Chapitre 2 : For me this is heaven (Jimmy Eat World)
Le changement n'était pas flagrant. Il ne répondait toujours pas aux rares gestes d'affection qu'elle se permettait, mais il la laissait désormais faire, sans chercher à la repousser.
Elle finit de revêtir sa robe, se contemplant dans le miroir pour juger de son apparence, traquant la moindre tache, le moindre trou. Elle pouvait enfin la porter, cette robe bustier qu'elle avait acheté juste après son mariage et qui qu'elle n'avait jamais mise, sans crainte d'avoir oublié de soigner une de ses plaies.
Son corps était vierge de toutes blessures, sans qu'elle ait eu à se soigner, puisqu'il n'y avait eu aucunes plaies. Il ne lui avait fait aucun mal, n'avait pas manifesté le moindre signe de violence envers elle, et n'avait pas levé la main sur elle depuis deux mois, depuis cette nuit où il s'était excusé.
Elle se rapprocha du miroir et fouilla dans sa petite boîte à bijoux pour trouver des boucles d'oreilles, ayant déjà passé autour de son cou le collier que ses amies lui avaient offert à sa majorité. Des bracelets d'argent ornaient ses bras, émettant un petit bruit cristallin quand elle bougeait le bras.
Il lui arrivait souvent de s'asseoir à ses côtés, sans tenter la moindre approche, savourant juste sa présence. Elle avait même posé quelques fois sa tête sur son épaule, pour le sentir plus fort contre elle, pour respirer son odeur si masculine, et qui n'appartenait qu'à lui.
Il semblait avoir accepté sa présence à ses côtés, tout simplement, et cela suffisait à la rendre plus heureuse qu'elle ne l'avait été depuis longtemps.
Elle avait enfin trouvé ses boucles d'oreilles quand sa main tomba sur une fleur de cerisier, conservé dans un petit sachet blanc. Elle la fit doucement glisser dans sa main, la contemplant, une émotion particulière lui serrant le cœur.
Ils s'étaient mariés en mars, quelques semaines avant son anniversaire. Ils avaient organisé leur mariage à l'extérieur, où plutôt, elle l'avait organisé, puisqu'il ne s'était absolument pas soucié de la préparation de leur union. Elle s'était même demandé à cette époque si le mieux n'était pas de se marier juste en présence de leurs témoins, sans aucune cérémonie, mais après avoir vu le mariage de Naruto et d'Hinata, elle ne pouvait s'empêcher de penser qu'elle ne se marierait qu'une fois, alors qu'il fallait qu'elle se crée des souvenirs, même s'ils n'étaient pas vraiment en accord avec la réalité.
Elle tourna la fragile tige entre ses doigts, plongeant ses yeux d'émeraude dans le rose de ses pétales, devenu scintillant à cause de la larme qui avait dévalé le long de sa joue sans qu'elle ne s'en rende compte. Les blessures étaient encore sensibles, parce que la cicatrisation était lente et douloureuse.
Il avait fait si beau ce jour-là… Le plus beau jour de sa vie… Celui qui l'avait définitivement lié à lui. Pour le meilleur et pour le pire, comme elle avait affirmé devant l'autel. C'était plutôt le pire qu'elle avait connu jusqu'à maintenant, mais elle refusait de se laisser détruire pas ça.
Elle rangea délicatement la fleur séchée pour ne pas risquer de l'abîmer, la rangeant précieusement dans sa petite boîte à bijoux. Elle secoua légèrement sa tête, comme pour chasser les idées noires qui l'avaient assaillies à la pensée de sa cérémonie de mariage. Il fallait du temps pour effacer les bavures, gommer les ratures, elle le savait. C'était en quelque sorte le prix à payer pour vivre avec l'homme qu'elle aimait, alors elle s'y résolvait.
Elle attrapa son châle blanc et le déposa sur ses frêles épaules, pour la fin de soirée, qui ne serait pas chaude, en dépit du temps clément qui leur avait été accordé pendant la journée. Elle en avait d'ailleurs profité pour se balader dans le parc avec Hinata, proposant son aide pour l'organisation de la fête. Aide très poliment refusée par son amie qui avait apparemment déjà reçue des propositions du même type, et se trouvait ainsi presque avec trop de personne pour l'y aider.
