Au cœur des Ténèbres

Chapitre 2

Sanglant Réveil

Le noir. C'était tout ce qu'elle percevait. Le temps avait passé. Une heure, peut être deux. Elle ne se souvenait de rien. Elle n'arrivait même pas à savoir où elle était. Elle avait juste froid, tellement froid. Elle ne pouvait bouger pourtant. C'était impossible. Quelque chose en elle refusait de fonctionner. Était ce son corps, son esprit ? La panique commençait à la gagner. Une bribe de souvenir lui revint... Méfie toi du loup.

Quel loup ? Elle n'avait jamais croisé de loup... Pourquoi pensait elle à ça ? Elle devait se lever, elle devait partir, Mère-grand allait s'inquiéter. Mère-grand... Pourquoi son cœur se serrait aussi fort ? Et pourquoi ressentait elle un froid glacial ?

Au loin elle perçut des cris, des personnes qui se hélaient, se hâtaient. Les voix semblaient venir par ici... Mais pourquoi faisaient ils autant de bruit ? Pourquoi... Elle sentit qu'une douce chaleur se répandait le long de son côté droit. Le noir se fut plus oppressant, les bruits disparurent à nouveau. Elle avait oublié qu'elle avait froid. Elle avait oublié qu'elle devait bouger.


De la douleur, ce fut ce qui la tira de cette torpeur. Une douleur si aiguë, si poignante, qu'elle avait l'impression qu'un fer chaud s'enfonçait dans ses côtes. Cette douleur était déroutante. L'obscurité cherchait à chaque instant à l'absorber, à l'entraîner à nouveau dans cet état d'inconscience. La réalité était d'un rouge sang, d'un rouge poisseux à l'odeur âcre. L'irréalité était plus rassurante, de ce noir profond, chaud. Mais la douleur persistait à la maintenir dans ce rouge. Mais la réalité, on ne peut pas lutter contre. Kathell y reprit pied dans un hurlement aiguë de pure terreur, doublé d'une douleur fulgurante.

Aussitôt des pas se dirigèrent vers elle avec précipitation. Des voix. Des mots, indistincts. Et pourtant elle percevait une certaine urgence dans ces mots brefs, dans ces bribes de phrases qui ne lui évoquaient rien. Elle sentait que quelque chose n'était pas dans la logique habituelle, dans le calme rationnel des campagnes.

« ...bougé... brûler... enfant... mère... danger. »

Danger ? Quel danger ?

Tout lui revient d'un seul coup, l'homme rencontrait dans la forêt, et puis cette vue, ses crocs s'enfonçant profondément dans le cou de sa Mère-grand. Le sang qui giclait, qui lui ruisselait sur le menton. Cette odeur âcre. Et cette envie de fuir, de prendre ses jambes à son cou.

Mais ses jambes en avait décidé autrement. Le noir était venu. Elle avait senti la pièce tourner, les images se brouiller devant ses yeux. Elle se souvenait des yeux révulsés de sa Mère-grand. Et elle avait compris que jamais plus rien ne serait comme avant.

Elle tenta de se redresser d'un coup mais une main aux ongles sales et cassés la força à se recoucher, faisant pression contre son épaule. Bon sang, elle avait mal !

« Ne bouge pas petite ».

Elle entendit un bruit de déchirement tandis qu'elle sentait une main l'inspecter. Un liquide froid coula le long de son côté et elle poussa à nouveau un hurlement. Sanglotant, elle sentit à l'odeur du sang une autre odeur se mêler, celle de l'alcool. De la vodka ?

Sa douleur fut d'une violence. Ce coup-ci le feu était bien présent. Un hurlement de dément s'échappa de ses lèvres.

« On devrait appeler le prêtre, il ne reste que l'extrême onction à lui administrer, avant que ce soit trop tard ».

Une voix d'homme, couinante comme une scie qui grince. C'était l'un des bûcherons du village voisin, un homme connu pour sa fainéantise.

« Si elle vit, c'est plutôt un exorciste qu'elle devra voir. Le Diable était ici cette nuit ».

Une voix plus bourrue ce coup-ci, mais non moins emplie d'une crainte tangible. Que c'était il passé que cette enfant ne pouvait percevoir mais qui semblait effrayer ces hommes aguerris ? Et pourquoi mettait on sa vie au conditionnel ? Était elle si mal en point que cela.


Des bras puissants la soulevèrent et l'entraînèrent vers la porte. Elle n'eut le temps que de voir une seule chose : une maison ravagée où ça et là traînaient des lambeaux de corps humain. Le sang tapissait les murs en autant de preuves de la violence de la scène qui avait dû avoir lieu. Le sol était jonchait de morceaux de bois et de verre, témoin d'une lutte sans merci entre la vieille femme et son agresseur.

A quoi la petite fille devait elle sa survie ? Nulle part elle ne voyait trace du corps de sa Mère-grand ni de celle de ce qu'elle savait maintenant être un Garou. Ce monstre de légendes, affamé de chair humaine, qui rôdait et dévorait ses proies jusqu'aux os. Les survivants étaient brûlés vifs et on détachait leur tête de leur corps avec un couteau d'argent pour qu'aucune mutation n'intervienne. Était ce le sort qui attendait Kathell ? Ou la confierait on à un exorciste qui la sacrifierait sur un autel dédié à la Vierge ?

Ce fut trop pour une si petite enfant. La nuit l'attira à nouveau dans ses bras tendus.


Et voilà pour le chapitre 2. Je n'aime pas écrire de trop gros paragraphes. Je préfère ne faire de plus petits et plus fréquent, c'est bien plus agréable mais c'est qu'une question de goût. Je vous laisse imaginer quel sera le sort de Kathell dans le chapitre 3 ;)