Chapitre 2

.

L'ambulance vient juste de partir et Jones nettoie le corps du Blowfish pendant que Gwen administre le Retcon au reste de la famille dans l'arrière-salle.

-C'est ridicule, déclare Jones de mauvaise humeur en remontant la fermeture éclair du sac mortuaire. C'est l'opération la plus amateur de toute l'histoire de Torchwood. Je n'arrive pas à croire que non seulement vous l'ayez laissé filer mais également s'introduire dans une maison et prendre une famille en otage.

-Va te faire voir, Jones, répond Owen avec irritation en saisissant l'autre coté du sac par sa poignée afin de le charger dans le SUV. Tu crois vraiment que tu aurais pu faire mieux?

-Je sais que j'aurais fait mieux, rétorque Jones avec arrogance.

Toshiko Sato lève les yeux au ciel en avisant l'expression furieuse d'Owen. Parfois elle pense que Jones dit des choses comme ça juste pour lui faire péter les plombs.

-Tu peux dégotter de l'eau de javel tant que tu es là ? Demande t-elle les yeux rivés sur la tache de sang colorant la moquette couleur crème.

-Pour qui tu me prends ? Ta femme de ménage?

-Je pense que tu serais ravissant dans une tenue de femme de ménage, réplique t-elle.

Elle sourit au cri de dégout d'Owen.

-Owen porte une tenue de femme de ménage maintenant? Prononce une voix familière derrière elle. Je dois être parti depuis bien longtemps.

Elle fait volte-face. Il n'a pas changé d'un pouce, souriant de toutes ses dents, comme s'il n'était jamais parti.

-Jack! S'exclame Gwen ébahie, figée sur le seuil de la porte.

Tosh n'arrive pas à articuler un mot. Elle entend Owen jurer à l'extérieur et lui et Jones, l'arme au poing se précipitent dans la pièce.

-Jack? Owen le dévisage, momentanément surpris avant d'adopter son habituelle expression blasée. Mais où étais-tu passé, bordel?

-Je vous ai manqué? S'enquiert Jack d'un ton gai.

Tosh a plutôt envie de le gifler.

Quatre mois. Quatre putains de mois et il ose...

-Apparemment non, en déduit le Capitaine en fronçant les sourcils devant le révolver de Jones pointé directement sur sa tête. Ça ne vous dérangerait pas de baisser votre arme ?

-Comment pouvons-nous savoir que c'est vous? Demande Jones d'un ton froid, ne baissant pas sa garde.

-Vous voulez me tirer dessus et ensuite le découvrir?

Jones lui lance un regard mauvais mais range son arme. Etrangement Jack le jauge un moment du regard avant de se tourner vers les autres en souriant de façon exaspérante.

Sur le chemin de retour en direction du Hub Owen ne pose pas moins de quarante cinq questions à Jack qui les élude avec un sourire charmant et un peu de flirt. Tosh serait impressionnée si elle ne se retenait pas de lui crier dessus. Gwen semble être dans le même état d'esprit ainsi que Jones qui, par contre, n'a pas l'air impressionné.

Jack semble surpris que Gwen ait pris le commandement et plus surpris encore par le fait que Jones l'écoute réellement. C'est une préoccupation légitime. Quand il est devenu évident que Jack ne serait pas de retour de sitôt ( ou jamais), elle, Owen et Tosh avaient été inquiets que d'une façon ou d'une autre Jones revienne à ses anciennes manières impitoyables et les mettent en danger. Mais Jones n'avait pas bronché quand Gwen avait commencé à donner des ordres, semblant complètement désintéressé par l'idée d'être responsable. Il était toujours aussi froid, grossier et sarcastique, il les prenait toujours au dépourvu mais s'était montré loyal et avait fait du bon travail, ce qui était probablement tout ce qu'ils pouvaient espérer de lui.

Les choses sont assez embarrassantes. Ils font semblant d'être extrêmement occupés pour ne pas avoir à regarder Jack, sauf Jones qui rend les choses encore plus maladroites en faisant des plaisanteries morbides au sujet de confectionner de sushis avec le Blowfish sur le chemin de la morgue.

Jack le regarde d'une façon qui pourrait passer pour du désir sexuel si Tosh ne le connaissait pas mieux.

-Qu'est ce qui lui arrive ? Questionne t-il curieux.

C'est apparemment suffisant pour Gwen qui saisit l'opportunité et le pousse contre le mur près de la porte.

-Tu nous a laissé, Jack! L'accuse t-elle.

Jack soupire.

-Je sais, je suis désolé, répond-il simplement.

Tosh ne peut s'empêcher de penser qu'il n'a pas l'air bien.

-Nous ne savions rien! Persiste Gwen toujours furieuse.

-Où étais-tu? Demande Tosh songeant que c'est la question la plus importante.

-J'ai trouvé mon Docteur, répond Jack avec un léger sourire.

-LE Docteur ou ton Docteur ? Questionne Owen. Ou bien sont-elles la même personne?

- La même personne.

-Ton Docteur est le même docteur qui était à la bataille de Canary Wharf? Demande Gwen alarmée.

-Ouais.

-Alors est-ce qu'il t'a réparé ? Questionne Owen avec impatience.

C'est la pire des questions et quelque chose en Jack semble se briser avant qu'il n'émette un rire bref.

Et juste comme ils vont enfin obtenir une réponse l'alarme se déclenche.

-Merde ! Activité de la Faille! Grommelle Tosh.

-Jones! Crie Gwen en se penchant par dessus la balustrade pour crier au sous-sol, activité de la Faille!

-Pas le temps de faire des sushis alors, déclare ce dernier faisant semblant d'être déçu tout en grimpant les escaliers quelques secondes plus tard, à peine essoufflé. J'ai manqué quelque chose d'important?

-Euh...dit Jack l'air étrangement gêné, le fait que je sois de retour?

Jones le toise avec dédain.

-Oui, je vois. Rappelez-vous de nous prévenir quand vous disparaitrez de nouveau parce que cet endroit a été inopérant pendant des jours après votre départ donc je préfère être prévenu comme ça je n'aurai pas besoin de venir travailler.

-Hé! Les tance vertement Owen, si vous avez fini nous avons un travail à faire.

Assez bizarrement Jack a l'air offensé. Tosh aimerait se pencher là-dessus mais ils sont trop occupés pour le moment pour y réfléchir.

oooooooooo

Ils trouvent un cadavre sur la route, couvert de fragment d'énergie provenant de la Faille. Il s'avère que le tueur est une connaissance de Jack. Il les plante là et ils sont forcés de le prendre en chasse en taxi pour le retrouver dans un bar dévasté, buvant un verre.

-Tu as une équipe! comme c'est mignon! Pas de blonde pourtant. Il te faudrait une blonde, déclare le tueur, un homme aux cheveux bruns.

-Mon dieu, il est pire que Jack, marmonne Owen de l'autre coté de la salle.

-Et vous avez un nom d'équipe ? J'adore les noms d'équipe. Allez!

-Torchwood, répond Jack d'un ton de défi, apparemment pas en aussi bon termes avec le tueur qu'ils l'avaient pensé.

-Oh. Pas Excalibur ? Se moque l'homme. Blizzard? Flics en bikinis? Non? Torchwood. Oh mon cher!

-Gwen Cooper, Toshiko Sato, les présente Jack. Son ton suggère qu'il essaie de rester professionnel, Owen harper et Jones, je vous présente...

-Capitaine John Hart.

Rien qu'au ton de sa voix Tosh doute que ce soit son véritable nom.

-C'est un vieil ami.

-Excuse-moi, rectifie Hart , nous étions plus que ça. Nous étions partenaires.

-Oui, c'est charmant, répond Jones sarcastique. C'est vous qui avez poussé ce mec du toit?

-Et si c'était moi?

-Alors je dirai que c'est dans ma description du job de vous tuer, réplique Jones.

Hart sort son arme et la pointe sur le Gallois qui en fait de même si vite si vite que Tosh peut à peine suivre le mouvement.

Jack se place entre les deux hommes, le dos à Hart.

-Jones, baissez votre arme.

Le Gallois serre les dents.

-Pourquoi ? C'est une menace.

-J'ai dit: Baissez. Vôtre. Arme.

-Tu as des problèmes de commandement? Se moque Hart.

-Boucle-la si tu ne veux pas mourir, le prévient Jack.

-Oh je t'en prie! Soupire Hart sans quitter Jones des yeux. Mais quel âge as-tu beau gosse? Seize ans ? Absolument magnifique, ajoute t-il d'un ton appréciateur. Je vois pourquoi tu le gardes pour toi.

Jones a l'air dégouté.

-Jones, l'avertit Jack.

-Section 4, paragraphe B, débite le Gallois. C'est la partie de la charte de la Fondation Torchwood qui nécessite l'élimination d'une menace temporelle.

-Mignon et intelligent, note Hart avec un regard concupiscent. Je pense que nous devrions différer cette confrontation dans un endroit privé, qu'en dites-vous?

-Je préférerai être bouffé par un Hoix.

-Je pouvais toujours essayer. Cependant si vous me tuez vous devez comprendre que vous ne trouverez jamais où se trouvent ces bombes à radiations

-Des bombes à radiations? Demande Owen, je n'aime pas ça.

Hart sourit.

-Trois bombes, plus que toxiques, avalées par la Faille.

-Et qui ont fini ici, déduit Tosh commençant à avoir des sueurs froides.

-Et pourquoi tu t'en soucies ? S'enquit Jack en tendant le bras pour repousser l'arme de Jones vers le bas.

-C'est la dernière volonté d'une femme mourante, explique Hart, je lui ai promis que je les retrouverai, sur la tête de ma mère.

Jack n'a pas l'air convaincu.

-Vous nous prenez pour des imbéciles? Grogne Jones. Des bombes à radiations... Ne me faites pas rire!

-Vous pouvez vraiment vous permettre d'ignorer ça ? Demande Hart.

Jones fronce les sourcils mais finit par céder.

Plus tard, bien sûr il s'avère que Jones avait raison tout le long et que Hart est un enfoiré de traite. Tosh n'arrive pas à croire qu'elle l'a trouvé mignon, ne serait-ce qu'une seconde. Elle fait une note mentale pour se souvenir d'écouter Jones plus souvent tandis qu'elle presse son pull contre la blessure par balle dans la hanche de ce dernier.

-Je...J'aurais dû tuer ce salaud, rage le jeune homme, tremblant de douleur.

-Ne t'inquiète pas, tente t-elle de l'apaiser. Jack va l'arrêter.

Jones n'a pas l'air convaincu.

-Ou...ouais, s'il n'est pas trop occupé à penser avec sa b...bite.

La voix d'Owen retentit dans l'obscurité et Tosh a l'impression qu'elle pourrait pleurer de soulagement.

-Tosh! Jones!

-Par ici! Crie t-elle. Dépêche-toi, il a perdu beaucoup de sang!

Owen le panse tant bien que mal. Ensuite ils trouvent Gwen juste à temps pour lui administrer un antidote au poison que Hart lui a administré.

Ils retournent au Hub pour le confronter et tout va encore plus mal. Gwen est presque réduite en pièces, enchainée à John Hart, ils sont "temporellement déplacés" au début de la soirée et Tosh songe qu'elle n'avait pas vraiment besoin de connaitre ce fantasme de Hart au sujet des caniches. Jones tolère l'étrange flirt entre Jack et Hart, probablement parce qu'il a très mal mais il regimbe quand Jack décide de laisser partir l'autre homme.

-Nous n'allons pas le laisser s'en aller, siffle t-il en levant de nouveau son arme.

Hart pousse un soupir exagéré.

-Oh mon petit Jones, vous êtes mignon mais vous avez vraiment une idée fixe dans la tête. Apprenez...Chais pas, à être multitâche Parce que ça devient franchement ennuyeux au bout d'un moment.

-La ferme! Gronde Jones visiblement pas amusé. Surtout après s'être fait tiré dessus, imagine Tosh.

-Jones, laissez-le, ordonne Jack d'un ton sérieux.

-Donc c'est normal qu'il vienne de jeter un homme au hasard d'un toit sans raison apparente ? Ou tué cette femme? Demande Jones en colère, son pistolet pointé avec précision sur Hart, même s'il est en équilibre précaire sur une jambe.

Tosh doit admettre qu'il vient de marquer un point.

-Je veux juste qu'il s'en aille, réplique Jack d'un ton las, juste en finir avec lui.

-Ainsi il peut partir et tuer quelqu'un d'autre ailleurs dans le Temps ? Devenir le problème d'une autre personne? Persiste Jones.

Hart sourit d'un air malveillant.

-C'est plus fort que moi, je suis comme ça.

Jack lui lance un regard d'avertissement.

-Tu n'arranges pas ton cas.

-Comme si tu allais vraiment me tuer ! Se gausse Hart, plein de confiance. D'ailleurs, beau mec, ajoute t-il en se tournant vers Jones, les Agents du Temps ne se descendent pas aussi facilement que vous le pensez.

