
-Affaire… marmonna la jeune femme, les yeux clos.
-Affaire.
-Ses affaires, oui, dit-elle en rouvrant les yeux une seconde fois. Sa valise. Le meurtrier a pris sa valise : c'est sa première grosse bêtise.
-Bon, il a pris sa valise. Et alors ?
-C'est la seule solution. Il va falloir prendre le risque… marmonna-t-elle. Sur mon bureau, il y a un numéro. Je veux que vous envoyiez un texto, ajouta Sherlock en tendant le portable que John venait de lui prêter.
John cligna des yeux, incrédule puis fit un sourire forcé. Il commençait à douter de sa patience.
-Vous m'avez fait venir pour un texto ?
-Oui. Le numéro est sur mon bureau….
L'ex-militaire récupéra son portable mais ne fit pas le texto demandé. Il regarda par la fenêtre, s'attendant presque à voir un certain homme avec un parapluie en bas de chez eux.
-Qu'est-ce qu'il y a ? fit Sherlock intriguée.
-Je viens de rencontrer un de vos amis.
-Ami? s'étonna le jeune femme.
-Ennemi, rectifia John.
Après tout, on l'avait prévenu Sherlock Holmes n'avait pas d'ami.
-Oooh, fit-elle. Lequel?
John tourna la tête vers Sherlock. Il avait l'impression d'être pris pour un pigeon, personne n'était comme ça dans la vraie vie, n'est-ce-pas ?
-Votre meilleur ennemi, selon ses dires. Ça se fait d'avoir des meilleurs ennemis ?
-Il vous a offert de l'argent pour m'espionner ?
Il répondit par l'affirmative.
-Vous l'avez accepté ?
-Non.
-Dommage, on aurait partagé. Tâchez de réfléchir la prochaine fois.
-Qui est-ce ?
-Le plus dangereux des hommes mais ce n'est pas mon problème pour l'instant. Sur mon bureau : le numéro.
John soupira, exaspéré par l'attitude de la femme. Savait-elle qu'il existait des conventions sociales ? Parce que comme ça, on ne dirait pas. Il alla jusqu'au bureau et trouva le numéro au milieu d'un fouillis indescriptible. Comment pouvait-on être aussi bordélique ? Il fronça les sourcils en reconnaissant le nom marqué au dessus du numéro.
-Jennifer Wilson ? Ce n'était p… Attendez ! Ce n'était pas la morte ?
-Si. Mais c'est sans importance. Entrez le numéro. Vous le faites ? demanda-t-elle, ses yeux à nouveau fermés.
-Oui.
-ça y est, c'est fait ? dit-elle impatiente.
-Une seconde !
Elle n'attendit pas que John ait terminé.
-Tapez exactement ce que je vous dis : Que s'est-il passé à Lauriston Gardens ? J'ai dû m'évanouir. 22 Northumberland Street. Venez s'il vous plaît.
John commença à tapé mais se stoppa soudainement, un peu inquiet.
-Vous vous êtes évanouie ?
-Quoi ? dit-elle soudainement. Non. Non ! Tapez-le et envoyez-le. Vite, dit-elle en sautant sur ses pieds et en passant sur la table basse (oui, "sur") pour atteindre la cuisine.
Elle alla chercher une valise rose sur une chaise de la cuisine, puis se saisis de la chaise de bureau pour l'y reposer et l'ouvrir. Elle s'assit ensuite en face de la valise ouverte tandis qu'elle demandait à John s'il avait envoyé le message.
-C'est quoi l'adresse ?
-22 Northumberland Street. Dépêchez-vous, dit-elle en ouvrant la valise et en s'asseyant devant.
John releva les yeux de son téléphone et fut surpris de ce qu'il vu. S'il ne se trompait pas, il s'agissait de la valise de la "suicidée".
-Mais… Mais c'est la valise de Jennifer Wilson, la femme en rose…, fit-il doucement.
-Oui. De toute évidence.
John toisa Sherlock étrangement et cette dernière souffla en levant les yeux aux ciels.
-Oui, peut-être devrais-je préciser que je ne l'ai pas tuée…
-Je n'ai pas dit que vous l'aviez tuée.
-Pourquoi ? Vu le texto que je vous ai dicté et le fait que j'ai sa valise, je trouverais logique que vous le pensiez.
-Ah, parce qu'on vous prend souvent pour une meurtrière ?
Sherlock eut un sourire et sauta sur son siège pour s'asseoir sur le dossier et poser ses pieds sur l'assise.
-De temps en temps, oui.
-D'accord… Comment l'avez-vous eue ? demanda John en s'asseyant dans le siège dans face.
-Je l'ai cherchée, dit-elle.
Elle releva ses cheveux et les attacha sommairement avec un élastique autour de son poignet. Quelques mèches brunes s'échappaient de son chignon de fortune.
-L'assassin a dû la conduire à Lauriston Gardens. Il a gardé sa valise par accident, si elle était dans la voiture. Or toute personne vue avec cette valise aurait attiré l'attention sur elle, en particulier un homme, ce qui est statistiquement rare. Toute fois il aura voulu s'en débarrasser à la seconde même où il aura vu qu'il l'avait. Ça ne lui a pas pris plus de cinq minutes pour comprendre son erreur. J'ai fouillé toutes les ruelles alentours, assez larges pour une voiture et à cinq minutes de Lauriston Gardens, ainsi que tous les endroits où on aurait pu jeter un objet volumineux sans être vu. ça m'a pris moins d'une heure pour trouver la bonne décharge.
-Vous avez compris qu'elle était rose et c'est pour ça que vous l'avez retrouvée ?
-Bien sûr que je l'ai compris, c'est évident, fit-elle en secouant la tête.
-Pourquoi je n'y ai pas pensé ?
-Parce que vous êtes stupide.
John releva la tête choqué de cette insulte dite très calmement.
-Non, non, ne faites pas cette tête : presque tout le monde l'est. Maintenant, regardez bien : vous voyez ce qu'il manque ?
-De la valise : comment je pourrais ? dit-il encore vexé de la remarque de Sherlock.
C'est vrai quoi, c'était particulièrement vexant d'être traité de stupide aussi simplement et un peu à raison en plus. En entendant la réponse de son colocataire, Sherlock lui lança un regard qui semblait signifier "vous êtes idiot" et John se sentit blessé dans son amour propre. Il n'était pas particulièrement intelligent mais il n'était pas débile non plus, seulement au côté de cette femme, il était largué.
