« Un partenariat ? Quel genre de partenariat ? »
Mes paroles sont froides et distantes. Je ne nourris aucunes complaisance le concernant. Je me méfie de lui, sûrement à tord, car trop souvent ses actions se sont révélées malfaisantes. Je ne sais pas ce qu'il a derrière la tête et en aucun cas je ne trahirais Batman/Bruce pour lui prouver de quoi je suis capable. Je ne démord pas à ma position de défense, plongeant mes yeux masqués dans ce qui semble être aussi les siens. Il ne bouge pas, il respire normalement. L'atmosphère s'est alourdie à cause de cette proximité qu'il a créée entre nous.
« Toi et moi prouverons à Batman de quoi … »
« MAIS DANS QUEL CAMPS ? »
Je suis lasse de cette situation, et mes nerfs crient à la place de ma raison l'impatience qui m'anime. Il ne s'attendait pas à ce que je lui coupe la parole. Une secousse le trahit, gagnant un centimètre de distance entre nous.
« Disons que je pensais lui dérober ses missions. Avant même qu'il n'agisse, nous nous occuperions de son ennemi et là, sous ses yeux, ils verraient de quoi nous serions capable. Tu remonterais dans l'estime de Batman. »
« Et toi ? Qu'est-ce que tu y gagnerais ? »
Il hésite un instant avant de répondre. Derrière son masque, j'entends faiblement un rire animer sa phrase :
« Peut-être que je pourrais enfin discuter avec lui ! »
Çà n'a aucun sens. Je ne le crois pas une seconde. En quoi aurait-il besoin de moi pour l'approcher ?
« Discuter ? En quoi ça me concerne ? »
Un silence inattendu s'installe entre nous. Il ne réponds pas et je ne le quitte pas d'une seconde.
« Nightwing ... »
« Nan ! Tu sais quoi Jason ! C'est à mon tour d'en avoir marre ! ... »
Sur mes paroles, j'en profite pour rétablir une distance correct entre nous. Mon corps s'anime sous la colère, ou plutôt, l'agacement de cette situation. Je suis mitigé entre confiance et soupçon. Jason Todd ne m'as rien fait dans le passé, je n'ai jamais été là pour lui et encore moins pour sa mort et sa résurrection. Le seul indice qui nous sépare est Batman. A l'instant présent, je n'ai qu'une seule envie : quitter le statut de justicier pour être Dick Grayson.
« ...Tu veux prouver à Batman que nous sommes des grands justiciers, et en faisant quoi … en combattant ses cibles ?! Il n'y a rien de plus immature que de voler les missions de Batman ! Tu sais ce que je pense ... »
Je remarque dans sa posture de l'agacement envers mes injures. Il n'aime pas être remis en cause encore moins quand il s'agit de Batman. Ses poings se sont serrés. Son casque suggère qu'il regarde le sol, non plus mon visage.
« Tu veux juste une audience avec Batman dans des conditions favorable car Nightwing serais à tes côtés ?! Tu crois franchement que Batman est dupe à ce point ? »
« ...Ok ! Tu m'as eu ! »
Il souffle ses mots comme un désespoir. J'en ai même de la peine. Peut-être suis-je allé trop violemment face à un ressuscité. Son casque vacille en regardant le sol, les poings de plus en plus serré. Il essaye de contenir sa colère c'est évident. Je m'en voudrais d'être l'élément déclencheur d'une bataille.
Je dessers la prise de mes bâtons de défenses et les plaquent sur mon dos grâce à l'armature qu'Alfred avait secrètement réalisé pour moi. Je m'approche lentement comme un remords d'avoir lu dans ses pensées.
« Jason ! … »
Je pose ma main sur son épaule. Je devine ses muscles crispés sous ses protections par balle.
« Je suis désolé ! Mais je ne peux pas me joindre à toi contre Batman ! »
Je me sens vraiment coupable. J'aimerais l'aider mais son attitude est trop incertaine pour que je me laisse embarqué dans cette aventure. Je baisse la tête pour lui prouver la sincérité de mes propos et tourne les talons.
Je sens sa main saisir mon poignet alors que je quittais l'étreinte superficielle de son épaule. Il coupe violemment le sang qui circule en y attachant une force extrême. Mon corps est soudainement léger et mes cheveux barrent mon champs de vision.
Un bruit sourd résonne derrière moi.
