Chapitre 2 - Où Cindermeda entre en scène
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Les gens commençaient à rentrer.
- James ?
Il secoua légèrement la tête. Alors Lily ne bougea pas. Elle attira le regard de Remus, mais le loup-garou avait compris et emmenait Sirius et Peter vers la maison des Potter. Le soleil cuisait sur les joues de Lily, mais elle resta où elle était. Quand le fait d'être seul face à la tombe de son père eut suffisamment détendu James pour qu'il accepte de bouger, il se laissa mener vers un banc à l'ombre. Lily l'observait à la dérobée. C'est en voyant ses yeux secs qu'elle comprit.
- C'est mauvais de pleurer à l'intérieur.
- Je vais bien, dit-il, trop rapidement.
- J'en suis certaine, fit-elle avec un rire sans joie. Je ne t'ai jamais vu autant rayonner…
- C'est de l'humour ? dit-il presque choqué.
- A une époque, tu n'aurais pas eu besoin de poser la question.
Le coin de ses lèvres tressaillit légèrement.
- Tu sais, pendant quelques heures … j'ai espéré que mon père revienne sous une forme de fantôme. On aurait eu plus de temps…
Lily avait calculé que le père de James était décédé une semaine seulement après que le Poudlard Express les ait ramenés chez eux. Abominable retour au monde réel. Mais elle pensa ensuite à Nick-Quasi-Sans-tête, coincé entre la vie et la mort depuis des siècles, et qui avait dû passer tout ce temps à retourner cette décision dans sa tête…
- Mais il n'aurait jamais fait ça, dit-il d'un air plus sûr de lui. On n'a pas peur de la mort dans la famille. On a ça dans le sang.
Lily ne l'interrogea pas sur cette affirmation. Les gens sous le choc disaient souvent des choses étranges, non ?
- Merci d'être venue, Lily.
Il n'y avait aucune animosité dans sa voix. Suspendue la tension qui existait entre eux depuis leur dernière dispute, suspendue la manière habituelle qu'ils avaient de s'adresser l'un à l'autre.
Elle regarda James éclater en sanglots silencieux, et ses mains l'attirer à elle. Elle sentit que quelque chose en lui était brisé. Sa tête était plaquée contre sa poitrine, et elle lui caressait doucement les cheveux. Dans ces circonstances, le James qu'elle connaissait n'aurait pu s'empêcher d'avoir une main baladeuse ou une remarque déplacée. Son absence d'espièglerie (alors qu'elle ne lui avait jamais donné une aussi bonne occasion) fut ce qui la choqua le plus. Elle avait pensé que faire de l'humour aurait été sa façon à lui de se ressaisir et de continuer à vivre.
Que faire ? Son cerveau semblait l'avoir abandonné. Non, Lily Evans ne paniquait jamais - même quand elle ne connaissait pas la signification du mot autour duquel tournait toute sa traduction runique. Elle devait faire ce qu'Alastor lui avait conseillé : exploiter ses propres forces. Que faisait-elle de mieux quand James était concerné ? Ah, oui.
Elle se leva et se planta devant lui.
- James Potter ! Je me fiche que ça te prenne deux mois, ou moins, ou plus. Le premier septembre, je veux que le James Potter auquel j'ai envie de botter les fesses soit devant moi. Compris ?
Il bégaya un « ou-ou-oui » en la regardant, choqué. Lily Evans était vraiment la seule personne au monde à pouvoir trouver une raison de l'engueuler le jour de l'enterrement de son père…
- Bien. Maintenant, on rentre.
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- Il y a du thé quelque part ? demanda Lily en s'essuyant les pieds avant d'entrer dans le salon où les trois autres Maraudeurs étaient installés.
- Du thé ? répéta Sirius, incrédule.
- C'est ce que Molly aurait fait, fit-elle avec un pauvre sourire.
Molly Prewett avait été leur préfète en première année. Elle était connue pour sa capacité à réconforter n'importe qui, et en particulier les première année auxquels leurs familles manquaient. Le fait qu'elle soit rousse, comme Mrs Evans, avait contribué à ce que Lily l'apprécie. Molly l'avait toujours défendue contre Bellatrix Lestrange, par exemple. La Serpentard avait passé les deux seuls mois qu'elle avait occupé en qualité de préfète (mais qui avait bien pu avoir l'idée de la nommer préfète en premier lieu? Sans doute un coup de Slughorn…) à retirer des points à tous les Nés-moldus qu'elle croisait, sous prétexte que leur sang était impur. Lily avait toujours été une de ses cibles favorites. Molly avait quitté l'école l'année suivante, et aux dernières nouvelles, elle avait épousé un cousin éloigné de Sirius, un certain Arthur Weasley, qui avait déjà quitté l'école quand Lily y était entrée.
