Nami se demandait si Sanji-kun avait buggé. Ça faisait un moment qu'il était prostré par terre, sans bouger d'un poil. Il était blessé ?
"Sanji-kun, tout va bien ?" appela-t-elle.
Le cook revint à la réalité. Au diable la tête de pelouse, sa douce Nami-san le demandait. Il se releva instantanément et frétilla de bonheur vers elle. "Je vais toujours bien quand tu es là, Nami-swan !"
"C'était juste une question ! M'approche pas !" s'emporta-t-elle en collant une bonne claque au cuistot qui alla s'effondrer dans la plus grande béatitude deux mètres plus loin. Sanji vit alors le kuso marimo sortir de la cuisine une bouteille de sake à la main.
Le fils de …! Il doute vraiment de rien, ce con !
Il se remit bien vite à l'endroit et fonça vers Zoro, une grosse veine barrant son front. "Oi, tête de wakame ! Tu peux m'dire ce que tu fous "?
Le bretteur ne répondit rien, bouscula Sanji et continua son chemin comme si de rien n'était.
"Eh j'te parle, enfoiré ! Remet ça où tu l'as trouvé !"
Toujours pas de réponse ou même de provocation. Bizarre. Le cuistot envoya alors son pied sur la touffe verte. Une grosse bosse y poussa mais cela ne parut pas troubler le bretteur le moins du monde. "Oi !" interpela à nouveau Sanji, sans plus de résultats.
Il est devenu sourd, ma parole ! En plus d'être con et alcoolique, il a décroché le combo gagnant !
Le blond n'insista pas et alla préparer le dîner. Sa précieuse cuisine lui fera oublier le marimo et le fait qu'il manquait une bouteille de plus.
Le soir venu, tout le monde était à table à savourer sa cuisine digne des dieux. Tout le monde, sauf la tête d'algue.
Mattaku, il boude encore ? J'vais encore devoir lui monter sa part. Pauvre tache ! Il me prend pour son room-service ou quoi ?
Sanji sortit, l'assiette du trésor national dans la main. Après avoir soupiré, il se décida à monter à la vigie jusqu'à la trappe qui faisait office d'entrée. Il frappa. "Oi, ta pitance, marimo." Toujours pas de réponse. Sans attendre plus longtemps, le blond entra et vit la grâce incarnée affalée par terre à ronfler près de ses katana. C'est vraiment ses doudous. Se dit Sanji avant de poser l'assiette. Il s'apprêta à redescendre quand il entendit le bretteur marmonner.
"Mmh…San..ji…"
L'intéressé se retourna.
"Sanji…" roucoula le marimo endormi d'une voix mielleuse en serrant amoureusement ses katana contre lui.
Le visage du cook s'enflamma. Il brûlait d'entendre la suite. Mais le reste n'était qu'une suite confuse de syllabes et de sons inintelligibles. Il prit alors les devants.
"Que…que penses-tu de Sanji, Zoro-kun ?" se risqua-t-il à demander.
"Sexy…mignon…trop beau…"
De la vapeur s'échappa de tous les pores du visage rouge vif du cook.
"Cook…incroyable…intelligent…adorable…je l'-" continua Zoro, la bave aux lèvres tandis que les yeux de Sanji commencèrent à se brouiller. Quand le bûcheron maniéré émergea soudain, le blond s'empressa de les essuyer. Puis il fixa le marimo, attendant une parole quelconque. Mais rien. Cet abruti lui lança un regard à glacer le sang et lui tourna une nouvelle fois le dos froidement avant de faire semblant de se rendormir.
Sanji ne sut pas pourquoi mais il se sentit encore fois profondément blessé par l'attitude délibérément effacée du bretteur à son égard. Cette fois, il ne prit pas la peine de le cogner ou de le provoquer, tout en retenant ses larmes il se dépêcha de redescendre.
Il profita que la cuisine soit vide pour libérer ses pleurs. Sans vraiment comprendre pourquoi il pleurait. Pourquoi se mettait-il dans des états pareils pour un couillon qui boude ? Pourquoi aurait-il largement préféré des insultes que ce regard haineux ? Pourquoi son cœur était comme transpercé dès qu'il y repensait ?
Il se sentait tellement con... Il se pavane dès qu'il en a l'occasion, répétant à qui veut l'entendre qu'il est "en avance de 100 ans" sur tout le monde en matière de cuisine et de baston et il n'est même foutu de garder la tête froide quand le marimo prononce son prénom ou lui lance des éclairs par les yeux.
Une fois au lit, ses larmes ne le laissèrent toujours pas tranquille. Il enfouit sa tête sous son oreiller.