C'était la première fois qu'il acceptait de se rendre à une soirée avec elle. Elle y allait toujours seule, d'ordinaire, parce qu'il n'aimait pas se mêler aux gens, et préférait la solitude. Aussi lui délaissait-il la corvée des fêtes, sans jamais l'accompagner, lui laissant le soin de préparer des excuses pour expliquer son absence.
Elle sortit de la salle de bain et rejoignit le séjour, pour y trouver son époux, déjà prêt, en train de l'attendre, appuyé contre le mur. Il était aussi beau que d'habitude, avec ses cheveux sombres, ses yeux noirs, et sa peau si pâle qui offrait un délicieux contraste entre les ténèbres de sa chevelure et la clarté angélique de son visage. Décidemment, elle avait épousé le plus bel homme qu'elle ait jamais vu.
- Je suis prête, Sasuke, déclara-t-elle doucement, en attrapant ses chaussures.
Il ne lui répondit pas, se contentant d'ouvrir la porte et d'attendre qu'elle en passe le seuil pour sortir à son tour, après qu'elle l'ait remercié. Ils se dirigèrent lentement vers la demeure de leurs amis, savourant la brise qui secouait les branches des arbres, et faisait voler ses longs cheveux roses, qu'elle avait laissé détachés, après avoir hésité plusieurs minutes entre diverses coiffures.
Ils ne parlaient pas, et pourtant, ce n'était plus le même silence pesant qui avait régné pendant longtemps dans leur demeure. C'était apaisant, et cela paraissait normal, parce qu'il n'y avait rien à dire, tout allait bien, et ca leur suffisait comme ça.
Tout doucement, aussi délicatement qu'une caresse, elle noua ses doigts autour des siens, serrant sa main dans la sienne, aussi subtilement qu'elles ne semblaient que s'effleurer, et leurs mains liées, ça semblait aussi naturel que leur respiration, qui résonnait à l'unisson.
Il ne la repoussa pas, et elle sentit même ses doigts presser légèrement les siens, ce qui la fit sourire, parce qu'elle était profondément heureuse. Malgré les blessures, malgré les non-dits, elle était contente de la vie qu'elle partageait avec lui, parce que ça signifiait quelque chose, sa main dans la sienne. Ca signifiait quelque chose, tout ce qu'ils avaient vécu, et leur histoire en était bien plus belle, parce qu'une union sans accrocs, sans épreuves, était bien moins forte, et moins enrichissante.
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Il la contemplait. Assis dans un coin, un peu à l'écart, un verre légèrement alcoolisé à la main, il la regardait danser et rire, et il se disait qu'elle était rayonnante, ainsi, entourée des êtres chers à son cœur, souriante, gaie, et aussi gracieuse qu'à son habitude.
Elle lui semblait parfois à des milliers de kilomètres, tellement la luminosité qu'elle dégageait était intense, comparé à la sienne, qui avait cessé de briller des années auparavant. Lui qui avait trahi ceux qui croyaient en lui, lui qui avait sali ses mains en les couvrant de sang, innocent ou pas, en les couvrant de son sang à elle, certaines fois.
Il ne l'avait plus touché depuis bien longtemps, cependant, il se sentait toujours aussi coupable. Il n'y avait plus aucunes marques de ses coups sur son corps fin et magnifique, mais il avait envie de vomir à chaque fois qu'elle retirait ses vêtements, imaginant toujours découvrir une plaie qui ne se serait pas refermé, sans que ce soit le cas, bien entendu. Même s'il la frappait de nouveau, elle serait capable de faire disparaître les blessures en peu de temps.
Elle dansait avec leur meilleur ami, ce qui expliquait qu'il n'avait aucune appréhension à la laisser fréquenter un autre homme que lui. Après tout, celui-ci était marié depuis plusieurs années à Hinata, et en était très amoureux, comme en témoignait la bosse qui déformait le ventre de son épouse, juste en dessous de sa poitrine.
Une autre preuve de la supériorité de son frère de cœur, à défaut de sang, sur lui, puisqu'il l'avait encore battu, en réussissant à aimer sans faire souffrir, à chérir sans blesser, à être un en étant deux sans détruire sa moitié.
Cela le ramena à penser à quelque chose qui le préoccupait depuis quelques temps. Un enfant. Oserait-il lui imposer le poids d'un enfant, l'obligeant à prendre une partie de lui, salissant sa pureté ? Oserait-t-il forcer un enfant à avoir un père tel que lui, sans douceur et sans tendresse ?
