Merci à CarlaHG, Mondeparallele et sg971 pour les reviews.

En réponse à la tienne Une Inconnue : Voilà la suite, j'espère que tu aimeras tout autant.

Je sais que le thème est dur et que je ne suis pas tendre avec mes persos, j'écris comme ça, j'y peux rien. Mais ça ira pour eux, je vous le promets !

Bonne lecture.


Partie 2


PDV Katniss

En franchissant le seuil de la maison, je me sentis usée.

Prim arriva en courant pour m'enlacer. Je me sentis mieux une seconde mais ça ne dura pas. Je l'embrassai et je lui demandai de m'excuser. Elle savait que quand je rentrais du « travail » je prenais mon bain. Elle remarqua l'état de mon visage, de ma bouche.

-Qu'est-ce qui s'est passé ?

Je refusai de répondre et m'éloignai. Je passai devant la cuisine, ma mère me héla mais je ne voulais pas lui parler.

Je la haïssais à un point. Peut-être encore plus que Snow.

Quand elle m'avait révélé ce qui m'attendait à l'aube de mes seize ans, j'avais eu envie de hurler. N'en faisais-je déjà pas assez pour subvenir à nos besoins ? Elle était notre mère mais se révélait d'aucune utilité et incapable de nous protéger. Elle était faible et elle ne m'avait pas défendue ! Pourquoi ne nous avait-elle pas emmenées loin d'ici dès qu'elle avait su ? Pourquoi nous forcer à cette vie-là ? Pourquoi tous ces gens supportaient cela ?

Je comprenais mieux pourquoi les jeunes garçons de ce patelin partaient chercher des épouses ailleurs.

Je partis récolter de quoi me laver dans le puits puis me frictionnai avec vigueur dans la salle d'eau. Mais rien n'y faisait : j'étais sale. Je retins une violente nausée, prise de vertiges. Quand ma tête cessa de tourner, je me rinçai à l'eau froide.

Dans ma chambre, que je partageais avec Prim, je défis ma serviette et je m'assis au bord de mon lit, nue. Je me mis à pleurer, à l'abri des regards je pouvais me le permettre. Ensuite, je me repris et vérifiai le pot contenant ma fortune, planquée sous mon lit.

Je devais tenir.

J'aurais aimé aller chasser. Cela me vidait la tête autrefois et me permettait (quand la chance me souriait) de nourrir ma famille car même si les fusils avaient été récoltés, j'avais pu me confectionner une arme de fortune. Cependant, j'étais fatiguée.

Pendant le diner, je picorais dans mon assiette pendant que Prim faisait la conversation en racontant sa journée scolaire.

-Tu as encore maigri, Katniss, me fit-elle soudain remarquer. Il faut que tu manges sinon tu ne pourras plus travailler.

Je fixai ma mère, énervée. Elle détourna le regard. Manger quoi ? Ma génitrice n'était pas fichue de ramener à manger, nous étions cantonnées aux patates sous toutes ses formes depuis des semaines. Parfois pour avoir un peu de viande, j'avais dû ponctionner dans mon pot de quoi nous alimenter mieux que ça. Et jamais elle ne m'avait demandé d'où ça venait. Je savais bien qu'il fallait que je mange. Il le fallait pour supporter une autre journée mais là c'était trop me demander. Je me levai, éreintée, pour regagner ma chambre.

Allongée, je fis semblant de dormir quand ma sœur entra. Elle resta près de moi, prenant ma main, la serrant très fort.

-Bonne nuit, Katniss.

Je restai immobile, elle caressa mon front, m'embrassa sur la joue et finit par aller se coucher. Elle laissa la lampe allumée, je supposai que c'était pour se rassurer. Je l'éteindrai après, comme je le faisais souvent car je dormais peu et que je veillais sur son sommeil. Alors que je cherchais vers quoi me tourner pour m'apaiser et tenter de dormir un peu, le visage de ce garçon blond apparut devant mes yeux.

La sérénité de mon sommeil se gâta brusquement. Snow riait à gorge déployée, un couteau dans la main, il venait de m'éventrer et se délectait de voir mes boyaux à l'air.

Je me réveillai en sursaut, en sueur et souffrant atrocement. J'avais mal au ventre.

Oh non, non, non, pas encore.

Je me retins de crier. Je fis un essai pour me lever, j'y parvins je ne sais comment. La douleur devenait insupportable. Je pris appui sur le pied du lit, je sentis quelque chose couler le long de ma jambe. Ma chemise de nuit était rouge de sang.

Oh mon Dieu.

Je ne croyais pas en Dieu mais là je ne voyais pas quoi dire d'autre. La panique me gagna en voyant un filet de sang sur ma cheville. Je parvins à faire quelques pas, ouvris la porte et appuyée contre le mur, je me mis en marche vers la chambre de ma mère. Devant son lit, j'agrippai son bras et la secouai violemment. Etrangement, elle ne hurla pas.

