Une rose d'amour épanoui dans le sang

Chapitre deux : à bientôt

-… et révisez un peu pendant les vacances !

-OOooohhhhhhhhhhh…, s'exclama la classe, dépitée par ce que venait de dire la maîtresse.

-Je sais je sais, les grandes vacances ne sont pas le meilleur moment pour travailler. Mais juste une heure par jour, pour ne rien oublier à la rentrée, c'est tout.

A ce conseil, la classe émit un grognement signifiant bien son mécontentement, même juste pour une heure de travail. Une seule élève ne semblait pas tenir cas de ce que disait la maîtresse, ni même ne semblait l'avoir écoutée. C'était Candy, qui savait bien qu'elle réviserait avec Terry cet été, et pour qui les grandes vacances étaient signes de retrouvailles avec son meilleur ami. Elle tapait du pied, en attendant d'un air concentré la sonnerie salvatrice, annonciatrice du début de mois sans maîtresse, sans école, et sans enfants la regardant bizarrement, réticents à lui faire partager leurs jeux… Juste elle et Terry, c'était tout ce qu'il fallait à son bonheur !

Enfin le bruit cristallin de la cloche se fit entendre, et se fut à qui sortirait de la pièce en premier…et se fut Candy qui gagna. Cartable à la main, les cheveux en bataille, elle courrait à en perdre haleine jusqu'à la maison Pony, pour y préparer ses affaires.

Qu'elle ne fut pas sa surprise en découvrant à son arrivée une voiture aux vitres teintées, et aux armes des Grandchester, l'aigle enserrant le lys.

« Terry est venu me chercher ! » hurla-t-elle toute à sa joie. Et elle entra comme un boulet de canon dans l'orphelinat. Elle y trouva bien Terry, mais avec son père et sa mère, et le regard peiné qu'ils lui portèrent effaça à moitié son sourire. Elle s'approcha de Madame Grandchester, qui avait toujours été très gentille avec elle, comme une mère, et lui serra la main :

-Bonjour Madame. Il y a un problème ?

-Et oui ma chérie…nous rentrons à Londres aujourd'hui, e nous venions te dire au revoir.

A l'évocation de leur départ, Candy serra un peu plus fort la main de Madame Grandchester, et quelques larmes vinrent perler sur les bords de ses yeux émeraudes. Terry lui non plus ne paraissait pas très enchanté à l'idée de repartir à Londres.

-Pourquoi demanda-t-elle ?

-Car Terry va mieux, et car nous devons gérer nos affaires à Londres. Alors il faut que l'on rentre.

Sa respiration commença à se saccader, ses yeux à papillonner de partout dans la pièce…elle n'avait que sept ans, e ce genre de nouvelle est toujours dur à entendre pour un enfant de cet âge. Et elle ne fit pas exception…Ses larmes se mirent à couler sur ses joues, elle lâcha la main de la mère de Terry, plaqua ses mains sur ses oreilles, et cria « NON ! NON ! », avant de se précipiter à l'extérieur de la maison, pour se diriger vers la colline de Pony et son arbre, le confident de toutes ses peines et des chagrins de tous les orphelins.

Arrivée, elle étreignit très fort l'arbre, jusqu'à sentir son écorce à travers ses vêtements. Et comme toujours, elle prit aussi dans sa main son cher pendentif, seul souvenir de sa mère, qu'elle chérissait comme un trésor.

-Candy !

Elle se retourna pour voir Terry arriver, malgré le soleil couchant…

-Terry ! Il faut que tu partes, le soleil c'est pas bien pour toi !

-çà va mieux, je supporte la lumière du soleil couchant, ou à son lever aussi.

-Pourquoi tu pars ? Hurla Candy tout en pleurant.

-Tu as entendu maman, il faut rentrer car il faut gérer les biens de la famille, dit-il en se rapprochant d'elle.

-Reste ! Dit-elle le regard suppliant…

-Je peux pas…dit Terry aussi triste que son amie, faisant tout pour éviter de pleurer à son tour.

Ils restèrent là, assis dans l'herbe, sur la colline, à regarder le soleil se coucher, trop tristes pour pouvoir parler, et se dire adieu…Finalement, Terry se retourna pour la regarder…

-Tes yeux ont l'éclat d'un rubis nimbé de soleil.

-Idiot, ils ont la couleur de l'émeraude, répliqua Candy.