-Son portable ! Où est son portable ? s'exaspéra-t-elle. Il n'y en avait pas sur le cadavre ni dans la valise, et elle en avait un : on lui a envoyé un texto dessus.
-Elle l'a peut-être laissé chez elle ?
-Elle avait une flopée d'amants et elle était hyper-prudente : elle ne l'aurait jamais laissé à la maison, dit-elle en redescendant sur l'assise du canapé.
-Alors pourquoi… pourquoi j'ai envoyé ce texto ? demanda John.
Ce n'était pas logique. Pas pour John du moins mais il lui semblait que Sherlock savait exactement où elle voulait en venir.
-La bonne question c'est : où est son portable maintenant ?
-Elle a pu le perdre, non ?
-Oui. Ou ?
-Ou… l'assassin, réalisa-t-il. Vous croyez que c'est lui qui a son téléphone.
-Peut-être l'a-t-elle laissé en même temps que sa valise, peut-être qu'il lui a pris pour une raison ou une autre. De toute façon, il y a de fortes probabilités pour que ce soit lui qui l'ait, dit-elle les yeux dans le vagues.
-Désolé, mais, mais… j'ai fait quoi là ? J'ai envoyé un texto à un assassin ? A quoi ça va serv-
Son portable sonna, il le prit et vit un appel d'inconnu. Elle savait que ça marcherait, elle avait tout deviné. Il releva les yeux vers une Sherlock souriante dont les pommettes se relevèrent adorablement. John resta ainsi le portable à la main, observant sa colocataire expliquer le pourquoi de cet appel d'une voix posée.
-Quelques heures après avoir quitté sa dernière victime, il reçoit un texto. Cela ne peut venir que d'elle… Si quelqu'un venait de trouver son portable, il ignorerait le texto, mais l'assassin, lui, paniquerait.
Elle ponctua sa phrase en refermant la valise d'une main. Elle se releva et se saisit d'une veste de tailleur noire.
-Vous en avez parlé à la police ?
-Quatre victimes déjà : pas le temps de parler à la police, dit-elle en boutonnant la veste.
-Alors pourquoi vous m'en parlez à moi ? s'étonna John.
Elle fit une moue boudeuse.
-Mme Hudson a pris mon crâne, se plaignit-elle.
En effet, John remarqua l'absence du crâne sur la cheminée.
-Alors en gros je remplace votre crâne.
-Relax ! Vous vous en sortez très bien. Alors ? dit-elle en enfilant son long manteau.
-Alors quoi ?
-Alors vous pourriez rester ici à regarder la télé… dit-elle avec un regard dédaigneux.
John comprit le message rien qu'au ton de sa voix.
-Vous voulez que je vienne avec vous ?
-J'aime qu'on m'accompagne quand je sors et je réfléchis mieux quand je parle tout haut. Et le crâne ne fait qu'attirer l'attention, alors…
John se met à sourire aux mots de Sherlock.
-Y'a un souci ?
-Oui, le sergent Donovan.
La mention de la métisse fait directement partir le sourire de la détective. Elles ne s'aiment vraiment pas, se dit John.
-Qu'est-ce qu'elle vous a dit ? demanda-t-elle en mettant ses gants.
-Elle a dit que vous aimez ça, que vous prenez votre pied grâce à ces crimes.
Sherlock pose son regard sur John et ça le met mal à l'aise car il a cette impression qu'elle voit en lui.
-Et j'ai dit « dangereux », et vous êtes venu.
Elle fait demi-tour et sort de l'appartement. John soupire parce qu'elle a raison et que c'est la deuxième qu'on lui fait la remarque. Le danger lui manque.
-Et merde !
La nuit était froide à Londres mais le ciel était dégagé signe qu'il ne pleuvrait sûrement pas. Malgré l'heure quelque peu tardive, les rues étaient encore animées mais il s'agissait de Londres après tout.
-Où on va? demanda John une fois dans la rue.
-A Northumberland Street. C'est à cinq minutes d'ici, répondit la jeune femme.
Ses enjambées étaient grandes et John avait un peu de mal à rester à sa hauteur. Sherlock le dépassait d'une tête et bien qu'il ne se savait pas très grand, la plupart des femmes étaient quand même plus petite que lui. Il se disait que franchement, cette détective dépassait tout le monde en tout point.
-Vous le croyez assez bête pour s'y rendre ?
-Non ! Je dirais plutôt brillant. J'adore les criminels brillants : ils sont prêts à tout pour être pris.
-Pourquoi ?
-Pour être reconnus. Applaudis. Et avoir enfin la vedette. C'est la fragilité du génie : il lui faut un public.
-Mouais…
John faillit faire une réflexion comme quoi c'était exactement le cas de Sherlock mais ça n'aurait été bénéfique en aucun cas. Ils continuaient à marcher et tandis qu'elle observait les alentours, lui ne cessait de lui jeter des regards. C'était drôle cette façon qu'elle avait d'emmètre de hypothèses et de dire ses explications comme si tout était logique dans ce monde.
-On est sur son terrain de chasse. Ici, au cœur même de la ville. On sait maintenant qu'il kidnappe ses victimes, ce qui change tout. Parce que toutes ses victimes disparaissent en pleine rue, dans la foule, mais bizarrement, personne ne les voit partir. Réfléchissez ! A qui fait-on confiance sans même le connaître ? Qui passe inaperçu quelque soit l'endroit où il va ? Qui chasse au milieu de la foule ?
-Je sais pas. Qui ?
-Aucune idée. Vous avez faim ? fit-elle en bifurquant dans la rue d'en face.
Elle se dirigeait vers un petit restaurant italien. Elle y entra, remercia le serveur qui lui attribua une table près de la fenêtre et s'y assit.
-22 Northumberland Street. Surveillez bien l'entrée, dit-elle en posant son écharpe et en fixant l'entrée du bâtiment.
-Il ne va pas aller sonner à la porte tout de même. Faudrait qu'il soit fou.
-Il a tué quatre personnes.
C'était sur que vu comme ça...
-D'accord.
Un homme avec un peut d'embonpoint fit son apparition à côté de leur table. Il fit une poignée de main à la jeune femme.
-Sherlock ! Choisis ce que tu veux sur le menu, c'est la maison qui régale. C'est gratuit pour toi et ton rencard.
La détective sourit à l'homme puis demanda à John s'il voulait manger. Mais John ne lui répondit pas trop occupé à contredire l'autre homme.
