Elle est là, assise dans la pénombre. Ses cheveux bouclés retombent sur son visage en un lourd rideau d'ébène. Sa robe grisâtre et souillée se relève sur ses fines jambes blanches. Son corps repose contre la pierre froide et suintante. De lourdes chaînes emprisonnent ses graciles poignets, la maintenant contre la surface rugueuse. Un mince balancement incontrôlable agite la silhouette décharnée. A genoux sur le sol jonché d'immondices, elle ne semble pas prêter attention à ce qui l'entoure. Prisonnière d'une bulle noircie par la folie.
Les spectres se repaissent de ses souvenirs d'une enfance déjà si lointaine. Ils la laissent seule avec le spectre d'un avenir décharné et d'un présent brûlé et parti en fumé au détour d'un procès.
Un frémissement parcourt ses épaules, elle lève lentement son visage vers le jour qui se lève et transperce l'obscurité ambiante. Les mèches noires et grisâtres balaient son visage à la mâchoire prononcée, courent sur ses joues creusées, glissent sur ses yeux caves où brille une étincelle de cruauté. Douce caresse sur un visage si aristocratique. Ses lèvres se fendent d'un sourire tout en longueur et en dangerosité. Un mot cours maintenant sur ses lèvres où ses dents ont laissé leurs empreintes.
Un seul mot, un nom.
Un nom qui vient crever sur la barrière de ses dents. Un nom qui, repris en un murmure, roule sur sa langue. Un nom qui franchit ses lèvres en un mince filet. Un nom qui enfle, grandit dans l'esprit où il prend sa source. Un nom que, soudain, elle hurle à plein poumon. Une douce litanie qui la maintient en vie, l'enferme dans sa folie. Un cri où sa dévotion à son Maître transparaît. Un nom hurlé avec toute la force de son espoir, de son amour pour Lui.
Une dévotion morbide et mortelle qui prend sa source dans son cœur noirci. Une fleur qui croit doucement et lentement dans Azkaban.
La racine du mal à pris pied dans son cœur brûlé par la folie.
