Pardon pardon pardon... Pour ce retard !
De une parce que mes horaires de boulot étaient tout simplement merdiques et quand vous rentrez chez vous à minuit et demi après une journée de rush vous n'avez qu'une seule envie : DORMIR ! xD
De deux parce que cette suite s'est trouvée être plus compliquée à écrire ^^ C'est d'ailleurs pour cela que ce OS va être en 3 chapitres finalement.
J'espère que vous apprécierez ;)
Ah et s'il vous plaît, ne paniquez pas, vous savez à quel point j'aime les happy end ;3
Et encore merci pour vos nombreuses reviews 3
Lorsque Maura atteint la porte, elle se tourna vers la maison d'hôte avant de pénétrer dans la sienne. Aucune lumière, aucune effluve prouvant qu'Angela était bien là, cuisinant un de ses plats familiaux. Elle baissa les yeux sur les marches du perron. Plus de courriers. Frankie avait du passer prendre le tas plutôt dans la journée…
Angela avait quitté la maison d'hôte il y a de ça 42 jours. Maura avait compté chacun d'eux. Comme elle avait compté chacun loin de Jane, loin de la famille Rizzoli…
42 longs jours sans sa mère de coeur comme Angela aimait s'appeler. Elle était partie car si elle voulait à nouveau une chance de revoir sa fille, elle avait vite comprit que d'habiter à moins d'un mètre de chez Maura n'était pas une bonne solution et il fallait définitivement qu'elle s'occupe de son bébé. Elle était aussi partie parce que Maura n'avait pas voulu lui dire ce qu'il s'était passé. Mais, même si Angela était ( presque ) sûre de pouvoir vivre avec ça, elle ne supportait pas le fait que Jane se laisse aller de la sorte sans que Maura ne réagisse. La matriarche était en colère contre la jolie blonde, en colère contre tous ces non-dits qui enterraient Jane un peu plus chaque jour qui passe.
C'est avec un soupir qu'elle pénétra dans sa grande maison vide. Les clés furent jetée dans la coupelle sur le meuble d'entrée. Maura enleva ses hauts talons et les rangea bien aligné sur le porte chaussure. Puis la veste et le sac furent déposés. Elle n'avait pas le goût de se faire à manger ce soir… Comme elle n'avait plus le goût de rien, à rien. Une tasse de thé et au lit.
La légiste allait porter le liquide chaud à ses lèvres lorsque l'on toqua à la porte.
Elle imagina un instant Angela derrière celle-ci, un plat à gratins dans les mains et ses pantoufles aux pieds. Elle l'imagina lui baiser la joue en passant devant elle, n'attendant même pas la permission de Maura pour entrer. Permission que cette dernière lui aurait offerte avec le plus grand plaisir. Elle l'imagina partir dans une longue tirade sur le fait que la nouvelle saison de Bones commençait ce soir et qu'il fallait à tout prix ne pas manquer ça, que Booth et Brenan commençaient plus que sérieusement à lui taper sur les nerfs à ne pas voir l'évidence. Son regard à ce moment là se poserait sur Maura, lourd de sens, façon Mama Rizzoli. Les arômes de son fameux poulet cacciatore embaumerait déjà la maison et la légiste leur servirait un verre de vin puis se dirigerait déjà vers le frigo, atteignant l'une des Blue Moon. La porte s'ouvrirait à nouveau. Le manteau de cuir souple serait jeté sur le porte manteau, négligemment, mais Maura ne dirait rien sur le fait que les fibres allaient se détendre, parce que Jane serait enfin à la maison. Les chaussures sales se trouveraient en partie dans le salon, mais Maura ne dirait rien sur le fait que l'on pourrait trébucher dessus ou que le sol venait juste d'être lavé parce que Jane serait bientôt près d'elle. Elle sentirait sa présence réconfortante, protectrice, emplie de chaleur douce et apaisante. Alors elle se retournera et Jane serait là, les yeux rieurs malgré une longue journée. Elle lui ferait son sourire quand elle verra la bière dans ses mains, bougeant ses lèvres dans un merci muet alors qu'Angela les presserait de venir, que le diner était servi et que le film allait commencer…
Les coups de nouveau sur la porte la sortirent de sa rêverie. Elle jeta un regard autour d'elle. Sa maison était vide et froide. Aucune lumière chaleureuse, aucun éclat de voix, aucune odeur alléchante qui flottait dans l'air… Jane n'était pas là non plus…
Maura se traîna vers l'entrée et une fois qu'elle ouvrit la porte, elle fut choquée de voir qui se tenait derrière elle. Sans qu'elle ai eu à donner l'autorisation, Frankie pénétra dans le hall. Maura sourit tristement, les vieilles habitudes ne disparaissaient pas comme ça.