-Je ne suis pas son rencard.
-Cette fille m'a blanchi autrefois.
-Je vous présente Angelo. Il y a trois ans j'ai réussi à prouver à Lestrade qu'à l'heure d'un triple meurtre, particulièrement vicieux, Angelo était en plein cambriolage, à l'autre bout de la ville.
-Elle m'a innocenté.
-Pas totalement. Rien d'anormal en face ?
-Rien. Vous savez que pour cette fille, je serais allé en prison, ajouta-t-il à l'attention de John.
-Tu es allé en prison, affirma Sherlock.
-Je vais mettre les chandelles sur la table : c'est plus romantique.
-Je ne suis pas son rencard ! tenta de lui dire John mais l'autre homme était déjà repartit.
Sherlock continuait de regarder dehors, elle dit à John de manger, précisant que l'attente risquait d'être longue. Il y eut un petit silence. Elle avait mit son menu de côté, spécifiant clairement qu'elle ne mangerait pas.
-Vous devriez mangez vous aussi, se permit John.
-Pourquoi ?
-Vous êtes... assez mince.
-Je me porte très bien, pas la peine de vous inquiéter, coupa court Sherlock.
Elle ne daigna pas le regarder durant le petit échange. John coupa soudainement la surveillance de la brunette.
-Les gens n'ont pas de meilleur ennemi.
-Pardon ? fit-elle en reportant son attention sur lui.
-Dans la vraie vie : on n'a pas de meilleur ennemi. Ça n'existe pas.
Elle reprit la surveillance des alentours, ses doigts tapotant la table et répondit distraitement au médecin.
-Vous croyez ? On doit s'ennuyer alors.
-Alors c'est qui ce type ?
L'altercation qu'il avait eu plus tôt avec l'homme au parapluie le rendait mal à l'aise, car ce type savait beaucoup trop de chose de lui et lui ne savait rien sur cet homme si ce n'est qu'il était le "meilleur ennemi" de Sherlock.
-Et qu'est-ce que les vrais gens ont dans leur vraie vie ?
-Des amis. Des personnes qu'ils aiment, des personnes qu'ils apprécient ou non… Des copines, des copains…
-C'est ce que je disais : ces gens doivent s'ennuyer.
-Vous n'avez pas de copain? demanda curieusement John.
-De copain ? Non… Ce n'est pas ma tasse de thé.
John hocha la tête puis se stoppa. Venait-elle de dire qu'elle était lesbienne ? Il n'avait, bien sur, aucun problème avec ça, sa sœur l'était. Il était juste surpris.
-Je vois… Alors une copine, peut-être ? Ce qui ne serait pas un souci…
-Je sais que ce n'est pas un souci, fit Sherlock en fronçant les sourcils, mais ce n'est pas ce que je voulais dire quand j'ai dis que ce n'était pas ma tasse de thé.
-Donc vous n'avez personne ?
-Non, le coupa-t-elle.
-OK. D'accord. Vous êtes sans attache. Comme moi. Bien. Très bien.
Il était un peu gêné d'avoir abordé ce sujet étant donné qu'elle semblait très fermée à ce propos. Il la vit prendre une inspiration et le regarder franchement pour une fois.
-John, je crois qu'il faut que vous sachiez que je me considère comme mariée à mon boulot, dit-elle en passant une main dans son cou. Et même si je me sens très flattée par votre intérêt, je ne suis pas en train de…
-Non, non, non : je ne vous demande rien, non. Je dis seulement que, que tout me va.
Mon dieu, John se sentait tellement mal à l'aise. Sherlock avait cru qu'il la draguait et ça c'était pas bon. Bien sur qu'il la trouvait belle, Sherlock était belle, c'était un fait mais il ne cherchait absolument pas à la draguer.
-Bon. Merci… fit la détective en reportant son attention sur la rue en face. Regardez en face : le taxi. Il s'est arrêté. Personne n'en sort, personne n'y monte. Pourquoi un taxi ? Oh ! C'est très fort ça ! C'est très fort. Pourquoi c'est très fort ?
John se détourna et remarqua un taxi arrêté à l'adresse donnée. Par la fenêtre arrière on pouvait voir un homme observer les alentours. Il demanda si c'était lui.
-Ne le regardez pas.
-Vous le regardez bien, vous, répliqua John
-On peut pas le faire tous les deux, dit-elle en s'emparant de ses affaires.
Elle sortit sur le trottoir en remettant sa veste et son écharpe. John la suivit à l'extérieur, se demandant ce qu'ils allaient faire maintenant. Quand soudainement le taxi repartit et Sherlock s'élança manquant de se faire renverser par une voiture. Elle glissa sur le capot sans se préoccuper du conducteur. John s'excusa à sa place et suivit la jeune femme qui s'était arrêté deux mètres plus loin.
-J'ai vu son numéro, déclara-t-il en arrivant près d'elle.
-Bravo ! puis elle ajouta, les doigts sur les tempes, comme pour elle-même : Rue à sens unique, travaux, feu rouge, couloir de bus, passage clouté, tournez à gauche, feu rouge.
Elle rouvrit les yeux et s'élança vers un homme qui ouvrait la porte d'un immeuble. John suivit Sherlock s'excusant à sa place quand elle bouscula l'homme en question. Ils montèrent sur le toit. John entend sa colocataire l'encourager à avancer, elle semble tellement habitué à franchir chaque obstacle, à sauter de toit en toit. Il arrive soudainement au bord d'un immeuble et il lui semble que l'écart entre les deux bâtiments est trop grand.
-Allez John ! On est en train de le perdre !
Il prend son élan, encouragé par Sherlock qui continue d'avancer et saute par dessus le vide. Ils descendent de l'immeuble et retrouve la terre ferme. Ils empruntèrent des petites routes sans jamais ralentir et enfin il retrouve une route principale. Ils courent tous les deux à en perdre haleine. John voit Sherlock accélérer : ils y sont.
-Police ! crie-t-elle en se jetant presque devant le taxi : Ouvrez la portière !
Elle ouvre la porte à la volée et observe l'homme à l'arrière du véhicule.
-Non… Dents, bronzage… Californien, non ? dit-elle essoufflée. Tout juste arrivé de Los Angeles.
Derrière elle, John arrive, aussi à bout de souffle.
-Comment pouvez-vous le savoir ?
-L'étiquette !