« AAHH ! »
Je pousse un cri malgré moi. Ma tête me fait horriblement mal tout à coup. D'instinct, ma main se pose sur mon crâne et je réalise que mon corps vient d'heurter un conteneur de plein fouet. La douleur général monte dans mon cerveau et je comprends ce qui vient de se passer : mon corps est allongé au sol, la tête contre le conteneur. Jason … Il vient de me pulvériser dans les airs. Quel idiot ! Comment ai-je pu avoir de la peine ?
Je ne vois toujours pas devant moi à cause de mes cheveux. Mais la voix de Jason est lointaine et j'en déduis que sa force m'a propulsé à plus de trois mètres de lui.
« Tu me déçois énormément Dick ! En fin de compte, je suis déçu d'avoir été éduqué sur ton modèle. Bruce a raison, tu n'est encore qu'un apprenti ! »
Il avance d'avantage vers le corps pathétique que je suis devenu. Le bruit de métal raisonne dans le port et j'en déduis qu'il s'est muni de ses revolvers. Je crois que je ne pourrais pas échapper à un combat finalement.
« Jason ! Ecoute... »
Ma tête me fait horriblement mal et mes paroles l'attestent. Je ne m'attendais pas à un retournement de situation. Je tente péniblement de me relever, sans éveiller les soupçons de mon engagement dans le combat. Lentement, la main qui servait à atténuer la douleur de mon crâne, glisse le long de mon dos pour attraper l'un de mes bâtons de défense. Je ne vois toujours rien devant moi. Je devine sa présence grâce au son de ses chaussures métalliques contre le sol humide. Il a déjà atteint le bout de mes pieds.
« … Je ne suis pas ton ennemi non plus ! M'associer avec toi ne changera en rien l'opinion de Bruce à ton sujet ! Ton seul moyen … C'est d'arrêter de tuer les criminels ! »
« C'est ce qu'il ne comprends pas ! Je nettoie les rues de Gotham ! Ce n'est pas en effrayant que Batman éradiquera la criminalité ! »
« Alors tu restera son ennemi ! »
Cette phrase a pour lui l'effet d'une bombe. Je le sais parce que j'entends ses grommellement derrière son casque puis j'entends quelques cliquetis métallique provenant de ses revolvers. C'est l'élément déclencheur qui libère sa colère si bien contenu.
« Je vois ! »
D'un vive geste, sans vouloir comprendre la situation présence, je me jette sur le côté et en profite pour attraper mon deuxième bâton de défense. Ses balles trouent le conteneur à l'endroit où je me trouvais précédemment. Mes cheveux se retrouvent plaqués en arrière grâce au vol et je vois enfin la suite des évènements clairement. Il a déjà pointés ses revolvers vers moi et n'hésite pas à faire feu.
Mes talents d'acrobates évitent ses balles sans mal. Je prends appuie sur le conteneur derrière moi et me propulse dans les airs pour partir à sa rencontre. Jason évite la masse qui s'approche en jonchant le sol, les revolvers toujours sur leur cible. Au lieu d'heurter, je m'apprête à atterrir sur une porte métallique. Le conteneur résonne sous mon poids mais d'un coup sec je me dégage du métal et atterrit sur le sol humide. Jason tente de garder une distance entre lui et moi. Il glisse habillement en arrière pour éviter mes coups de jambes ou bien mes lancers de bâtons. Il arrête temporairement de tirer pour effectuer des acrobaties défensives et ensuite tirer dans ma direction à nouveau.
Ce jeu n'en fini pas. Nous savons nous battre et j'ai comme l'impression d'être face à un miroir. C'est comme si je pouvais anticiper chacun de ses coups ou encore deviner à quels coups il aspire.
Les conteneurs deviennent mes alliés. Je saute dessus, cours dessus et les utilise pour m'évader de coups dur. Jason se défends lui grâce aux roulades au sol et surtout grâce à ses revolvers qui savent garder une distance pour un combat au corps à corps.
« Je dois l'admettre ! Bruce à eu raison de trouver quelqu'un d'autre pour te remplacer ! »
Jason corse le combat en m'envoyant des piques. Mais cette ruse de fonctionne pas. Je sais la vérité sur Bruce et Batman plus qu'il ne peut le prétendre.
J'arrive à trouve une faille entre les revolvers et lui pour engager un combat au corps à corps. Je me précipite dans l'ouverture, mais je rencontre le métal froid de la cross heurter mon visage. Il a vu mes intentions. Il semble donc aussi fort au corps à corps qu'à distance.