-Pas pour moi…

Maintenant, les étoiles scintillaient peu à peu, une à une… Les parents de Terry l'attendaient au pied de la colline, leur cape de voyage flottant au vent.

-Tu dois partir, observa simplement Candy.

-Je sais, mais je ne veux pas…, j'essayerais de t'écrire.

-Merci…, dit Candy en reniflant.

De tristesse sembla-t-il, Terry se frotta les yeux.

-Tiens Candy, c'est un souvenir pour toi.

-Qu'est ce que c'est ?

-Une boucle d'oreille. Je te la mets ?

-Oui, mais j'ai pas de trou aux oreilles.

-Pas la peine, dit-il avec un petit sourire. Et en effet, il n'eut qu'à la coller sur son oreille droite pour que celle-ci tienne. C'est un rubis, comme çà tu te souviendras toujours de moi, au moins quand tu te regarderas devant un miroir.

-Terry ! Comment peux-tu croire que je vais t'oublier ? Dit-elle en lui donnant un petit coup dans les côtes. Et l'espace d'un instant, ils eurent l'impression d'être de retour dans la maison de Terry, lors de leurs jeux, de leurs discussions…et de leurs disputes ! Tu vas voir si je vais t'oublier !

Et sur ces paroles, elle prit une pierre aux bords tranchants sur le sol, se coupa le bout du pouce gauche, et fit une crois de sang sur sa main droite en disant : « Je ne t'oublierais pas Terry. Croix de bois, croix de fer, si je mens, je vais en enfer ! ».

A la vue du sang de la petite fille, les yeux de Terry s'écarquillèrent, et son nez se mit à frémir, bien que la pénombre ambiante ne permette pas à Candy de le voir.

-Attention Candy, çà va s'infester ! Et sur ce, il prit son mouchoir pour lui en faire un pansement. Après, il se jeta dans ses bras. Au revoir, je t'écrirais, et je te promets qu'un jour, je viendrais te chercher pour que toi aussi tu sois à Londres avec moi.

Cette promesse fut dite sur un ton décidé, que Candy ne connaissait pas à Terry, et en la faisant, les yeux rouges de son ami se mirent à briller étrangement.

Ils s'étreignirent une dernière fois, se serrèrent très fort, et Terry courut vers ses parents, se jetant dans les jupes de sa mère. Eux aussi dirent au revoir à la petite fille, et rentrèrent rapidement dans la voiture, qui partit immédiatement.

Arrivée à la clôture, un cri s'échappa de celle-ci, qui fit pleurer Candy, car pour elle s'était Terry qui hurlait sa peine. Ces deux enfants, dont l'amitié était si forte, venaient d'être séparés. Il ne restait plus à Candy qu'à attendre la lettre de Terry, et son adresse, pour que même séparés par l'océan, ils continuent à entretenir leurs liens amicaux.

-Candy, arrête d'attendre le facteur, çà ne fait que trois jours qu'il est parti. Il doit à peine avoir embarqué !

-Vraiment ?

-Eh oui ! Dit Sœur Maria en serrant la petite fille dans ses bras. Candy s'y lova comme un jeune chat, posant sa tête au creux de l'épaule de la religieuse. Tu t'ennuies ?

-Oui…il me manque…c'est mon seul ami…

-Courage ma chérie, fit-elle en l'ambrassant. Et Candy en profita pour se serrer un peu plus contre elle.

Sur le bateau, Terry lui non plus n'en menait pas large. Il regardait constamment la côte, en direction d'une maison et d'une amie qui s'éloignaient de plus en plus. Bien que fâchés contre lui, ses parents essayaient de la consoler par des paroles réconfortantes, en vain…

-Terry, tu la reverras, tu le sais…, lui disais sa mère.

-J'ai promis que je viendrais la chercher.

-C'est très gentil de ta part, et là au moins tu es certain de la retrouver ! Mais pourquoi as-tu fais çà, dit-elle en lui caressant ses yeux tendrement.

-C'est parce que…

Au bout de trois interminables semaines, où Candy s'était sentie plus seule que jamais, une lettre d'Angleterre arriva enfin pour elle. Elle bondit dans tous les sens, sauta au cou du facteur, qui l'avait vu chaque jour attendre sur la barrière cette bonne nouvelle. Une fois sa lettre en main, elle courut jusqu'à la maison et hurla tel un ouragan :

-çà y est, Terry m'a écrit. Je vais lire ma lettre. Et tel un ouragan, elle ressortie de la pièce, laissant les enfants et les deux femmes sur leur surprise !