- Combien de temps ça va encore durer ?
La jolie blonde tressaillit. Cela devait faire plus de deux semaines qu'il ne lui avait pas adresser la parole. Le ton était amer, agressif. Quelque chose qu'elle ne pensait pas entendre de la part du jeune Rizzoli.
Elle n'avait pas envie de lui répondre. Elle n'avait pas envie d'en parler. Elle était fatiguée de tout ça. Le regard sombre de Frankie ne la lâchait pas.
- Tu veux boire quelque chose ? demanda Maura, évitant la question.
La colère qui irradiait du corps du jeune homme la percuta de plein fouet. Elle se détourna et fila dans la cuisine. Cause perdue, Frankie ne la quittait pas d'une semelle.
- Je viens de déposer Jane à son appartement… Enfin, à ce qui ressemblait à un appartement. Merde Maura ! Je t'ai vu tout à l'heure ! Tu étais là ! Jane enchaîne les humiliations publiques ! On dirait qu'elle cherche à faire ça, histoire de se mettre encore plus minable qu'elle ne l'ai déjà !
La voix éraillée emplit la pièce. Maura sentit la détresse de Frankie. Elle ne voyait plus le jeune homme qui avait franchi sa porte. Elle voyait l'enfant effondré. Le petit frère qui regardait sa soeur, son héros voler en éclats.
- Pourquoi tu n'es pas avec elle, Maura ?! Pourquoi ma soeur est dans cet état ?! Putain il s'est passé quelque chose et personne ne sait !
- Tu as raison, tu ne sais rien alors arrête s'il te plait… pleura Maura dans un murmure que Frankie n'entendit pas.
- Tu l'as abandonné !
Maura sentit ses oreilles bourdonner. La chaleur gagna sa poitrine pourtant elle avait froid. La main agrippa le rebord du marbre. Elle allait s'effondrer.
- Tais-toi…
- Jane a besoin de toi ! Putain elle a toujours eu besoin de toi ! hurla-t-il de plus belles.
- Arrête…
Le souffle commençait à lui manquer. Ça faisait mal. Tellement mal.
- Pourquoi vous ne vous parlez plus ! Pourquoi Jane fout tout en l'air depuis l'accid…
- Tais-toi Frankie ! Maintenant tu arrêtes !
La bombe était lâchée. Deux longs mois de douleur et de regret. Deux long mois sans Jane. Deux long mois de honte, de dégoût envers elle-même. Deux mois à survivre. Maintenant s'en était trop. Frankie n'en revenait toujours pas. Maura Isles venait de lui crier dessus. Non, Maura Isles venait de perdre le contrôle, tout simplement. Là, dans sa cuisine, son tailleur Chanel sur les épaules. La grâce et la force tranquille venaient tout simplement de s'effondrer, là devant lui. Depuis le temps qu'il en rêvait. Depuis le temps qu'il voulait que la légiste réagisse, maintenant, il n'était plus sûr. Parce que la Maura qu'il avait devant lui, cette Maura Isles lui faisait peur. Il avait l'impression que ce n'était plus d'un cas désespéré qu'il faudrait s'occuper, mais de deux.
- Tu ne sais rien ! Jamais tu n'as su ce que c'était d'avoir l'impression de mourir parce que la personne que tu aimes le plus au monde a failli partir pour toujours ! Jamais tu n'as eu à faire face à elle sans avoir le courage de la soutenir ! Je sais que j'ai été lâche ! Je le sais ! Je le paye chaque jour depuis ! Toi, Angela, Korsak et même Frost ! Vous me tolérez à peine ! Et je sais que je le mérite. Mais le fait d'être loin de Jane…
La voix se brisa sur le prénom et les sanglots éclatèrent enfin.
- Mon Dieu c'est ça qui fait le plus mal… Je suis fatiguée Frankie… Je suis fatiguée…
Maura se cacha le visage de ses mains. Elle avait honte. Tellement honte de se morfondre alors qu'elle était la cause de tout ça.
