La tête collée à la glace fraiche, je regardais les paysages défiler à plus de 300 km/h. Je ne savais même plus pourquoi j'avais accepté de monter dans ce train, qui me rappelait affreusement mes premiers Hunger Games. Je me souvenais de mon incompréhension face à tout ce qui m'arrivait, face à cette abondance de nourriture, de luxe, face à tout ce dont j'avais été habituée dans mon enfance. Je me remémorais la tête ébetée de Peeta, certainement proche de la mienne à l'époque. Mais maintenant, Peeta parlait calmement avec Haymitch de la suite des évènements. Je n'avais aucune envie de me mêler à cette conversation, ne voulant rien savoir quand à ces "évènements" à venir.
Un casque sur les oreilles, je m'efforçais de me concentrer sur la musique. J'avais voulu retrouver de vieilles chansons, de celles que mon père me chantait il y a si longtemps, quand il était encore vivant, et que je n'étais qu'une enfant, quand Prim vivait encore et que ma mère souriait. Mais il semblait qu'elles avaient toutes été effacées, sauf de ma mémoire. A la place, j'écoutais une playlist calme que Peeta m'avait donné, en sachant que la musique, mon amie d'enfance, serait mon seul calmant.
Aux terres brulées du district 12 se succédaient les champs verts du 11, qui ramenait en moi le visage mourant de Rue. Je voyais les énormes parcelles vertes, jaunes et brunes remplies de tout ce dont les habitants du nouveau Panem pourraient avoir besoin. Le nouveau Panem… Étrange de se dire que, pour moi, il semblait que rien n'avait changé. Les mêmes personnes se retournaient au passage du train, et ces couleurs, cette nature, devenaient petit à petit de plus en plus flou au fur à mesure que les wagons accéléraient, et il ne me fut même plus possible de discerner les mêmes petites bicoques. La situation de ces gens a-elle vraiment changé ? Il y aurait quelques années, j'aurais soulevé la question dans le débat auquel je m'apprêtais à prendre part, ou je l'aurais mentionné devant Peeta. Il y a quelques années, je pensais ma vérité, et je disais exactement ce que je pensais vouloir dire. Mais je m'étais rendue compte qu'au final, ce n'était jamais moi. Ils avaient fait exactement ce qu'ils voulaient du symbole que j'étais, et n'avait eu qu'à cueillir les fruits de mon malheur. Il était hors de question que je reprenne mon rôle si glorieux et si facile de Geai Moqueur. Je n'avais même pas eu à poser mes conditions. L'esprit révolutionnaire n'était plus, et je n'étais que l'ombre de moi-même. Personne n'avait besoin de moi pour le leur dire.
Le morceau insupportablement lent de Peeta prit fin pour laisser place à un piano synthétique qui me fit grincer des dents. J'attendis qu'un autre instrument prenne la relève, mais mon sang se glaça. C'était moi. C'était mon discours. Je me rappellerais toujours de ce moment, de ce sentiment. Ce sentiment d'injustice, d'horreur. Nous avions été visiter des blessés, des condamnés à morts du district 8. Et comme une apocalypse serait tombée, des bombes avaient éclatés dans l'hôpital, tuant tous ces gens qui se battaient pour notre cause, pour ma cause. Je ne détestais pas Cressida, mais elle était ici pour me transformer en tout ce que je ne voulais pas devenir, en bête de foire, en image, en poupée de cire jouant devant des caméras pour s'assurer que d'autres montent au pouvoir après Snow. Tout ce en quoi le Capitole et ses Hunger Games m'avait transformé, je l'étais redevenue pour d'autres.
"Si vous pensez une seule seconde que le Capitole nous traitera en égal, vous vous mentez à vous-même. Parce que nous savons qui ils sont, et ce qu'ils font. C'est ÇA qu'ils font, et nous devons riposter. "
À ma voix se mêlait des accords dramatiques de violon et piano, transformant sans pitié ce que j'avais dit au prix de mes tripes, de mon cœur et de tous ces morts. Quand j'avais regardé impuissante ces ruines humaines et ces flammes, et que j'avais parlé pour que tous me suivent, d'autres ruinaient le souvenir de ceux que je n'avais pu protéger.
"J'ai un message pour le président Snow. Vous pouvez nous torturer, nous bombarder, et brûler nos districts, mais vous voyez ceci ? Le feu se développe. Et si nous brûlons, vous brûlez avec nous."
Oh oui, Coin avait été heureuse de mon beau discours. Comme je ne regrettais pas de l'avoir tuée.
