1. Au départ...

Les premières années de ma vie entre les murailles épaisses du château d'Hyrule étaient fades et sans saveurs. Enfant, on nous a apprit à lire, écrire, compter ainsi que la belle et grande histoire de notre patrie. Aucun intérêt si se n'est d'avoir fait connaissance avec certains de mes futurs compagnons d'armes. Arrivés à l'adolescence, ceux qui pouvaient se « reproduire » ont été répartis dans différents dortoirs, le notre était aménagé dans une des tours et n'était composé que de matelas rudimentaires sur des cadres en bois qui nous servaient de lits. Je me souviens encore des paroles de mon père à cet instant : « Fais moi honneur, tu es la progéniture de l'Alpha dominant et tu t'es vu recevoir le pouvoir des Dieux à ta naissance. Bas toi comme un homme, parles comme un homme, marches comme un homme et pisse comme un homme. »

J'avais appris tout ça, seulement mon corps n'était pas tout à fait celui d'un homme. J'avais hérité de sa grande taille et de sa large stature ainsi que les attribues physiques de ma Gérudo de mère, si bien qu'on aurait vraiment dit un homme dans toute sa puissance et ma poitrine était constamment comprimée dans un linge pour renforcer l'illusion, il fallait enlever mon pantalon pour s'apercevoir que rien ne pendait entre mes jambes.

Au début, nous nous sommes vu remettre un paquetage contenant une épée en bois , une paire de botte, deux pantalons, deux chemises, d'une bourse -vide évidement- et d'une boucle avec le symbole Alpha dessus. Après avoir reçu nos affaires, un homme grand mais mince est venu nous chercher pour nous aligner dans la salle d'entraînement.

« -Je suis le Maître Bongo.

Armé de son bâton il nous frappa les un après les autres pour avoir nos noms.

-Toi, ton nom !

-Xanto messire, répondit un garçon longiligne.

-Appelle moi Maître pauvre demeuré ! Il le frappa. Toi.

-Vaati Maître.

Enchâssassé dans ses traits fins, son œil unique me détaillaient de pied en cap.

-Nom ?

-Ganondorf Dragmire. Répliquais-je avec assurance.

« -Fait honneur à ton nom. »

Des murmures se firent entendre. Il continua ainsi avec tout les ados. Après être passé derrière tout le monde, il nous poussa à coup de bâton vers les poteaux, hauts d'un peu moins de deux mètres les bûches affichaient trois section peintes : verts au sommet, rouge au milieu et bleu à la base. Il y en avait une trentaine environ réparti ici et là. Bongo nous avait assigné un poteau chacun et nous a fait frapper les couleurs tour à tour avec l'épée en bois.

-Bleu ! Rouge ! Bleu ! Vert ! Vert ! Bleu ! Vert ! Rouge...

Mes bras se mirent à m'élancer dès les premières minutes de l'exercice, mais je continuais à abattre mon arme de toutes mes forces. Ghirahim, qui avait momentanément relâché son bras au bout de quelques passes et avait perdu son éternel sourire après avoir goûté une nouvelle slave de coup de baguette.

-Vert ! Bleu ! Bleu! Rouge ! Vert ! Vert ! …

J'ai fini par comprendre qu'en faisant pivoter mon poignet au tout dernier moment permettait à ma lame de frapper en biais dans le poteau, m'épargnant les secousses douloureuses qu'occasionnaient chaque coups. Quand Bongo passa derrière moi, un frisson m'a parcouru le dos, il me jugeait. Mais le maître se contenta de m'observer quelques instants, puis d' émettre un grondement avant de foncer pour punir un élève qui venait de frapper le vert au lieu du bleu.

-Ouvre tes esgourdes Tyl espèce de bon à rien !

Un coup de baguette le toucha à la nuque, il chassa ses larmes d'un battement de paupières et reprit ses assauts.

-Un bon guerrier combats des deux mains ! On change de bras. Annonça t-il. Perdre un membre ne justifie pas la couardise.

Au bout d'une nouvelle heure interminable, il donna l'ordre de s'arrêter et nous a fait aligner en troquant sa baguette contre une épée comme la notre.