-Katniss ?

-Maman, j'ai mal.

Ma voix se cassa sous le coup de l'émotion. Je savais qu'elle saurait quoi faire, elle avait des notions en médecine que mon père, lui-même médecin, lui avait apprise. Enfin, c'était ce qu'elle disait car moi je ne me rappelais très peu de lui. Il était mort alors qu'elle portait Prim en elle, assassiné par un voleur qui nous avait pris le peu d'argent que nous avions et quelques objets de valeur appartenant à la famille de mon père.

Elle alluma sa lampe puis se leva pour m'ausculter. Elle devint pâle en constatant l'auréole écarlate qui s'était formée sur le tissu blanc de ma chemise de nuit.

-Allons dans la salle d'eau.

C'était l'aube quand l'effet de ses plantes agit sur moi. Je commençai à somnoler, allongée dans mon lit, délivrée de la douleur. J'étais incapable de pleurer cet enfant que j'avais perdu. C'était le troisième. A chaque fois, la nature se chargeait de remédier à ce lourd fardeau. Je ne découvrais ma grossesse que quand il était trop tard. N'était-ce pas mieux ainsi ?

Evidemment.

Cependant je me questionnai sur ma capacité à pouvoir devenir mère un jour. Quoique, pour cela, faudrait-il déjà que je puisse me libérer de Snow et avoir envie de faire confiance à un homme. Cette dernière possibilité me paraissait improbable. Donc je devais arrêter de me mettre martèle en tête.

Quand je rouvris les yeux, ma mère tenait un plateau dans ses mains.

-Mange un peu. J'ai réussi à trouver des œufs. Je t'ai rajouté du lait et du pain.

Je voulus lui demander où elle les avait obtenus mais l'odeur me redonna un peu d'appétit et me détourna de ces interrogations. Je m'assis en grimaçant et acceptai le plateau avec gratitude. Il m'était impossible de croiser son regard, pas après ce qui s'était passé cette nuit. La dernière fois, j'avais mis un mois avant de pouvoir lui faire face à nouveau. L'humiliation était imprégnée en moi et la culpabilité en elle.

-Comment tu te sens ?

Elle effleura ma joue. Je tressaillis, raide subitement.

-Où es Prim ? Demandai-je à la place.

-A l'école. Il est déjà pas loin de quinze heures.

-Quinze heures ? M'horrifiai-je.

-Ne t'inquiète pas, je suis allée voir Snow.

Sa voix trembla. Je pris sur moi de la regarder en face. Mon cœur se comprima en découvrant les bleus sur son visage et le blanc de son œil gauche rougi par le sang.

-Qu'est-ce qu'il t'a fait ?

Ma voix se cassa encore. Pourquoi tant d'émotion alors que je la détestais de toute mon âme.

-Nous avons discuté.

-De quoi ?

-Du problème de cette nuit.

Non, non, non.

Il n'avait pas su pour les deux autres fois, prétextant une grippe virulente la première fois et une maladie génitale contagieuse la seconde fois. Quand il avait envoyé Willy, son « docteur », celui-ci avait su faire preuve de discrétion mais il s'était ensuite entretenu avec ma mère en privée. Quand je le lui avais demandé de quoi il retournait, elle avait éludé comme d'habitude.

-Qu'est-ce que tu lui as dit ?

-Que ce n'était plus possible, que je ne voulais pas que tu retournes travailler pour lui. Que cette fausse-couche se passait mal et que tu avais des complications.

Passé le choc de savoir qu'elle m'avait défendue, je retrouvai l'usage de la parole :

-Pourquoi lui mentir ? Je n'ai pas de complications.

Elle s'assit près de moi. Son œil était encore plus horrible de près. Elle avait dérouillé…

Et cela me mettait en rogne.

Snow …

Elle attrapa ma main.

-Ne fais rien que tu pourrais regretter.

Son inquiétude était réelle. J'aurais voulus me blottir contre elle, me sentir en sécurité dans ses bras. J'avais un grand besoin de réconfort.

Mais non.

Je ne pouvais pas me laisser aller au sentimentalisme. Je retirai ma main d'un coup sec.

-Katniss…

Je fixai de nouveau son visage martyrisé. Mon cœur se serra malgré moi.

-Je vais le tuer.

Je ne voyais plus clair. Je réclamais vengeance, mon corps réclamait engeance, mon cœur réclamait vengeance.

-J'aurai dû te stériliser mais je n'ai pas pu m'y résoudre, me révéla-t-elle. C'est pour ça qu'il m'a puni, alors ne fais rien de stupide.

