UN SERVICE COMME UN AUTRE
« S'il te plaît, s'il te plaît ! »
« Mais pourquoi moi ? Pourquoi tu n'y vas pas, toi ? C'est ton idée après tout, ta lubie ! Je n'ai pas du tout envie de me faire choper en train de faire ça, ma réputation est finie après ! »
« Allez, Seamus, sois pas sombral, regarde-moi, je suis malheureux, s'il te plaît, tu ne peux vraiment pas faire ça pour moi ? Regarde, aaah, je sens que je vais très mal et que je vais faire une dépression profonde si tu ne m'aides pas, aaah je crois qu'on devrait m'emmener chez Madame Pomfresh ! » Répondit Dean avec de grand gestes théâtraux.
« Bon ça va, arrête ta comédie, je vais y aller… » Maugréa le concerné. « Mais c'est bien parce que c'est toi ! »
« Seamus, t'es un vrai pote ! » fit Dean, un sourire éblouissant aux lèvres.
« Ouais, c'est ça… ça sert à rien de faire des compliments si c'est pour m'extorquer encore quelque chose après, je te préviens… »
Une fois l'affaire conclue, les deux amis sortirent de leur dortoir. Ils allaient être en retard s'ils ne se dépêchaient pas, mais ils avaient attendu que le reste de leurs amis se lèvent pour pouvoir en parler. Ou plutôt, Dean avait délibérément traîné dans la salle de bain en sachant bien que Seamus allait l'attendre pour partir.
L'irlandais s'était fait avoir en beauté et à présent, il se retrouvait embarqué dans une promesse qu'il aurait préféré ne jamais avoir à tenir. Au moins, il avait le choix des modalités. C'était déjà ça. Il ne fallait pas trop tarder, cependant. Le bal était dans une semaine, et le jeune homme était persuadé que leur action ne servirait à rien, surtout si c'était lui qui en était l'auteur et non pas Dean mais il n'avait rien pu faire pour le convaincre.
La dernière fois, il avait bien essayé de l'envoyer chez Madame Pomfresh mais elle lui avait certifié que son ami n'avait pas pris de filtre d'amour ou toute autre potion dans ce goût-là. Il en avait été effondré. Dean Thomas était vraiment tombé amoureux de Daphnée Greengrass. Il ne savait même pas s'il fallait en rire ou en pleurer.
Toujours était-il que depuis cette révélation, il ne quittait pas son ami d'une semelle, de peur qu'il ne fasse des bêtises. Notamment s'il voyait la Serpentarde se faire aborder par un autre garçon par exemple. C'était précisément ce qui était arrivé deux jours auparavant, d'ailleurs. Ils sortaient de leur cours de potions, remontant les escaliers du cachot, quand ils avaient vu un cinquième année de Serdaigle s'approcher de la jeune fille.
Dean avait tout de suite vu rouge et avait voulu qu'ils passent devant eux pour entendre leurs paroles. Seamus avait beau essayer de le raisonner et de lui tirer la manche de robe, rien n'y avait fait, le garçon avait avancé dans leur direction d'un pas décidé, et était passé tout doucement à côté de son rival pour écouter ce qu'il racontait.
Le jeune homme invitait la blonde à sortir avec lui pour le Bal de Noël et celle-ci avait refusé élégamment, arguant qu'elle attendait une invitation de la part d'un autre jeune homme. Dean en avait été fou de joie. Seamus avait eu beau essayer de le calmer, il était persuadé d'être le jeune homme qu'elle attendait, et le fait de savoir qu'elle était toujours disponible lui avait procuré une joie encore plus intense.
Ni une ni deux, il avait pris son courage à deux mains pour aller la voir mais il s'était presque ridiculisé devant elle en se prenant les pieds dans le tapis du Hall de l'école. Il était tombé lamentablement par terre et avait broyé du noir toute la journée, s'enfermant dans leur tour dès qu'il l'avait pu. Il fallait dire aussi que les commentaires des autres membres de la maison Gryffondor à propos de sa chute mémorable ne l'avaient pas aidé.
La nuit faisant son œuvre, il s'était réveillé ce matin même avec une autre idée en tête. Puisqu'il avait été pitoyable devant sa dulcinée, c'était à Seamus que revenait l'obligation de lui demander de l'accompagner, au nom de Dean, en vantant ses mérites. D'après lui, c'était un plan qui ne pouvait que fonctionner, le page annonçant l'intention du chevalier. Il avait lu ça dans un livre sur l'époque médiévale et Seamus maudissait encore Hermione de l'avoir laissé traîner. Elle ne pouvait donc pas ranger ses affaires, comme tout le monde ?
Le jeune homme laissait passer la journée pour mettre au point son plan et son discours. Sincèrement, il allait falloir vanter les mérites de son meilleur ami à une pimbêche qu'il détestait pour qu'ils sortent ensemble au bal de Noël ! Bon, dire que Dean était un garçon génial, ça n'était pas difficile, c'était son ami, évidemment qu'il le trouvait fantastique, drôle, intelligent et tous les autres adjectifs qu'on voulait. Mais le dire à cette petite prétentieuse qui ne le méritait pas du tout, c'était une autre paire de manches.