- Dans la cuisine, indiqua Remus, serviablement. Deuxième porte à droite.
Dès que la tempête rousse eût quitté la pièce, les trois adolescents se retournèrent vers James, qui était quelque peu redevenu lui-même.
- Qu'est-ce qu'elle a bien pu faire pour que tu te sentes mieux ? J'ai bien quelques idées, mais… dit Sirius en tricotant des sourcils d'une manière suggestive.
- Arrête… dit son meilleur ami avec un pauvre sourire (le premier depuis longtemps). Elle a seulement fait ce qu'elle sait faire de mieux.
- Ce n'est pas contradictoire avec ma proposition…
- Elle m'a engueulé, Sirius. Comme un gosse.
- Je ne te savais pas des pulsions masochistes aussi prononcées.
- On parle de Lily. Elle aime me crier dessus. Sauf que d'habitude, ça ne fait du bien qu'à elle.
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Lily n'avait pas pensé se retrouver avec une théière à la main, nez à nez avec sa propriétaire. Qui ne la connaissait ni d'Eve, ni d'Adam. Mais Mrs Potter lui adressa bientôt un sourire rassurant.
- Bonjour, mademoiselle... ?
- Lily Evans, madame. Désolée pour l'intrusion…
- Lily ? dit la sorcière d'un air pensif, comme si le nom lui était familier – ce qui fit rougir Lily. (Qu'avait bien pu raconter Potter à sa mère ?) Enchantée. Vous êtes… l'amie qui lui met la tête à l'envers ?
- Ou la tête au carré, question de point de vue.
Mrs Potter eut l'air amusé, bien que ses yeux restassent tristes.
- Vous êtes Née-moldue, je crois…
Elle désigna la veste vert foncé et le jean de Lily, comme si ces oripeaux n'avaient paru déplacés qu'à l'enterrement d'un sorcier. Mais il n'y avait aucune hostilité dans le regard intense de la femme. Lily remarqua même que les pattes d'oies qui plissaient ses yeux (comme ceux de son fils) s'étaient légèrement creusées. Etait-ce de l'approbation qu'elle sentait ?
- Un peu de fraîcheur et d'anticonformisme, voilà ce dont on a besoin dans… ce genre de circonstance.
Dans ce cas … Lily lui sourit de toutes ses forces.
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Elle se sentait incapable de prendre le thé calmement avec les Maraudeurs. La scène aurait été trop surréaliste. Maintenant que James allait (un peu mieux), elle n'avait pas grand-chose à faire ici. On lui indiqua comment emprunter le Magicobus (dont elle connaissait l'existence, mais que tous ses amis lui avaient chaudement déconseillé). Mrs Potter partageait visiblement cet avis car elle lui proposa de la raccompagner, maintenant que les visiteurs étaient partis (Lily était certaine d'avoir aperçu le professeur McGonagall et la mère de Frank Londubat, mais aucune ne s'était attardée pour la saluer).
- Avez-vous l'habitude des transplanages d'escorte, Lily ?
- Non, madame.
- Alors buvez ceci.
La petite potion jaune avait un goût médicamenteux.
- Anti-vomitif, crut bon d'expliquer Mrs Potter avec un ton d'excuse.
Lily se rappela alors quelque chose.
- J'ai fait de la magie en dehors de l'école ! Est-ce que je vais être renvoyée ?
Sirius ricana.
- Tu crois vraiment à toutes ces histoires ?
- Ce ne sont pas des histoires, grinça Mrs Potter. Mais non, Lily, l'arrêta-t-elle, vous n'irez pas en prison ce soir, parce que vous n'avez fait de magie qu'en présence d'autres sorciers, non de Moldus. Sinon croyez-moi que ces quatre garnements, dit-elle avec un regard appuyé sur les buveurs de thé, y auraient passé toutes leurs vacances d'été depuis qu'ils ont eu leur baguette.
- Oh. Super.
Mrs Potter lui tendit son bras, mais Lily avait encore quelque chose à dire :
- Hé… compte tenu des circonstances, je m'engage à ne pas m'opposer à vos petites farces et à ne pas vous donner de retenue pendant la première semaine de cours. Sept jours de trêve. En échange, remettez-moi celui-là sur pied. J'aurai besoin de mon punching-ball favori contre le stress des examens.
Vu le regard de Peter et Sirius, ça ne tombait pas dans l'oreille d'un sourd.
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Elles transplanèrent jusqu'à une petite rue de Spinner's End (la seule que Mrs Potter connaisse et puisse visualiser avec suffisamment de précision pour que le transplanage ne soit pas dangereux).
- Merci de ce que vous faites pour mon fils. Une tête brûlée comme lui a parfois besoin d'être recadrée, j'en suis consciente. Mais il a bon fond.
