« Les trois-là, Drago, Blaise et Pansy, veulent simplement fuir. Ils ne veulent pas être aux ordres de Voldemort et sont prêts à se battre pour ça. »
Ce revirement de situation semblait tout de même extrêmement soudain aux yeux du directeur. Il ne fallait pas oublier qui Drago avait pour père et pour modèle. Il s'apprêtait à en parler lorsque la jeune femme le prit de court pour répondre à cette question qu'il n'avait pas encore posée.
« Ne t'inquiète pas, ils ne sont pas devenus amis des moldus du jour au lendemain ! Ils ont gardé les mêmes valeurs et les mêmes préjugés mais refusent simplement que ce soit Voldemort qui les incarne. »
Severus n'eut même pas à réfléchir quelques secondes avant de savoir quoi dire. Il intima à Alexis de rester plusieurs jours avec les trois élèves afin de vérifier qu'elle ne se trompait pas sur le côté qu'ils semblaient avoir choisi. Elle faillit répondre qu'elle ne pouvait tout simplement pas se tromper, que c'était impossible mais se ravisa cela ne servirait à rien, comme toujours.
Le lendemain matin, alors que les trois Serpentard se réveillaient doucement, ils ne se doutèrent pas un instant que leur bien étrange hôtesse était partie pendant la nuit pour statuer de leur sort. De toute façon, le petit-déjeuner qu'elle avait préparé était beaucoup trop merveilleux pour qu'ils ne puissent penser à autre chose.
« Je m'appelle Héméra, désolée de ne pas m'être présentée. »
Blaise et Pansy acquiescèrent sans demander plus d'informations car non seulement ils n'avaient pas besoin d'en savoir plus mais ils étaient également quasiment certains qu'ils n'auraient jamais obtenu de réponse. Seul Drago tiqua à l'entente de ce prénom qui avait également été, s'il se souvenait bien de l'immense arbre généalogique de sa famille, celui de l'une de ses aïeules paternelles. Bien sûr, Alexis avait totalement fait exprès de choisir ce prénom d'emprunt, savait que, même inconsciemment, elle serait moins méfiée en le portant. Héméra, la déesse du jour, était un prénom qui était surtout donné à des sorcières de sang-pur et, si ce garçon blond lui portait une quelconque sympathie, cela ne pouvait être que bénéfique.
Les jours se suivirent et Alexis ne vit pas de changement dans les pensées des trois adolescents qui vivaient avec elle. Ils restaient déterminés bien qu'un peu craintifs et elle n'eut pas d'autre choix, très rapidement, de retourner voir Severus. Cette fois-ci, elle avait des arguments de choc et elle espérait que cela suffirait pour la faire enfin sortir de cet endroit. Beaucoup auraient sûrement rêvé d'avoir la même prison qu'elle, ce magnifique château enchanteur qu'est Poudlard, mais Alexis, au bout de dix-sept ans, commençaient à saturer, à n'en plus pouvoir.
Ainsi, elle se retrouva encore à la lueur nocturne gracieusement offerte par la pleine lune, dans le bureau du directeur. Bien sûr, il savait exactement ce dont la jeune femme était venue lui parler, ce qu'elle lui demanderait une fois de plus et ce qu'elle dirait, au mot près, pour que sa demande soit acceptée. Comme souvent, le teint presque maladif de Severus n'était qu'une façon supplémentaire de rendre visible le fait qu'il ne soit pas du tout prêt à avoir cette conversation une nouvelle fois.
« Ils sont clean. Ils ne supporteront pas les grandes missions, ni même peut-être les missions tout court mais ils peuvent être utiles. Ils connaissent beaucoup de nos opposants et des lieux importants à leur camp. Et puis ce ne sont que des gamins, Severus. »
Severus ne répondait pas, attendait, comme d'habitude, que son interlocutrice ait fini de dire tout ce qu'elle avait en tête.
« Je pense qu'il serait plus judicieux de les déplacer.
Ils partiront dans trois jours, le temps que je leur trouve un endroit adéquat et que j'y mette les protections nécessaires. »
Maintenant qu'il avait donné son verdict quant au sort des élèves de sa maison, le directeur ne pouvait plus qu'attendre simplement qu'Alexis essaie, comme d'habitude, de se battre pour sa libération.
« Ils restent cependant attachés à leurs familles, malgré tout et une simple lettre ou certains événements pourraient les contraindre à changer d'avis. Ils doivent rester surveillés. »
Severus resta silencieux un instant avant de répondre. Il avait surtout besoin d'être prêt pour ce qui allait suivre.
« Ils seront mis en sûreté dans les jours qui viennent, je viens de te le dire. Tu peux partir, maintenant. »
Comme il s'en était douté, un air renfrogné mais aussi calculateur et combattif à la fois s'était installé sur le visage d'Alexis et c'est avec une voix forte et assurée qu'elle parla.
« Severus. Vous savez qu'ils doivent être surveillés parce que vous n'êtes pas un total idiot et que, depuis la mort de Dumbledore, vous et moi sommes les seuls capables de surveiller ces gamins à plein temps ainsi que les seuls qui accepteraient de le faire. »
Ce qu'elle disait était vrai mais cela ne servait à rien elle ne pouvait décemment pas sortir de Poudlard, pas maintenant, pas après tout ça.
« Vous savez également que, pendant que vous vous débrouillez entre l'école, ses élèves, l'Ordre, les Mangemorts et Voldemort, moi je n'ai rien à faire de mes journées depuis que j'ai fini de lire tous les livres de la bibliothèque ainsi que tous ceux que la Salle-sur-Demande a bien voulu me montrer. »
Toujours aucune réponse, évidemment, de la part de Severus qui attendait, comme toujours dans leurs conversations, qu'elle ait fini de poser ses arguments et qu'elle le lui confirme.
« Je ne veux pas être libérée de prison mais seulement changer de cellule. »
La jeune femme regarda intensément son interlocuteur, comme si elle essayait de lui laisser l'accès à ce qu'elle pensait pour que ses arguments soient teints d'une véracité encore plus importante.
« J'ai fini. »
La chose étant confirmée, Severus se mit à soupirer d'un air las. Dans son tableau, Albus Dumbledore le regardait d'un air soucieux. Ce débat avait été récurrent entre eux et, s'ils avaient tous deux souvent changé d'avis, ils n'avaient jamais réussi à avoir le même en même temps. Garder Alexis enfermée avait été l'un de ces problèmes insolubles dans lequel les seules réponses possibles n'avaient jamais été de réelles solutions à long-terme mais seulement des moyens de repousser toujours un peu plus le moment où le choix serait forcé. Garder quelqu'un enfermé pendant aussi longtemps n'était pas sain, malgré toutes les bonnes raisons qu'ils avaient pu trouver à cela…