Candy courait les pieds nus sur l'herbe fraîche. L'air ne lui avait pas semblé aussi doux et aussi fort depuis des lustres, ni la campagne plus belle. Elle choisit de s'asseoir sur une colline non loin de l'orphelinat, histoire de lire son courrier tranquille, sans personne pour l'embêter, mais suffisamment prêt tout de même, si jamais on l'appelait.

Elle regarda la lettre. C'était bien l'écriture de Terry. Le timbre était très joli, représentant la City et la Tamise. Elle en sortie une très jolie feuille de papier, et se mit à en lire le contenu avec avidité :

« Bonjour Candy,

J'espère que tu vas bien. Moi çà va pas trop, tu me manques beaucoup. J'ai pas arrêté d'être triste sur le bateau. Même maintenant. Alors j'ai hâte qu'on se retrouve. Ici j'ai revu plusieurs de mes amis. Tu sais, Ali, Archi, Patty et Annie. Je t'en avais parlé, tu te souviens ? Alors çà va un peu, je me sens pas trop seul, mais çà aurait été mieux si toi aussi tu étais là. Je leur ai parlé de toi, ils ont hâte de te connaître.

Le problème, c'est que maman dit que tu pourras pas venir nous voir avant quelques années (j'ai pas très bien compris pourquoi), et puis aussi, comme je vais partir en pension à la rentrée, je pourrais pas t'écrire comme je veux. Ils sont très stricts, même avec les parents à cette académie de Saint Bloody. Je suis triste, c'est la dernière lettre que je peux t'envoyer cette année, la prochaine sera pour l'été prochain. Voilà mon adresse si tu veux m'écrire rapidement.

Je te fais une éternité de baisers,

Ton ami

Terry »

Au fur et à mesure de la lecture de la lettre, le visage de Candy s'était décomposé, et à la fin, il était en larmes. Et le fait de voir les traces des larmes que son ami avait versé alors qu'il écrivait la lettre, encore visibles sur le papier, n'améliorèrent pas son moral.

-Pas avant un an…sanglota-t-elle, un an sans nouvelles…

Tenant toujours sa lettre dans ses mains, elle se mit à courir très vite dans la campagne, les larmes perlant sur ses joues. C'est à ce moment là qu'elle entendit un bruit bizarre. Elle dirigea ses pas vers son origine, et c'est là qu'elle fit une rencontre étrange…Un garçon habillé d'une jupe à carreaux, qui soufflait dans une outre pleine de tuyaux. Sous le choc, elle dit tout haut :

-T'es qui toi ? Un martien ?

Sous la surprise, le jeune homme s'étouffa et fit une fausse note. Il fixa la petite fille, éberlué et amusé :

-Pas du tout. Ceci est le costume traditionnel des Ecossais, et ce que je tiens, c'est une cornemuse. Ecoute…Et il se remit à jouer.

Candy écouta la musique, battant la mesure avec ses pieds.

-On dirait la marche des escargots, dit-elle amusée.

Le jeune homme fit une seconde fausse note.

-Ah ah ah ! Vraiment ? Tu es drôle ! Et tu es beaucoup plus jolie quand tu souris que quand tu pleures !

Sous le compliment, Candy oublia momentanément son chagrin, essuya ses yeux, et fit au jeune homme le plus beau de ses sourires, de ceux qui faisaient toujours fondre Terry quand ils s'étaient chamaillés. Mais le temps qu'elle fasse çà, le jeune homme avait déjà disparu. Scintillant dans l'herbe, elle trouva un bijou qui devait lui appartenir…un aigle enserrant un éclair et entouré de nuages. Elle l'appela plusieurs fois, mais il ne lui répondit pas.

Elle décida de garder le bijou en souvenir de cette rencontre, du "prince des collines". Par cela, elle se souviendrait qu'il faut toujours sourire, être « comme un soleil », ce qu'adorait Terry…Terry…son ami qui lui manquait tant… Cet aigle était-il un signe du destin, lui indiquant que Terry ne serait jamais loin ? Qu'il ne fallait pas l'oublier ? Dorénavant, elle avait quatre trésors…Le collier de sa mère, le bijou et la lettre de Terry, et cet aigle, symbole de cette rencontre et un peu de l'emblème des Grandchester…Elle les chérissait tant…elle sourit à nouveau, et rentra à la maison.

© Séraphine fait le 08/08/2008