Une mission amère

I : Règne sans partage

Loin du cratère, sur une île isolée appelé Solitude, se trouvait une ville où les habitants ne souriaient jamais. Loin de la ville se trouvait une montagne, sur laquelle était perchée un manoir. Dans ce manoir vivait Akhil, un nécromancien, un des ex-disciples ayant fui la Cité des Merveilles durant le combat entre, d'un côté, des militaires avec des mercenaires, et de l'autre, les nécromanciens.

Rêvant de revoir celle qu'il appelait parfois "Maitre des nécromanciens", il s'était juré de tout faire pour rivaliser avec sa puissance mais aussi trouver un moyen de la faire revenir de l'Au-Delà. Pour continuer ses expérimentations sans devoir souffrir de la curiosité et des aléas de la longévité, Akhil avait fait ce que ferait tout nécromancien avide de connaissances ou de pouvoir; tricher avec la mort, devenir liche. Un mort-vivant inférieur (comme les zombies) aurait des facultés trop limités et serait trop facile à détruire.

Akhil avait prit ses quartiers, matant chaque contestation de son pouvoir montant. Il y avait fait construire son manoir par sa magie, puis avait rebaptisé l'île Ere Perdue.

Sur cette île connaissant l'oppression, le manoir comme son propriétaire sont des sujets à ne pas aborder à la table du dîner. En public comme en privé, aucune question n'est posée sur une rébellion; le maitre de l'île s'était attaqué à tout ce qui pouvait se voir comme étant un point fort. Ce faisant, il n'y avait pas d'armée, ou plutôt, il en restait des souvenirs : tout militaire vaincu était réanimé, même en très "mauvais état" (membre en moins, tête manquante, peau arrachée putride...), pour servir, de force, le nécromancien. La publicité de la peur a besoin de preuves pour montrer qui il ne faut pas défier.

Contre son gré, le peuple avait apprit à coexister avec le despote; tant qu'il n'est pas mis en colère, il n'y a rien à craindre. Et tant que ses demandes son satisfaites, son courroux n'est qu'une menace. Les gens s'étaient fait une raison de la terreur du tyran; quiconque est dangereux connaitra de la force du nécromancien. L'île faisait quand même du commerce, car le nécromancien préférait que son peuple (qu'il voit en bétail domestique) reste vivant en attendant de servir; le corps humains a des ingrédients qui ne sont bons que s'ils sont frais.

Les choses allaient comme elles pouvaient pour les habitants démoralisés.

II : Audace

Un beau jour, un voyageur inconnu avait fait une promesse à lui-même comme à un receleur de Mirage; ramener ce qu'il peut appartenant à Akhil, artisanat, livres magiques, souvenirs de familles ou tout autre bien éventuellement illicite qui intéresserait de riches acquéreurs.

Il embarquait avec deux autres compagnons provisoires. Le premier, Oroah, paraissait très fort, tandis qu'en magie, il ne maitrisait que quelques sorts de protection et de force. Le deuxième, Nostef, était un mage moyennement puissant, avec des dons de voleur limités au pas silencieux. Le troisième des compagnons était Mani.

Ayant réunis un maximum d'informations, Nostef estimait qu'il valait mieux passer par la cheminée. Ne voyant pas meilleure solution, tous le monde tombait d'accord. Nostef jetait un sort d'invisibilité et de vol sur le groupe. Le groupe descendait en faisant l'ascenseur, mains et pieds sur le mur. Oroah jetait un sort de protection contre le feu, suffisant pour que personne ne brûle.

Une tête au regard exoribté se penchait subitement en poussant un cri strident pour voir qui descendait. Surpris par la peur, Nostef était le premier à tomber, suivit de Mani puis de Oroah. La tête bizarre se retirait juste à temps. Les compagnons d'infortunes était tombés par la cheminée dans ce qui semblait être un salon. La tête mystérieuse avait un immense et long bec, ses yeux étaient remplis de haine, et son allure, celle d'un prédateur tortionnaire. Soulevant Nostef, le monstre faisait éclater sa tête en la serrant dans son bec.