J'entendis sa phrase de loin. Le temps que les paroles se frayent un chemin vers mon cerveau elle s'était déjà relevée.

-Mange un peu. Je reviens après pour te faire ta toilette et te changer.

Elle quitta la pièce, me laissant sous le choc. Je me mis à manger machinalement, un goût de cendre se rependit dans ma bouche.

Il était tard, quand j'émergeai à nouveau de mon repos forcé, réveillée par des cris. Je ne saisissais pas ce qui se disait, j'entendais ma mère et Prim et la voix de plusieurs hommes. Le cœur malmené, je m'extirpai du lit sans trop de mal, mue par une pulsion de rage qui me porta jusque dans la salle à manger.

J'embrassai la scène d'un regard. Ma mère luttait pour arracher Prim des bras de deux hommes armés. Je ne cherchai pas à réfléchir, dans la confusion personne ne m'avait vu arriver. Je fis demi-tour pour récupérer un couteau dans la cuisine et revins pour les menacer avec. Ils ricanèrent, repoussant une énième fois ma mère qui tomba lourdement au sol en se cognant contre la table. Ils se servirent ensuite de Prim comme bouclier pour m'empêcher de viser, mais j'étais douée pour ça et mon arme atteignit facilement la première cible en plein dans l'œil. Un hurlement déchira la nuit. Prim tenta de me rejoindre, je tendis mes bras vers elle mais le deuxième assaillant l'agrippa par les cheveux et la tira en arrière.

-Toi tu viens avec nous. Tu remplaceras ta sœur.

Un grondement animal provenant du fond de moi-même emplit la pièce alors qu'il emmenait avec lui ma sœur chérie. Il sursauta et dirigea son arme vers elle, la menaçant avec cette fois, conscient que j'étais un danger. Je dus me résoudre à la laisser partir, le cœur brisé.

-Viens Jim !

Je ne les connaissais ni l'un ni l'autre. Des mercenaires peut-être. Le dit Jim hurlait encore, bloqué au sol, tentant d'enlever la lame de son œil. L'autre dût crier plus fort que lui pour se faire entendre. Sauf que Jim cessa soudainement de crier.

-Putain, tu l'as tué ! S'excita-t-il, les yeux fous.

Je le sentais sur le point de faire une bêtise.

-Si tu fais du mal à ma sœur, je te tuerai.

Il m'observa un instant, surpris, puis reprit sa marche à reculons vers son cheval, y jeta ma sœur et s'en alla dans la nuit sous mes hurlements désespérés. Il me fallut quelques minutes pour saisir l'ampleur des dégâts. Je devais agir maintenant. Je contournai le cadavre et me rendis dans ma chambre, vacillante et nauséeuse. Je devais me reprendre. Une fois ma tenue de chasse revêtue, je pris mon arc et mon carquois rempli de flèches artisanales pour les attacher sur mon dos. Ma mère apparut sur le seuil, ses vêtements maculés de sang telle une vision cauchemardesque.

-Où tu vas ? Me demanda-t-elle avec une voix sortie d'outre-tombe.

-Je vais chercher ma sœur.

Je fis un chignon pour ne pas être gênée par mes cheveux. Ma mère se rua vers moi, désespérée.

-N'y va pas ! Supplia-t-elle en s'arrimant à mon bras.

Je me dégageai brutalement, lui lançant un regard dégoûtée.

-Je ne laisserai pas ma sœur entre les mains de Snow !

-Tu n'es pas remise !

-Je m'en fiche !

Je me sentais mal en effet, mais j'avais connu pire. Bien pire.

-S'il te plait, Katniss !

Mais j'étais déjà hors de la chambre, traversant la salle à manger d'un pas décidé. Elle avait déplacé le corps et cela me soulagea. Ma mère me rattrapa sur le seuil de la porte d'entrée.

-Tu dois fuir !

-Fuir ?

Etait-elle folle ?

-Snow va vouloir que tu payes la mort d'un de ses hommes.

-Ce n'est pas un de ses hommes, je ne l'ai jamais vu. Et je m'en contrefiche ! Je vais récupérer ma sœur !

Je me fichais du danger, je me fichais de mourir, il fallait que je sorte ma sœur de là et ensuite nous pourrons fuir. Je fis volte-face et butai contre quelqu'un. J'étais déjà prête à me battre quand je reconnus le jeune garçon de la veille. Celui qui s'était montré si gentil. Bouche bée un instant, je fronçai les sourcils, sur la défensive.

-Qu'est-ce que vous faites ici ?

-Je suis venu vous aider.


Merci d'avance pour les reviews.

Je vous conseille « Manchester by the sea », je l'ai vu au cinoche et j'ai pris une claque. Après faut aimer le drame du genre lent, sobre et sans action. J'espère qu'ils auront des oscars !^^