Je me retrouve face aux revolvers. Mon corps bondi aussi haut que possible et évite ainsi les balles. Je ne comptais pas à en arriver là, mais la situation me laisse peu de choix : je cramponne plus fermement mes bâtons de défenses et active l'électricité qui court à travers le métal. Une couleur bleue électrifiante s'en dégage et émet un son de taser à travers le port.
Je ne comptais vraiment pas me servir de cette arme contre à lui, face à un ancien Robin.
« Oh Oh ! Aurais-je mis Nightwing en colère ? »
Ses mots me laissent de glace. Ils enclenchent juste la volonté de l'attaquer à distance. Je fusionne les deux champs électriques et, sans crier gare, dégagent des lamelles bleues électriques à plus de 5 mètres de moi. Une aura bleue me protège et, à chaque fois, je me sens comme immortel à l'intérieur. L'une d'elles heurte violemment Jason qui pousse un cri effroyable et se laisse tomber à terre. Le champs s'évapore.
Je m'approche du corps à terre sans baisser ma défense. Je ne me ferais pas avoir cette fois-ci.
« Et c'est ça, ta plus belle défense ? Mais vois-tu … »
Jason se redresse pitoyablement, encore sous l'effet des Volts. Je stoppe net sans engager le combat.
« Le combat vient juste de commencer ! »
Des lames volent dans ma direction. Le métal fend l'air et un bout de ma joue avec. La surprise a détourné mon attention de Jason et quand mes yeux se posent de nouveau sur lui il est debout, les revolvers prêt à faire feu.
J'évite encore ses balles sans mal. Mais la situation devient lassante et mon corps diminue d'énergie. Contrairement à lui, je n'arrête pas de faire des acrobaties et je commence à faiblir.
« On faiblit déjà Grayson ? »
Son enthousiasme grandit sur ces mots et puisse l'énergie qui me manque. Il retrouve sa vivacité du début et arrive à faire siffler mes oreilles avec ses balles. Je vois mon reflet dans son casque rouge. Cela me déstabilise. J'ai l'impression d'être observé par quelqu'un d'autre. J'ai l'impression qu'un regard oppressant juge chacun de mes mouvements. Et j'ai la sensation d'être pathétique. Je ne suis pas à mon maximum. Et je n'ai surtout pas envie de me battre contre un Robin. C'est une question de morale.
Mais lui, Jason, semble s'en moquer. Il glisse sur le sol sans oublier de tirer sur sa cible. Il m'évite comme il éviterais un quidam de tout les jours. Pour lui, Robin c'est une histoire qui n'existe plus. Il n'y a plus de question de respect. Je suis son ennemi, il l'a choisit. Ce qui lui reste de son ancienne vie : c'est Batman et sa vengeance, et personne d'autres. J'aimerais penser comme lui à l'instant présent.
J'arrive néanmoins à trouver une autre faille et réussit à l'atteindre de plein fouet. J'en profite pour le désarmer en frappant ses poignets violemment grâce à mes bâtons. Il les lâche en poussant un cri de douleur. Sans perdre une seconde, je lui enfonce mon genoux dans les côtes, le déstabilise en frappant mes pieds dans son dos ou encore aveugle sa vision en abattant les cylindres de métal sur son casque. Il résiste néanmoins. Il se redresse à chaque fois et frappe en retour à défaut de parer mes coups.
« Voilà qui devient intéressant ! »
Son sarcasme m'agace quelques peu. Je voudrais en finir maintenant et laisser Batman s'occuper de lui. Ce combat ne me regarde en rien. Il voue une haine pour Batman et Bruce. Je suis juste son échauffement. Il est la seule personne qui l'arrêtera réellement.
Je lance son corps sur un conteneur derrière lui, le poing fermé je vise son casque rouge mais il l'évite avec précision. Mon poing creuse la paroi métallique, heureusement, je ne sens pas la douleur grâce à mes protections. Du coin de l'oeil, j'aperçoit les poings de Jason viser mon crâne. Je n'ai pas eu le temps de les éviter que déjà mon corps balance et trébuche sur le côté. Il m'assène de coups sans perdre la cadence me déstabilisant complètement.
Je ne sais par quel miracle je me retrouve allonger, le corps meurtri, un filet de sang coulant le long de mon visage. Le port résonne d'un rire malsain alors que mes oreilles bourdonnent et ma vue se brouille. Je suis désarmé, mes muscles brulent et mes sens se sont évanouit. J'entends un son métallique s'approcher de moi. J'aurais donc perdu le combat ?