-Vous voulez parier ? J'ai déjà tué un Agent du Temps et ça m'a semblé aussi facile que n'importe qui d'autre.

Hart se raidit.

-Qui? Questionne t-il soudain sérieux.

-Je ne sais pas, je m'en fiche.

-Pourquoi l'avez-vous tué ? Demande Jack.

-Parce qu'il enlevait des enfants, les battait et les déposait dans n'importe quel endroit du Passé, gronde Jones. Pour s'amuser. Vous êtes associé à de charmantes personnes, Harkness.

-Oh, on dirait que c'est Welen, commente Hart nostalgique mais pas plus ennuyé que ça. Il était terrifiant comme l'enfer. Je me suis toujours demandé ce qui lui était arrivé.

Tosh regarde Jack qui semble horrifié. Apparemment il n'était pas au courant. À moins qu'il fasse semblant...Elle est écœurée et désorientée et ne sait plus quel parti prendre. Owen observe Hart avec un dégout non déguisé, Gwen semble apeurée entre Jack et Jones.

-Donc vous avez décidé de me tuer, déclare Hart s'avançant vers Jones. Pourquoi n'appuyez vous pas sur la détente alors?

Le visage de Jones est rouge de colère mais il ne répond pas, pétrifié.

-Vous êtes un beau parleur, pérore Hart en appuyant sa joue contre le canon de l'arme de Jones, mais vous devrez travailler avec ces gens demain et si vous me tuez sans leur approbation, Jack vous rendra certainement les choses difficiles. J'ai raison?

Jones émet une exclamation de dégout mais n'infirme ni ne confirme la question.

-Où peut-être, ajoute Hart d'une voix sourde, tu...

Un coup de feu retentit et Jones pousse un cri de douleur tandis que Hart le fait dévier de son but en frappant droit dans sa hanche blessée. Jones tombe mais Hart le retient, l'air extrêmement content.

-Bien, bien, qu'avons-nous là ? Dit-il d'un ton prédateur en le tâtant sans vergogne. Ce n'est pas tous les jours qu'une magnifique jeune chose tombe dans mes bras.

Il appuie de nouveau sur la blessure de Jones qui crie de douleur.

-Lâche-le ! Gronde Jack en lui décochant un coup de poing à la mâchoire et en tirant Jones hors de son emprise.

Le Gallois tombe à genoux en gémissant. Hart rit.

-Si naïf, murmure t-il.

Jack lui lance un regard dégouté et sort son Webley.

-D'accord d'accord, Capitule Hart en levant les bras dans un geste défensif. Il presse un bouton sur sa dragonne. Je m'en vais, je m'en vais. Il marche à reculons dans la Faille. Oh, au fait...je voulais te dire, j'ai trouvé Gray.

Jack est pétrifié. Puis deux coups de feu retentissent. Près de Jack, toujours à genoux avec son sang coulant sur son pantalon Jones a son arme pointée sur la Faille.

Tosh fait volte face pour voir s'ils ont touché Hart, mais il s'efface presque complètement et l'instant d'après il n'est plus là.

-Qu'est ce que c'était que ça? Demande Jack livide en attrapant son épaule pour forcer Jones à le regarder.

Jones halète de douleur.

-Une menace temporelle.

-Vous auriez pu le tuer, l'accuse Jack furieusement. Il pourrait être mort! Bordel, je vous ai dit de ne pas...

Les yeux de Jones se révulsent et Jack le retient avant que sa tête ne frappe le sol.

-Super! Crie Jack furieux. Owen!

-Jack, murmure Gwen un peu plus tard, quand ils sont tous entassés dans le SUV. Jones est toujours inconscient et protégé entre elle et Tosh dans le siège du milieu, qui est Gray?


Ils ne peuvent rentrer au Hub à cause du risque de se rencontrer eux-mêmes, donc Owen "emprunte "quelques analgésiques à l'hôpital du coin afin que Jones ne fasse pas un anévrisme en essayant de prétendre qu'il n'a pas mal quand il se réveillera.

Malgré le désastre de la nuit Jack est étonnamment de bonne humeur. Il est de retour à Cardiff, aucun membre de l'équipe n'a encore essayé de le tuer et bien que cela prendra probablement du temps avant qu'il regagne leur confiance il assez certain d'y arriver. Tant qu'il ne pense pas trop fort à Gray, tout ira bien.

L'appartement d'Owen est le plus proche. Ils sont tellement exténués qu'ils ne peuvent rien faire d'autres que d'y débarquer.

-Qui est pour des plats à emporter ? Demande joyeusement Jack après s'être déchargé de Jones inconscient sur le divan en cuir d'Owen.

-Peu importe, gémit Gwen, je suis affamée.

-Alors tu payes, répond Owen en jetant un coup d'œil à Jones tout en ramassant quelques détritus.

-Ton appartement est vraiment sale, observe Tosh. Comment peux-tu vivre comme ça?

-Tu peux toujours partir si tu n'es pas contente, répond Owen froidement. Il y a des chaises dans la cuisine, les informe t-il, sauf si vous voulez rester debout ici et regarder Jones esquinter mon sofa.

Ils migrent vers la cuisine et Jack lui vole son téléphone pour appeler le Thaï.

-Alors, questionne Gwen un peu plus tard après avoir avalé une bouchée de nouilles et qu'Owen soit revenu dans la pièce ayant apparemment renoncé à rendre son appartement présentable. Tu vas nous dire où tu étais?

-À la fin de l'univers, répond Jack surpris de voir que sa réponse est venue toute seule.

Bien sûr ce n'est pas toute la vérité mais pour l'instant ça fera l'affaire. Il ne peut pas vraiment parler de Martha et du Docteur. Ils étaient là, oui, mais les autres ne peuvent pas vraiment comprendre ce qu'il a vécu.

Tosh, Owen et Gwen le regardent les yeux ronds.

-C'est...C'est vrai ? Demande Tosh timidement. La fin de l'univers ?

-L'univers a une fin? Veut savoir Gwen.

-À des milliards et des milliards d'années d'aujourd'hui, raconte Jack en se penchant sur le plan de travail de la cuisine, près du frigo tout en serrant sa boite de nourriture Thaï plus fort que nécessaire.

-Pourquoi tu ne nous en as pas parlé ? Nous ne savions rien ! Tu n' aurais pas pu au moins, je sais pas, moi, laisser un mot ?

-J'ai pas eu le temps, réplique Jack souhaitant plus que tout éviter le sujet tout en sachant qu'ils vont tout de même continuer à poser des questions s'il ne leur répond pas. Il n'y avait qu'une petite "fenêtre". J'ai à peine eu le temps d'attraper mes affaires.

-Mais tout ça n'a servi à rien, non? Interroge Owen sans ménagement. Ton Docteur, tu as dit qu'il pas pu te réparer.

Jack doit admettre que ça fait mal mais il sait que ce n'était pas l'intention d'Owen. Il plaque un sourire sur son visage et secoue la tête.

-Apparemment non, murmure t-il tentant d'oublier la douleur dans sa poitrine en se rappelant les mots : "Jack, tu es une aberration".

.-Tu étais sur quelle planète ? Questionne Tosh avec curiosité. La Terre n'existait plus depuis longtemps alors dans tu étais dans un vaisseau spa...

-Jack, tu crois que je peux appeler Rhys maintenant ? Demande brusquement Gwen, essayant de façon flagrante de détourner la conversation.

Elle doit avoir réalisé à quel point leurs questions le rendent mal à l'aise et il lui offre un petit sourire reconnaissant. Pourtant c'est étrange d'être le bénéficiaire de sa compassion si grandement vantée. Il n'est pas certain d'aimer ça.

Il est sauvé de faire l'obligatoire remarque grossière sur Rhys (Dieu, il ne peut pas croire qu'elle va vraiment l'épouser!) par le cri de Jones tombant du divan dans la pièce voisine.

-Putain de dieu! Hurle t-il haut et fort en continuant avec une longue lignée de jurons dont Jack ne comprend même pas la signification, ce qui est dans un sens un exploit si l'on considère qu'il a vécu à Cardiff plus de cent ans.

Ils se précipitent dans le salon et Jones crie de surprise, son arme à feu pointée sur eux d'une main, l'autre posée sur sa hanche blessée.

-Bon dieu Jones! S'exclame Owen, en plus t'es parano?

-On ne lui avait pas enlevé son arme ? Marmonne Gwen. Combien d'armes as-tu encore sur toi?

-Trois répond Jones automatiquement. Bordel, je suis où?

-Chez moi, Grogne Owen déjà sur la défensive.

-Génial, grommelle Jones en baissant son arme et en faisant le tour de l'appartement du regard. Juste quand je pensais que ça ne pouvais pas être pire.

-Tu n'es pas obligé de rester, se hérisse le médecin, si tu n'aimes pas mes talents de décorateur fous le camp!

-Owen! L'avertit Jack une main sur son épaule.

-Etonnamment je ne faisais pas mention à ton incapacité à laisser propre derrière toi, déclare le Gallois avec mépris, je parlais plutôt du fait qu'on m'a tiré dessus et que je me retrouve sur ton plancher sans pantalon.

-Arrête de te flatter, arrogant fils de pute, siffle Owen.

Jack essaye de se retenir de rire avec difficulté.

-Quelle heure est-il ? Demande Jones en s'appuyant sur la table basse pour se réinstaller sur le canapé.

Il en profite pour attraper son pantalon au passage et l'enfiler. Il se mord la lèvre de douleur, transpire, jure dans sa barbe, le gilet défait, révélant son tee-shirt moulant en dessous. Jack peut distinguer le contour des muscles de sa poitrine. Il se demande quel effet ça ferait de faire courir ses mains sur ces pectoraux, descendre plus bas jusqu'à son slip et...

Il supprime impitoyablement cette pensée avant de se laisser emporter trop loin. Il s'agit de Jones, nom de dieu!

-Quatre heures moins quart, répond Gwen. Tosh, combien de temps nous devons disparaitre encore?

-Il y avait des gens dehors, donc jusqu'au moins six heures. Peut-être que ce serait mieux que Jack ne retourne pas au Hub avant sept heures.

-Bon alors vous pouvez dégager, intervient Owen, tant que vous rentrez directement chez vous , vous ne vous rencontrerez pas vous même.

-Pas besoin d'être aussi impoli, Owen, le rabroue Gwen froidement.

-Ecoute, vous avez mangé, non? Maintenant je suis crevé d'avoir été menacé par un des ex de Jack et courut tout Cardiff pour essayer de sauver ta vie. Et comme si ça ne suffisait pas, Jones s'est retrouvé sur mon plancher sans pantalon, ce qui veut dire que je vais devoir probablement devoir déménager pour me débarrasser de ce souvenir.

Jones lâche un petit rire amusé, prouvant qu'il est bien le fils de pute tordu que Jack a toujours pensé qu'il était.

Ne voulant pas être en reste, Gwen réplique à Owen d'un ton sarcastique mais Jack est ailleurs. Il observe Jones se déplacer avec maladresse sur le sofa, visiblement très mal à l'aise de se trouver dans une pièce avec de si larges fenêtres. Juste comme un bon soldat.

Peut-être pour la centième fois depuis son retour il retourne ce baiser dans sa tête, se demandant pourquoi Jones l'a embrassé. Il ne reconnait pratiquement rien de lui dans ce Jones qui est aussi professionnel et cruel que d'habitude, mais cela lui donne une raison de lui accorder un second regard, se poser des questions sur ses motivations, son humour noir et puis...comment se fait-il qu'il n'ait jamais réalisé que Jones a un cul vraiment spectaculaire? Il se rend compte qu'il ne sait rien du Gallois, à part les informations sur son dossier, et il veut en savoir plus, à tout prix.

Il observe Jones regarder l'échange entre Owen et Gwen avec amusement puis le jeune homme porte son attention sur le kit de secours posé sur la table basse. Il en extirpe d'un air détaché une des seringues qu'Owen a volé à l'hôpital et sans avertissement il descend son pantalon et plante l'aiguille dans sa hanche d'une manière que Jack trouve ridiculement sexy.

-Hé! proteste Owen distrait de sa conversation d'avec Gwen. Tu crois que tu peux jouer avec ça? Et si tu avais frappé une artère ?

Il pousse Tosh sur le coté et se penche pour examiner la blessure de Jones.

-Oh, lâche-moi, je sais ce que je fais. J'ai déjà eu une balle dans la hanche avant, tu sais. Il s'arrête un instant, pensif. L'autre hanche, d'ailleurs.

-Combien de fois tu t'es fait tirer dessus? Questionne Tosh.

Jones fronce les sourcils en comptant dans sa tête.

-Avec celle-là ça fait neuf.

Tout le monde reste bouche bée.

-Alors pourquoi t'es pas mort? demande carrément Owen.

Jack entend Jones murmurer dans sa tête : Je suis devenu agent de terrain pour me faire tuer.

Jones sourit froidement.

-J'ai eu de la chance.


Quelques jours plus tard Jack tombe sur Owen devant l'ordinateur de Tosh.

-Tosh va te tuer si tu télécharges accidentellement encore un nouveau virus sur son ordi, commente Jack sèchement.

