C'était un après midi ensoleillé de mai 1999, magnifique. Tout le monde profitait du beau temps, chez les moldus. Dans le monde de sorciers aussi, d'ailleurs. On fêtait la destruction du Seigneur du Ténèbres par l'Elu. Harry Potter avait éliminé Voldemort un an auparavant. Les sorciers fêtaient ça tout comme en 1980, lorsque Lily Potter avait offert à son enfant une possibilité d'éradiquer le mage noir.

Et pourtant, tous les sorciers ne profitaient pas de ce jour. George Weasley n'avait pas quitté la maison familiale, Molly restait inconsolable et Arthur se noyait dans le travail pour éviter de penser à son fils disparu. Quant à Ron, il avait de la chance d'avoir Hermione qui l'aidait à tenir le coup.

Harry, cependant, ne s'était pas remis de cette guerre. Ginny s'était accrochée comme elle avait pu au garçon qu'elle avait aimé avant de réaliser que ce n'était plus lui. Harry Potter, le Survivant, était une coquille vide. Elle avait tout fait pour qu'il réagisse. Elle avait pleuré, juré, supplié, menacé, frappé jusqu'à abandonner et à le laisser dans cet état. Les seuls qui étaient resté à ses côtés étaient Ron et Hermione. Il n'avait plus qu'eux.

Et au moment qui nous intéresse, Harry errait dans la rue. Il observait d'un œil distant les enfants qui jouaient avec les hiboux et de faux balais qui décollaient de 30 centimètres. Il évitait les salutations et les sorciers qui voulaient lui serrer la main ainsi que les sorcières qui tentaient toujours de l'étouffer dans leur décolleté. Il tourna dans une petite rue dans l'espoir de ne pas être suivi et se retrouva face à Draco Malfoy. Lui aussi était mal en point. Il était maigre et ses cheveux trop longs lui tombaient devant les yeux tandis que sa robe de sorcier semblait avoir fait son temps.

Ils restèrent un moment muet, se regardant à la dérobée. Finalement, Draco tenta de passer à côté d'Harry sans avoir prononcé un mot avant de se faire arrêter par une main sur son torse.

« -Lâche-moi, Potter »

Harry le fixait. Pour la première fois depuis longtemps, une flamme animait son regard.

«- Potter ! »

Draco paniquait. Il avait toujours été lâche et peureux et Harry en avait souvent profité alors qu'ils étaient toujours à Poudlard.

« - Tu as de la chance, Malfoy. Tu n'as pas tout perdu. A vrai dire tu n'as rien perdu. Tu es juste parti avec ta famille, comme si de rien n'était, comme si tu n'avais pas été des Mangemorts. »

Il le poussa violemment contre le mur et, avant que Draco ai eu le temps de jeter un sort, s'exclama :

« -Expelliarmus ! »

La baguette du blond vola dans les airs et retomba quelques mètres plus loin. Il devint livide et recula de quelques pas.

« - Alors tu vois, moi, Malfoy, j'ai presque tout perdu. J'ai perdu Sirius, j'ai perdu Remus et Tonks. J'ai aussi perdu Fred. »

Harry retrouva son sang-froid et son regard redevint vide. Il laissa retomber ses bras le long de son corps et s'éloigna retrouver le tumulte de la rue tandis que Draco s'affaissait contre le mur, récupérant sa baguette.

La soirée qui suivit, il était invité à manger chez les Weasley avec Hermione. La perspective de revoir Ginny ne l'enchantait pas particulièrement, ni celle d'avoir Molly en larmes dans les bras tandis qu'Arthur ne rentrait pas, ni n'envoyait de hiboux. Il avait attrapé une plume et en parchemin dans le but d'écrire un mensonge comme quoi il était malade ou alors ne savait pas se déplacer pour l'instant au moment où quelqu'un toqua à la porte de sa maison, petite bicoque peu soignée en plein centre de Londres. Il se leva et ouvrit, puis soupira :

«-Hermione..

- Harry ! elle le serra dans ses bras, Tu.. Tu as bonne mine.. Mais tu as perdu un peu de poids. »

Elle tentait vainement de sourire, mal à l'aise. Il ne répondit pas et s'effaça pour la laisser entrer et la suivit jusqu'à la pièce qui lui servait de salon : un débarras où se serraient deux fauteuils et une commode contenant quelques bouteilles vides. Il s'assit sur un des fauteuils tandis que son amie occupait l'autre. Il prit une profonde inspiration :

« -J'ai vu Draco Malfoy cet après-midi. »

Elle leva les yeux.