Alors Frankie ne put s'en empêcher. Parce qu'il était un Rizzoli et que la détresse des autres passait avant tout. Parce que c'était Maura et qu'elle souffrait. Parce qu'il savait que Jane l'aurait fait, sans hésiter, sans laisser place à la rancune. Il se précipita vers elle et l'enserra dans ses bras forts. Il glissa la main dans les boucles blondes et enfouit le visage ravagé dans le creux de son cou.
Le geste la brisa un peu plus mais lui fit du bien. Égoïstement elle se gorgea du parfum. Il y avait quelques arômes semblables à celles de sa belle brune. Ses souvenirs et son imagination firent le reste ; Elle avait l'impression que Jane était là, pressée tout contre elle.
- Elle me manque tellement… Je l'aime Frankie…
Le jeune homme ferma les yeux et resserra son étreinte, maintenant le corps inerte contre lui. Il le savait. Il avait toujours su.
[…]
Les talons claquèrent sur le carrelage froid et résonnèrent dans le hall peint de blanc. Maura poussa les portes battantes et accéda à la salle d'attente. Il ne lui fallut pas longtemps pour poser les yeux sur le visage éteint de la matriarche Rizzoli. Angela, défaite, se leva péniblement de son siège, alors Maura se jeta dans ses bras.
- Angela je vous en supplie dites moi ce qu'il se passe, pleura la jolie blonde.
La Mama Rizzoli secoua la tête dans l'étreinte, incapable de sortir le moindre son, la gorge contractée par les sanglots. Maura se recula et Korsak apparut, les manches de sa chemises froissée relevées, couverte de sang. Le monde se mit à tourner autour d'elle.
- Jane s'est fait tirer dessus… La balle s'est logée dans sa cage thoracique. Ils l'ont amené au bloc directement.
La douleur, l'angoisse, puis la colère. Comment avait-il pu laisser cela arriver.
- Pourquoi ne portait-elle pas son gilet par balle ? cria-t-elle, au bord du gouffre.
Angela étouffa un sanglot et se laissa tomber sur un siège. Korsak, abattu, se renfrogna.
- C'était censé être une intervention de routine… Ça a dérapé et…
Maura brandit la main devant lui, elle ne voulait plus l'entendre. Être préparé à toutes éventualités était leur job après tout. Il fallait qu'elle trouve un médecin. Il fallait qu'elle sache. Qu'elle sache à quel point Jane était en danger. Qu'elle sache si elle Jane allait vivre. Qu'elle sache si elle-même allait vivre.
Alors on était venu les prévenir. L'opération avait été délicate. Jane avait perdu énormément de sang et avait fait deux arrêts cardiaques durant l'opération. Le second avait duré trop longtemps…
Angela n'avait pas pu tenir d'avantage et s'était effondrée dans les bras de Korsak. Frankie ne disait rien, prostré dans l'un des sièges. Jane ne pouvait pas mourir. C'était impossible pensait-il. Les héros ne mourraient pas. Jane était son héros.
Maura, quant à elle, se concentra sur les dires du chirurgien. Il ne fallait laisser passer aucune information. Elle comprenait la gravité de l'état de Jane. Mais en aucun cas elle allait se laisser aller. Il fallait être forte pensa-t-elle. Forte pour deux.
- Le Détective Rizzoli est plongée dans un coma de stade deux. Elle répond à certain stimuli à la douleur ce qui est une chose positive, les rassura le chirurgien.
Angela prit la main de Tommy assis à côté de lui. Le plus jeune Rizzoli ébaucha un faible sourire. Il y avait l'espoir.