Owen lève les yeux, maussade.

-J'ai fait une seule erreur et ça fait deux ans de ça...De toute façon je ne vais pas sur Internet, je suis à la recherche du dossier médical de Jones à Torchwood Un.

Jack, intéressé, se penche sur l'épaule du médecin.

-On dirait qu'il a dit la vérité, commente Owen d'un ton aigre. Il s'est vraiment fait tirer dessus neuf fois au cours des cinq dernières années et vu que c'est la première fois qu'il se faisait tirer dessus ici et que ça fait un peu plus de deux ans qu'il est à Cardiff...

-Mon dieu, mais qu'est-ce qu'il faisait à Londres ? S'exclame Jack.

-Malheureusement ces dossiers ont été détruits dans la Bataille, répond Owen tapotant son crayon sur le bureau avec agacement. Mais il va avoir des problèmes plus tard. Regarde, une balle dans la cuisse en mars 2004. Même avec une intervention chirurgicale c'est l'arthrite garantie. Deux mois plus tard il a reçu deux balles dans le dos dont une dans son rein droit. Owen fait apparaitre une image en couleur qui ressemble à celle d'un scanner. Il est complètement foutu maintenant. Il a aussi été poignardé à la poitrine et il a eu une atélectasie pulmonaire. En janvier 2005 son bras droit a été brisé à quatre endroits. Il a de nouveau reçu une balle dans la poitrine cinq mois plus tard qui n'a atteint aucun centre vital cette fois-ci.

-Il a vraiment, vraiment beaucoup de chance de ne pas être mort, commente Jack presque émerveillé.

-Dommage, râle Owen. Jack le foudroie du regard. Quoi! C'est un connard!

-Tu devrais savoir que ce sujet n'est pas une plaisanterie, surtout avec ce à quoi nous sommes confrontés tous les jours, rétorque Jack froidement.

Owen lève les yeux au ciel et continue à fouiller dans le dossier de Jones. Jack se dirige vers la porte avec un sentiment froid et indéfinissable qui n'était pas là quand il était entré dans la pièce.

-Waouh! S'écrie soudain Owen. Malgré lui Jack rebrousse chemin et regarde de nouveau l'écran. Jones a un casier judiciaire. Bien caché toutefois. Londres l'a dissimulé après l'avoir embauché mais...

-Vol à l'étalage, vol à l'étalage, encore vol à l'étalage, déchiffre Jack.

-Tentative d'entrer par effraction, continue Owen. Principalement des trucs sans intérêt. Hé! Accusation d'agression.

-Où ? demande Jack qui est un lecteur assez lent alors que le médecin clique déjà pour lire les détails.

-Instigateur d'une agression physique avec Luke Brace en 1997. Merde, il avait quel âge? Quinze ans ?

-Renseigne-toi sur lui, ordonne Jack. Les mots : "En fait j'ai appris ça il y a des années quand j'étais un jeune délinquant" résonnent dans ses oreilles.

-Qui? Brace ? Demande Owen, pourquoi tu veux savoir?

Tosh et Gwen arrivent par les escaliers.

-Que se passe t-il ? Questionne cette dernière.

-Qu'est-ce que vous faites sur mon ordinateur ? Interroge Tosh avec méfiance.

-On regarde le casier judiciaire de Jones, répond Owen. Vous voulez voir ?

Les deux femmes se penchent pour scruter l'écran.

-Il s'avère qu'il a dérouillé un mec quand il était adolescent, les informe Owen avec amusement.

-Cherche le type qu'il a tabassé, commande Jack.

-Attends, proteste Gwen, nous sommes en train de lire le...

-Fais ce que je te dis, réitère Jack avec brusquerie.

Owen ronchonne mais obtempère.

- Luke Brace: Né le 17 aout 1970 à Canton, divorcé en 1994. Merde! lui aussi a un casier judiciaire : Usurpation d'identité, petits larcins, vol de voiture, agression, agression sexuelle, violence domestique. Il est à la prison de Swansea depuis trois ans.

Owen repose la souris et lève les yeux vers Jack.

-Et bien au moins il a tabassé quelqu'un qui le méritait.

-Où est Jones d'ailleurs? S'inquiète Tosh comme si elle s'attendait à ce qu'il surgisse derrière eux.

-En bas, dans les archives, répond Gwen en fixant l'écran, soucieuse.

-Bon, il vaudrait peut-être mieux fermer ça avant qu'il ne remonte, prévient Jack. Il les quitte, les laissant s'émerveiller sur le passé trouble de Jones, son sentiment de malaise toujours présent.

oooooooooo

-Vous êtes très bon à ça, déclare Jones appuyé nonchalamment sur la balustrade deux semaines plus tard alors qu'ils sortent de la salle d'interrogatoire après avoir interrogé Beth Halloran. "Rien que nous et cette pièce, aussi longtemps qu'il le faudra, c'est bien trouvé." (1)

Jack lui lance un regard noir, il n'a pas besoin que Jones lui dise qu'il est bon pour interroger les prisonniers.

-J'ai fait ça quelques temps, répond-il sombrement.

-Moi je fais ça mal. Toujours trop en colère. Et vous avez appris quelques trucs lors de votre petit séjour?

Jack se sent blanchir. Il enregistre le regard scrutateur de Jones et ressent une envie pressante de vomir... Et de pousser l'autre homme par-dessus la rambarde.

-Pourquoi ? Questionne t-il désirant détourner la conversation de sa personne. Vous auriez parlé ?

Jones lâche un rire sans joie.

-Je pense que je connais mieux les règles que ça, dit-il en se penchant par dessus la rampe puis il se dirige vers son bureau et s'arrête sur le seuil. Cela dit, si vous voulez continuer à faire croire que tout va bien, vous devriez vraiment être plus subtil.

-Qu'est-ce que c'est supposé vouloir dire ? Demande Jack en colère mais prenant soin de baisser la voix afin que Tosh et Owen n'entendent pas. Qu'est-ce que vous croyez savoir?

-Vous avez été torturé, affirme Jones nonchalamment, sur le même ton qu'il aurait employé pour dire à un étranger que ses lacets sont défaits. Beaucoup torturé.

Jack ouvre et ferme la bouche, sans voix. Il veut nier, il veut dire quelque chose de cruel qui remettrait Jones à sa place, mais il n'y parvient pas. Et avant qu'il ne puisse trouver une réplique appropriée, l'autre homme s'est pratiquement déjà engagé dans le couloir.

Jack le regarde partir avec fureur. Il avait presque oublié à quel point il détestait Jones. Ce stupide, ennuyeux, perspicace Jones avec ses armes et ses cicatrices. Jack n'a qu'une envie: le pousser dans les escaliers. L' amener à coups de pieds dans sa chambre, le menotter à la tête du lit, arracher cette veste stupide et son gilet et faire courir ses mains et ses lèvres sur ce torse plein de cicatrices. Lécher ces marques de balles, mordre ces mamelons jusqu'à ce qu'ils soient irrités, le faire jurer, transpirer et gémir puis le baiser jusqu'à ce qu'il supplie pour sa libération. Jack le voit déjà la tête renversée en arrière, les yeux clos, cette bouche magnifique gémissant et haletant, se débattant dans ses menottes, impuissant et suppl...

-Jack ? Appelle Tosh.

Elle et Owen le regardent d'un air étrange depuis leurs postes de travail, de l'autre coté de son bureau.

-Quoi? S'exclame t-il effrayé. Il y a autre chose sur le scan du corps ?

Et bien sur, comme d'habitude, tout tourne mal. Beth s'avère être une alien infiltrée, envoyée pour espionner la Terre, éventuellement activée pour prendre le contrôle de la planète. Ils parviennent tout juste à stopper l'invasion imminente et retournent au Hub.

-Tout va bien ici ? Demande Jack tandis que Gwen aide Beth à monter lentement les escaliers.

Owen et Tosh semblent un peu secoués par ce qu'ils sont découvert. Jones a juste l'air irrité.

-Ouais, nous allons bien, Jack, répond Owen les bras croisés sur la poitrine.

-Vous pouvez l'être, intervient Jones sombrement, moi j'ai été traumatisé à vie.

Ils le regardent, perplexes.

-Vous avez pu sauver le monde d'une invasion extra-terrestre, explique le Gallois, absolument sérieux, mais nous, ajoute t-il en désignant Tosh et lui, nous avons reçu des avances d'Harper ici présent. Je doute que les cauchemars cessent un jour.

-Va te faire foutre, Jones, grogne Owen tandis que Jack se retient de rire, j'ai cru que c'était la fin du monde.

-Et quand j'ai dit que la fin du monde ne pouvait être pire, c'était au sens littéral, riposte Jones.

Lui et Owen sont occupés à échanger des insultes pendant que Tosh continue de travailler sur le programme cryogénique quand Beth pousse Gwen dans le hub, une lame alien sous la gorge.

Ils l'implorent, essayent de lui faire entendre raison mais Beth a changé d'avis et il n'ont pas d'autre choix que de lui tirer dessus.

-Elle voulait que vous la tuiez! Crie Gwen furieuse près du corps, presque en larmes. Elle a utilisé sa dernière parcelle d'humanité pour faire ça!

-Nous ne pouvions pas prendre le risque, elle devait le savoir, murmure Owen.

-Oui, elle le savait, confirme Jack, l'air plein de regrets, elle voulait juste nous rendre les choses plus fac...

Il s'arrête, compte les impacts de balles et se retourne, très lentement vers l'endroit où se tient Jones. Son arme n'est même pas sortie. Il a les yeux fixés sur Beth et il est très, très pâle.

Jack garde ceci à quelque part dans sa tête, avec toutes les autres choses au sujet de Jones qui n'ont pas de sens.

Il essaie d'ignorer l'autre homme, de penser à lui le moins possible comme il le faisait avant l'Année Qui N'a Jamais Eut Lieu, mais cela lui est difficile. C'est ridicule de se languir d'un homme qui n'a même jamais existé et n'existera probablement jamais. Il a fallu une apocalypse pour que Jones agisse comme un être humain et Jack n'est pas près d'en laisser une autre arriver, pas tant qu'il sera là.

Mais ce n'est pas...Ça n'a aucun sens. Il trouve absolument impossible de réconcilier l'homme cruel avec qui il travaille depuis deux ans et demi, l'homme qui a assassiné la femme qu'il aimait de sang-froid avec le Jones qui a donné sa vie pour lui et l'a embrassé d'une manière qui hante encore ses rêves. Parfois il se demande si cette rencontre n'a pas été seulement une hallucination, mais son imagination n'est pas assez créative pour inventer un tel scénario. Il sait que les gens peuvent changer, lui-même en est un parfait exemple, mais...mais...il voudrait que Jones change maintenant, même s'il sait que cela n'arrivera probablement jamais.

Il ne voit aucune indication que Jones envisage de changer sa façon d'être, ni même qu'il regrette certaines de ses actions, mais, à quelque part, au fond de lui il le croit aussi fermement que Gwen croit en la bonté de l'humanité alors il continue à l'observer, juste au cas...


-Tout le monde est ici ? Demande Owen Harper. Où est Jones ?

-Il est dans les archives. Il rédige la paperasse sur la baleine de l'espace, dit Gwen en scrutant Owen avec curiosité. Je peux y faire un saut et le ramener si tu...

-Non, justement l'idée c'est qu'il ne soit pas là, allègue Owen d'un ton catégorique. Ecoute, ajoute t-il en se tournant vers Jack, il doit partir.

-Quoi? S'exclame Tosh un peu inquiète.

Owen a envie de lever les yeux au ciel. Ce n'est pas parce qu'il lui a sauvé la vie une fois l'année dernière qu'elle doit prendre sa défense.

-Ce n'est pas comme si nous étions obligés de le garder, explique t-il. Torchwood Londres n'existe plus et ils étaient la seule raison de sa venue ici. Ce n'est pas comme si c'était nous qui l'avions voulu.

-C'est vrai, répond Jack.

Mais à quelque part Owen sent que le capitaine n'est pas aussi ouvert à son idée qu'il le pensait.

-Et en plus il a tiré sur ces deux types. Il est dangereux, Jack. Nous avons été occupés depuis la chute de Torchwood Londres mais maintenant nous devons nous en débarrasser. Nous pouvons embaucher quelqu'un d'autre si tu es inquiet au sujet du manque de personnel.

-Il ne les a pas tués, proteste Tosh. Ecoute, je sais qu'il n'est pas très...agréable, mais qu'est-ce que tu veux faire ? Lui administrer du Retcon pour effacer les cinq dernières années et demie de sa vie?

-S'il le faut, répond Owen avec détermination. Gwen? Jack?

Gwen se mord les lèvres nerveusement.

-Je suis d'accord avec toi, Owen, vraiment. Il s'agit de quelqu'un d'horrible qui devrait probablement être enfermé mais...

le cœur d'Owen bat la chamade.

-Mais ?

-Nous avons besoin de lui, répond-elle sur un ton d'excuse. Sans lui nous serions morts au moins deux fois, surtout ces quatre mois quand Jack...