Et enfin je compris. Je compris pourquoi je partais au Capitole, pourquoi je vivais encore, pourquoi j'étais dans ce train. Parce que j'étais la mode. Une photo de moi, à mes premiers Hunger Games, ornait la couverture de cette chanson blasphème. Et je les haissait tous, tous autant qu'ils étaient. Encore une fois, je n'étais rien de plus qu'une image, une couverture, une tête d'affiche. J'aurais voulu crier, hurler, et demander à Peeta des explications. Mais j'avais tout sauf la force de laisser encore ma colère prendre le dessus et je me levais brusquement de ce fauteuil en cuir. Peeta voulu me retenir, mais je fis mine de ne pas l'avoir entendu.
Allongée sur le lit blanc de ma cabine, tous les volets fermés, dans la pénombre agréable à laquelle mes yeux s'étaient habitués, j'écoutais en boucle la chanson calme qui m'aurait permit de m'endormir si je n'avais pas tant réfléchi. Pour une fois, je ne revivais pas mes pires cauchemars, mais ma tête était vide. Tout en moi était concentré sur cette petite mélodie qui avait au moins le mérite de me reposer. Mais porte s'entrouvrit doucement, rompant la pénombre. Peeta. Il s'assit sur le bord de mon lit, et je retirai mes écouteurs avec regret.
"Ça va ? Tu avais l'air en colère tout à l'heure…"
"Ça va. Je me rendais juste compte que je n'étais encore qu'un phénomène de mode. J'imagine que je devrais y être habituée maintenant."
"C'est une des chansons ?"
Je me contentai de hocher la tête. Je sentais dans sa voix qu'il regrettait d'avoir passé ce morceau. Je ne lui en voulais pas. Il n'avait jamais subit le regard des caméras comme je l'avais. Sa main chercha la mienne. Je me redressais, en sachant ce qu'il ferait pour essayer de me consoler. Il se rapprocha de moi, et ses lèvres cherchèrent les miennes dans l'obscurité revenue dans la chambre. Nous n'avions jamais défini ce que "nous" était, et un baiser n'avait jamais eu le même sens pour moi que pour beaucoup d'autres filles de mon âge. Je sentais son souffle chaud, et ses lèvres douces se presser tendrement contre les miennes. Ses bras puissants me rapprochèrent de lui, et, nos deux corps enlacés et nos lèvres jointes, je devais avouer que ses étreintes apportaient un certain réconfort.
Quelques heures plus tard, j'ouvris mes yeux embués. J'avais plus chaud qu'auparavant, le torse de Peeta contre mon dos, qui dormait lui aussi. Je me dégageait du lit sans aucun repère temporel, et j'ouvrit le volet, la lumière de la Lune éclairant faiblement la couchette luxueuse du train. Une partie de moi aurait voulu se recoucher et se serrer contre Peeta, mais j'attrapai une paire de chaussons et décidai de faire le tour du train.
En passant, je voyais les meubles en marbre et bois éclairés par la lumière blanche et douce du ciel. Toutes les pièces semblaient différentes, féeriques et inhabituelles, les vases et mobilier de verre reflétant la Lune et les paysages étrangers courant derrière les vitres, si rapides qu'on ne distinguait plus vraiment les choses, seules des bribes de vie. Je fus surprise en entrant dans un des salons de trouver Haymitch, pensif, un verre à la main.
"Katniss…"
Je lui retournais un sourire.
"C'est sublime a cette heure, n'est-ce pas ?"
"Très."
"Qu'est-ce que tu fais ici ?"
"Je me suis réveillée, et je ne voulais pas déranger Peeta."
"C'est officiel entre vous alors." Son ton aurait pu paraître railleur, mais il était étonnamment sobre et presque attentionné.
"Je ne sais pas. Je ne sais même pas ce qu'officiel veut dire, ni ce qu'est une vraie relation."
"Vous avez déjà…"
Je ne répondis pas à mon mentor : ce n'était pas à lui de savoir. Et si il y tenait, il n'avait qu'à demander à Peeta.
"Prête pour demain ?"
Son changement de sujet m'embêta. Je n'étais prête pour rien. C'est exactement ce que je lui répondis.
"Tu n'auras qu'à sourire. Pour le reste, j'imagine qu'ils expliqueront tout cela après."
Ma conversation réduite dû l'ennuyer, et je parti quelques secondes après. Pour une raison ou pour une autre, je n'eu aucune envie de me recoucher. Je m'installa dans un bureau vide, et me laissa aller dans un grand fauteuil. Ma tête était concentrée sur le lendemain. Puis, je me remémorai quelque chose. Sur les nombreuses personnes présentes, je savais parfaitement qui serait présent. Gale. Je me rappelais de la dernière fois où je l'avais vu, la dernière fois où nous nous étions parlé, en pensant que ce serait bien la dernière. Je n'avais pas l'envie de m'inquiéter plus de Gale. Je retournais dans ma chambre, me glissant dans les bras de Peeta, cherchant à tout prix une sécurité, une confiance. Mais une part de moi se posait la question. Que penserait Gale ?
Alors ? Qu'en pensez vous ?
De grooooooooooooos bisous !
(ps: une petite review ?)