Pourtant Maura savait. Statistiquement, 80% des comas de stade 1 aboutissaient au réveil du patient avec peu ou pas du tout de séquelles. Mais pour ce qui était des comas de stade 2… Les chances de réveil étaient considérablement plus faibles. De plus, 50% pouvaient basculer vers un stade 3 avancé…
Mais Maura ne dit rien. Elle continuait d'écouter. La balle s'était logée entre la septième et huitième côte. Le poumon gauche avait était percé. Ce qui avait causé l'hémorragie qui entraina les arrêts cardiaques. Le second avait duré un peu plus de trois minutes. La jolie blonde frissonna. Jane était morte pendant trois minutes… Son esprit s'égara un instant. Que faisait-elle durant ces trois minutes ? Était-elle encore à la maison ou alors était-elle déjà sur la route de l'hôpital. Peut-être même qu'elle avait été là, à attendre des nouvelles. Même si irrationnelle était sa pensée elle s'en voulut de n'avoir rien senti. Pendant trois minutes, trois longues minutes, Jane l'avait quitté et elle n'en avait rien su, elle n'avait rien ressenti. Elle s'en voulut car elle ne voulait pas que ce soit si simple, sans douleur, d'être séparé de Jane. Ne serait-ce que trois minutes…
Cet arrêt cardiaque l'avait fait basculer dans le coma. C'était aussi simple que ça. Un enchaînement d'évènement médical que Maura connaissait sur le bout des doigts. Habituellement, rien de tout cela ne l'atteignait. C'était la science après tout, c'était logique. Une chose en entraîne une autre. Comme la chute d'un domino, sur un autre domino et encore un autre. Sauf qu'au bout d'un moment, il n'y avait plus de dominos. Lorsque le dernier vint à de tomber, c'est le silence. Et il faut contempler ce qu'il reste de cette belle structure, parfois complexe. On balaye tout et on recommence. Sauf que Jane n'était pas faite de dominos. Elle était faite de cellules, d'atome… Une fois qu'il y avait le silence, on ne pouvait rien recommencer…
Et perdre Jane était tout sauf logique.
Le besoin de la voir lui était vitale. Il fallait qu'elle se rassure. Il fallait Jane sous ses yeux, sous ses doigts. Angela fut la première à être autorisée à la voir. L'opération avait été compliquée et l'état de Jane pouvait être impressionnant, il ne fallait rien brusquer. Maura aurait cru mourir.
Enfin Frankie et Tommy.
C'était encore trop long. Les mots du médecin résonnèrent dans sa tête encore une fois.
« La famille seulement s'il vous plaît »
Angela lui avait lancé un regard. Un regard confus. Un regard d'une mère dans la douleur. Elle avait toujours dit que Maura était comme sa fille pour elle. Mais aujourd'hui, c'était une situation de réelle crise pour la famille Rizzoli.
Maura se tordait les doigts dans la salle d'attente. Il était tard… Ou plutôt très tôt. Korsak était partie il y a un moment. Prévenir la BPD des résultats de l'opération, faire son rapport… Tommy et Frankie avaient du partir aussi, sous l'ordre d'Angela. Il fallait qu'ils se reposent tous les deux. Frankie devait passer dans la matinée pour lui ramener des vêtements et des affaires de toilettes.
Alors la matriarche Rizzoli apparut dans le couloir, discutant avec le chirurgien qui avait pris Jane en charge. La jolie blonde se raidit et ne les lâcha pas des yeux. La conversation ne dura à peine qu'une minute. Angela lui prit les mains. Elle devait le remercier d'avoir pris soin de son bébé. Il lui sourit, sincèrement et quitta. C'est alors que le visage froissé aux yeux rougis se posa sur Maura. Il y eu un froncement de sourcils, puis l'étonnement. Angela l'avait complètement oublié. Il n'y avait que Jane dans son esprit.
Pourtant la vision lui serra le coeur encore un peu plus. Maura était là, semblable à un animal sauvage qu'il fallait apprivoiser. Elle avait peur, elle se sentait exclue, mal à l'aise. Le regard suppliant qu'elle offrit à Angela eu raison d'elle. Maura souffrait aussi et Angela n'avait pas le droit de la mettre de côté. Elle ouvrit les bras comme une invitation et la légiste ne se fit pas prier.
Maura hésita un instant avant de pénétrer dans la chambre. Elle ne voyait pas encore Jane mais le souffle et le bip des machines la paralysèrent. L'odeur ensuite, encore plus forte que dans la salle d'attente. Elle avait l'habitude pourtant mais elle pouvait déceler le parfum de sa belle brune entre les effluves chimiques. Une faible odeur de lavande.