Le passager les regarde, interrogateur. Le médecin se dit bien qu'ils doivent avoir l'air totalement ridicule. Mais Sherlock n'en a cure et rajoute à l'attention de l'homme :
-Sans doute la première fois que vous venez à Londres, hein ? Je le vois à votre destination finale et au chemin qu'a pris le taxi.
-Pardon, mais vous êtes de la police ? demande le californien, dubitatif.
Sherlock lui montre rapidement une carte.
-Oui. Tout va bien ?
-Oui.
-Bienvenu à Londres, fait Sherlock en lui offrant un sourire forcé.
Elle s'écarte et John se sent un peu obligé d'ajouter quelques chose. Après tout leur crédibilité doit frôler les zéros au vu du regard de l'homme.
-Si vous avez un problème, n'hésitez pas, dit-il puis il claque la porte et rejoint la brune.
Il arrive près de la jeune femme qui reprend son souffle, les joues un peu rougies.
-Ce n'était qu'un taxi qui ralentissait, finalement, fait John en reprenant son souffle lui aussi.
-Finalement, répéta-t-elle
-Pas l'assassin.
-Pas l'assassin. Non.
-Mauvais pays, mais bon alibi.
-Et voilà.
Ils avaient enfin reprit leurs souffles.
-Où vous l'avez eue ? Faites voir !
John attrapa la carte qu'avait montré plus tôt Sherlock. Il reconnut le nom inscrit.
-C'est celle du lieutenant Lestrade ? Dit-il dans un sourire.
-Ouais. Je lui fais les poches quand il est contrariant. Vous pouvez la garder : j'en ai un paquet à la maison.
John se mit à rire. Toute cette situation était risible. Cependant Sherlock ne comprenant pas fit une petite moue.
-Quoi ?
-Rien…, fit John puis il se remit à rire et la cita : « Bienvenu à Londres »
Elle rit à son tour puis remarqua que le californien les montrait du doigt tout en parlant à un véritable agent de police.
-Vous avez retrouvé votre souffle ? Demanda Sherlock
-C'est quand vous voulez.
Sherlock se mit à courir en sens inverse et John la suivit dans les rues froides de Londres.
A peine avaient ils franchit la porte du 221B Baker street qu'ils s'adossèrent au mur, reprenant leur souffles difficilement.
-C'était ridicule… C'est la chose la plus ridicule que j'ai jamais faite.
-Vous avez envahi l'Afghanistan, rétorqua Sherlock.
Ils se mirent à rire de bon cœur.
-J'étais pas seul, se défendit-il.
La brune se débarrassa de ses petits escarpins noirs avec un soupir de bonheur. Les balançant à travers le hall sans la moindre considération.
-Comment avez vous fait pour courir avec ça ?
-L'habitude, fit-elle simplement.
-Pourquoi on retourne pas au restaurant ?
-Ils vont ouvrir l'œil. J'y croyais pas trop de toute façon, avoue-t-elle en haussant les épaules.
John fronça les sourcils. Si elle n'y croyait pas qu'elle était l'intérêt de faire tout ça.
-Alors pourquoi on y est allé ?
-Pour passer le temps en fait. Et pour prouver un truc, dit-elle vaguement.
-Quel truc ?
-Sur vous, dit-elle avant de s'écrier : Mme Hudson ! Le Dr Watson prendra la chambre qui est au premier.
-Qui a dit ça ? rigola John devant l'assurance de la brune.
-L'homme qui est à la porte, déclara-t-elle mystérieusement.
Des coups retentirent alors qu'elle prononçait la dernière syllabe. John alla ouvrir la porte et tomba nez à nez avec Angelo, le chef du restaurant, il tenait la canne de John dans sa main.
-Sherlock m'a envoyé un texto. Il me disait que vous aviez oublié ça, dit-il en lui tendant.
John se retourne vers sa désormais colocataire et la voit sourire, creusant d'adorable fossette sur ses joues. Le médecin lui sourit en retour.
-Oui. Oui, merci, dit-il à l'attention d'Angelo.
Il re-rentre dans l'appartement mais soudain Mme Hudson débarque dans le petit hall la mine déconfite. Elle attrape les épaule de Sherlock dans un geste très maternelle.
-Sherlock, qu'avez-vous fait ?
-Mme Hudson ? fait Sherlock, ne comprenant pas les agissements de sa logeuse.
-Au premier, presse Mme Hudson.
Sans attendre, Sherlock monte les marches quatre à quatre et John la talonne de près. Ils découvrent alors que la police a investi les lieux. Lestrade est assis sur un des fauteuils près du foyer, la valise de Jennifer Wilson ouverte à côté de lui.
-Qu'est-ce que vous faites ? s'écrie Sherlock en entrant dans l'appartement.
-Je savais que vous trouveriez la valise. Je ne suis pas idiot, fait Lestrade en lui jetant un regard entendu.
-Et vous entrez ici par effraction ?
La jeune femme était furax.
-Vous faites de la rétention de preuve et on n'a pas forcé votre porte.
-Comment vous appelez ça alors ? dit-elle en désignant les policiers qui farfouillent un peu partout dans l'appartement.
-Une saisie de drogue, déclare Lestrade.
Sherlock pince les lèvres. John derrière elle, n'en revient pas qu'on puisse prendre la jeune femme pour une droguée. Il rigole, moqueur envers les policiers.
-Vous voulez rire ? Une junkie, elle ? Vous la connaissez vraiment mal ! fait-il sur de lui.
-John… marmonne sa colocataire en se retournant vers lui.
-Je suis sûr que si vous fouillez l'endroit de fond en comble, vous ne trouverez rien d'euphorisant, appuie-t-il.
-John, vous pourriez peut-être la boucler maintenant ? ordonne Sherlock à quelques centimètres de son visage.
-Oui, bien sûr… acquiesce John puis il se stoppe et regarde la jeune femme. Non ?!
John n'y croit pas. Sherlock serait une junkie, sérieusement ? Mais il doit se rendre à l'évidence, il voit clairement dans les yeux bleus qu'elle est coupable.
-Quoi ?
-Vous ? tenta John.
-La ferme ! lui ordonna-t-elle et John crut déceler de la gène.
Elle se retourna vers Lestrade.
-Je n'ai pas de compte à vous rendre.
-Pas vous, sourit le lieutenant. Mais Anderson, mon chien-renifleur, si.
Elle suivit le regard du lieutenant et vit le légiste lui faire un petit coucou de la cuisine.