Elle s'interrompt, en jetant un regard mauvais à Jack. Elle et lui ne sont pas en très bons termes depuis qu'il a essayé de lui faire retconner son idiot de fiancé.

-Et toi? Demande Owen à Jack. Tu es d'accord avec elle ?

Jack fronce les sourcils.

-Je pense que nous n'avons pas le choix, répond-il avec circonspection pour des raisons qu'Owen ne peut pas discerner. Gwen a raison.

Owen se met à jurer mais avant qu'il n'ait le temps de les traiter tous d'idiots l'alarme de la Faille se déclenche.

-Jones! crie Gwen en courant vers la balustrade.

-J'arrive! répond-il.

Ils partent tous.

-Où allons-nous, Toshiko? Questionne Jack en tapotant avec impatience sur le volant à un feu rouge.

-À l'ouest de Cardiff, un peu au-delà des limites de la ville, répond-elle distraitement les yeux rivés sur son scanner. Cromwell Estate, on dirait.

-C'est un quartier dangereux, non? S'enquiert Gwen. Nous avions toujours beaucoup de cambriolages signalés là-bas.

-En parlant de ça, j'ai le rapport de la police. Apparemment il s'agirait d'un meurtre.

-Tu dois vraiment conduire aussi lentement ? Demande Jones brusquement. On a pas des gyrophares pour rien.

-Va te faire mettre, Jones! S'exclame Owen énervé d'avoir à travailler avec Jones plus longtemps que ce qu'il pensait.

Avec la circulation ça leur prend à peu près une demi-heure pour atteindre Cromwell Estate, et le temps d'y arriver les voitures de police sont partout et ils doivent garer le SUV plus loin de la scène du crime que ce qu'Owen aurait voulu.

-Ça n'a pas l'air si mal que ça, non? Murmure Gwen à Tosh comme ils longent une longue lignée de maisons identiques.

-Excusez-moi, intervient Jack avec brusquerie en s'avançant vers les policiers qui ont bouclé le milieu de la rue où git le corps et préservent les lieux des curieux. J'ai besoin que vous et la police scientifique ici présents s'en aillent. Nous sommes Torchwood.

Il produit son identification mais le policier à l'air interloqué.

-Qui ? Mais que diable est Torchwood ?

-Ecoute mon gars, lui explique Gwen gentiment en poussant Jack du coude, nous sommes des Opérations Spéciales. Nous devons examiner le corps.

-Oh, s'il vous plait ! Vous croyez que j'ai quel âge ? Répond le policier avec dédain. Je n'ai jamais entendu parler de Torchwood jusque là. Et en plus vous n'avez même pas d'unifor...

-Qu'est-ce qui se passe ici? Demande un autre policier en arrivant derrière le premier.

-Ils disent qu'ils sont des Opérations Spéciales...

-Torchwood, intervient Jack avec irritation.

-Ouais, et j'ai dit...

-Idiot ! Siffle l'autre policier en poussant son compagnon du chemin et en soulevant le cordon jaune d'avertissement. Désolé monsieur, il est nouveau. Par ici.

Le jeune policier semble déconcerté.

-Qu'est-ce que...

Gwen a un petit sourire nostalgique.

-Ça aurait pu être moi, commente t-elle en approchant du corps. Je me souviens avoir été très en colère quand vous nous aviez écarté comme si j'étais...Oh merde! Qu'est-ce qui lui est arrivé?

Le corps, celui d'un vieil homme dans les 60 ou 70 ans a eu le torse déchiqueté et ses organes sont répandus à coté de lui. Ses vêtements dégoulinent de sang.

-Oh mon dieu! S'écrie Tosh horrifiée, semblant sur le point de vomir.

Gwen est dans le même état et Jack lui aussi a l'air un peu verdâtre. Jones n'a pas l'air du tout perturbé. Owen, lui, un jour se remettra du choc.

-Si vous devez être malade, je vous prie d'attendre que nous retournions au Hub, déclare le médecin d'un ton sarcastique. Ce serait assez embarrassant.

-Ça ne peut pas être humain, commente Gwen d'un ton étouffé.

-Ouais, rappelle-toi la dernière fois que tu as dit ça. Nous avons eu affaire à des cannibales.

-Allez, ordonne Jack. Owen, jette un coup d'œil au corps mais il va falloir l'embarquer au Hub, et vite. Tosh, vois si tu trouves autre chose sur ton scanner et aide Owen à l'emballer. Jones, ramenez le SUV ici afin que nous puissions charger le corps à l'arrière. Gwen, demande aux policiers ce qu'ils ont trouvé et voit si les gens du coin savent quelque chose.

Gwen se précipite, heureuse de s'éloigner du corps et va discuter avec les flics qui les observent debout. Elle commence immédiatement par leur demander s'ils connaissent le nom de l'homme, comme si cela avait de l'importance.

Owen lève les yeux au ciel et les reportent sur le corps qu'il commence à examiner.

-Il n'est pas mort depuis longtemps, énumère t-il à voix haute. Sans surprise il a été tué au milieu de cette fichue rue. Il ya une demi heure. Cela coïncide avec l'activité de la Faille. La chose doit être considérablement forte pour avoir déchiqueté les muscles et les os, d'un seul coup, me semble t-il.

Il farfouille dans la poitrine et l'abdomen du type mort et sourit en entendant Tosh déglutir.

-De ce que je peux en dire, rien ne manque ou n'a été endommagé à l'intérieur. Tu as quelque chose, toi?

Tosh secoue la tête.

-Pas de résidu alien détecté ni rien qui sorte de l'ordinaire. Mais ça peut vouloir dire que c'est quelque chose que nous n'avons jamais vu ou qui est caché. Le scanner n'a pas marché sur Beth.

-D'accord. Voilà Jones avec le SUV. Mettons le corps dans le sac mortuaire.

Gwen revient, mécontente.

-Ils n'ont rien voulu me dire, râle t-elle en colère.

Owen lève le yeux au ciel.

-Bien sûr, Gwen, ici c'est une cité. Ils pensent surement que tu veux les arrêter.

Jones le regarde de travers mais ils sont soudain interrompus par un homme costaud portant un maillot de rugby.

-Hé! Crie t-il à Jones en soulevant le cordon jaune pour passer. Tu n'es pas le beau-frère de Johnny Davies?

-Ouais, répond Jones l'air mal à l'aise. Désolé, je ne me rap...

-Simon Ashton, répond l'autre homme, l'air un peu offensé. Ianto, n'est-ce-pas ?

-C'est ça, répond le Gallois en s'avançant pour lui boucher la vue.

Owen est un peu perdu puis il se souvient que Ianto est le prénom de Jones.

-Ça alors, j'savais pas que t'étais flic, commente le type avec un peu de crainte.

-Plutôt dans la Sécurité, murmure Jones en tournant la tête dans la direction de ses collègues leur indiquant clairement qu'ils doivent s'occuper du corps.

À la grande surprise d'Owen, Jones continue la conversation sur un ton assez cordial, évitant avec adresse les questions sur son travail et sur le crime, s'enquérant avec désinvolture de la victime.

-Désolé, je dois y aller, déclare Jones une fois les informations obtenues.

-Dis bonjour à ta sœur pour moi!

Tandis qu'ils roulent Jones livre ses informations.

-Son nom est Cecil Adams, il habite juste en bas de la route. Sa femme est décédée en 2002 et depuis il vit seul. Il fait une promenade tous les après-midis. C'est surement à ce moment-là que la Faille s'est ouverte. Je ne savais pas qu'elle s'étendait si loin.

Jones ne sait pas quelque chose ? Et en plus il l'admet ? Impossible ! Pense Owen sarcastique.

-Cela arrive à peu près une fois toutes les deux décennies, explique Jack. De ce que j'en sais. Mais elle s'est ouverte à deux reprise au cours des derniers mois alors qui sait?

Il fixe Jones quelques secondes dans le rétroviseur d'un air étrange comme s'il allait ajouter quelque chose mais reporte finalement son attention sur la route.

Personne ne questionne Jones sur Ashton et lui même ne dit rien. Owen admet intérieurement qu'il est vaguement curieux mais pas assez pour le questionner.

Ils transportent le corps sur la table d'autopsie et Gwen, Tosh et Jack vident les lieux, laissant Jones penché sur la balustrade au dessus du secteur médical l'observant d'un air sinistre.

-Tu as un problème ? Demande Owen.

-Tu ne peux pas travailler sous pression? Réplique Jones impassible.

-Fous le camp!

-Ça a l'air délibéré, observe Jones ignorant sa requête si polie.

-Qu'est ce que ça veut dire? Demande Owen avant d'avoir pu s'en empêcher.

-La coupure est propre. Une ligne bien droite.

-Pourtant j'en vois pas la raison, rétorque Owen plaçant sur une lame un petit bout de peau prélevé du coté intact, au cas où quelque résidu ait échappé au scanner de Tosh. Pourquoi découper un corps ainsi pour ne rien prendre ?

-Si ça vient de la Faille, peut-être que ça n'a jamais rencontré d'humains avant. Peut-être que c'était désorienté. Ou curieux.

-Où peut-être est-ce juste un alien malfaisant et meurtrier, grogne Owen en amplifiant l'agrandissement dans son microscope. Waouh! Nous y voilà!

-Qu'est-ce que c'est?

-Le reste d'une plaie, absolument pas d'origine terrestre. Il enlève ses gants distraitement. Je n'ai jamais rien vu de pareil jusqu'à maintenant. Mieux vaut consulter l'ordinateur pour s'en assurer.

-Pourquoi le scanner de Sato ne l'a pas détecté ?

Owen s'arrête net au milieu des escaliers.

-Oui, c'est vrai. merde!

Il jette un regard noir à Jones et saute en bas des escaliers.

-D'accord, il faut fureter un peu plus, je pense.

-Alors c'est quelque chose qui va te convenir.

-Tu es plus sarcastique que d'habitude aujourd'hui, observe Owen irrité. Tu t'es levé du pied gauche?

Jones lui lances un regard méprisant et ne se donne pas la peine de répondre. C'est une des raisons pour laquelle Owen ne peut pas l'encadrer.

-Owen! L'appelle Jack quelques heures plus tard. Laisse ça. On a fait tout notre possible.

-Bien, bien, répond le médecin faiblement, trop frustré de n'avoir pas pu identifier le résidus alien pour discuter. On va boire un coup ?

-On va au "Terra Nova" cette fois. Nous allons te laisser là si tu ne te dépêches pas ! Crie Gwen à l'autre bout du Hub.

-Jones, vous aussi, dit Jack avec impatience et pendant un horrible instant Owen croit que le Gallois est invité lui aussi. Retournez chez vous et faites ce que vous faites pendant vos loisirs.

Jones a l'air ennuyé, laissant transparaitre sa désapprobation de laisser le Hub vide ou peut-être à cause de la manière dont Owen a juste à tout hasard recouvert le corps d'une bâche en plastique. Ou plus probablement les deux.

-Allez, passe en premier, dit Owen à Jones qui est toujours à l'étage. Tu ne peux pas roder ici sans surveillance. Dieu sait ce que tu mijoterais.

Il y a un bruit de froissement à l'autre bout de la pièce et Jones se pétrifie au milieu des escaliers, la main sur une de ses armes.

-Qu'est-ce que c'était ? Questionne t-il inquiet.

-Surement le ptérodactyle, répond Jack avec impatience. Nous devons absolument lui trouver un nom, vous ne croyez-pas?

-Tu es vraiment paranoïaque, soupire Owen en secouant la tête. Tu devrais te faire...

L'alarme prévenant les risques biologiques s'enclenche.

-Oh non, pas encore! Gémit Gwen en remontant pour vérifier la machine.

-Je croyais que tu avais réparé ce foutu truc pour qu'il ne s'enclenche que quand nous ramenons des aliens, râle Owen en se tournant vers Tosh. Ce truc idiot ne fonctionne même pas correctement. Le corps est sur la table depuis...Il s'arrête brusquement, réalisant les implications de cela mais avant qu'il ne parvienne à n'importe quelle conclusion Jones pousse Gwen et Jack hors de la porte. Ils trébuchent dans le passage avec une flopée de cris de colère et le temps de réagir le sas se referme, condamnant le secteur.

Le Hub a appliqué la procédure de fermeture d'urgence.

-Jones! Rugit Jack en tambourinant sur la porte. Ouvrez tout de suite!

-Et risquer de vous contaminer tous? Déclare Jones dans la radio. Non merci.

Owen voit Jones approcher de la petite lucarne du sas.

En grondant Jack fracasse inutilement son épaule sur l'acier.

-Désolé monsieur, dit Jones dans la radio, ses lèvres esquissant un petit sourire qui semble pas très naturel.

Il porte la main au coté de sa tête et esquisse un salut officiel en direction de Jack puis disparait de leur vue..

-Jones! Crie Jack. Vous n'avez pas intérêt...Revenez ici tout de suite ou je jure que je vous fous à la porte!