Puis enfin elle la vit. Elle avait l'air minuscule dans ce lit. Sa grande Jane. Belle et forte. Courageuse et Brave Jane. Elle avait l'air désarmé, abattue… C'était ce qu'elle avait été la veille sur le terrain. La colère enfin. Elle réalisa qu'elle ne savait même pas ce qu'il s'était passé exactement. Qui avait osé lui tirer dessus ? Alors Maura ressentit quelque chose qu'elle n'avait jamais ressentit. La haine envers un être humain. Elle se sentait dangereuse. Elle se sentait capable de faire du mal. Les larmes lui vinrent. Il fallait qu'elle la sente près d'elle.
Les doigts enfin caressèrent la peau hâlée. Le frisson. La peau était froide, terne. Rien à voir avec la chaleur et la moiteur de la veille lorsqu'elles avaient fait l'amour. Maura s'était accrochée à ça toute la journée alors qu'elle attendait après des nouvelles de Jane ; L'odeur de Jane partout sur elle. Sa marque sur son corps, dans le creux de son cou à l'abris des regards. Elle s'était accrochée à cette promesse d'avenir. Elle s'était accrochée à la vie.
Elle balaya une mèche noire de jais derrière l'ourlet de l'oreille délicate. Un masque à oxygène lui cachait la beauté du visage aux traits fins. Elle pouvait voir la bouche entrouverte et le tube enfonçait dans la gorge. Maura regarda un instant la poitrine se soulever à chaque bruissement de la machine à côté d'elle, le corps de Jane étant encore trop faible pour se suffire à lui même.
Doucement elle avança la main le long de la chemise de papier rêche. Elle atteint les pans et glissa le tissu entre ses doigts. Son coeur s'arrêta. Alors elle souleva la chemise claire. Le bandage prenait près des deux tiers de la poitrine. Elle pouvait voir le sang encore imbibé, la plaie commençant seulement à se cicatriser, empêchant le sang d'affluer. Maura retira vivement sa main tremblante comme si le tissu venait de la bruler. Les bandages furent à nouveau cachés.
Elle glissa la main dans celle de Jane, serrant les doigts inertes. Maura ne quitta pas leur étreinte des yeux. Elle serra encore un peu plus fort. Puis encore plus fort. Ses articulations devinrent blanches, les phalanges de Jane s'imprimaient sur sa peau. Elle pouvait presque se fondre en elle. Elle pouvait presque déceler le battement lent et faible du pouls dans la paume.
Mais Jane ne réagissait pas.
Le menton trembla et la vue se brouilla. Bientôt elle ne voyait plus rien. Maura s'effondra, collant son front contre le flan de la belle Italienne, pressant ses lèvres contre leurs doigts entrelacés.
Maura n'avait presque pas quitté l'hôpital depuis trois semaines. Elle avait posé ses congés en retard, se faisant remplacer par Pike. Angela avait insisté plus d'une fois pour que Maura rentre chez elle, qu'elle se repose, qu'elle reprenne sa vie comme avant. Mais sa vie comme avant c'était avec Jane. Alors rien n'avait changé.
Angela n'avait pu prendre que la première semaine. Elle se rendait alors à l'hôpital lors de ses pauses déjeuner si elle avait assez de temps pour faire l'allée et retour. Sinon elle y passait ses soirées.
Les chirurgiens leur avaient fait comprendre que l'état de Jane était stable. En effet, l'aide respiratoire avait été retirée quatre jours après l'opération. Maura avait alors honoré chaque parcelle de peau accessible de ses baisers, à l'abri des regards, tard dans la nuit.
Elle lui parlait aussi. Racontant comment allaient les affaires à la BPD. Comment Korsak et Frost devenaient fou à cause de Pike. Comment Jane leur manquait à tous. Comment Jane lui manquait. Comment il était dur de vivre sans elle…
Et les jours s'écoulaient, lentement, douloureusement. Jane réagissait toujours aux stimulis mais aucune avancée réelle. Stable. Jane était stable et c'était déjà suffisant. Mais plus pour longtemps. Les médecins avaient décelé une activité cérébrale positive lors du précédent scanner. Jane réagissait aux sons et aux touchers. Mais pas encore physiquement.
Alors, enfin, Jane se réveilla. Après 24 jours de coma.