-Anderson, qu'est-ce que vous foutez dans une descente de stup' ?
-Je me suis porté volontaire.
-Ils se sont tous portés volontaires. Ils ne sont pas vraiment de la brigade des stup' mais ils sont zélés, fit Lestrade.
Sherlock était clairement énervée, elle pinçait les lèvres et tournait sur elle-même fusillant tout ceux présents dans la pièce. On aurait dit une lionne en cage.
-Ce sont des yeux humains ? s'écria Donovan en leur montrant un bocal.
-Remettez-les en place ! lui ordonna Sherlock.
-Ils étaient dans le four à micro-ondes !
-C'est une expérience, répondit la brune avec un regard noir pour la policière.
-Continuez à chercher. A moins que vous ne décidiez de coopérer. Auquel cas je les renverrai… fit Lestrade en guise de chantage.
Sherlock continuait de faire les cents pas dans l'appartement. John la regardait tourner en rond, hors d'elle.
-Tout ceci est puéril.
-Et vous, vous êtes une enfant. Ceci est notre affaire et si je vous mets dans le secret, vous ne devez pas faire cavalière seule. C'est clair ?
John remarqua que Lestrade n'agissait pas forcément à l'encontre de la jeune femme. Il lui semblait que le lieutenant voulait réellement qu'ils fassent équipe et pas seulement parce que Sherlock était une excellente détective, Lestrade appréciait la brune. Cependant cette dernière n'avait pas l'air d'y accorder de l'importance. Elle se mit devant lui et lui cracha :
-Sinon quoi ? Vous remontez une opération bidon pour me persécuter ?
-Elle ne sera plus bidon si on trouve quelque chose, dit-il à moitié peiné pour Sherlock.
-Je suis clean ! s'écria-t-elle exaspérée.
-Et votre appartement ? Il est clean ? demanda le lieutenant.
-Je ne fume même pas, grogna-t-elle.
Elle dévoila le patch sur son avant-bras gauche. Lestrade lui montra alors son avant-bras droit où se trouvait un patch semblable à celui de Sherlock.
-Moi non plus. Alors travaillons ensemble…
Sherlock se retourna en soupirant et remit sa manche correctement tandis que le lieutenant faisait de même. Elle observa le fouillis de son appartement.
-On a retrouvé Rachel.
-Qui est-elle ? fit soudainement Sherlock en reportant son attention sur Lestrade.
-C'est la fille de Jennifer Wilson.
-Sa fille ? Pourquoi aurait-elle écrit le nom de sa fille ? Pourquoi ? s'étonna la jeune femme.
-Peu importe : on a retrouvé la valise. Et d'après quelqu'un que je connais, c'est l'assassin qui devait avoir la valise, et on l'a retrouvée. C'est notre psychopathe préférée qui l'a planquée, fit Anderson de la cuisine.
La jeune femme se retourna, très peu affectée par ces mots et toisa le légiste avec mépris.
-Je ne suis pas une psychopathe, je suis une sociopathe de haut niveau. Il faut vous renseigner, dit-elle puis elle se tourna vers le lieutenant : Faudrait convoquer Rachel et l'interroger : je dois interroger Rachel.
-Elle est morte.
-Génial ! s'écria-t-elle surexcitée. Comment, quand, pourquoi ? Y'a-t-il un lien ? Y'en a surement un !
John regarda sa colocataire de travers comment pouvais-t-on se réjouir de la mort de quelqu'un.
-Et bien, j'en doute parce qu'elle est morte il y a 14 ans. Techniquement elle n'a jamais été en vie : Rachel a été la fille mort-née de Jennifer Wilson, il y a 14 ans, déclara sombrement le lieutenant.
-C'est… C'est curieux… Comment ?... Pourquoi elle aurait fait ça ? Pourquoi ? demanda-t-elle déstabilisé.
-Pourquoi aurait-elle pensé à sa fille au moment de mourir ? Je comprends mieux pour le "sociopathe" maintenant, se moqua Anderson.
John fronça les sourcils, il n'aimait pas vraiment la façon dont tout ces gens traitaient Sherlock mais d'un autre côté, il devait l'avouer, la jeune femme était loin d'avoir un caractère sociable et ouvert aux autres. Son cerveau travaillait trop différemment pour que le contact avec autrui marche réellement. D'ailleurs, l'ex-militaire se demandait pourquoi lui n'avait pas autant de mal que les autres.
-Non, elle n'a pas pensé à sa fille : elle a gravé son nom dans le plancher, avec ses ongles. Elle était mourante, ça lui a demandé un effort, ça lui a aussi fait mal, rétorqua Sherlock sur les nerfs.
Elle se remit à faire les cent pas, les mains jointes sous le menton. John s'autorisa à faire part de sa théorie.
-Vous avez dit que les victimes prenaient elles-mêmes le poison, qu'il les oblige, en fait, à le faire. Donc, peut-être que, je ne sais pas, il leur parle. Peut-être qu'il s'est servi de la mort de la fille, dit-il tout de même un peu incertain.
-Oui, mais c'était il y a des lustres, fit Sherlock en s'arrêtant. Pourquoi ça la bouleverserait encore ?
John cligna des yeux. Ok, elle n'était pas très ouverte aux autres mais là, il commençait à croire que le "sociopathe" était mérité. N'avait-elle aucune connaissance sur ce genre de traumatisme ? Elle qui semblait savoir tout. Le silence dans la pièce, la fit se dandiner sur ses pieds (qui étaient encore nus), elle baissa les yeux.
-C'est pas bon ? marmonna-t-elle.
L'ex-militaire crut sourire en voyant l'air embrassé de sa colocataire.
-Pas très, non.
Elle s'approcha de lui.
-Oui, mais si vous alliez mourir, si on vous avez tué, à la dernière seconde, qu'est-ce que vous diriez ?
-Mon Dieu, laissez-moi en vie, fit John très peu convaincu.
-Oh ! Un peu d'imagination !
-Je n'en ai pas besoin, soupira John.
-Oui, mais si vous étiez futé, réellement futé : Jennifer, gérant tous ses amants, elle, elle l'était ! Et elle essaie de nous dire quelque chose !
Et la revoilà, qui marchait dans la pièce sans arrêt. Les pas feutrés de Mme Hudson dans l'entrée se firent entendre.
-Votre sonnette ne marche pas : votre taxi est là, Sherlock, fit la logeuse.
