Hello!
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Bonne lecture!
Chapitre 2 : Acceptation
Tous les jours, Rogue, qui travaillait depuis son domicile, fabriquant des potions pour tous les apothicaires de Grande-Bretagne, apportait ses trois repas quotidiens à la fillette mais elle refusait d'y toucher. Elle consentait seulement à lui parler pour lui demander de la laisser partir et pour pouvoir se rendre à la salle de bain.
Au bout du cinquième jour de jeûne, Severus déclara calmement en lui apportant son petit-déjeuner :
« Si tu ne te décides pas à manger toute seule, je serai bientôt obligé de t'y forcer.
- Laissez-moi rentrer chez moi, demanda-t-elle, une fois de plus, installée sur son lit, les genoux relevés sous son menton et ses bras entourant ses jambes.
- Non, répliqua-t-il aussitôt. Tu es peut-être butée et j'admire ton courage et ta détermination mais je le suis encore plus que toi. Je ne changerai pas d'avis, tu resteras ici, avec moi, expliqua-t-il patiemment.
- Je suis sûre que ma maman et la police me cherchent, affirma-t-elle avec foi.
- Oui, ils te cherchent mais ils ne te trouveront pas.
- Comment vous pouvez en être aussi sûr ? Vous allez me tuer ? interrogea-t-elle, sourcils froncés.
- Non, je ne vais pas te tuer, répondit-il, étonné par sa question. Est-ce que j'ai déjà essayé de te faire du mal ?
- Non, pas encore… rétorqua-t-elle, sceptique.
- Je ne te ferai aucun mal, tu as ma parole, dit-il fermement.
- Mais alors pourquoi vous me gardez ici ?
- Je te l'ai déjà dit », répondit-il en soupirant.
Alors qu'il lui tournait le dos, après avoir déposé son plateau sur la commode, et qu'il s'apprêtait à partir, il l'entendit soudain déclarer en parlant de son beau-père :
« Il me disait que c'était normal, que tout le monde faisait ça… Mais ce n'était pas normal, ce qu'il faisait, pas vrai ?
- Non, ce n'était pas normal. Il a profité de toi. Il ne pouvait pas faire ce qu'il a fait, lui expliqua-t-il en se tournant de nouveau vers elle.
- Je ne savais pas, je n'avais jamais eu de papa… Je n'aimais pas mais, comme il me disait que c'était comme ça, je le croyais quand même un peu… dit-t-elle, penaude, en grimaçant.
- Ce n'est pas de ta faute, tu n'y es pour rien, tu ne pouvais pas savoir », répondit Rogue, voulant la réconforter, en s'approchant légèrement d'elle.
La petite fille l'observa intensément de ses yeux verts, comme si elle le jaugeait, et Severus, après s'être perdu un instant dans ce regard émeraude, tenta de lui poser la question qui le tourmentait et lui brûlait les lèvres depuis de nombreux jours, hésitant :
« Il… Il ne t'a jamais… Hum… Comment dire ? Tu sais ce que veux dire le mot "violer" ?
- Oui, je pense que je sais… répondit-elle, les joues roses, en fuyant son regard.
- Il n'a jamais fait ça ? s'assura-t-il, soucieux.
- Je crois qu'il a voulu… Mais les alarmes incendies se sont toutes déclenchées et il est vite sorti de ma chambre pour ne pas que maman le voit », expliqua-t-elle alors.
Il ferma les yeux en poussant un soupir, soulagé et heureux d'être intervenu à temps ce soir-là, et il les rouvrit subitement en l'entendant affirmer, convaincue :
« C'est toi qui a fait ça. Tu as déclenché les alarmes pour l'arrêter.
- Effectivement, confirma-t-il en hochant la tête, surpris qu'elle le tutoie.
- C'est parce que tu m'aimes bien que tu as fait ça ?
- Oui, on peut dire ça comme ça, concéda-t-il.
- Et tu veux que je mange parce que tu ne veux pas que je meure ?
- Absolument.
- Tu es triste d'être tout seul dans ta maison ? enchaîna-t-elle.
- Oui, répondit-il après un moment de flottement.
- C'est pour ça que tu veux que je reste avec toi ?