-Tu passes le premier abruti, lança l'instructeur à Vaati. J'attaque, vous vous défendez et on continuera ainsi jusqu'à que l'un de vous parvienne à parer un coups.

Il attaqua si soudainement qu'on a eu juste le temps de le voir faire une estacade au milieu du torse avant même que Vaati ne se soit mis en position, l'envoyant rouler sur le sol.

-Pitoyable. Lâcha Bongo d'une voix sèche. Tyl suivant.

Sa lame percuta ses côtes, le nez dans la poussière il cherchait son souffle.

-Toi Ghirahim.

Il parvint à esquiver le première attaque mais sa riposte manqua et la reprise adversaire lui faucha les jambes. Les trois autres ados qui suivirent s'effondraient sans tarder.

-Il va falloir faire mieux que ça ! Il se tourna vers moi. Finissons-en Ganondorf ! »

Je me suis mise en face de lui en position. Son unique œil rouge me scrutait avec froideur, accaparant toute mon attention... puis passa à l'attaque. Sans réfléchir, je me déplaçais sur son flanc et levais mon épée parant le coup avec un bruit mat. J'ai reculé d'un pas ignorant le silence glacé des autres, me concentrant sur le nouvel assaut du maître Bongo qui n'est pas arrivé. Je l'observais guettant un signe d'utilisation de son épée mais rien. Il nous ordonna de quitter la salle pour prendre un repas.

Le réfectoire était bondé de monde, les jeunes recrues étaient dans l'entrée et donc près des courants d'airs alors que les plus anciens étaient dans le fond. Il semblait y avoir une vingtaines de maîtres, des hommes ombrageux et bardés de cicatrices arborant d'épaisses armures et de lourdes armes. Ils affichaient tous une mine patibulaire. Maître Bongo nous indiqua notre table devant la porte.

« -La nourriture est là pour être mangée pas lancée. Déclara t-il. Vous pouvez parler librement.

Sur ses mots il est parti rejoindre les autres. La table débordait de plateaux divers et variés allant des viandes rôties au tartes, pains, fromages, gâteaux et fruits se qui contrastait avec l'austérité des lieux. Je me suis servie avant de m'asseoir.

-Comment t'as fais ? Demanda Xanto.

-Quoi ? Demandais-je en mangeant une bouchée.

-Pour parer ses coups ?

Ghirahim m'observait du coin de l'œil alors que les autres me regardaient avec insistance, je ne sais pas si ils étaient jaloux ou amer.

-Son regard...

-Quoi ! Il est borgne et alors ? Demanda Vaati.

Ils attendaient tous la réponse sauf Tyl qui ne semblait pas intéressé par la conversation. J'ai bu un peu d'eau pour les faire mijoter encore un peu.

-Il ne vous quitte pas. Dès qu'il a capté votre attention il ne vous lâche pas, si bien que vous perdez toute concentration, vous paniquez et vous vous demandez se qu'il prépare. Il faut surveiller ses gestes plutôt que son regard.

-T'as raison, j'avais l'impression d'être à sa merci, comme si son œil contenait un pouvoir spécial. Fit Xanto en croquant dans du pain. En tout cas ils s'y connaissent en nourriture.

-Ils n'hésitent pas avec les insultes et les coups de trique mais ils ne veulent pas nous laisser mourir de faim.

-C'est pour qu'on combatte mieux, répliquais-je. Une bonne nourriture fortifie les muscles. Mieux on mangera mieux on combattra.

-Qui t'as nommé chef Mandrag Ganon, cracha Ghirahim, t'es peut être le rejeton du seigneur de guerre mais ici tu vaux pas mieux que les autres.

-Je ne me suis jamais considérée comme tel. Pour lui je ne suis rien de plus qu'un soldat, tout comme vous.

Ils n'ont pas relevés.

Une bagarre éclata dans une table derrière nous, un des maître se leva et les sépara à coup de bâton. D'une voix caverneuse il déclara que si ils devaient régler leurs comptes se serai dans l'arène.