-Je n'en ai pas commandé. Allez-vous-en ! ordonna-t-elle.
-Oh la la ! Quelle pagaille ils sont en train de mettre ! Que cherchent-ils donc ? demanda Mme Hudson à John.
Le médecin hésita à dire la vérité et opta pour une demi-vérité.
-Ils cherchent de l'herbe, je crois.
-Mais c'est pour ma hanche, en fait, ce sont des herbes médicinales… commença la plus vieille.
Sherlock qui était à deux doigts s'arracher les cheveux se mit à crier :
-La ferme ! La ferme ! Tout le monde ! On ne bouge plus, on ne parle plus, on ne respire plus ! Je réfléchis ! Anderson, visage au mur : vous me perturbez !
-Quoi ? Qu'est-ce qu'il a mon visage ? fulmina Anderson.
-Tout le monde se tait. Et Anderson, cachez votre visage, fit calmement Lestrade.
Le légiste grogna mais Lestrade lui ordonna de le faire et il ne put qu'obéir. John en profita pour aller s'asseoir dans un des fauteuils.
-Et votre taxi ? demanda la logeuse.
-Mme Hudson ! éructa Sherlock et la vieille femme disparue dans l'escalier, effrayée.
Puis subitement, la jeune femme s'arrête et sort un "oh" comme si elle avait eu une illumination. Son visage rayonne, elle a trouvée.
-Elle était futée, futée, oui ! fait-elle avec bonheur. Elle est plus futée que vous tous et elle est morte : vous ne voyez pas ? Vous ne comprenez pas ? Elle n'a jamais perdu son portable : elle l'a planqué sur son assassin. Quand elle est sortie de la voiture, elle savait qu'elle allait mourir. Et elle a laissé le portable afin de nous conduire à son assassin !
-Mais comment ? demanda Lestrade.
-Comment ça « comment » ?
Le lieutenant se crispa. Sherlock observa le reste de la pièce et personne ne semblait comprendre.
-Rachel ! s'écria-t-elle. Vous ne voyez pas ? Rachel ! fit-elle une seconde fois puis voyant que personne ne réagissait : Regardez-vous : vous êtes à pleurer. C'est agréable de ne pas être moi ? Ça doit être reposant. « Rachel » n'est pas un nom !
-Alors qu'est-ce que c'est ? fit John, horripilé par le comportement de Sherlock.
-John, il y a une étiquette sur la valise, avec une adresse e-mail.
.uk, lut John.
Sherlock se mit à taper sur l'ordinateur allumé sur le bureau.
-Oooh j'ai été trop lente : elle avait un téléphone mais pas d'ordi. Elle s'en servait pour son travail, notamment pour envoyer des mails. C'est donc un Smartphone et elle avait un site web pour son compte. Son adresse e-mail est son nom d'usager et donc, tous ensembles, son mot de passe est…
-Rachel, finit John.
-Donc on peut lire ses mails, et après ? fit Anderson.
-Anderson, taisez-vous : vous faites baisser le Q.I de toute la rue, lui répondit Sherlock avec mépris. On peut faire beaucoup plus que de lire ses mails. C'est un Smartphone : il est doté d'un GPS. Ce qui veut dire que si on le perd, on peut le localiser en ligne. Elle nous conduit directement à l'homme qui l'a tuée !
-Sauf s'il l'a jeté, rétorqua Lestrade.
-On sait que non, répondit John penché sur l'épaule de Sherlock.
La jeune femme s'impatienta, tapotant sur la table en passant nerveusement une main dans ses cheveux. Mais ce n'était pas de la nervosité c'était de l'excitation reconnut John.
-Sherlock-chérie, le chauffeur de taxi ! fit Mme Hudson en revenant.
-Mme Hudson, c'est l'heure de votre infusion calmante, non ? fit Sherlock puis elle s'adressa à Lestrade : Il va falloir des voitures, et un hélico, et faire très vite : la batterie ne durera pas éternellement.
-Tout ce qu'on va obtenir, c'est une localisation, pas un nom, fit Lestrade.
-C'est un début ! affirma Sherlock.
-Sherlock… appela John, les yeux fixés sur l'écran.
-ça réduit le périmètre de recherche à un quartier de Londres, et c'est la première piste sérieuse qu'on ait, continuait Sherlock.
-Sherlock… répéta le médecin.
La détective revint vers John et se pencha par dessus son épaule pour pouvoir regarder l'écran. Les mèches brunes en pagailles effleurèrent la joue de John.
-Où est-il ? Vite, où ?
-Ici. Ici, au 221B Baker Street.
Sherlock plissa les yeux.
-Comment est-ce possible ? Comment ? demanda John.
-Peut-être qu'il était dans la valise quand vous l'avez ramenée, et qu'il est tombé quelque part, proposa le lieutenant.
-Quoi, sans que je le remarque, moi ? fit Sherlock, un peu vexée.
-Il a quand même rappelé quand on lui a envoyé un texto, remarqua John.
Lestrade ordonna à ces hommes de chercher le portable dans l'appartement. Quand à Sherlock, elle semblait ailleurs, les yeux vagues, les boucles brunes retombant sur son visage sans qu'elle y fasse gaffe. John la vit regarder autour d'elle, étrangement. Il s'attendait à la voir tomber à n'importe quel moment.
-Sherlock, ça va ?
-Quoi ?... Oui, oui, très bien… marmonna la jeune femme.
-Comment son portable peut-il être ici ?
-J'en sais rien, fit-elle
-Je vais réessayer.
-Très bonne idée ! fit la jeune femme en partant vers les escaliers.
-Où allez-vous ?
-Juste prendre l'air. Je sors deux petites minutes. Je ne serai pas longue.
Elle avançait d'un pas lent vers les escaliers, la nuque raide.
-Vous êtes sûr que ça va ? s'inquiéta à nouveau le médecin.
-Très bien !
La détective disparut. Quant à John, il se demandait ce qui avait pu perturber autant sa colocataire, parce que c'était clair : elle était perturbée. Il réessaya d'appeler le téléphone de Jennifer Wilson tout en regardant par la fenêtre. Soudain il vit Sherlock prendre un taxi.
-Elle vient de prendre un taxi. Eh ! Sherlock vient de prendre un taxi, en bas, dit-il à l'intention du lieutenant.
-Je vous avais dit que c'est ce qu'elle faisait, fit Donovan avec un air dégoutté puis elle s'adressa à Lestrade : Elle a encore filé. On perd notre temps !