« Pathétique »
Je parviens à distinguer ces mots malgré mon état. Ma capacité d'analyse s'est évanouie aussi, je ne me sens donc pas visé par la critique. Tout ce qui m'importe maintenant, c'est de me sortir de cette situation au plus vite.
« Le fabuleux Dick Grayson vient de perdre un misérable combat. Tu es pathétique. »
Mon corps se redresse malgré lui, mais cette force ne m'appartient pas. Jason a saisi le haut de mon costume pour soulever mon buste. Mes cheveux se sont dégagés de devant mes yeux. Je comprends que Jason est accroupi au-dessus de mon corps, le casque planté devant mon visage. La distance entre nous s'est de nouveau réduite. Je ne sens plus ma tête ni mes bras créant une apesanteur malsaine. Je ne peux plus l'affronter.
Voyant que je ne réponds pas à ses menaces, ni même au contact physique, il me lâche avec dégout sur le sol.
« Au final tu as eu raison. Tu n'aurais fait que rendre ma situation plus compliqué en t'associant avec moi. »
Sans crier gare, il se lève et empoigne ma chevelure pour trainer mon corps sur une longue distance. Je sens la douleur me parcourir le crâne mais mes membres ne répondent plus et me laisse à mon triste sort. J'entends les vagues se rapprocher de moi et les échos que produisaient les conteneurs s'évaporent. Jason s'arrête, un moment qui me semble une éternité, puis me saisit le col derechef. Cette fois il me soulève entièrement dans les airs, ma tête à sa hauteur. Un son guttural parvient à mes oreilles et captive mon cerveau.
Je n'ai saisi en aucun cas le sens de la phrase, ni même distinguer les mots qui la compose mais elle résonne en moi comme un souvenir. Je connais ses mots et ils me font mal. Trop longtemps je les ai entendu. Ils se sont gravés à jamais dans ma mémoire.
Ce son a pour moi l'effet d'un courant électrique de millier de volts. Ma vue s'éclaircit d'un seul coup, mes muscles se réaniment par miracle et ma conscience m'ordonne d'agir.
Alors que mon corps est soudainement libéré de l'emprise du criminel, mes mains ont le temps de saisir le casque de celui-ci et d'y trouver la faille pour l'en démunir. Sa tête est à découvert, mais je n'ai pas le temps de le contempler. Mon corps commence à sentir l'effet de l'apesanteur et je me sens tomber. Mes mains lâchent le casque et, dans une vive allure que je ne me connaissais pas, attrapent le col de Jason et l'entraine dans ma chute.
Il cri de stupeur puis de dégout. Je l'ai pris par surprise et il n'aime pas ça. Il tente vainement de se débattre dans les airs mais c'est trop tard. D'instinct je regarde ce qui m'attends plus bas et je vois des reflets de la ville vaciller doucement. Les vagues sont plus distinctes et je me précipite dans leur antre.
Je tiens fermement Jason proche de moi pour poursuivre le combat que je ne peux tolérer d'avoir perdu. Je recroqueville la tête sur mon buste et nous voilà entré en contact de l'eau. La chute ne semble pas avoir été longue car rapidement nos corps deviennent léger. Mes cheveux attestent de notre arrêt en les voyant flotter devant mes yeux. Jason tente de se débattre à nouveau mais il semble vite se lasser de l'idée. Je lis dans ses yeux cernés qu'il n'avait pas prévu de retenir son souffle. Il se croit encore muni de son casque, prévu pour les plongées sous-marines, mais ce n'est plus le cas.
Il plaque sa main devant sa bouche comme pour capturer le peu d'air qu'il avait laissé s'échapper. Je me réjoui du retournement de situation qui, cette fois, joue en ma faveur. Je me délecte un instant du triomphe.
Non, je ne suis pas comme lui, je ne le laisserais pas mourir comme il en avait eu l'intention. Il n'en peut plus, il est à bout de souffle.
Je me résigne à agir, bien malgré moi, en lui ôtant sa main devant sa bouche pour y précipite mes lèvres. J'entrouvre avec délicatesse sa bouche pour lui fournir l'air qui lui manque. Il aspire avec férocité ce que je lui donne. Je me rends compte alors qu'il n'a pas perdu sa conscience pour autant, il commence déjà à vouloir m'éliminer. Je sens mon souffle se faire rare.