-Que pouvons-nous faire? Demande Gwen frénétiquement en se tournant vers Tosh. peux-tu...peux-tu ouvrir ça?

Ils entendent trois coups de feu successifs et se pétrifient.

-Que se passe t-il là-dedans ? Crie Tosh en poussant Gwen pour se poster devant la petite fenêtre avec Jack qui frappe de nouveau son poing contre la porte en acier en grimaçant.

-Je n'arrive rien à voir! JONES !

-Tosh! Hurle Gwen.

-Je ne peux rien faire! Grince la jeune femme. tout est à l'intérieur. Je ne peux pas l'ouvrir de l'extérieur.

-Il n'y a pas un passage? Demande Gwen. Un programme mis en place pour ce genre de scénario?

-Ça n'a jamais été un problème avant, grogne Owen en arpentant le petit couloir. C'est génial! Nous étions enfermés dans notre base et maintenant nous sommes enfermés dehors. Qu'est-ce qui va arriver ensuite?

-Ouvrez. Cette. Porte. Maintenant! Hurle Jack furieusement. Merde! Il a enlevé son oreillette!

Ils entendent un grand bruit à l'intérieur et Jack jure en trois langues différentes.

-Et l'ascenseur? Suggère Gwen avec désespoir. Pouvons-nous, je sais pas, moi, passer à travers...

-C'est la même épaisseur que cette porte, explique Tosh en essayant de discerner quelque chose à travers la fenêtre. Torchwood Trois est entièrement entouré d'une dizaine de centimètres d'acier.

Un autre bruit, cette fois-ci encore plus fort.

-Jones! Fils de pute! Beugle Jack et soudain il apparait à Owen que si ce type qui s'est enfermé lui-même après avoir mis Gwen hors de danger meurt, il va être vraiment, vraiment en colère.

Il y a encore deux coups de feu et c'est le silence.

-Merde, souffle Tosh. Elle et Jack sont pratiquement plaqués contre la porte. Merde! Merde! Merde!

Puis aussi rapidement que la porte s'est fermée elle s'ouvre. Jack et Tosh ont juste le temps de faire un bond en arrière pour éviter de se faire entrainer et écraser.

-Jones! crie Jack en fonçant droit devant. Il monte les escaliers quatre à quatre, Owen sur ses talons.

Jones est appuyé sur le poste de travail de Tosh, la main toujours sur le bouton de déverrouillage. Il saigne abondamment.

-Là...ici, prononce t-il lentement en tremblant. C'était dans le corps. Il devait se cacher. C'était une sorte de caméléon...

Il s'écroule en avant et Jack le retient juste avant qu'il ne frappe le bureau. Il l'allonge doucement sur le dos en lui soutenant la tête.

-Bordel, Jones, reste avec moi, murmure Jack. Ça va aller, reste avec moi. Owen!

Il y a trois grosses entailles à sa veste et son gilet et l'une d'elle saigne abondamment. Jones est d'une pâleur mortelle.

Owen court chercher sa trousse de secours, manquant de trébucher sur le cadavre de l'alien que Tosh et Gwen mettent à l'écart. Ça a la forme d'un oiseau avec des lames en guise d'ailes, presque transparent mais pour l'instant ce n'est pas le souci d'Owen. Il dévale les escaliers en direction du secteur médical où le corps de cecil Adams git au sol pour chercher son kit. Tout l'endroit est un vrai saccage. Il a du mal à le trouver mais finit par mettre la main dessus et fonce de nouveau vers la pièce principale.

Jones respire plus fort quand Owen écarte les pans de vêtements pour mettre au jour les entailles. Ses mains raclent le plancher. Jack attrape sa main droite, lui plie le bras et le serre fermement.

-Ne fais plus jamais ça, gronde t-il. Ou je vais vraiment te virer.

-D'a...d'accord, halète Jones.

Owen fait pression sur la plus large des entailles et déroule d'une seule main une bande de gaze.

Jones respire fort en grimaçant de douleur. Il agrippe fermement la main de Jack.

Owen extirpe une seringue de sa sacoche. Jones émet un gémissement de douleur et tremble de tout son corps pendant l'injection.

Owen ne sait pas combien de temps ils restent assis là, recousant lentement les blessures de Jones qui frémit silencieusement de douleur tout en se mordant les lèvres. Finalement le jeune homme s'évanouit, la tête renversée sur la cuisse de Jack.

-Nous avons tout nettoyé, annonce Gwen à Jack. L'alien est sur la table d'autopsie avec le corps.

Elle et Tosh sont venues voir comment va Jones.

-Pourquoi l'alarme prévenant les risques biologiques s'est-elle déclenchée ? Questionne Jack sans lever les yeux. Nous avons un danger d'infection?

-C'est toujours une possibilité, admet Tosh, mais comme l'a dit Owen, elle ne fonctionne pas correctement avec les aliens. Nous allons devoir faire quelques tests.

Owen se redresse après avoir terminé d'appliquer les bandages. Il fléchit ses muscles endoloris.

Il sait que Jones est jeune et l'a déjà vu perdre connaissance avant mais à le voir là, torse nu, tenant encore la main de Jack, il a l'air d'un enfant. Gwen semble être du même avis.

-Mon dieu, mais quel âge a t-il ? Demande t-elle.

-Vingt-neuf ? Avance Jack en levant enfin les yeux vers eux. Vingt-huit?

-Il a vingt-quatre ans, rétorque Tosh sèchement.

Gwen secoue la tête choquée, se rappelant ce qu'elle faisait quand elle avait vingt-quatre ans.

-Il a besoin de repos, de vrai repos, déclare Owen d'un ton professionnel n'ayant pas envie de discuter de l'étrange caprice du destin qui a fait de Jones un tueur chevronné avant que lui-même n'ait terminé ses études de médecine. Bon, je suggère de ne pas le transporter ailleurs. Tu as un lit en bas, Jack?

-Ouais, répond le capitaine d'un ton distrait en aidant Owen à soulever Jones. C'est par là.

Ils déposent le Gallois sur le lit de camp de Jack (Un lit de camp avec des draps écarlates ?). Jones marmonne quelques imprécations. La sueur coule sur son front mais il ne se réveille pas.

-Juste besoin de menottes, murmure Jack pour lui-même.

-Pardon? Je n'ai pas bien compris, demande Owen trop occupé à vérifier si les points n'ont pas sauté.

-Rien, répond Jack.

Ils remontent les escaliers vers l'étage.

-Je suppose que plus personne ne veut aller prendre un verre, maintenant, déclare Tosh.

-Je suis crevée, je crois que je vais rentrer chez moi, réplique Gwen.

-Je viens avec vous dès que j'ai mis le corps dans le congélateur, juste en cas d'autre surprise, ajoute Owen.

Jack acquiesce et quelques instant plus tard ils sont tous sur le chemin de la maison, encore un peu secoués.


Ianto Jones n'est pas content. Il a consulté toutes les bandes des caméras de vidéosurveillance à l'intérieur et à l'extérieur du Hub mais il n'a toujours pas découvert ce qui s'est passé. Deux jours de sa vie se sont envolés en fumée. Deux jours de leurs vies. Ianto aurait pu n'avoir rien remarqué mais quand il s'est réveillé avec les points déchirés et d'étranges ecchymoses sur le corps dont il ne connaissait pas la provenance, il a commencé à paniquer. (2)

Du Retcon a disparu et tous les films ont été effacés, ce qui semble être l'œuvre de quelqu'un à l'intérieur mais pourquoi ont-ils pris du Retcon? Quelle chose si horrible s'est passée pour qu'ils aient choisi délibérément d'oublier?

Ianto n'oublie rien, il se souvient, il se souvient toujours. Même les expériences les plus horribles et humiliantes de sa vie, il s'en souvient encore. Ça fait mal, très mal, tout le temps. Mais c'est mieux que d'oublier qui il est vraiment et vivre dans le mensonge.

Les autres ne semblent pas aussi inquiets que lui. Au début, quand ils ont réalisé ce qui s'était passé ils ont cherché quelques indices dans le Hub, mais une fois qu'il est devenu évident que rien n'a été volé ou cassé, ils ont rapidement perdu tout intérêt pour la chose. À part Jack bien sûr Ianto se demande comment il se fait qu'ils soient toujours vivants. Ils sont si insouciants.

Malheureusement, il en est à la moitié de son enquête quand Jack remarque ses points déchirés et en fait tout un plat, lui ordonnant de rester chez lui quelques jours après qu'Owen l'ai recousu. Ianto se conforme, mais à contrecœur. Il passe quelques jours à nettoyer son appartement déjà immaculé et meurt d'ennui.

À la minute où il remet le pied au travail il se heurte à une femme inconnue.

-Qui êtes-vous? Demande -il d'un ton mordant, l'arme au poing, choqué par l'audace de la femme en tenue officielle comme si elle espérait juste se fondre dans le paysage.

-C'est la question que j'allais poser, rétorque t-elle en levant les mains sans avoir l'air spécialement effrayée.

-Jones! S'écrie Jack en descendant les escaliers. Ils lèvent tous les deux la tête. Non, pas toi, dit-il à la femme avant de se tourner vers lui avec un regard froid. Posez cette arme, elle est de l'UNIT.

Ianto rengaine son arme, pas vraiment rassuré. Il a déjà été confronté à l'UNIT auparavant. Il les trouve arrogants et trop pleins de confiance dans leurs recherches dans le domaine des aliens. Torchwood Un était impitoyable et inutilement agressif, mais au moins la plupart du temps ils savaient de quoi ils parlaient.

-C'est Martha Jones, elle est médecin et va nous aider dans une affaire impliquant une compagnie pharmaceutique utilisant des composants extra-ter...Mais qu'est-ce que vous faite ici? (3)

-Vous avez voulu que je prenne quelques jours de congés. J'ai pris quelques jours de congés.

-Oh! S'exclame Jack ennuyé et un peu distrait.

Bien sur il a oublié, pense Ianto. Il essaie de ne pas se sentir offensé. De toute façon ça n'a pas d'importance.

-Une compagnie pharmaceutique utilise une substance alien? Demande t-il curieux.

Il a envie de bouger.

-C'est une compagnie appelée Pharm, explique Martha. Elle semble étrangement peu dérangée par le fait qu'il ait pointé une arme sur elle. Ils font des expériences sur les hommes en utilisant une larve alien qu'ils font incuber dans les corps humains.

-Elle lui sourit et l'espace d'un instant il se sent déstabilisé. Cela fait tellement longtemps que quelqu'un ne lui a pas sourit.

-Quel est votre prénom ? Demande t-elle d'un ton amical en lui tendant la main. Ça fait un peu bizarre que vous vous appeliez Jones vous aussi.

-Ianto, répond-il en lui secouant la main fermement.

-Ravie de vous rencontrer, dit-elle en souriant et assez étrangement il pense qu'elle est sincère.

Il regrette presque de devoir aller aux archives pour nettoyer le désordre qu'ils ont fait en son absence et quand il en sort il sent le regard horrifié de Martha sur lui.

La jeune femme finit par infiltrer la Pharm comme volontaire médicale. Une ruse qui dure deux heures jusqu'à qu'elle se fasse prendre. Jack est fou d'inquiétude, ce qui fait se demander à Ianto si elle est une autre sur la longue liste des conquêtes du Capitaine avant de se réprimander lui-même pour ce vague sentiment de jalousie.

Ils sauvent Martha, stoppent les essais et juste quand ils sont sur le point de décamper Aaron Copley, le patron de la Pharm décide de se venger.

-Je sais que vous ne voulez pas tirer, déclare Owen prudemment. Mais il a tort, c'est un mensonge. Ianto l'aurait descendu à la seconde où il a pointé une arme sur eux mais Jack l'aurait trucidé. Maintenant c'est trop tard. Ianto peut le voir sur le visage de Copley. Contrairement aux autres Ianto a beaucoup d'expérience dans ce domaine et il sait quand les gens vont tirer et quand ils ne vont pas le faire. Copley va tirer, dans une seconde, alors Ianto fait ce qu'il a à faire, ce qui lui semble logique, ce pour quoi il a pris ce fichu travail et très, très gracieusement il se glisse devant Owen.

Puis le temps ralentit. Il entend un tir et ressent la douleur dans sa poitrine. Il peut véritablement sentir ses côtes craquer et il tombe presque en arrière sous l'impact de la balle. Il aurait dû tomber, mais Ianto Jones a déjà été abattu avant ( là c'est le numéro dix) et il parvient à lancer un petit sourire mauvais à Copley tout en levant son arme avant de s'effondrer à genoux. Le monde se met à tourner lentement autour de lui.

Puis tout redevient normal. Il entend crier. Un autre tir et les silhouettes indistinctes de Martha et Owen planant au-dessus de lui. Mais plus que tout il sent la douleur et quand l'obscurité s'abat sur lui il lui fait bon accueil.


Rhiannon Davies contemple d'un air morne la tache de sauce rouge sur le tee-shirt. Elle jette le chiffon imbibé d'eau de javel en signe de défaite. Chemise préférée de David ou pas, elle est bonne pour la poubelle.