-J'appelle le portable ; il sonne dans le vide.
-S'il sonne, c'est qu'il n'est pas ici, fit Lestrade.
John se saisit de l'ordinateur dans l'optique de relancer une recherche.
-Est-ce que c'est bien utile tout ce cirque ? continua à pester Donovan. C'est qu'une cinglée et elle vous laissera toujours tomber. Et elle vous fait perdre votre temps. Et le nôtre.
L'ex-militaire se retint de faire une remarque désobligeante à la métisse. Ce n'était pas le moment de se mettre un membre de la police à dos.
-On arrête de fouiller. On s'en va, abdiqua le lieutenant.
John se massa les tempes. Les événements le dépassaient complètement. La voix de Lestrade le ramena à la réalité, il était en train de remettre sa veste.
-Pourquoi elle a fait ça ? Pourquoi elle a filé de cette façon ? grogna-t-il.
-Je la connais moins bien que vous, s'étonna John.
-Je la connais depuis cinq ans mais je ne la connais pas.
John avait du mal à comprendre comment on ne pouvait pas apprendre à connaître quelqu'un en cinq années. Mais il s'agissait de Sherlock Holmes et cette femme à l'allure inoffensive était phénoménale d'après le médecin.
-Alors pourquoi la supportez-vous ? demanda-t-il.
Ça se voyait que Sherlock exaspérait une bonne partie des gens qui l'entourait pourtant ils restaient.
-Parce que je n'ai pas le choix, voilà pourquoi, fit amèrement Lestrade. Et parce que Sherlock Holmes est une grande dame, et que je crois qu'un de ces jours, si on a beaucoup de chance, elle pourrait être quelqu'un de bien.
Sur ces mots, la police quitta les lieux et John se retrouva seul avec la recherche qui tournait en rond. Il essaya de remettre un peu d'ordre dans l'appartement, il tentait de s'occuper l'esprit car en réalité, il s'inquiétait pour la jeune femme qui avait subitement disparus. Brusquement il regarda sa main comme s'il lui manquait quelque chose. Sa canne. Il l'oubliait à présent et marchait parfaitement bien et ça c'était grâce à la brunette. L'ordinateur émit plusieurs bips ramenant John à la réalité. Il regarde le résultat de la recherche et sans attendre, se met à courir dans les escaliers.
Il prit un taxi. A peine installé, il sortit son portable tentant de joindre la police. Le téléphone dans une main pour prévenir Lestrade et l'ordinateur dans l'autre pour suivre le trajet, John tentait de ne pas paniquer.
-Oui, Lieutenant Lestrade, s'il vous plaît. J'ai besoin de lui parler. C'est important, c'est une urgence.
Il vérifia le trajet et demanda au chauffeur de tourner à gauche.
Il arriva soudainement à la destination indiquer par le portable. Il sauta du taxi sans attendre et courut jusqu'à l'entrée du centre de formation continue Roland Kerr. C'était un grand bâtiment qui, à cette heure là, était vide. John traversait les couloirs appelant Sherlock et regardant dans presque chaque pièce pour la retrouver. Il ressent une boule dans le creux de son ventre et il espère se faire des idées.
-Sherlock ! crie-t-il une fois de plus.
Il arrive enfin au bout du couloir et pousse la porte battante. Et il la voit enfin. La fenêtre donne sur la salle où elle se trouve. Elle est de dos, sa silhouette marquée par sa grande veste, en face d'elle il y a un homme à l'allure banale mais John sait que c'est lui.
-SHERLOCK ! crie-t-il.
Mais elle ne peut pas l'entendre, il le sait. Il regarde autour de lui, il ne sait pas quoi faire et surtout, il voit la brune apporter doucement la pilule, le poison à sa bouche, il se retrouve impuissant face à la scène. Subitement, il ressent la crosse de son pistolet contre son dos. Comme un réflexe, sans trembler, il prend l'arme et tire précisément. La balle touche l'homme et il tombe alors que Sherlock sursaute en entendant le bruit.
John s'enfuit avant que Sherlock ne puisse le voir. Il vient de tuer cet homme, il le sait mais il était mauvais et il menaçait la vie de Sherlock. Il n'a plus qu'à attendre, l'arrivée de la police. Avant cela il nettoie toutes les preuves qui pourrait l'impliquer dans le meurtre de cet assassin. Mais il n'a pas peur, John connaît ce terrain et il a fait ce qui était juste.
John observe les gens qui grouillent autour de lui, des policiers, des ambulanciers. Puis ses yeux se posent sur Sherlock, elle est assise sur le marche-pied d'une ambulance, une couverture orange sur les épaules. Elle parle avec Lestrade, enfin elle monologue surtout en faisant des gestes comme d'habitude et soudain elle s'arrête et son regard se porte sur John. Ils se regardent pendant une seconde et l'ex-militaire détourne la tête. Quelques secondes plus tard, elle arrive vers lui et balance la couverture dans une voiture de police.
-Le sergent Donovan vient de m'expliquer tout ce qui… deux pilules… Une histoire affreuse, non ? Affreuse, mentit John.
-Bien visé, fit la jeune femme, pas dupe.
John mit un petit temps à répondre.
-Oui, je pense qu'on a dû tirer de cette fenêtre.
-Vous devez le savoir. Vous avez enlevé les traces de poudres de vos doigts, j'espère. Je ne pense pas que vous iriez en prison, mais autant éviter un procès, fit Sherlock très sérieusement.
John se racla la gorge, un peu mal à l'aise. Le meurtre en lui-même ne l'ébranlait pas plus que ça, c'était le fait qu'elle sache qui le perturbait un peu.
-ça va, John?
-Bien sûr que ça va.
-Vous venez quand même de tuer un homme, pointa Sherlock.
-Oui, je sais…
Ils se fixèrent quelques secondes du regard et John finit par faire un sourire en coin, comprenant que Sherlock ne le trahirait pas.
-C'est vrai, mais ce n'était pas quelqu'un de bien.
-Non. Non, ce n'était pas quelqu'un de bien, acquiesça la jeune femme.
-Et c'était un taxi épouvantable.
-C'est sûr qu'il n'était vraiment pas bon, approuva Sherlock en se mettant à marcher. Si vous aviez vu la route qu'il a prise pour venir ici.
Elle rit et son rire fut communicatif.
