Bonjour !
Tout d'abord, joyeux Noël à tous :).
Voilà donc la suite qui fournit quelques explications supplémentaires.
Bonne lecture !
lily : c'est vrai que c'est assez bizarre pour le moment. J'espère que la suite t'éclairera un peu plus :).
La neige fondue
oOo
Neal ouvre la porte et la claque avec force. Je jette un regard à l'horloge de la cuisine – il est vingt heures.
Il me fixe avec provocation, me mettant au défi de lui faire une remarque, comme n'importe quels parents le feraient en voyant leur fils rentrer à une heure pareille.
J'échange un regard sombre avec David.
« Nous allons passer à table, » j'annonce finalement.
.
« Il nous déteste. »
David ne cherche même pas à me contredire. Il se contente de soupirer, comme s'il avait perdu tout espoir.
« Il ne nous connait pas. Ça lui passera, » dit-il sans conviction.
« Ça fait un mois, David ! Un mois que nous le connaissons et il nous traite comme si nous étions des étrangers. »
Ma voix monte dans les aigus avant de se briser. Je voudrais fondre en sanglots – j'aimerais fondre en sanglots.
Ça me prouverait que je sais toujours pleurer.
Il ne répond pas, fuit mon regard et se sert un verre d'alcool. Du whisky, je suppose. David ne boit plus que ça depuis que nous sommes revenus.
Il essaie de noyer quelque chose – son désespoir, son chagrin, je n'en sais rien. Il me parle à peine.
Je voudrais crier, le secouer jusqu'à ce qu'il réagisse mais je me contente de me murer dans un silence absolu.
Je ne peux m'en prendre qu'à moi même. J'ai laissé mon fils derrière moi en ne pensant pas un seul instant que je ne reviendrais peut-être pas.
J'ai été stupide. Inconsciente. Naïve.
Et je le paie au prix fort aujourd'hui.
Les mains tremblantes, je quitte précipitamment l'appartement. Je ne supporte plus ces non-dits entre David et moi.
Vraiment, quels grands héros nous sommes.
.
« J'avoue que je suis assez surprise que tu viennes me rendre visite... »
Je ne réponds pas, les mains serrées autour de ma tasse de thé, le regard sondeur de Maleficient posé sur moi. Au bout d'un moment, je hausse les épaules.
« Je voulais voir... comment tu allais. »
C'est une excuse comme une autre. Mauvaise, mais je ne trouve rien de mieux. Moi même, je ne sais pas pourquoi je suis là, chez une personne à qui j'ai enlevé l'enfant et qui m'a haïe pendant des années et des années.
Heureusement, elle accepte l'explication sans sourciller.
« Comment va Lily ? » je demande, tentant de meubler la conversation. Je daigne enfin la regarder dans les yeux. Elle ne bronche pas quand je les promène sur son visage.
Les années ne l'ont pas épargnée et je peux compter les rides sur sa peau. Malgré cela, elle dégage toujours une impression de puissance.
« Bien. Elle est avec August depuis cinq ans. Ils se sont mariés l'année dernière. »
Je hoche la tête. Ainsi, une part de lumière persiste toujours en elle malgré tout.
« Comment va Neal ? » demande à son tour Maleficient.
Elle a la décence de ne pas demander comment va Emma – ou plutôt, le fantôme qu'elle est devenue.
Le fantôme que nous sommes tous devenus.
J'hésite à lui dire la vérité. Je n'en peux plus de prétendre que tout va bien alors que je ne suis plus qu'une enveloppe vide. Pourtant, je continue de sauver les apparences.
Mon visage se fend d'un sourire hypocrite.
« Très bien. »
Nous ne parlons pas de l'incident d'il y a trois jours.
.
Lorsque je rentre, ni Neal ni David ne sont là. Il y a juste Henry, assis sur une chaise et se balançant d'un geste compulsif. Il fait excessivement chaud dans l'appartement mais cela ne dérange aucun de nous.
Contrairement à ce qu'on raconte, il n'y a aucune flamme aux Enfers. Juste le froid et la glace.
Lorsque nous sommes arrivés, trouver Killian n'a pas été très difficile. En fait, c'est lui qui nous a trouvés. Sauf que rien ne s'est déroulé comme prévu.
Il n'y avait plus rien à sauver chez lui. Les Enfers l'avaient corrompu, détruisant tout le bon qu'il y avait jamais eu en lui.
Nous n'avons pas eu le temps de faire quoi que ce soit avant qu'ils ne nous tombent dessus. Peter Pan. Cora. Les anciens Dark Ones.
« Où est ton grand-père ? » je demande.