Il y a un énorme chahut dans les escaliers et elle gémit. Elle sort de la buanderie avec lassitude.

-Hé! Crie t-elle dans les escaliers, je vous l'ai déjà dit et je ne le vous dirai pas deux fois, si vous voulez faire les imbéciles, allez dehors!

-Mais il pleut maman!

-Alors arrêtez de tout dégueulasser ! Gronde t-elle de mauvaise humeur.

-M'man! Chougne David, Mica a volé mon camion!

-C'est pas vrai!

-Mica, rends-le lui ou je jure devant dieu que je te priverai de télé pendant au moins quinze jours!

Aucune réponse. Elle retourne dans la buanderie pour laver le chiffon.

-M'man! Crie de nouveau David.

-Mica! rugit-elle cette fois sans se déplacer.

-Non, m'man, c'est le téléphone. C'est pour toi!

-Je t'ai déjà dit de ne pas répondre au téléphone, grogne t-elle. Dis-leur de me rappeler.

-Mais m'man, la dame dit que c'est au sujet d'oncle Ianto!

Elle lâche le chiffon dans l'évier et laisse le robinet ouvert comme elle se précipite dans l'escalier.

-Donne-moi ça. Rhiannon Davies à l'appareil, dit-elle énonçant les mots clairement.

-Ici Meredith Yorath, du Llandough hôpital de Cardiff, annonce une voix de femme à l'accent huppé. Vous êtes fichée comme étant la plus proche parente de Ianto Jones...

-Il est mort? L'interrompt Rhiannon en s'appuyant contre le cadre de la porte qui sépare le palier du salon.

-Quoi ? demande la femme semblant déconcertée.

-Mon frère, grince t-elle. Elle tremble de tout son corps tout en essayant de se maitriser, consciente que David et Mica l'observent. Ianto Jones, il est mort?

-Oh! répond la femme sans ménagement. Non, mais il est blessé. C'est marqué "Accident".

Rhiannon pousse un soupir de soulagement contre l'embrasure de la porte. Ianto n'est pas mort. Son frère n'est pas mort.

-Euh...Excusez-moi, poursuit la femme réalisant probablement son erreur. Son intonation semble maintenant un peu moins snob. C'est mon premier jour.

-C'est pas grave, répond Rhiannon distraitement. Elle prend une nouvelle inspiration et se redresse. Dans quel état est-il ? Questionne t-elle encore s'attendant au pire.

-Euh...C'est pas écrit, répond la femme d'un ton embarrassé. Désolée, je n'ai que ce formulaire et on dirait qu'il n'est pas totalement rempli. Je crois que vous devriez venir ici en personne pour parler au docteur.

-J'arrive.

Elle se dépêche de raccrocher le téléphone et court chez sa voisine Gladys pour lui demander si elle peut garder David et Mica.

oooooooooo

Elle et Ianto n'ont pas toujours été aussi proches que maintenant. Rhiannon avait presque douze ans quand Ianto est né et elle a quitté la maison à seize ans pour travailler en ville comme serveuse. Elle a manqué ses plus jeunes années. Puis maman est morte quand elle avait dix-huit ans et elle a carrément cessé de venir. Elle ne pensait pas pouvoir faire face au souvenir de leur pauvre mère et s'occuper de son frère adolescent. De plus elle était très occupée à Cardiff avec son travail et ses nouveaux amis.

Rhiannon a beaucoup de regrets mais il n'y a rien au monde qu'elle ne regrette plus que ses deux ans d'absence dans la vie de son jeune frère et cela continuera à la hanter le reste de sa vie.

Juste avant son vingt-et-unième anniversaire papa lui avait téléphoné pour la supplier de venir aider à la maison. Elle ne voulait pas y aller. Elle avait un petit ami et tout allait bien. Mais il avait plaidé que Ianto était une terreur et qu'il ne savait plus quoi faire avec lui. Elle avait donc cédé, lui promettant de venir passer quelques après-midis à la maison.

Il y avait pleins de signes avant-coureurs et Rhiannon s'en était voulu de n'avoir rien remarqué jusqu'à ce qu'elle vienne à la maison pour la première fois depuis deux ans et qu'elle réalise à quel point les choses avaient empiré. Son père qui avait toujours été un peu strict mais faisait des blagues à table et taquinait ses petits copains quand elle les amenait à la maison était devenu un homme froid et dur qui se montrait cruel envers elle et Ianto.

Et Ianto..Pauvre Ianto qui avait été un bébé adorable et souriant et était devenu un enfant horriblement timide, introverti, maladroit qui, de ce qu'elle en savait n'avait pas d'amis à l'école et était terrifié par leur père.

Même des années plus tard, Ianto refuse toujours de lui dire ce qui s'est vraiment passé ces deux années entre la mort de leur mère et son retour à la maison. Pourtant il lui raconte presque tout. Elle soupçonne que c'est parce qu'il ne veut pas qu'elle se sente coupable.

Rhiannon avait fait ce qu'elle pouvait mais elle était jeune et vivait trop loin pour être là tout le temps. Elle avait essayé de faire en sorte que son père cesse ses paroles blessantes mais en vain. Elle était elle-même trop pauvre pour prendre Ianto chez elle et ce qu'elle savait des services de l'enfance se résumait à des histoires horribles sur les foyers d'accueils vus à la télé. Tout ce qu'elle pouvait faire c'était d'essayer d'être là pour Ianto quand les choses devenaient trop difficiles.

Mais cela ne suffisait pas. Ianto adolescent était réservé et solitaire. Il commença à tomber dans la petite délinquance comme le vol à l'étalage et vu la façon dont il avait trifouillé la serrure de la porte de son appartement quand elle l'avait verrouillé de l'extérieur par inadvertance, il s'adonnait probablement aussi au cambriolage. Elle avait dû payer sa caution cinq fois sur une période de cinq ans mais elle ne pouvait rien y faire. Ianto ne voulait pas l'écouter et elle ne pouvait pas en parler à leur père parce qu'elle savait qu'il lui mettrait une raclée.

Le stress perpétuel et l'angoisse commencèrent à l'affecter d'une manière dont elle ne s'attendait pas. Elle arrêta de faire de l'exercice, prit beaucoup de poids, se renferma sur elle-même et commença à fréquenter Luke Brace.

Elle ne l'aimait pas et c'était réciproque mais elle ne disait rien, essayant de faire comme si tout était normal. Mais elle était une très mauvaise menteuse et quand Ianto vit les ecchymoses, il péta un plomb. À quatorze ans il était allé chercher querelle à son petit ami de vingt-sept ans qui faisait deux fois sa taille avec ses mains nues.

Il arrivait encore à Rhiannon d'avoir des cauchemars au sujet de la bagarre terrible qui avait eu lieu, même si elle avait essayé de l'arrêter, au sujet des flics cognant à sa porte et trainant son petit frère dehors. Ianto avait été arrêté pour voie de fait mais Luke n'avait pas porté plainte. Il s'était taillé et Ianto l'avait aidé à bruler toutes ses affaires.

Après cela les choses allèrent mieux et elle rencontra Johnny Davies, si drôle, fidèle, gentil et bon et quand il lui demanda sa main au réveillon du nouvel an 1998 elle lui répondit qu'il devait avoir l'approbation de Ianto au lieu de son père.

Ianto et Johnny ne se comprenaient pas vraiment mais ils étaient amicaux l'un envers l'autre et Ianto l'acceptait. C'était tout ce qui lui importait.

À son étonnement Ianto resta à l'école et passa son bac avec des notes correctes. Ses résultats étaient moyens mais il réussi à entrer à l'université de Cardiff avec une bourse partielle. Il avait adoré. Il avait adoré être loin de leur père même s'il était obligé d'avoir des jobs à temps partiel pour joindre les deux bouts. Elle et Johnny essayaient de l'aider mais David venait de naitre et ils n'avaient pas les moyens.

Puis leur père mourut d'une crise cardiaque et tout alla mal. Les notes de Ianto souffrirent de ses longues heures de travail et il perdit sa bourse, l'obligeant à laisser tomber ses études. Il chercha d'autres universités mais il devait subvenir à ses propres besoins. Il trouva finalement un emploi à Londres grâce à la recommandation d'un professeur sympathique.

Rhiannon était triste de le voir partir mais il était enthousiaste à l'idée de quitter Cardiff et le Pays de Galles. C'était la première fois qu'elle le voyait heureux depuis qu'il avait appris qu'il ne pourrait pas continuer l'université. Elle lui souhaita donc bonne chance.

Il lui raconta que son travail à Londres était étrange. Quelque chose à voir avec le gouvernement. Il avait dû signer un accord de confidentialité quand il avait été embauché, ce qui expliquait qu'il ne pouvait pas tout lui dire. Il était assistant dans un service de Recherche. Pour la première fois de sa vie il s'était fait des amis et sortait sérieusement avec une femme prénommée Lisa. C'était tout ce qu'il pouvait lui raconter.

Rhiannon avait été surprise quand Ianto l'avait ramenée chez elle parce qu'elle avait rencontré la copine de Ianto, Megan à l'université l'année précédente et Lisa n'avait rien à voir avec elle. Elle avait été un peu étonnée de découvrir que Lisa était noire mais elle supposa qu'à Londres les choses étaient un peu différentes et puis c'était également quelqu'un de très gentil. Elle était belle, intelligente, peut-être un peu BCBG mais Ianto l'adorait et elle l'adorait en retour alors de quoi pouvait-elle se plaindre ?

Mais Lisa mourut et Ianto, le cœur brisé lui raconta tout. La vérité au sujet de son travail, Torchwood et les aliens. Elle ne le crut pas jusqu'à ce qu'il lui montrât une preuve. Même aujourd'hui elle continue à se poser des questions.

Il fut promu, devint agent de terrain, faisant des choses dangereuses, tuant des gens et étant blessé lui-même et c'était comme si elle avait de nouveau vingt-cinq ans, spectatrice de la vie de Ianto sans avoir le pouvoir d'y changer quoi que ce soit. Il n'était même pas venu au baptême de Mica.

Lentement son frère s'était transformé en tueur endurci, froid et dangereux, brisé et triste. Il n'y avait plus d'amis dans sa vie, seulement ses collègues, plus de petites amies. Plus rien, et Rhiannon était impuissante face à cela.

Deux ans plus tard il était transféré à Torchwood Cardiff dont elle ne soupçonnait même pas l'existence. Il lui parla de la Faille qui crachait toutes sortes de déchets et était surveillée par les membres de l'équipe.

Après cela Rhiannon ne mit plus les pieds en ville pendant trois mois, même quand Ianto lui assura qu'elle ne risquait rien.

Il n'était pas heureux d'être transféré à Cardiff parce qu'apparemment il était supposé être un espion autant qu'un agent de terrain, Torchwood Trois étant connu pour ses méthodes aussi peu orthodoxes que dangereuses. Au premier abord Ianto les avait trouvé aussi incompétents qu'idiots mais à la longue il s'était petit à petit imposé.

D'après ce qu'il lui a raconté, ils le haïssent et il s'en fiche. Ce qui rend les choses pires c'est qu'elle est pratiquement certaine qu'il a un faible pour son patron. Son très masculin patron. Il n'a rien dit à ce sujet mais elle le connait assez bien et elle est convaincue d'avoir raison rien qu'à la façon de il parle de ce Jack Harkness. Cela l'a pris complètement à l'improviste et ça fait un peu bizarre mais Mica est devenue amie avec une petite fille qui a deux mères et ça se passe très bien alors elle essaie de garder l'esprit ouvert.

Le temps passe rapidement. Parfois elle n'a plus de ses nouvelles pendant des mois mais elle ne s'en fait pas parce qu'elle sait qu'un soir il l'invitera à prendre un verre et lui racontera tous les trucs dingues au sujet de son travail et de ses collègues, même s'il y a certaines choses qu'elle ne croit pas (Un monstre affamé de sexe, vraiment? ).

Encore l'autre jour elle pensait qu'il semblait aller mieux depuis qu'il était à Cardiff. Pas de nouvelles blessures pendant presque trois ans. Il n'est pas heureux mais au moins il est près de la maison.

Puis bien sûr le destin s'interpose et elle se rue dans l'entrée de Llandough Hôpital.


-Ils l'ont stabilisé, les informe Martha avec lassitude en s'asseyant près d'Owen. Tu vas bien?

-Je suis plus petit que Jones, lâche soudain le médecin, avachi sur une chaise de la salle d'attente de l'hôpital..

Ce sont les premiers mots qu'il ait dit depuis des heures. Gwen Cooper lève la tête pour le regarder.

-Quoi?

-Je suis plus petit que Jones. Cette balle...cette balle aurait dû atteindre mon cœur.

Il y a une pause, une très longue pause.

-Peut-être que nous devrions rentrer chez nous. Il n'a rien que nous puissions faire et il va s'en sortir, alors...déclare Gwen doucement, essayant de notre pas paraitre insensible.