La panique inspirait la fuite. Oroah avait choisit une porte au hasard, tandis que Mani se laissait aller à le suivre, car il avait trop peur de souffrir comme de mourir seul.

Oroah faisait tomber un placard, et sans dire un mot, Mani ramenait lui aussi de quoi faire un barrage improvisé à la hâte pour empêcher le monstre de passer. Chose provisoirement réussie, les deux compères en sursis courraient jusqu'à descendre des escaliers pour s'y cacher. Le bref moment de répit donnait envie d'y rester longtemps, mais trop perdre son temps revenait à augmenter les chances de faire empirer la situation.

La paranoïa était la meilleure carte, car les deux compères de malchance avaient réussi à éviter tous supposés pièges. Arrivant dans un bureau, Oroah et Mani fouillèrent la pièce pour y prendre le maximum de ce qui aurait une chance d'être revendu. Sur trois objets qui l'intéressaient, Mani s'était fait prendre un chandelier incrusté d'un cristal, et un portrait photo d'un visage sérieux au sourire forcé. Ne lui restait qu'une bague argenté qu'il avait caché du regard de l'égoïste Oroah.

Celui-ci avait bien récupéré de son moral. A tel point qu'il jetait un sort de protection et de force, mais uniquement pour lui. Il disait avoir besoin de Mani. Ce dernier estimait passer pour un bouclier de chair. La brute épaisse et plutôt stupide disait qu'il fallait trouver la chambre, car c'est sûrement là qu'il y a le plus de trésor. Ne perdant pas son temps à le déconseiller de cambrioler la chambre par crainte qu'elle soit occupée, Mani lui répondait qu'il allait le suivre.

En réalité, Mani mentait à la fois pour se débarasser poliment de l'arrogant, ainsi que pour fuir ce lieu oppressant. Soudain, Mani entendait du verre cassé, des hurlements, des fracas de bagarre, puis des explications sur un ton apeuré de son ex-compère. Puis, Mani semblait entendre des choses que l'on déchire, sans trop chercher à savoir quoi, ainsi que des hurlements d'agonie.

III : Instinct de survie

Durant sa fuite, Mani avait une idée qu'il mettait sans attendre à contribution; avec sa télékinésie, il soulevait quatre chaises. La première avait été lancé le plus loin possible, la deuxième était jetée par une fenêtre pour faire croire à une brusque sortie. Cette diversion avait permis à Mani de gagner du temps sur ses poursuivants. Les deux chaises restantes continuait de flotter et d'accompagner Mani pour des besoins futurs.

"Assez de la subtilité", pensait Mani. Il se dépêchait de trouver la porte d'entrée puis, au lieu de crocheter la porte, passait par une fenêtre. Le bruit n'avait pas manqué d'attirer une nouvelle fois l'attention, faisant prendre Mani pour cible. En courant, il regardait derrière lui autant que possible. Les deux chaises, qui le suivaient, étaient disposés en bouclier de bois, ce qui l'avait protégé avec succès. Par télékinésie, il jetait les chaises en direction de ses poursuivants jusqu'au bois où il était enfin caché. La fuite avait enfin réussi, tandis que le butin rapporté était maigre. La seule consolation insuffisante, c'était d'être parvenu à presser le pas sans connaitre l'effrayant sort de ses deux éphémères compères.

Mani préférait dormir dehors; s'il dormait en ville, on risquerait de le chercher. Au jour suivant, la traque du mystérieux troisième homme n'avait pas décoléré. Akhil n'est que liche; ni lui ni sa garde ne souffre du jour qui se lève.

De loin, Mani voyait un bateau où caisses et bagages allaient, selon leurs propriétaires et gardiens provisoires, à bord du bateau. C'était le signe que le bateau se préparait à partir on ne sait où, tant que c'est pour s'éloigner d'Ere Perdue. Mani nageait jusqu'au bateau pour embarquer clandestinement à bord, puis trouvait la cale où se cacher et dormir à moitié.