Il hausse les épaules.
« Je n'en sais rien. »
Je suis confrontée à une immense injustice – jamais nous n'aurions dû autoriser Henry à nous accompagner. Henry c'est l'enfance, Henry c'est l'innocence.
Sûrement pas la déchéance.
« Et si nous allions voir ta mère ? »
« Pour quoi faire ? Nous la verrons demain. A l'enterrement. »
Je prends un moment avant de réaliser que ses paroles ont un double sens. Henry est celui qui a le plus perdu – une de ses mères est en train de se décomposer et l'autre n'est plus qu'une âme errante.
Je n'insiste pas.
.
Comme je m'y attends, Emma est chez elle. Elle est à peine sortie de sa maison depuis que nous sommes revenus – un vrai spectre.
L'intérieur est vide, impersonnel. Il n'y a pas de chauffage. J'ai presque l'impression de replonger aux Enfers.
« Neal est venu me voir, tout à l'heure, » annonce ma fille.
« Quoi ? »
Neal n'a jamais manifesté le moindre désir de rencontrer sa grande sœur. Ce changement brutal de comportement m'étonne.
« Il est venu me dire que tout était de ma faute... que c'était à cause de moi que vous étiez partis. Que vous l'aviez laissé derrière. »
Sa voix est vide de tout sentiment.
« Emma... »
« Je n'ai rien répondu. Il est parti. Pourtant, c'est bien la vérité, non ? Je vous ai trous entraînés avec moi. Vers les Enfers. Vers le froid. »
« Nous avions choisi de t'accompagner. »
Elle serre les lèvres.
« J'aurais dû m'y opposer. J'aurais dû partir seule. »
J'ouvre la bouche mais les mots ne franchissent pas le seuil de ma gorge. Ils meurent avant d'avoir été prononcés.
« Regarde ce que tu es devenue, Maman. Ce que nous sommes tous devenus. Des coquilles vides. Des fantômes. »
Je voudrais protester mais je ne peux pas nier qu'il s'agit de la vérité.
« Tu savais qu'en ville, on nous appelle les Revenants ? »
Elle ne me laisse pas le temps de répondre.
« Tu sais ce qu'ils nous ont fait, n'est-ce pas ? Aux Enfers. Ils ont absorbé toute notre lumière. Il n'y en a plus en nous. Il ne reste plus que la noirceur. »
« Non. »
Je recule, comme blessée.
« Nous ne sommes plus des héros. Nous sommes... »
Je n'entends pas la fin de sa phrase : je suis partie en courant bien avant.
.
Je ne rentre pas tout de suite, et quand je m'y résigne, David est revenu. Je remarque que pour une fois, Neal est là. Il observe Henry avec méfiance, lequel feint de ne rien remarquer.
« Bonjour, Neal, » je lance avec gentillesse. « Qu'est-ce que tu as fait, aujourd'hui ? »
Il me fixe avec une telle intensité que j'ai l'impression de me liquéfier.
« J'ai fait un tour avec Rose, » répond t-il comme si les mots lui écorchaient la bouche.
Je fais mine de ne rien remarquer. Dans un sens, je le comprends : nous avons débarqué il y a un mois en clamant être ses parents, le séparant de tout ce qu'il avait connu comme foyer jusque là.
Bleue aura plus été une mère pour lui que je ne le serais jamais.
Plus tard, alors que les garçons sont couchés, je me glisse à côté de David. Son visage déchiré me renvoie l'écho de ma propre douleur.
« Nous avons échoué, » me murmure t-il. « Encore une fois. »
« Quoi ? » je demande, sans comprendre.
Il serre les poings.
« Nous ne l'avons pas vu grandir. Nous avons tout raté. »
Son ton est accusateur mais je sais qu'il se blâme lui même alors je le laisse décharger sa colère.
« La première fois, nous pouvions nous trouver des excuses. Nous pouvions rejeter la faute sur Regina. Mais cette fois... »
Un grand froid s'empare de moi à la mention de Regina. Je mets un moment à réaliser qu'elle me manque.
« Nous sommes peut-être destinés à ne pas élever nos enfants. »
Je ne veux pas y croire mais je n'ai rien à quoi me raccrocher alors je me contente d'acquiescer.
.
Le lendemain, alors que je fais du rangement, je tombe sur une photo au fond d'un vieux carton rempli de bibelots. Une violente douleur m'enserre la poitrine.
Elle nous représente moi, David et Emma qui tient Neal dans ses bras, quelques jours après sa naissance.
Une larme coule sur ma joue tandis qu'à l'intérieur, je fonds.
La suite sera là demain ! Black Angelis.