Maura, assise sur le fauteuil près du lit, feuilletait l'un de ses magasines, la main gauche toujours entrelacée avec celle de Jane. Elle feuilletait le magasine sans le voir, somnolente, déjà prête à s'endormir. Une porte claqua un peu plus loin dans le couloir. La légiste sursauta et le livre glissa de ses genoux. Elle se pinça l'arrête du nez et ferma les yeux fortement, essayant de se réveiller. Un coup d'oeil à sa montre. Il était le milieu de l'après midi. Il fallait qu'elle aille se chercher un café. Alors qu'elle voulut retirer sa main afin de ramasser le papier, une légère pression lui intima de ne pas bouger.
Maura se retourna de suite, déjà à la recherche du visage de sa belle brune. Les yeux clignèrent faiblement un bref instant, puis plus rien. La légiste se pencha, caressant le visage adoré. Elle regarda leurs mains entrelacées, attendant après une nouvelle étreinte.
Maura serra les dents. Il se pouvait que les patients plongés dans un coma refassent surface quelques instants avant de replonger. Il se pouvait que ce genre de choses arrivent souvent avant un réveil complet. Mais Maura n'allait pas la laisser repartir. Jane venait de faire un geste vers elle. Elle avait fait la partie la plus dure de la route vers la vie. Maura allait la rejoindre à mi chemin. Maura allait lui prendre la main et la guider vers elle.
- Jane… Jane je sais que tu es là… murmura-t-elle au creux de l'oreille.
Elle serra la prise autour des doigts fins.
- Jane, chérie, reviens.
Un sursaut dans le souffle régulier. Les pupilles qui s'affolent sous les paupières closes. Jane n'était plus très loin.
- Je sais que tu peux le faire.
Un grognement roque, profond, lointain s'échappa des lèvres entrouvertes. Maura ne pouvait contrôler les battements saccadés de son coeur. Ni les larmes qui déjà roulaient sur la peau hâlée en dessous d'elle. Elle ne retint pas le sanglot qui lui déchira la gorge lorsqu'enfin, les yeux sombres apparurent. Maura attrapa la télécommande près du lit et pressa le bouton d'appel d'urgence.
- Tu es là, pleura Maura, tu es revenue.
La confusion dans les yeux noirs. La panique puis la douleur. Fatigue aussi, Ô tellement de fatigue. Jane avait l'impression d'avoir dormi pendant une éternité. Elle ne comprenait pas ce qu'il se passait. Un voile blanc persistait à lui brouiller la vue. La lumière lui faisait mal. Pourquoi n'arrivait-elle pas à bouger ? Sa tête était si lourde. Puis cette odeur. Elle avait la nausée.
- J'ai eu tellement peur… J'ai cru que tu ne reviendrais jamais…
Les contour flou d'un visage angélique se dessina devant elle. Le halo de lumière autour des boucles blondes l'obligea à fermer les yeux à nouveau.
Cette voix… Maura…
- Mauuu… Rrrrr…
Les dents grincèrent. Jane avait l'impression d'avoir avalé des aiguilles. Elle avait soif. Elle avait froid. Elle avait peur.
- Non, non, non, ne parle pas…
Jane sentit la peau lisse contre sa joue. Elle sentit les doigts brosser ses cheveux. Tout était brouillé. Elle n'arrivait pas à penser. Elle ne comprenait pas où elle se trouvait. Elle ne comprenait pas pourquoi tout était douleur et confusion. Elle avait l'impression que son corps ne lui appartenait plus.
Elle voulait Maura pour la rassurer.
- Maura… sanglota Jane, son corps se tortillant sous la peine, les muscles contractés dans une crampe insoutenable.
- Chuuuut, lui souffla Maura, étreignant toujours sa main.
La légiste savait la douleur des patients qui se réveillaient d'un si long sommeil. Tous les muscles du corps, engourdis, qui se contractent dans un spasme. Le corps entier de Jane était une boule de nerfs en ce moment.
Jane sentit les lèvres fraîches se presser contre son front humide. Puis il y eu du bruit. Trop de bruit autour d'elle. Alors la douce caresse dans le creux de sa paume disparut. Les pupilles se dilatèrent dans la panique. L'image de Maura, devenue plus net depuis quelques secondes, s'éloigna.
La détective pleura alors que plusieurs infirmières se pressaient autour d'elle.
Il lui fallait Maura.
Il lui fallait sortir d'ici.
Il fallait que la brûlure arrête d'irradier son corps.
« Mais putain qu'est-ce qu'il s'était passé ? »