Le bateau se déplaçait enfin. Affamé, Mani tentait de voler de la nourriture, mais les marins l'avait intercepté. Pleurant beaucoup, et ayant sorti de la monnaie d'une main, il avait réussit à convaincre le capitaine du bateau qu'il paierait son voyage, allant jusqu'à s'engager à nettoyer tout ce qui est sol du bateau. La télékinésie aidant beaucoup, Mani avait fini, et étonnait le personnel de bord de sa performance. La propreté enchantait bien du monde, ce qui avait mis un terme à la méfiance du capitaine. Trois jours au calme.

Mani, après avoir récupéré de ses émotions, décidait de moissonner de la monnaie de quelques poches. La première victime s'estimait draguée de façon un peu trop directe. La deuxième était moins sympathique après cette tentative de larcin. Le capitaine était averti des actes du malandrin.

La mort attendait Mani, mais le capitaine en décidait autrement. Ce sol était si merveilleusement bien nettoyé, mais l'elfe étant quand même perçu comme dangereux, le sort le moins cruel avait été décidé; le voleur n'avait plus qu'à continuer à la nage avec boué.

Mani alternait nage physique, et nage par télékinésie. Celà lui avait prit presque une demi-journée, mais au moins, Mani était enfin rentré pour aller trouver un hotel pas cher où dormir. Mani s'était aperçu de quelque chose qui l'inquiétait au fil des semaines; il ne réussissait pratiquement aucun vol tandis que la nuit, il entendait souvent en rêve une parole criée avec une voix monstrueuse : "Si je te trouve, je te promets que tu souffriras".

IV : Vice caché

Au rendez-vous avec un receleur dans la bijouterie, Mani et le revendeur clandestin s'étaient aperçus avec horreur que la bague argentée ne pouvait pas être enlevée. Le receleur avait ensuite noté que la bague argentée était en fin de compte noire. Mani était cru sur parole quand il affirmait que la bague était d'une autre couleur. Un autre détail inquiétait les deux protagonistes à la fois; des dents avaient légèrement poussé sur la bague !

Le receleur disait à Mani qu'il portait poisse aux "affaires", et qu'à moins de se débarasser de cette bague, il n'est plus question pour beaucoup de monde de faire des affaires avec l'imprudent. Mani se retrouvait une nouvelle fois en difficulté, remarquant tardivement que son doigt portant la bague lui faisait de plus en plus mal. Mani partait alors très vite chercher quelqu'un pour enlever cette malédiction, mais même les plus doués ne pouvait rien faire, tant la malédiction était trop particulière pour permettre à enlever la bague. Mani commençait à désespérer.

Perdu dans ses pensées, Mani voyait une femme en fuite. Elle volait pour vivre, son larcin était réussie, mais il y avait des poursuivants. Mani disait à la femme de le suivre, puis tous deux allaient se cacher dans une ruelle. Mani s'asseya sur un tonneau, puis demandait à la femme d'être assise de l'autre côté de lui, et la couvrait de sa grande cape grise. Quant à Mani, il planait avec quelque chose qui lui plaisait. Les gardes voyaient Mani sans le reconnaitre, puis continuaient leur course sans remarquer la voleuse.

Enchantée de l'aide de Mani, elle proposait de lui rendre service. Mani montrait sa bague dentée d'où suintait le sang de sa phalange écorchée. Sous pression mais néanmoins reconnaissante, la voleuse emmenait Mani trouver une shaman.

Cette dernière avait trouvé une solution partielle; la bague peut arrêter de faire du mal au moins par l'atténuation de la malédiction. Les conséquences positives, c'est que Mani pourrait garder son doigt intact, qu'il guérirait partiellement de son incapacité à être un bon voleur. Les moins bonnes nouvelles, c'est que la bague resterait quand même au doigt, tandis que ses capacités de voleurs ne seront jamais au maximum de leur capacité tant que cette bague n'a pas disparu. Mani décidait alors d'accepter la proposition du shaman. Sans être totalement tiré d'affaire, Mani supportait mieux la malédiction. Il se déconseillait de revenir voir la liche à qui appartient la bague, car elle serait trop contente de se venger par la violence comme de récupérer son bien.

Mani était alors devenu un voleur à peine plus prudent, ne renonçant que rarement à un larcin sur une cible compliquée. Il variait ses activités en étant parfois coursier, parfumeur, joueur aux cartes avec pari, et botaniste.