Lily ne put qu'acquiescer. Elle n'était pas sûre de savoir quoi répondre à ça, alors elle sourit, et la sorcière aux cheveux noirs en fit autant.
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- Sirius ?
- Andy ! Comment va ma cousine préférée ?
La tête d'Andromeda Black n'aurait pas dû se trouver dans la cheminée des Potter.
Aucune partie d'Andromeda Black n'aurait dû se trouver hors du 12 Square Grimmaurd.
Sirius lâcha la tartine qu'il mangeait et s'accroupit pour être à son niveau.
- Ta « cousine préférée » a moins d'une heure pour te parler, te donner ce qu'elle a, en toute bonté, été récupéré dans ta chambre, et lancer un sort d'oubli à Kreattur, si elle ne veut pas finir le reste de son été en pension chez Tante Elladora. Mais sinon, ça va. Fais attention, vu ce que maman balance sur la porte de ta chambre, tes protections ne vont pas tenir bien longtemps…
La main d'Andromeda apparut dans l'âtre. Elle tenait un sac en cuir dont la petite taille ne laissait pas deviner la contenance réelle : Sirius s'en saisit et lui adressa son sourire le plus charmeur.
- N'est-ce pas cocasse ? Seules les personnes bien disposées à mon égard peuvent entrer dans ma chambre, et ma propre mère ne le peut pas, sauf à grands renforts de magie noire… doux amour maternel… D'ailleurs, est-ce que tu pourrais me rapporter certains de ces magazines qui sont cachés sous mon matelas…
- Heuuûrk, si je pense à ce que tu penses, dans tes rêves ! rit le visage d'Andromeda.
Elle avait les traits des Black mais ne ressemblait pas beaucoup à ses sœurs. Pourtant, Sirius préférait mille fois son visage sans grâce, mais plein de vie, aux beautés froide ou vénéneuse de ses sœurs aînées.
Ca lui faisait réellement plaisir que sa cousine ait bravé l'interdiction familiale et accepté de rester en contact avec lui. Narcissa n'avait risqué qu'une lettre, pour l'assurer de son soutien et de son aide en cas de coup dur, mais elle ne s'était pas davantage engagée à le défendre. Au contraire, Andromeda semblait mener la résistance dans le Manoir Black. Pour ce qu'il en savait, seul son oncle Alphard avait été convaincu, et surtout parce qu'il prenait un malin plaisir à contrarier sa belle-sœur Druella.
- Regulus va bien ?
Le visage d'Andromeda se fit plus grave.
- Son grand frère lui manque. Mais il s'y fait, je crois. Il reste pas mal enfermé dans sa chambre, depuis le début de l'été.
- Quelque chose ne va pas ?
Elle se mordilla les lèvres.
- Tu sais comment c'est ici… Bella… est elle-même. J'ai peur qu'elle n'arrive à attirer ton frère dans Son cercle.
Sirius n'avait pas besoin de demander de quel cercle elle parlait. Les allégeances de Bellatrix étaient on ne peut plus assumées. Sirius eut l'air sérieusement attristé d'apprendre que son frère écoutait sa plus grande cousine.
- Protège-le tant que tu peux de son influence. J'aimerais jouer mon rôle de grand frère, mais il faut qu'il apprenne à vivre dans un monde où il doit faire ses propres choix. Même si ça implique d'être renié par sa famille.
Elle sourit tristement.
- Je dois y aller. Ça m'a fait plaisir de te voir.
- Prends soin de toi, Andy.
Andromeda sourit, puis les flammes perdirent leur teinte verte et disparurent complètement. Sirius regarda tristement l'âtre, et mordit dans un nouveau croissant.
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- Andromeda a encore utilisé la poudre de Cheminette sans permission… dit méchamment Bellatrix à sa mère, en entrant dans la cuisine. Je vais finir par l'appeler Cinderella – ou plutôt, Cindermeda…
Andromeda fronça les sourcils. Narcissa Black avait reçu une édition des contes de Perrault (adaptée pour les codes de la communauté magique) pour son huitième anniversaire. Druella Black n'avait accepté de lui offrir qu'après avoir lu la version du conte proposée par la seule librairie de qualité de l'Allée des Embrumes. Une version dans laquelle une moldue et ses deux filles tentaient d'asservir une sorcière à la fois belle et ambitieuse (puisqu'elle se rendait au bal du prince de son pays dans le but de le séduire), et se retrouvaient à la fin ramenée « à leur juste place » par la sorcière et son époux de prince : riches et de sang pur. Druella avait estimé que le conte constituait un bon modèle pour ses filles, mais Bellatrix avait toujours refusé de le lire, selon son principe de ne pas approcher tout texte d'origine moldue. Ce qui ne l'empêchait pas de connaître la référence.