-Nous allons en connaître des batailles. Fit Tyl qui n'avait pas desserré des dents. »

Le soir était tombé, nous sommes allé dans notre dortoir Ghirahim dormait déjà si je m'en référais à son léger ronflement. Je ne sais pas si c'était le cas pour Vaati, Xanto, Tyl, mais il y en avait un qui pleurait en silence, les sanglots étouffé par la légère couverture sans doute.

Les mois ont passés, rythmés par les entraînements intensifs de Bongo et la mort de certains des élèves. Bongo disait souvent que si vous n'êtes pas capable de survivre à un entraînement, vous ne valez rien dans une bataille. Je me rend compte aujourd'hui que je suis d'accord avec ça, mais c'est parce que j'ai dû braver beaucoup d'épreuves pour en arriver où j'en suis. Il y en a une d'ailleurs qui a changé ma façon de voir les choses. L'épreuve de la nature. Un soir après l'entraînement habituel, tout le monde est allé se coucher, mais le lendemain, au lieu de retrouver les murs humides du château, j'étais à la lisière d'une forêt, ma tête lourde et embrouillée. J'ai dû attendre que les derniers effets du somnifère se dissipent pour me lever et me diriger à travers les arbres morts. Il y avait plusieurs chemins et tous se ressemblaient.

« -C'est bien ma chance. Râlais-je.

Un petit singe blanc est apparu et commençait à fouiller dans mon sac.

-Guide moi vers la sortie, lui dis-je en usant de mon pouvoir pour communiquer avec les bêtes. Et tu aura tout le loisir de fouiller ma besace.

Le macaque obtempéra, me faisant passer par des chemins qui se ressemblaient beaucoup, sortie du bois perdu, j'ai inspiré l'air de la plaine. Alors que je prenais possession du paysage, j'ai senti une odeur de cuisine et je me suis rendue compte que j'étais morte de faim. J'ai coulé un regard vers le wok qui était en équilibre sur les fagots de bois, la viande mijotait gentiment avec quelques piments, pommes et champignons. Personne à l'horizon. Je me suis approchée pour m'en servir une assiette, la pomme avait absorbé les sucs de la viande et du piment, s'était un régal. J'en reprenais une portion quand quelqu'un est sorti des buissons, c'était une jeune fille blonde aux cheveux jusqu'au épaules, habillé d'une tunique bleue ciel et d'un pantalon beige. Le petit singe s'est arrêté de fouiller et moi je la dévorais du regard. C'était très étrange, son visage et son attitude m'étais familière, j'avais l'impression de la connaître pourtant c'était la première fois que je la voyait.

-C'est bon ?

Elle avait signé pour parler, mais c'est comme si ses signes émettaient le son de sa voix.

-Délicieux.

-Sers toi, quand il y en a pour une personne, y en a pour deux.

Elle s'est assise à coté de moi et coupa une pomme, elle remarqua alors la broche d'Alpha que tripotait le singe, mais n'a fait aucune remarque.

-Je m'appelle Link, et toi ?

Comme l'ami du héros de la légende.

Sur le moment j'ai cru qu'elle disait ça pour m'en mettre plein la vue, jusqu'à que je vois le panneau sur la porte.

-Ganondorf .

Ce nom ne semblait pas l'impressionner outre mesure.

-Enchantée Ganondorf, bienvenue chez moi.

Soit elle était sotte, soit elle se fichait d'avoir un Alpha chez elle, voir les deux. Je me suis passée la main dans mes cheveux trop courts.

Elle sentait l'herbe fraîche et le vent de printemps.

-C'est étrange, on dirai que c'est le destin qui t'as mis sur ma route, peut être qui sait. Link rencontrant Ganondorf, le héros du temps rencontrant celui des Gérudos.

J'allais répliquer, mais je n'ai pas su quoi lui dire.

-La nuit commence à tomber, on devrait rentrer se coucher.

Une fois passé la porte d'entrée elle m'a conduit dans la chambre attenante à la pièce principale, elle se jeta en étoile sur le lit et s'est endormie aussitôt. J'ai pris l'autre lit qui était en face et je me suis allongée. Alors que je regardais sa poitrine se soulever et se baisser à un rythme lent, je sentais mes paupières se fermer, j'ai luté au départ, mais le sommeil m'a emporté.