Elle a dû s'occuper du corps de Copley et ça l'a épuisé. Et Jones qui vient de sauver la vie d'Owen, ça n'a aucun sens du tout. Pour l'heure tout ce dont elle a envie c'est de se pelotonner dans son lit avec Rhys et oublier momentanément cette journée.

-D'accord, décide Jack. Rentrons, nous reviendrons demain.

Ils se regardent tous les uns les autres, même Martha, comme pour lui demander pourquoi? Mais personne n'ose poser la question à voix haute.

-Parce que je vais le tuer, gronde Jack répondant à leur interrogation muette.

Il se dirige à grande enjambées vers la sortie, son manteau flottant autour de lui.

Gwen jette un coup d'œil à Owen, Tosh et Martha et tous ensemble ils se lèvent et le suivent en silence hors de l'hôpital.

Cela semble horrible à dire, mais retourner à l'hôpital tant que Jones n'est pas réveillé n'est pas pratique. Ce n'est pas seulement parce que c'est Jones. Si c'était elle, Gwen espèrerait que Rhys attendrait son réveil à son chevet, mais certainement pas le reste de l'équipe de Torchwood. Ils ont vraiment des choses plus importantes à faire. Surveiller la Faille et capturer des Weevils. Elle n'aurait pas pensé ainsi il y a un an de cela mais maintenant elle est moins naïve. Elle en sait plus sur le monde que quand elle était policière.

Mais c'est Jack qui commande et à onze heures du matin l'équipe de Torchwood et Martha Jones retournent à Llandough.

Gwen se sait pas trop à quoi elle s'attendait. Peut-être que leur patron arpente la pièce de long en large en marmonnant des jurons avant de finalement s'en aller (Jones n'est pas encore réveillé et visiblement le Capitaine n' avait pas songé à cette éventualité), mais elle ne s'attendait certainement pas qu'il y ait quelqu'un d'autre dans la chambre d'hôpital.

C'est une petite femme sans prétention, d'allure modeste. Elle porte un gros pull violet et a une pile de tabloïds sur les genoux. Elle est assise sur une chaise près du lit où Jones repose, toujours inconscient et d'une pâleur mortelle. Elle lève les yeux quand ils entrent, leur jette un coup d'œil rapide, s'attarde un peu plus longtemps sur Jack, peut-être à cause du manteau puis finalement retourne à ses tabloïds sans dire un mot.

-Euh...Excusez-moi, commence Jack stupéfait. Ce secteur est limité à...

-Proche parente, répond la femme sans même lever les yeux.

-Pardon?

-Je suis sa sœur, répond-elle d'un ton tranchant, refusant toujours de les regarder.

Jack se tourne vers Owen qui, Gwen le devine, était probablement supposé dire à l'hôpital de ne pas contacter la famille de Jones.

Owen hausse les épaules sans avoir l'air vraiment contrit.

-Bonjour, intervient Martha gentiment, se postant devant Jack. Désolée, nous travaillons avec votre fr...

-Je m'en fiche, répond froidement la femme.

Il y a un très long silence seulement brisé par le bruit que fait la femme en tournant une page.

-Et votre nom est? Demande Jack en croisant les bras, pas du tout amusé par la grossièreté de la femme.

-Rhiannon Davies, répond-elle en repliant un coin de page du tabloïd. La sœur ainée de Ianto Jones.

Elle débite cela comme un prisonnier de guerre débiterait ses noms, rang et numéro d'identification. Tranchante, froide et avec un mépris à peine voilé. Elle est terriblement semblable à Jones.

-Vous n'êtes pas censé être ici, continue Jack sur le même ton désapprobateur.

-Vous n'êtes pas censé être ici, rétorque t-elle en levant finalement la tête pour le toiser. Seules les visites de la famille étaient acceptées la dernière fois que j'ai vérifié.

Jack ouvre la bouche pour dire quelque chose qu'il va certainement regretter plus tard, mais avant qu'il ne puisse placer un mot le téléphone portable de Davies sonne.

Elle farfouille dans son sac de manière presque comique et en extirpe un tube de vitamines très coloré, un paquet de coupons de réduction attachés ensemble, un carnet de notes, un spray d'auto-défense et un tube de rouge à lèvres avant de le trouver.

-Allo? Mica! Est-ce que madame Evans sait que tu utilises son téléphone? Demande t-elle d'un ton fâché.

Mon dieu, elle a des enfants, pense Gwen avec horreur. Quelle genre de mère peut-elle être si elle est comme Jones?

-Ecoute ma chérie, Oncle Ianto a eu un petit accident...oui, encore, dit-elle. Un sourire tendre adoucit son visage et Gwen révise son jugement précédent. Dis juste à ton papa de ne pas s'inquiéter, je serai à la maison dans deux ou trois heures. Et dis à David de bien se tenir ou je lui confisquerai son ordinateur. Tu dois être gentille avec madame Evans, hein? C'est bien. On se revoit tout à l'heure ma puce.

Elle range le téléphone et tout le reste dans son sac puis ses yeux se posent sur Jones avec un étrange air de regret si vite remplacé par un regard dénué d'expression que Gwen se demande si elle ne l'a pas imaginé.

-Vous devriez discuter avec le docteur, déclare t-elle soudain, le regard toujours rivé sur son frère. Tout à l'heure il se posait des questions au sujet de ces énormes entailles sur sa poitrine.

-D'accord, répond Owen d'un ton embarrassé. Elles sont...anciennes. Elles étaient guéries avant...

Jack se racle la gorge et Owen ne finit pas sa phrase. Les lèvres de la femme se courbent dans un sourire, mais elle n'a pas l'air particulièrement amusée.

Ils patientent pendant qu'Owen et Martha parlent au médecin. Gwen fait tambouriner négligemment ses doigts sur ses cuisses, Tosh jette des regards prudents à la femme et Jack tape impatiemment du pied sur le sol carrelé tout en observant Jones. Davies ne fait aucun geste si ce n'est celui de tourner les pages de sa revue de temps en temps. Manifestement elle possède la même capacité troublante que Jones à rester absolument immobile pour un long moment.

Elle est déroutante d'une autre manière que Jones. Jones a son gilet et ses armes, et ses cicatrices, mais cette femme semble complètement ordinaire. Gwen ne lui aurait pas accordé un second regard dans la rue.

Finalement Owen et Martha sont de retour. Owen leur lance un clin d'œil signifiant "tout va bien" et ils s'apprêtent à partir.

-Vous ne nous avez toujours pas demandé qui nous sommes et ce qui s'est passé, observe soudainement Jack en s'arrêtant sur le seuil de la porte.

La femme lui lance un regard plein de mépris.

-Je ne pense pas que vous m'auriez dit la vérité, non?

Ils sortent de la chambre. Gwen jette un dernier coup d'œil par dessus son épaule. La femme est retournée à ses tabloïds.

Dès leur arrivée au Hub ils font une rapide recherche sur elle, mais ils ne trouvent pratiquement rien.

-Née Rhiannon Jones en 1972, n'a jamais terminé sa scolarité, a exercé quelques emplois à Cardiff, lit Tosh sur son ordinateur. Impliquée dans un probleme domestique mineur où la police a été contactée en 1997, mais pas de dossier criminel. Mariée à John Davies en 1999. Premier enfant: David, né en 2000, second enfant, Mica, née en 2003. Elle vit à Cromwell Estate depuis 2001. Il y a un petit problème d'endettement lié à sa carte de crédit mais rien qui sorte de l'ordinaire.

-Que penses-tu qu'elle sait? Demande Gwen avec inquiétude. Je veux dire au sujet de nous et Torchwood.

-Jones ne lui aurait jamais rien dit, déclare Owen avec assurance. Il est trop à cheval sur le règlement.

-Jack ? L'interroge Gwen.

-... problème domestique en 97, marmonne t-il dans sa barbe. Ça doit être...

-Tu penses que Davies est au courant au sujet de Torchwood? Répète t-elle.

-Oh ? Non, probablement pas, répond-il en agitant la main. Elle soupçonne certainement que Jones travaille pour un programme top-secret du gouvernement mais c'est douteux qu'elle sache au sujet des aliens. Et quand bien même nous ne pouvons tout de même pas retconner tous les gens qui ont des soupçons. Dans ce cas nous devrions retconner tous les services de police de la ville.

Gwen acquiesce mais elle n'est pas tranquille.

Deux jours plus tard ils reçoivent un appel. Jones s'est réveillé. Gwen se rend avec Jack à l'hôpital, surtout pour l'empêcher d'étrangler Jones. Martha est partie rejoindre l'UNIT. Tosh et Owen veulent venir aussi mais Jack leur donne l'ordre de ne pas bouger.

Malheureusement quand ils arrivent Davies est dans la chambre et ils trainent à l'extérieur, embarrassés, écoutant aux portes malgré eux.

-...donc il avait une énorme marque de morsure sur son bras et il avait peur de retourner à l'école alors j'ai appelé et ils ont dit qu'ils s'occuperaient de ça, mais David a dit qu' ils n'ont toujours rien fait.

-Alors je dois tuer quelqu'un ? Demande Jones pince-sans rire d'une voix un peu rauque.

Elle s'esclaffe.

-Non, non, mais je pourrais te demander de me tirer d'affaire une fois que j'aurai frappé sa fichue mère.

Jones se met à rire. Il résonne authentique et c'est très étrange.

-Tu as frappé sa mère ?

-Non, mais je vais le faire si son crétin de gosse embête encore David. Il a assez d'ennuis à l'école comme ça.

Il y a une pause dans la conversation et Gwen lance un regard silencieux à Jack pour l'enjoindre à frapper à la porte.

-Ianto...? S'enquiert Davies hésitante.

-Je sais que vous êtes là, dit Jones d'un ton sec, toute trace d'amusement partie. Alors entrez.

Jack pousse la porte de mauvaise humeur et Gwen le suit, la tête dans les épaules, assez gênée.

La sœur de Jones est assise sur le même siège que la dernière fois, mais plus près du lit. Elle a l'air assez surprise de leur présence. Jones est assis sur son lit d'hôpital. Gwen n'est pas médecin mais elle doute qu'il en a le droit. Il n'a pas l'air content. Il a la mâchoire serrée, le corps tendu sous sa blouse d'hôpital. Les rayons du soleil qui traversent la fenêtre dessinent un rectangle de lumière sur son épaule.

-Pouvons-nous parler en privé ? Interroge Jack froidement en lançant un regard noir à Jones.

Davies regarde avec anxiété les deux hommes. Jones fait encore plus grise mine mais il donne à sa sœur un petit signe d'acquiescement. Elle se lève lentement, contourne précautionneusement Gwen et Jack comme si elle s'attendait à ce qu'ils s'en prenne à elle et sort de la chambre avec un dernier regard à son frère.

La porte se ferme derrière elle. Jack serre les poings et se dirige au pied du lit.

-Vous...siffle t-il les épaules tremblantes. Je devrais vous tuer.

-Et pourquoi donc ? Lâche Jones interloqué, ne s'attendant visiblement pas à cette réaction.

-Bordel, qu'est-ce qui ne va pas avec vous ! Fulmine Jack.

Sa voix résonne dans toute la pièce. Gwen blémit.

-Qu'est-ce qui ne va pas avec vous, plutôt ? Rétorque Jones en ouvrant de grands yeux.

-Putain! Vous vous êtes placé sur la trajectoire de la balle! Je n'arrive pas à croire que ...

-Que quoi ? Que quoi? Gronde Jones désormais presque aussi furieux que Jack. J'avais l'impression d'avoir sauvé la vie de Harper!

Jack agrippe la rambarde métallique au pied du lit faisant chuter la planche à pincettes bleue.

-Ce n'est pas le sujet! Vous...Il grince des dents furieusement. Déjà ce truc idiot quand vous avez verrouillé le Hub et maintenant ceci ? J'en ai marre de vos conneries suicidaires!

-Suici...Pourquoi vous imaginez...Bégaie Jones, blanc comme un linge.

-Vous savez foutrement bien de quoi je veux parler ! Continue Jack.

Gwen fronce les sourcils, chamboulée. Que veut dire Jack? Pourquoi pense t-il que Jones...Est-ce qu'il croit vraiment que Jones est suicidaire ? Il s'était placé devant la balle destinée à Owen, mais il n'avait pas essayé de...Il ne pourrait pas...Où bien si?

-Je ne sais vraiment pas de quoi vous parlez, répète Jones d'un ton glacé, les poings serrés sur les draps de lit.

-C'est ça! Siffle Jack en lâchant le rail du lit et en faisant un geste brusque avec son bras. Comme si c'était un accident!

-Qu'est ce que vous insinuez exactement?

-Je n'insinue rien, je vous accuse, là, tout de suite, d'essayer de vous faire tuer !

-Jack, intervient Gwen d'un ton conciliant, je ne crois pas...

-Reste en dehors de ça! Lâche Jack durement sans que son regard ne quitte un instant celui de Jones.

Gwen se raidit, choquée de s'être fait rabrouer.

-Non, attend une minute, s'insurge t-elle en colère.

-Jai dit, reste en dehors de ça, répète Jack en se tournant vers elle. Attend dehors, Gwen.