Mon instinct de survie me dit de retrouver cet air pour pouvoir remonter à la surface. Mes mains entourent son crâne et j'y applique ma force pour l'empêcher de se décoller de mes lèvres. L'instant présent se contre fiche de l'aspect érotique qui se joue entre nous. S'il se sépare de moi, j'y passerais.
J'aspire rapidement l'air qui me vient de droit, profitant de la seconde où je l'ai déstabiliser en le plaquant sur mes lèvres. J'en profite aussitôt pour me dégager de cette emprise malsaine mais Jason attrape mon crâne à son tour. Nos lèvres s'entre choque à nouveau.
L'eau est certes glaciale, réduisant considérablement la chaleur de mon corps, mais ce contact physique me glace encore plus les sens. Jason n'en profite pas pour aspirer mon air cette fois-ci. Au contraire, il fait danser ses lèvres contre les miennes comme un baiser. Les secondes où nos bouches s'ouvrent, il en profite pour faire un échange d'air, mais un échange seulement. Ce geste est comme amicale. Comme si sa colère venait d'être purifié par l'eau qui nous englouti.
Je ne sais pas comment réagir. Ma priorité est de remonter à la surface, pas de prolonger nos échanges d'air. Et pourtant … je ne résiste pas à sa prise. Au plus profond de moi, je suis satisfait de voir qu'il ne tente plus de me tuer. Mais d'un autre côté, je vois le vrai Jason se révélé et ça me m'est mal à l'aise. Ce survivant est très lunatique. Je ne sais pas comment réagir de peur de tomber dans un autre piège.
Nos lèvres dansent toujours, doucement, avec délicatesse. L'eau hésite à nous plonger dans les profondeurs où à nous remonter à la surface. Le corps de Jason se rapproche du mien. J'aurais voulu en profiter pour saisir de la chaleur humaine mais ces protections de métal ne font qu'aggraver la température. Il semble être sincère dans cet acte. Mais personnellement, je ne me sens pas d'affronter un autre complot dans l'eau glacée.
Je risque, malgré le fait de mal me faire comprendre, mon bras pour enrouler son corps et le plaquer contre le mien uniquement dans le but de remonter à la surface. J'utilise mon bras pour nous propulser vers le haut aidé par le battement de mes jambes. Jason continu de ce qui semble m'embrasser sans se soucier du reste. Nous sommes l'un contre l'autre, le visage collé comme des sangsues prêt à faire leur coming out à la surface.
Jason risque une dernière danse de lèvres avant de se détacher de mon visage. Je lis brièvement dans ses yeux la sincérité de son acte mais surtout l'ordre de laisser cet instant dans les bas fonds aquatique. Quelques secondes plus tard, nous voilà à la surface.
Jason se libère violemment de mon étreinte et cherche dans sa ceinture d'utilité un gadget pouvant le sortir des eaux. Il y sort un long lasso de métal et le jette le plus loin possible sur la côte. En un seul essai, le lasso parvient à s'enrouler autour d'une bite d'amarrage. Le lasso est relié à sa ceinture. Sans doute doit-elle avoir une force d'attraction pour le remonter sans mal. Il active cette option et cramponne mon col sans me regarder.
Nous volons dans les airs en quelques secondes. La côte se rapproche et le port nous étale le sol où nous étions auparavant. Jason me lâche sans crier gare contre le sol humide. Je m'affaisse pitoyablement à genoux, complètement démuni de toutes réserves de force. Jason atterrit élégamment sur le sol et attrape d'un seul geste le casque rouge qui l'attendait. Mon cœur bat la chamade, je retrouve enfin cet air si purificateur. L'eau coule de part et d'autre de mon visage brouillant ainsi ma vision. J'entends un bruit de moteur s'affoler vers nous avec une lumière qui indique sa position.
Rapidement Jason enfourche qui semblait être sa moto et part sans jeter un regard alentour.
Je me retrouve seul, l'eau glaciale frigorifiant mes membres. Mon corps balance sur le côté et je me retrouve assis. Désormais je n'ai plus la subite envie de rentrer chez moi. Je voudrais d'abord comprendre ce qui vient de se produire.
Une voix résonne dans ma tête. Un rictus dessine alors mes lèvres. Je viens de comprendre … je viens de comprendre ce que Jason essayait de me dire avant de me lâcher dans les airs, et qui eu pour effet de réveiller mon instinct de survie : « Je travail seul. »