Heureusement qu'il n'y avait pas de bal tous les ans, il aurait été bon pour que Dean se trouve une nouvelle dulcinée à chaque fois. C'était la première et la dernière fois qu'il lui rendait un tel service, surtout qu'il n'avait pas non plus de cavalière et qu'il allait griller toutes ses chances avec les jolies filles qu'il restait, si on le voyait faire sa demande à l'autre idiote. D'ailleurs, il faudrait aussi qu'il se mette plus sérieusement à ses recherches.
Enfin ça n'était pas le moment, Dean allait lui faire une crise d'apoplexie s'il attendait trop longtemps. Il avait pour l'instant soigneusement analysé qui la jeune fille fréquentait, quels étaient les moments où elle était seule. Il n'était pas question d'en plus se faire ridiculiser à son tour devant public. Déjà qu'il risquait fortement de s'en prendre plein la figure.
Le lendemain après-midi, après le déjeuner, il se leva de table en même temps que la jeune fille. Il l'avait observée et elle allait sans doute se laver les dents après le repas, remontant seule au dortoir, et c'était ça qui comptait principalement. Ce qu'elle faisait dans sa salle de bain, il s'en fichait un peu. Il jeta un regard équivoque à Dean dont il vit la fourchette trembler soudainement.
Il franchit les portes de la Grande Salle, tourna à gauche, longea le mur froid du couloir pour éviter de se faire repérer et descendit les marches à droite quand il le fallait, pour aller aux sous-sols. Là, il chercha un instant la trace de la jeune fille, qu'il avait perdue de vue, avant de s'avancer tout doucement.
« Qu'est-ce que tu fiches là, le véracrasse ? Tu me suis ? » Demanda, menaçante, celle qu'il cherchait, lui pointant sa baguette entre les côtes.
Elle avait dû se cacher derrière lui, dans un recoin, et il n'avait évidemment pas pensé qu'elle puisse l'attaquer. Mais dans quel pétrin s'était-il encore fourré…
« Je te cherchais juste ! » révéla-t-il rapidement.
« Ah bon ? Pourquoi ? » Demanda-t-elle, étonnée, avant de relever sa baguette.
Il resta muet un instant, encore sous le choc et hésitant. Est-ce que vraiment, il devait envoyer Dean à la mort avec une furie pareille ? Cette fille était dangereuse, elle avait failli le tuer pour l'avoir suivie ! Il ne savait même pas s'il allait s'en sortir avec tous ses doigts.
« Non… attends ! Ne me dis pas que tu es encore venu me faire une déclaration grandiloquente toi aussi ! Un Gryffondor ? Décidément, vous ne valez vraiment rien en effet… »
Et voilà, Seamus venait de se prendre un râteau sans même avoir ouvert la bouche. Et après ça, il fallait qu'il argumente en la faveur de Dean ? C'était fichu, totalement fichu… Son sang irlandais prit le dessus et il se décida enfin à parler. Pour son ami. Il ne pouvait pas décemment rentrer bredouille et prétendre qu'il était dans la maison des courageux.
« Ce n'est pas pour moi, mais pour mon ami Dean Thomas. Il est amoureux de toi, et il voudrait t'inviter au bal. C'est un gars super, vraiment… »
« Et pourquoi il n'est pas venu me le dire en face, s'il est si bien que ça ? »
« C'est lui qui s'est cassé la figure devant toi, il y a trois jours… Il n'a pas osé. »
« Alors il envoie son meilleur pote ? Eh bien, bel preuve de courage. Tu pourras lui dire que le jour où il aura assez de courage pour venir lui-même ramper à mes pieds, je pourrai peut-être reconsidérer sa proposition quelques instants avant de dire non. En attendant, dégage de mon chemin et va lui dire de trouver une autre cavalière. Il n'est pas question que je sorte avec un pitiponk pareil. »
Seamus ouvrit et ferma la bouche rapidement, ne sachant même pas quoi dire. Et qu'après on ose lui dire que cette fille n'était pas du venin à l'état pur ! Jamais il ne s'était fait laminé à ce point, et pourtant, il avait une certaine expérience en la matière. Il vit la vipère repartir sans un regard vers lui et resta immobilisé encore quelques instants avant de pouvoir remonter à la Grande Salle rejoindre les autres.
Une fois arrivé, il repéra ses amis encore présents. Après tout, l'entretien n'avait duré que quelques secondes. Dean leva la tête vers lui avec espoir, vit sa tête et baissa les yeux, dépités. C'était fini cette fois-ci, il fallait bien le croire. En s'asseyant à nouveau auprès d'eux, Seamus claqua son épaule dans un geste amical et dit en riant :
« T'en fais pas mon vieux, on ira ensemble et puis voilà ! »
Il savait bien qu'il grillait complètement ses chances pendant un moment, qu'on risquait de le croire peu attiré par les filles pendant les années qui allaient suivre mais il n'allait pas laisser son ami seul dans cet état alors qu'il serait au bras de la plus jolie fille de Poudlard – parce qu'il l'aurait trouvée, bien évidemment. Ce qu'il pouvait être bonne poire parfois…