- En effet. »
Le silence s'installa entre eux et perdura pendant plusieurs minutes, la fillette semblant réfléchir très sérieusement à tout ce qu'ils s'étaient dit, puis finalement elle avoua :
« J'ai vraiment très faim, tu sais. Tu veux bien me donner mon plateau ?
- Oui, tout de suite, rétorqua-t-il aussitôt en récupérant son repas et en le posant sur ses jambes qu'elle avait étendues devant elle.
- Merci.
- De rien », répondit-il avant de quitter sa chambre.
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Severus était redescendu, content que la petite Lily ait enfin accepté de manger quelque chose et il se dirigea vers son laboratoire afin de préparer quelques flacons de philtre de Paix, de potions pour un sommeil sans rêve, de Régénération sanguine, … selon les différentes commandes des apothicaires.
Cela faisait plus de trois heures qu'il était concentré sur ses différents chaudrons, qu'il avait parfaitement synchronisés pour pouvoir tout faire à la fois, quand il fut surpris d'entendre la porte s'ouvrir. Il dirigea son regard vers la source du bruit et découvrit la fillette, qui balayait de ses grands yeux verts la pièce, une main toujours sur la clenche.
« Tu ne fermes même plus ma porte, en fait ? demanda-t-elle, étonnée.
- Non. Ça fait deux jours qu'elle n'est pas verrouillée, répondit-il simplement.
- Par contre, la porte de devant est bloquée, affirma-t-elle, sachant cela après l'avoir éprouvé par elle-même.
- Oui. Tu peux circuler librement dans la maison mais tu ne peux pas sortir. »
Elle l'observa quelques secondes de son regard perçant avant de s'avancer vers lui et de demander, intriguée :
« Qu'est-ce que tu fais ?
- Je fabrique des remèdes pour des apothicaires.
- C'est quoi "des apothicaires" ?
- Des pharmaciens, clarifia-t-il.
- Ah, d'accord, dit-elle en s'approchant encore afin d'essayer de voir le contenu des chaudrons.
- Attention, ne viens pas trop prêt, l'avertit-il en plaçant un bras devant elle pour la stopper. C'est très chaud et c'est dangereux.
- Tu veux que je retourne dans ma chambre ? interrogea-t-elle tristement, en ayant assez d'être seule depuis cinq longues journées.
- Non, tu peux rester. Je veux juste que tu fasses attention pour ne pas te faire mal.
- Tu me montres ce qu'il y a dans tes grosses casseroles ? »
Severus ne put s'empêcher d'esquisser un sourire en l'entendant qualifier ses chaudrons de potionniste de "grosses casseroles" et en la voyant se hausser sur la pointe de ses pieds pour tenter d'apercevoir quelque chose.
« Oui, je vais te montrer, acquiesça-t-il simplement. Est-ce que je peux te prendre dans mes bras pour te mettre à la bonne hauteur ? s'assura-t-il, ne voulant surtout pas briser la confiance qui semblait commencer à s'établir entre eux.
- Oui, tu peux », répondit-elle aussitôt en hochant la tête.
Rogue se pencha alors vers elle, entoura ses jambes d'un bras, passa l'autre dans son dos pour la soutenir et la cala contre son flanc avant de s'approcher légèrement du chaudron pour qu'elle puisse voir la potion qui bouillonnait lentement.
La petite s'accrocha à son cou à l'aide de ses deux mains et examina la mixture qui avait une curieuse couleur sombre aux reflets changeants et qui exhalait des odeurs qu'elle n'avait encore jamais eu l'occasion de sentir.
Puis, après son observation minutieuse de la potion, elle reporta son attention sur le visage de l'homme qui la tenait dans ses bras et déclara :
« Tu n'as pas un métier comme tout le monde, toi.
- Non, ce que je fais est un peu spécial, tu as raison, approuva-t-il, légèrement amusé.
- Pourquoi tu es tout seul ? demanda-t-elle ensuite, passant du coq à l'âne.
- Parce que je… je ne suis pas quelqu'un de bien… répondit-il, sincère, en la reposant par terre. La preuve, je t'ai enlevée.
- Mais… tu es quand même gentil… Vraiment plus gentil que Craig en tout cas… dit-elle, pensive.
- Ce n'est pas très difficile, répliqua-t-il, en songeant avec colère à ce sale Moldu répugnant.