Lui qui avait toujours prétendu épouser Sakura uniquement pour les descendants qu'elle pourrait lui donner, il n'était plus certain de vouloir la voir porter ses enfants, parce que ça la souillerait obligatoirement, puisqu'il devrait se mélanger avec elle, maculant sa robe de pureté de tâches sombres, détruisant l'innocence d'un enfant avant même qu'il ne soit né.
Il remit ses questions à plus tard en entendant son rire résonner dans la cour où ils s'étaient installés, tournant ses pensées uniquement vers elle, la regardant se mouvoir avec gracilité et élégance. Elle était merveilleusement radieuse, et il lui semblait que les ténèbres dans lesquels il s'était enfoncé reculaient devant tant de clarté.
Il se leva, lentement, et s'approcha d'elle, avant de l'attirer par sa taille contre lui, une main sur sa hanche, l'autre dans ses cheveux. Il savait qu'elle était surprise de son geste, et lui-même ne savait pas très bien ce qu'il faisait. Il en avait eu envie, et son corps avait pris les devants, sans qu'il ne réfléchisse. Il pressa un peu plus son corps qui lui semblait si fragile contre lui.
Il n'aimait pas danser. Il n'avait jamais aimé ça. Mais là, c'était avec elle, alors…
Il la sentit déposer son visage au creux de son cou, respirer son odeur, et, tout doucement, il bougea ses jambes au rythme de la musique lente qui passait désormais sur le lecteur. Et ils dansèrent, enlacés, et c'était presque plus beau que l'amour lui-même.
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Elle ôta lentement ses chaussures, un sourire ravi aux lèvres. Elle n'aurait jamais cru qu'il danserait avec elle, et pourtant, ils avaient dansé tout le reste de la soirée, toujours aussi lentement, même quand ils n'étaient plus en rythme avec la bande sonore. Personne ne leur en avait fait la remarque, d'ailleurs, comme si eux aussi sentaient qu'ils dansaient sur une mélodie connue d'eux seule, et qui était merveilleusement belle.
Elle le regarda, et dans un élan d'amour et de reconnaissance, elle se serra contre lui, et lui murmura trois mots d'amour, qu'elle ne lui avait jamais dit depuis qu'ils étaient mariés. Trois mots d'amour qu'elle avait gardé au fond d'elle, les chérissant, pour le jour où il serait capable de les entendre.
Malheureusement, ce n'était pas ce jour-là. Il se dégagea de son étreinte, assez froidement pour qu'elle se sente glacée, et se dirigea vers la porte qui menait au couloir, sans lui accorder un regard.
Elle n'avait pas pu s'en empêcher, et elle se sentait idiote, et lamentable. Elle aurait du comprendre que c'était trop tôt, et elle avait tout gâché en cédant à ses émotions, qu'elle avait appris à garder pour elle depuis son départ du village. Apparemment, les années d'entraînement n'avaient servi à rien, puisqu'il avait suffi d'une seconde pour que ses efforts s'écroulent.
Elle ravala la larme qui menaçait de couler sur sa joue, et déposa son châle sur la chaise, mordant ses lèvres pour se retenir de fondre en larmes. Elle avait réussi à ne pas pleurer pendant les mois où il la frappait, où il la repoussait sans cesse, et là, il avait suffi d'un rejet, pour qu'elle ait envie de s'effondrer à terre.
- Ce soir… Tu étais belle…
Elle releva la tête, stupéfaite, mais il était déjà parti. A croire qu'il ne pouvait dire quelque chose de tendre sans s'enfuir. Une fois de plus, elle ne put retenir ses larmes devant l'attention qu'il lui portait, et elle posa sa main sur sa bouche, pour éviter de faire trop de bruits, craignant de briser l'instant merveilleux qu'elle vivait.
Quand elle fut enfin calmée, elle le rejoignit dans leur lit, se dévêtant rapidement, se glissant sous les draps. Il y avait quelques mois, cette pièce lui semblait glaciale et détestable. A présent qu'il était là, près d'elle, et qu'elle pouvait enfin sentir sa chaleur sans en craindre les tourments, elle adorait s'allonger dans cette pièce, entendre son souffle calme, qui lui semblait si serein.
Doucement, avec une extrême prudence, elle se tourna vers lui, le contempla quelques secondes, puis s'approcher et de lui murmurer un mot, qui fit naître un léger sourire sur les lèvres du jeune homme, avant de fermer les yeux à son tour, pour rejoindre le sommeil paisible et salvateur qui lui tendait les bras.
Merci…