« - Tu as vu Malfoy ? Hm.. Je le croyais mort ou à Azkaban. »

Et elle reporta son attention sur la Gazette des Sorciers datant d'il y a un mois, traînant par terre. Harry était étonné. Pour lui, sa rencontre avec Malfoy était quelque chose d'incroyable. On parlait de Draco Malfoy ! Le sombre petit crétin à qui Hermione avait mis un coup de poing, qui avait essayé de tuer Dumbledore et mille choses encore ! Il la fixait toujours lorsqu'elle releva les yeux vers lui :

«-Harry ? »

Il ne répondit pas et elle fit claquer ses doigts à plusieurs reprises devant son visage avant qu'il n'émerge.

« -Ne me dis pas que tu pensais à cette rencontre ? Ce misérable vermicelle ne mérite pas ton attention. Tu l'as simplement croisé par hasard. N'en parle pas à Ron, s'il te plaît. Ni à George, ni aux autres. Tu sais que ça ne leur plairait pas. »

Il hocha la tête et changea de sujet :

« - Mais.. Qu'est-ce que tu fais chez moi, au fait ?

- Je me suis dit que tu allais chercher une excuse pour ne pas venir chez Molly, ce soir mais.. Elle veut vraiment que tu sois là. Ta présence lui fait beaucoup de bien. »

Harry ricana intérieurement. Si sa présence faisait du bien à quelqu'un, alors il était prêt à avaler le caleçon de Merlin ! Il marmonna cependant :

« -Mais que vas-tu chercher là ? Je me fais une joie de ce repas depuis une semaine, au moins. »

Elle sourit tristement et se leva :

« - On ferait mieux d'y aller, ils vont nous attendre.

- Tu sais où est la cheminée. »

Il se leva à son tour et changea de pièce, se retrouvant dans un bureau et la laissa entrer dans la cheminée en première. Elle le regarda, méfiante :

« - Promets-moi que tu vas venir ! Ne me laisse pas partir toute seule, sinon Molly me fera la peau. »

Il hocha la tête tandis qu'elle tourbillonnait dans un nuage de cendres puis prit place dans la cheminée et énonça d'une voix claire :

« -Maison des Weasley ! » et sentit ses narines s'emplir de fumée en fermant les yeux avant de les rouvrir face au salon de la famille de son meilleur ami. Il eut à peine le temps de faire un pas hors de leur cheminée qu'il fut étouffé sous un tourbillon de cheveux roux et touffus. Il grimaça :

«-Madame Weasley..

-Harry ! Mon garcon ! Tu nous a tellement manqué ! Ca fait au moins un mois que tu n'es pas venu nous voir ! »

Elle le relâcha enfin et il se retrouva nez à nez avec Ginny. Décidemment, pensa-t-il, c'est pas ma journée. Il la salua rapidement avant de se diriger vers George, qui lui sourit pauvrement.

« -Ah, salut Harry. Ca faisait un moment que je ne t'avais plus vu. »

Le Gryffondor tenta vainement de sourire au seul jumeau restant mais ne parvint qu'à ébaucher une espèce de grimace mais George avait déjà détourné les yeux. Harry sentit une main s'abattre sur son épaule et se retourna :

« -Ron !

-Harry !, le rouquin sourit de toutes ses dents, comment vas-tu ?! Tu n'as pas répondu à mes hiboux, lui dit-il d'un air de reproche.

-Je sais. Pardon.

-C'est rien va. Viens, on va s'asseoir. »

Il l'attrapa par le bras et l'entraîna vers la salle à manger. Harry jeta un regard à l'horloge familiale. Les aiguilles de Molly, Ron, George et Ginny étaient bloquées sur ''à la maison'', celle de Arthur, Percy, Charlie et Bill sur ''au travail'' tandis que celle de Fred était sur ''à l'école''. Harry n'osa pas demander pourquoi ils ne l'avaient pas retirée de l'horloge et s'assis à table, jetant un regard autour de lui. Ron et Hermione se tenaient la main sous la table tandis que George fixait son assiette vide et la place à côté de lui, vide aussi. Ginny s'était assise le plus loin possible de lui et Molly tentait vainement de ne pas regarder la chaise de son mari, absent.

Harry remercia Molly tandis qu'elle lui tendait une assiette pleine et resta sans manger, tandis que tout le monde se taisait et commençait à manger. Il respira un grand coup et lâcha :

« -J'ai croisé Draco Malfoy, aujourd'hui. »

Un silence de plomb s'installa, tandis que Ron laissait tomber sa fourchette dans un juron et que Hermione fronçait les sourcils. Tous les regards étaient désormais fixés sur lui.