- Et tes parents à toi, ils sont où ? questionna-t-elle encore, cherchant pourquoi il était si seul.
- Ils sont morts quand j'avais dix-sept ans.
- J'ai de la peine pour toi… » rétorqua-t-elle alors, compatissante.
Rogue tourna sa tête vers elle, étonné de l'entendre dire une telle chose alors qu'il l'avait enlevée et qu'il la retenait prisonnière dans sa demeure contre son gré, puis il la vit qui s'apprêtait à lui poser une nouvelle question.
« Puisque tu ne veux pas que je rentre chez moi, je peux rester avec toi ? interrogea-t-elle en le fixant de ses grands yeux verts. Moi non plus, je n'aime pas être toute seule.
- Oui, tu peux rester », répondit-il en s'adoucissant devant son regard brillant de franchise et d'innocence.
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Cela faisait à présent deux mois que Lily était là.
Après lui avoir posé la question un nombre incalculable de fois, elle s'était finalement résignée, ne lui demandait plus de la laisser partir, se nourrissait correctement et passait ses journées derrière lui à observer ses faits et gestes et à vouloir se rendre utile. Même si elle était soulagée de ne plus avoir à être en contact avec son beau-père, sa mère lui manquait toujours terriblement et, tous les soirs, elle pleurait en pensant à elle avant de s'endormir.
Rogue était satisfait de la tournure qu'avaient pris les événements : il avait réussi à établir une relation de confiance avec elle et il appréciait avoir la fillette à ses côtés, même s'il était conscient qu'elle était toujours très peinée d'être séparée de sa mère.
Il s'était rendu dans des magasins moldus, bien loin de là où il habitait, grâce au transplanage, pour acheter de nouveaux vêtements, des chaussures, quelques peluches et quelques jeux pour l'enfant afin qu'elle ne s'ennuie pas trop et il avait même entrepris de lui faire la classe, l'instruisant dans toutes les matières qu'elle aurait dû normalement apprendre à l'école.
Il tentait toujours de lui cacher sa nature de sorcier mais il se doutait qu'elle finirait bien par découvrir son secret. La fillette était étonnamment perspicace et intelligente pour une gamine de huit ans et il ne pourrait plus garder son secret bien longtemps…
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Cette nuit-là, Severus fut réveillé par des gémissements qui provenaient de la chambre jouxtant la sienne. Alarmé, il sortit aussitôt de son lit en fronçant les sourcils et pénétra directement dans la chambre de la fillette.
Il la découvrit qui s'agitait dans son lit, en train de se débattre avec ses couvertures, tentant de repousser un ennemi imaginaire à l'aide de ses bras, nez et sourcils froncés, se lamentant dans une litanie sans queue ni tête.
Constatant qu'elle faisait un cauchemar, il s'approcha de son lit et décida alors de la réveiller en posant ses mains sur ses épaules pour la secouer légèrement et en l'appelant doucement par son prénom :
« Lily… Lily, réveille-toi… Tu fais un mauvais rêve…
- Non… S'il te plaît, non… Je n'aime pas, je ne veux pas… marmonnait-elle.
- Lily, ce n'est rien… Ouvre les yeux… »
Lorsqu'elle ouvrit les paupières, la fillette, visiblement terrifiée par son rêve, fut profondément soulagée de reconnaître Severus à côté d'elle et elle se pendit à son cou en laissant ses larmes rouler sur ses joues.
Surpris, Rogue ne bougea pas un seul muscle dans un premier temps, puis, remarquant qu'elle ne le lâchait pas et qu'elle avait du mal à se calmer toute seule, il s'assit sur le matelas, à côté d'elle, et la serra contre lui.
Il passa doucement une main dans son dos et dans ses longs cheveux roux, lisses et soyeux, et chuchota contre son oreille :
« Chut… Tout va bien… Calme-toi…
- J'ai cru que… c'était vrai… » répondit-elle, le visage baigné de larmes et la respiration saccadée, en se détachant un peu de lui pour plonger ses yeux verts dans ses yeux noirs.