-Quoi? Elle en reste bouche-bée, les joues rouges de confusion.

-Attend dehors, je n'ai pas besoin d'une baby Sitter, lui intime Jack brutalement en lui jetant un regard noir.

-Je m'y oppose fortement, le coupe Jones furieux.

-Vous n'avez rien à dire, vous avez essayé de vous descendre!

-Qui dit ça ? Vous croyez que c'est vrai juste parce que le putain de grand Capitaine Jack le dit?

-Je vous connais, gronde Jack et Gwen réalise qu'en un an et demi de Torchwood elle ne l'a jamais vu aussi en colère. Je vous connais.

-Vous ne connaissez même pas mon prénom, bouillonne Jones, vous ne savez même rien à mon sujet et vous osez venir me donner des leçons, Monsieur ?

Gwen déglutit. Son regard va de l'un à l'autre mais c'est comme si elle n'existait pas. Elle veut aider, elle veut stopper la colère injustifiée de Jack parce qu'après tout Jones a sauvé la vie d'Owen mais les mots froids et cruels du Capitaine tournent en boucle dans sa tête.

Blessée, elle se détourne, cligne les yeux furieusement et sort de la pièce. Elle s'appuie contre le mur du couloir tandis que Jack recommence à crier sur la façon dont Jones a failli mourir.

Alors qu'elle réfléchit aux paroles qu'elle va hurler à Jack plus tard, elle réalise que Rhiannon Davies en larmes est assise de l'autre coté de la porte.

Gwen la dévisage horrifiée en se rendant compte qu'elle a entendu (et entend encore) la dispute entre les deux hommes.

-Hé! L'interpelle Gwen gentiment en s'accroupissant devant elle, la compassion qu'elle éprouve annihilant tout le ressentiment qu'elle avait ressenti devant la grossièreté de la femme. Ecoutez, ça va aller, Jack est juste un peu...

Elle se mord les lèvres à la recherche du mot juste mais finit par abandonner.

-Si ça peut vous consoler je suis sûre que ce n'est pas vrai, votre frère n'est pas ce genre de type, vous savez.

Rhiannon hoche la tête, reprend son souffle en tremblant et essuie ses larmes.

-Oui, répond-elle d'une voix étrangement ferme. Je sais.

Mais elle n'a pas l'air particulièrement réconfortée.

-Il a sauvé la vie d'un de nos amis, raconte Gwen. La balle l'aurait touché en plein cœur mais il...Soudain Gwen réalise son erreur. Je...veux dire...Quand je dis la balle, je veux dire...

Rhiannon hausse les sourcils.

-Oh d'accord, c'est une façon de parler. Je n'ai pas le droit de...de dire quoi que ce soit, d'accord ?

-Ouais, répond doucement Rhiannon. Motus et bouche cousue.

Gwen acquiesce puis blêmit quand elles entendent Jack relancer l'histoire de l'alien qui a lacéré la poitrine de Jones.

-Ecoutez, désolée, ce genre de chose est classé alors je vais devoir...Pourquoi n'irions-nous pas prendre à la salle de repos prendre une bonne tasse de thé?

-D'accord, répond Rhiannon en se levant. Vous n'avez pas besoin de venir. Vous devez certainement rester ici.

-Etes-vous sure...?

-Tout à fait, merci.

Elle lui sourit avec douceur et commence à s'éloigner. Gwen s'émerveille du contraste entre son comportement actuel et celui qu'elle a montré quand elle l'a rencontré la première fois.

-Pas...Pas de problème. Ne vous inquiétez pas. Jack sait beaucoup de choses mais il ne sait pas tout. Vous savez que Jones va s'en sortir, n'est-ce pas ?

La femme se retourne lentement, la main serrée sur son porte-monnaie pour regarder Gwen d'un air étrange.

-Ce que je sais, dit-elle calmement, c'est que mon frère ne vivra pas jusqu'à trente ans.

-Quoi, S'exclame Gwen choquée par cette réflexion morbide.

-Et vous...Continue Rhiannon tristement. Quel âge avez-vous?

-Vingt...Vingt-neuf, répond Gwen perplexe.

-C'est plus que probable que vous n'y arriviez pas non plus. Dommage.

Elle s'en va et Gwen la regarde partir, inconsciente des cris de Jack et Jones jusqu'à ce qu'une infirmière vienne leur dire de se calmer.


-Jack a dit Quoi? Mais pourquoi? Demande Owen incrédule.

Gwen lui lance un regard d'avertissement et met un doigt sur ses lèvres pour lui indiquer de se taire.

-Je n'en ai aucune idée, murmure t-elle si bas que Tosh et lui doivent se pencher pour l'entendre. À l'instant où sa sœur a quitté la chambre il a commencé à lui crier dessus. Il a pété les plombs. Je ne l'avais jamais vu aussi en colère.

Owen fronce les sourcils en ajustant ses lunettes..

-Mais pourquoi pense t-il que Jones a essayé de se suicider? Il y a quand même des manières plus faciles d'en finir que de se faire tirer dessus.. Il peut se tirer une balle quand il veut!

-Ne me demande pas ça à moi, répond Gwen en levant les mains, sur la défensive. Et surtout ne pose pas la question à Jack. Il m'a déjà pris la tête deux fois. Une fois dans la chambre de Jones et la seconde fois dans le SUV, sur le chemin du retour. Je ne sais pas pourquoi il est aussi catégorique là-dessus et à ce point je m'en fiche complètement.

-Mais Jones va bien ? Intervient Tosh l'air soucieux. Comment est-il?

-Il est certainement remonté contre Jack, répond Gwen sèchement et j'ai du mal à le dire mais c'est bien fait pour lui.

La voix irritée du Capitaine leur parvient de son bureau.

-De quoi êtes- vous en train de parler?

-Des habitudes d'accouplement des Weevils! Crie Gwen d'un ton hargneux avant de se diriger d'un pas lourd vers les archives.

Jack sort de son bureau les bras croisés et l'air maussade. Il soulève un sourcil interrogateur en direction d'Owen et Tosh, sous-entendu: Alors, vous êtes d'accord avec elle ?

Owen est un peu en colère d'avoir été presque tué et tout ce que Jack trouve à faire est de crier après l'homme qui lui a sauvé la vie. Mais le regard glacé de l'autre homme le dissuade de se mêler de la querelle entre lui, Gwen et Jones.

-Bon, je me casse, annonce t-il.

-Ce n'est même pas six heures, proteste Jack. Tu devais répertorier ces bestioles...Et l'oiseau alien...

-J'ai déjà entré toutes les informations dans l'ordinateur, allègue Owen en attrapant sa veste et sa sacoche sur son bureau. C'est en cours de traitement. Ça va prendre un certain temps.

Jack se tourne vers Tosh qui commence à rassembler ses affaires.

-Et toi?

-Mon code est compilé, explique t-elle brièvement, ce qui pratiquement sa façon de dire : "Je n'ai pas envie de travailler en ce moment" et comme Jack ne comprend rien à la technologie contemporaine il se fait avoir à chaque fois.

-Bien capitule ce dernier. On se voit demain.

-À plus tard, le salue Owen.

Lui et Tosh sortent du Hub le plus rapidement qu'il est humainement possible sans soulever des soupçons.

Jones est un connard, un enfoiré total sans aucune morale ni aptitudes sociales, mais il vient de sauver la vie d'Owen. Donc il se tourne vers Tosh.

-Hôpital ? Lui propose t-il.

-Tu m'a enlevé le mot de la bouche.

Ils prennent la voiture d'Owen. Il leur faut une quinzaine de minutes pour se rendre à l'hôpital car Tosh veut s'arrêter pour acheter des fleurs. Quand ils arrivent la sœur de Jones est encore dans la chambre. Elle est en train de montrer quelque chose à son frère sur son téléphone portable. Elle se raidit et se redresse sur son siège quand elle les voit.

Jones se renferme immédiatement et croise les bras de la même façon que Jack dans le Hub tout à l'heure.

-Salut, lance t-il ostensiblement, comme s'il s'attendait à une confrontation. Vous venez me crier dessus pendant une demi-heure et me suggérer vous aussi que j'ai besoin d'une aide psychiatrique ?

-Que tu aies besoin d'une aide psychiatrique n'est pas très nouveau, rétorque Owen oubliant d'être gentil. Et je préfère que tu ne me compares pas à Jack qui, comme tu l'as probablement remarqué, est encore plus à coté de la plaque que d'habitude.

-Ouais, j'en ai eu un avant gout, répond Jones d'un ton sarcastique.

-Peu importe, élude Owen avec difficulté, se rappelant la raison de sa présence ici. Tu m'as sauvé la vie.

Là. C'est dit.

Il enfonce ses mains dans ses poches, mal à l'aise.

-Donc, euh...Je te dis merci.

-C'est pas que tu en fasses grand-chose, répond Jones avec condescendance. Son regard se pose sur Tosh puis de nouveau sur lui sans raison apparente. Mais y'a pas de quoi.

-Va te faire foutre, lui lance Owen avec désinvolture, parce que parfois c'est vraiment un bâtard suffisant. Guéris vite et sors de là parce que le café de Jack c'est de la merde.

-Il a touché à la machine à café ? Demande Jones l'air franchement horrifié.

Sa sœur se retient de rire.

-Sinon tu vas bien? S'enquiert Tosh en lui adressant son plus beau sourire.

-À part la nourriture infecte et les hurlements de Harkness je...

Il s'arrête en regardant Tosh comme s'il venait juste de remarquer sa présence.

-Tu as apporté des fleurs, finit-il bêtement.

-Oh! Tosh regarde le bouquet comme si elle l'avait oublié. Oui, tiens. Elle tend avec maladresse les fleurs à la sœur de Jones. Tous les deux la fixent comme si c'était la première fois qu'il la voyait.

-Ce sont...ce sont des chrysanthèmes, explique Tosh avec nervosité en remettant en place une mèche de cheveux derrière son oreille. Dans la tradition Japonaise elles symbolisent la longévité et la santé, du moins c'est ce que dit ma mère.

-Merci, murmure la sœur de Jones, touchée.

-Remets-toi vite, continue Tosh en croisant les mains sur sa jupe violette. Tu penses sortir quand ?

-Le docteur a dit trois semaines, donc environ une semaine et demie.

-Il n'écoute jamais les docteurs, hein? Dit Owen à la sœur de Jones. Je croyais que c'était juste moi.

-Non, vous êtes juste un parmi d'autres, répond -elle en regardant son frère l'air mécontent. T'es un vrai crétin.

Jones se contente de lever les yeux au ciel en guise de réponse.

oooooooooo

-Personne n'avait apporté de fleurs, murmure Tosh tandis qu'il la ramène chez elle quelques instants plus tard. Pas même sa sœur. Je me demande pourquoi ?

-Qui sait? répond Owen. Elle était un peu bizarre, non? Ils doivent tous être bizarres dans la famille.

Tosh émet un petit rire.

-Peut-être.

-Voilà, tu es arrivé, dit Owen en arrêtant la voiture devant son immeuble.

-Merci pour la balade dit-elle en sortant du véhicule. Et surtout prends soin de toi.

Elle ferme la portière d'un geste vif et il la regarde partir avec curiosité.

Il a eu quelques jours pour réfléchir à ce qui se serait passé si Jones ne s'était pas mis devant lui et il trouve cela terrifiant. Owen est médecin depuis assez longtemps pour comprendre la mort, vraiment la comprendre. Il sait qu'il l'a échappé belle, qu'il s'en est fallu de peu pour qu'en ce moment il soit en train de pourrir à six pieds sous terre. Jones lui a sauvé la vie, et Owen sait ce que cela signifie vraiment.

- "C'est pas que tu en fasses grand-chose", les mots de Jones trottent dans sa tête.

Soudain, sans réfléchir, il descend sa vitre.

-Hé Tosh ! Crie t-il.

Elle tourne la tête, hésitante.

Owen sort de la voiture, se penche contre la portière en passant la main dans ses cheveux, étrangement nerveux.

-Au sujet le la sortie dont nous avions parlé un peu plus tôt. Pourquoi pas tout de suite?

-Oh! S'exclame t-elle surprise comme si elle pensait que ce n'était pas sérieux. C'est jeudi soir et il est vingt heures. Je ne pense pas que nous aurons des places.

Il ouvre la bouche pour dire qu'ils n'auront pas ce problème au "Terra Nova" mais il s'arrête à la dernière seconde. Il va faire ça correctement.

-Bien, dit-il.

-Peut-être samedi, sauf si la Faille s'en mêle, suggère Tosh en serrant ses bras autour d'elle pour lutter contre le froid.

-Si samedi c'est la fin du monde je t'en tiens responsable, répond-il avec un sourire. Alors, samedi.

Elle acquiéce en rougissant un peu. Bon, allez, euh...à demain.

-Bonne nuit !

Il rentre chez lui, satisfait de sa journée.

.

FIN DE LA PARTIE 2

.

1) Episode 2-02 Alien mortel

2) Episode 2-05 Adam

3) Episode 2-06 Reset