-Arrêtez, on ne doit pas rire : c'est une scène de crime, arrêtez, la réprimanda John sans cesser de rire lui même.
-Oh je peux bien rire, c'est vous qui l'avez tué, rétorqua Sherlock.
Donovan qui passait par là, les regarda de travers et ils s'excusèrent rapidement.
-Vous alliez la prendre cette pilule, mine de rien, fit John plus sérieusement.
-Bien sûr que non. Je gagnais du temps, fit-elle, je savais que vous viendriez.
-Vous n'en saviez rien, rétorqua John. C'est comme ça que vous vous éclatez : vous risquez votre vie pour prouver votre génie.
-Pourquoi est-ce que je ferais ça ? demanda Sherlock.
-Parce que vous êtes stupide.
Sherlock se mit à sourire et baissa les yeux. John trouvait qu'elle passait du coq à l'âne : un moment arrogante et mesquine, l'autre adorable et calme.
-Vous avez faim ? demanda-t-elle.
-Je meurs de faim, avoua le médecin.
Ils se mirent à marcher et tandis que Sherlock ventait les mérites d'un bon chinois sur Baker Street, John vit l'homme au parapluie sortir d'une berline. Il interrompu sa colocataire dans son flot de parole.
-Sherlock! Sherlock, c'est lui! L'homme dont je vous ai parlé.
Le regard de la jeune femme devint glaciale quand elle vit l'homme en question et elle se dirigea vers lui sans attendre.
-Je sais exactement qui c'est.
-Alors, encore une affaire résolue ? fit l'homme quand ils arrivèrent à sa hauteur. Quel sens du service public ! Quoique ça ne soit pas ce qui te motive, au fond.
-Qu'est-ce que tu fais ici ? fit Sherlock en croisant les bras sur sa poitrine.
-Comme toujours : je m'inquiète pour toi, fit sincèrement l'homme.
Pourtant Sherlock ne se démonta pas, comme si les mots ne l'atteignaient pas.
-Mouais, c'est ce que je me suis laissée dire…
-Toujours aussi agressive. Tu ne t'es jamais dit que toi et moi appartenions au même camp ?
-Curieusement : non, fit-elle ironiquement.
-On a plus en commun que tu ne le voudrais. Cette mesquine petite querelle entre nous est vraiment puérile : cela ne provoque que de la souffrance, la sermonna l'homme avec un air hautain. Et tu sais à quel point cela contrarie maman.
John plissa les yeux. Comment ça "maman" ? Se pourrait-il qu'ils soient frère et sœur ? Ils connaissaient bien les disputes de ce genres mais entre Sherlock Holmes et cet homme, cela semblait aller au delà d'une simple dispute comme Harry et lui avaient parfois. Ils avaient du mal à croire qu'ils pourraient faire partie de la même fratrie.
-Je la contrarie ? Moi ? s'offusqua Sherlock. Ce n'est pas moi qui l'ai contrariée, Mycroft.
-Non, non, non, attendez ! Maman ? Qui est « maman » ? demanda John, curieux d'avoir le fin mot de l'histoire.
-Une mère. Notre mère. Je vous présente mon frère Mycroft, fit la jeune femme à John qui n'en revenait pas. Qui est en train de reprendre du poids, non ?
-D'en perdre, en fait.
-C'est votre frère ? fit John ahuri.
-Bien sûr que c'est mon frère.
-Alors ce n'est pas… fit maladroitement John.
-Pas quoi ? demanda Sherlock.
Les deux Holmes observèrent John avec les sourcils froncés. Et John se dit qu'en effet c'était tout à fait plausible qu'ils soient frère et sœur.
-Je sais pas… j'ai cru que peut-être il était un prétendants obsessionnel.
Mycroft leva les yeux aux ciels, alors que sa sœur cligna des yeux.
-Franchement, John, je ne vois pas en quoi mon frère pourrait avoir l'air d'un prétendant.
-Ne fais pas comme si tu t'y connaissais, Sherly, ricana Mycroft.
Sherlock lui lança un regard noir, n'appréciant pas spécifiquement le surnom et le sous-entendu dans sa phrase.
-En réalité, Dr Watson, j'ai un poste mineur au sein du gouvernement britannique.
-Il est le gouvernement, répliqua sa sœur. Quand il n'est pas trop occupé à être les services secrets britanniques ou la CIA en free-lance. Bonsoir Mycroft : ne déclenche pas une guerre avant que je sois rentrée, ça gêne la circulation, dit-elle en s'en allant.
John fit quelques pas derrière elle avant de se retourner vers Mycroft.
-Alors quand vous dites que vous vous inquiétez pour elle, en fait c'est vrai ?
-Mais bien sûr. D'ailleurs, j'aimerais que vous preniez soin d'elle. Sans arrière pensée, évidemment, menaça presque Mycroft.
-Heu oui, bien entendu. Il s'agit donc bien d'une querelle entre enfants ?
-Elle a toujours été pleine de rancœur. Vous imaginez les repas de Noël.
Ils regardèrent Sherlock qui s'éloignait doucement.
-Oui… fit pensivement John avant de se rattraper : non. Non, en fait non. Il… Il faut que… Re-salut, fit-il à l'intention d'Anthéa.
-Bonsoir ! fit-elle toujours sur son portable.
-On s'est déjà vu, en début de soirée.
La femme fit juste un "oh" et le message n'eut pas besoin d'être plus clair.
-D'accord. Bonsoir, fit-il en s'éloignant.
-Bonsoir, Dr Watson, répondit Mycroft.
John rattrapa Sherlock qui s'était arrêtée un peu plus loin.
-Alors ? Le chinois…
-Mmmmh… Je devine toujours les prédictions de leurs biscuits.
-C'est pas vrai.
-Presque toujours. On vous a bien tiré dessus, non ?
-Pardon ?
-En Afghanistan. Vous avez bien été blessé?
-Ah ! Oui, à l'épaule.
-C'est bien ce que je pensais…
-C'est pas vrai.
-C'est la gauche.
-Vous dites ça au pif.
-C'est pas mon style.
-Oh que si ! Qu'est-ce qui vous réjouit comme ça ?
-Moriarty.
-C'est quoi « Moriarty »?
-Je n'en ai absolument aucune idée.
Ils se sourirent. John se rendit compte qu'il n'avait jamais été aussi content depuis son retour d'Afghanistan, il avait retrouvé de quoi occuper ses journées vides. Et avec ça, une colocataire plus qu'étonnante.