En croisant son regard, Severus bascula dans son esprit et vit défiler tous les mauvais souvenirs concernant le beau-père de la fillette. Il fut choqué par ces images, ne s'attendant pas à ce qu'il soit allé aussi loin dans sa perversité et dans ses actes, et, lorsqu'elle eut fini de se décharger de tout ce flot de réminiscences, il posa une main sur sa joue pour essuyer ses larmes et déclara gentiment :
« C'est fini, Lily. Ce ne sont que des souvenirs.
- Je sais mais ça fait quand même peur…
- Oui, je veux bien te croire… Mais je ne laisserai jamais plus personne te faire le moindre mal, lui promit-il.
- Maman me chantait une chanson, quand je faisais un cauchemar pour m'aider à me rendormir, lui apprit-elle. Tu veux bien me chanter quelque chose ?
- Non, je ne sais pas chanter… répliqua-t-il en secouant la tête.
- Oh, s'il te plaît. Essaie, insista-t-elle.
- Non, désolé, je ne connais même pas de chansons, refusa-t-il une nouvelle fois. Mais je peux peut-être faire autre chose, proposa-t-il en voulant la réconforter à tout prix.
- Qu'est-ce que tu veux faire à la place ? interrogea-t-elle, intriguée.
- Tu aimerais voir quelque chose de magique ? demanda-t-il alors.
- C'est quoi ? » demanda-t-elle en reniflant légèrement.
Rogue esquissa un sourire, sortit sa baguette, dont il ne se séparait jamais par mesure de précaution, d'une manche de son pyjama et invoqua son Patronus.
La fillette, émerveillée, observa l'animal fantomatique se déplacer dans la pièce, faire le tour de la chambre puis venir auprès d'elle et pencher la tête dans sa direction, comme pour se faire caresser.
« Oh… C'est beau… déclara-t-elle, ébahie, en tendant sa main vers le mammifère bleuté. C'est un loup ?
- Oui, on dirait bien… répondit-il, stupéfait de la forme qu'avait pris son Patronus.*
- J'adore les loups, lui apprit alors la fillette, heureuse, en caressant la tête de l'animal protecteur. Ce sont mes animaux préférés. »
Rogue les regarda intensément, elle et le loup bleuté, toujours perturbé par le brusque changement de l'apparence de son Patronus puis il fut soudain tiré de ses pensées par la petite Lily qui déclara :
« Je savais que tu étais un sorcier. Tu fabriques des potions dans de gros chaudrons comme dans Merlin, l'enchanteur et tu as une baguette magique.
- C'est vrai, je suis un sorcier, confirma-t-il, sachant qu'il ne servait à rien de nier l'évidence et voyant que ça ne la choquait pas plus que ça.
- Tu fais de la vraie magie ? Ça existe vraiment alors ? questionna-t-elle, aux anges.
- Oui, ça existe bel et bien.
- Moi aussi, je peux faire de la magie ? demanda-t-elle, pleine d'espoir.
- Non, tu ne saurais pas, fit-il en secouant la tête, désolé pour elle.
- Pourquoi ?
- Parce que certaines personnes naissent avec des pouvoirs et d'autres sans. Si tu n'as pas de pouvoir, tu ne peux pas faire de magie, même avec une baguette.
- Oh… C'est dommage… fit-elle, déçue.
- Oui, je le sais…
- Mais ce n'est pas grave. Tu en feras pour moi, affirma-t-elle en souriant, loin de se laisser abattre par la nouvelle.
- Je ferai tout pour te faire plaisir, Lily, répondit-il en lui rendant son sourire.
- Merci. »
Puis voyant qu'il s'apprêtait à se lever, elle saisit sa main de ses deux mains et lui demanda :
« Severus, tu veux bien rester près de moi jusqu'à ce que je me rendorme, s'il te plaît ? »
Le sorcier la regarda, réellement surpris par sa demande, posa sa main sur les siennes et rétorqua :
« D'accord. Tu peux te rendormir tranquillement, je reste près de toi. »
La petite fille sourit, heureuse, elle se réinstalla confortablement dans son lit, tandis que Severus replaçait correctement ses couvertures sur elle, puis elle ferma les yeux en poussant un soupir et en prenant l'une de ses mains dans les siennes, confiante.
* Pour rappel, normalement, le Patronus de Severus est une biche.
Merci d'avoir lu! J'espère que ce deuxième chapitre vous a plu ;-)
La suite la semaine prochaine!
Bisous ;-)