- J'ai plus que l'âge pour avoir mon propre réseau de Cheminette… protesta-t-elle.
- Mais pas encore celui pour me désobéir, coupa la voix de Druella Black. A qui parlais-tu ?
Andromeda serra les dents, l'air butée d'une enfant de cinq ans sur les lèvres.
Druella soupira et tapota la cheminée avec sa baguette. Il y avait un éclat de triomphe dans les yeux de Bellatrix.
- Dernière communication ?
- La famille Potter, à Godric's Hollow, répondit obligeamment le manteau de la cheminée.
- Potter ? Tu es amie avec les Potter ?
Andromeda se demande une nouvelle fois comment il était possible d'être assez bête pour ne pas comprendre où son cousin avait pu se réfugier, après sa fugue.
- Avec James Potter, dit-elle avec un air de défi.
Elle sut aussitôt que Druella calculait dans son esprit ce que représenterait une alliance matrimoniale entre les Potter et les Black. Les Potter étaient de sang pur, bien qu'ils n'en tirent aucune fierté, et riches avec cela. Etant donné son âge, la femme du patriarche Potter ne tarderait pas à rejoindre son mari dans l'autre monde, et cela ferait du jeune James un parti tout à fait convenable…
- Invite-le à prendre le thé ici, un de ses jours. Mais plus de coup de cheminée inutile. La poudre de Cheminette commence à atteindre des prix démentiels…
Andromeda soupira intérieurement de soulagement et ignora le regard noir de sa sœur aînée.
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Le mois de juillet touchait à sa fin. Lily se rendit au Chemin de Traverse. Les dates des soldes étaient calculées pour tomber avant le moment où les élèves de Poudlard recevaient leur liste de fournitures, mais elle se flattait d'être plus futée que les commerçants. Elle avait récupéré la liste d'une cinquième année dès le mois de septembre précédent et était déterminée à faire des économies en achetant les livres incontournables qui avaient peu de chance de disparaître de la liste. A sa connaissance, il n'y aurait qu'un seul changement dans le personnel professoral : son amie Alice lui avait confié dans une lettre ce qu'elle avait appris d'Augusta Londubat (qui était membre du conseil d'administration… et accessoirement la mère du petit ami d'Alice). Le directeur, Albus Dumbledore, n'était pas parvenu à trouver de candidat satisfaisant pour le poste de Professeur de Défense contre les Forces du Mal et assurerait donc les cours en question.
Elle croisa dans la rue commerçante (étonnamment déserte pour cette période de l'année) une Molly (Weasley à présent) épanouie, au bras de son mari (un homme très agréable qui faisait deux fois sa taille) et ses deux fils, William et Charles. Molly lui confia qu'ils attendaient un autre heureux évènement pour le début de l'année suivante, et cherchaient des meubles et des vêtements soldés pour la maison qu'Arthur et elle allaient bientôt acheter.
Lily passa en somme un très bon après-midi, si l'on exceptait le fait que les deux petits Weasley avaient tellement apprécié leur babysitter improvisée qu'elle dut rentrer chez elle avec les cheveux verts à pois roses.
« La couleur devrait s'atténuer avec le temps » avait dit Arthur.
Il n'empêchait que l'enthousiasme qu'avaient mis les deux garçons dans leur sort fit qu'elle ne put croiser Mr ou Mrs Evans pendant la semaine suivante sans qu'ils soient pris d'accès de fou rire. Merlin, ce qu'elle détestait qu'on se moque d'elle.
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- Regarde ce que j'ai trouvé, dit Andromeda.
Sirius examina le parchemin.
Au premier abord, ce n'était qu'une liste de noms. Longue comme l'essai d'Histoire de la magie que leur avait donné le professeur Binns pour les vacances, nota-t-il, avant que ses yeux ne soient attirés par quelque chose. Sirius reconnaissait plusieurs noms. Mary McDonald. Elia Montgomery. Alban Salistan.
Lily Evans. Le nom était entouré.
- Je l'ai trouvé sur la table de nuit de Bella, expliqua Andromeda. Elle est partie rejoindre… Tu-sais-qui.
Le Tabou était de rigueur depuis la semaine précédente. Il avait fallu quatre attaques de Mangemorts pour que le Département des Aurors comprenne comment ils avaient choisir leurs cibles, et pour que la Gazette du Sorcier ne propage l'information. Voldemort était devenu plus qu'un nom. C'était un spectre qui apportait aux imprudents ce que son nom promettait.
James Potter, qui était assis à table, derrière Sirius, demanda :
- Quoi ? Qu'est-ce qui est écrit ?
Sirius lui tendit la liste, blanc comme un linge.
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