Bonjour tout le monde

Voilà la suite de ma première traduction. Je rappelle que l'histoire est de Athena Arena, et que je n'ai toujours pas son feu vert pour traduire vu qu'elle n'a pas répondu à mes mails...

Bonne lecture

Titre : The Unknow Witness

Auteur : Athena Arena

1ère traductrice : Belphegor

Correctrices : Cérulane, Vif d'Or

Bonne lecture


Memories and Mysteries

Juillet 1993

Elle remua à nouveau, couverte de sueur. Les images de son rêve étaient ce qui s'approchait le plus d'une réalité visuelle pour son esprit. Elle voyait les mêmes images encore et encore, des scènes d'enfance entremêlées avec de brefs aperçus d'adulte. Un ours en peluche abandonné au milieu de la rue, une fête d'anniversaire, des ballons et des serpentins, des tresses et des jeux de marelle. Son bureau, son reflet dans le miroir, toujours figé douze ans auparavant et qui ne vieillirait jamais. L'estuaire vu du train. Son Londres. Puis le rêve changea, comme il le faisait toujours. Pour un homme aux yeux rouges et brillants, squelettique. Une famille détruite. Un ami. Un traitre. Un homme aux cheveux noirs au bord de la folie. L'étoile du chien.

Elle s'assit et haleta, cherchant sa lampe de chevet dans les ténèbres pendant que ses yeux faisaient une maigre tentative pour se focaliser sur quelque chose. Ils furent vite vaincus. Son esprit fut accueilli par un flou blanchâtre, le moindre contour faisait disparaitre l'indépendance dont elle profitait avant. Les images avaient lentement commencé à apparaitre avec des souvenirs chaleureux et réconfortant de sa famille comme une couverture moelleuse faite d'une brise d'été. Puis les visions étaient arrivées. Des gens qu'elles ne reconnaissaient pas, implantés dans son esprit sans son consentement, avaient envahi son intimité normalement réservée à ses moments d'insomnie. Elle avait appris à accepter leur présence, se sentant presque comme s'ils faisaient partie de ses souvenirs. Elle ne pouvait jamais mettre un nom sur le visage de ces personnes, ni sur la peur qu'elle ressentait à côté d'eux lorsque le dernier flash blanc se transformait et prenait la plus profonde nuance de vert. Elle soupira péniblement. Ils étaient partis pour aujourd'hui. Elle tendit le bras vers son réveil démodé, et sentit les aiguilles métalliques qui indiquaient l'heure. Six heures et demie. L'heure de commencer la plus longue des journées.

Voilà ce qu'était sa vie depuis douze ans. Plus de dix ans à se cogner dans les lampadaires, comme elle aimait souvent le dire. Parce que Claudia Darlington était toujours capable de dire une plaisanterie même dans la pire des situations. Elle était contente d'être la femme aux lunettes de soleil, elle les mettait à l'intérieur comme le plus beau mec d'Hollywood, quand on la questionnait sur leur présence sur son visage pâle et puissant un simple regard par dessus ses lunettes à monture invisible était suffisant pour étouffer même la remarque la plus dure. Car il semblait que quelle que soit la cause de sa cécité – les débris de l'explosion de gaz comme la police le croyait – elle avait dépouillé ses yeux de toute couleur, de toute profondeur et pour le simple observateur, de toute émotion. L'iris bleu autour de ses pupilles s'était délavé, comme une page couverte d'encre laissée dehors sous le soleil, et délaissée puis oubliée pendant des années sur le rebord d'une fenêtre. Cet iris semblable à un morceau de glace était entouré par de longs cils noirs pour toujours piégé par la neige. Elle aimait ses yeux. Elle ne les avait jamais vu, bien sûr, mais la réaction qu'ils suscitaient surpassait toutes les limites de ses sens. La respiration retenue, et le mouvement sur la chaise indiquait le fort désir de la dévisager. Laisse-les, se disait-elle toujours, en souriant légèrement. Il n'était pas probable qu'elle finisse par voir la différence.

Claudia n'avait pas toujours été dans cet état d'esprit. Elle avait eu besoin de temps, de patience et ses amis et sa famille avaient été de véritables saints pour la faire sortir des abysses ténébreuses dans lesquelles la perte de sa vue l'avait plongée. Elle avait été l'une des premières à être emmenée loin de la place, avec seulement des coupures et des bleus provenant du choc de l'explosion, pas de blessures apparentes mis à part ses yeux, qui fumaient encore. Elle se souvenait vaguement de quelqu'un qui touchait son épaule, lui demandant des réponses, des explications en chuchotant à son oreille. Elle se rappelait de sa voix, probablement un espèce d'empoté d'agent de police, désespéré, insistant, et de sa respiration contre son nez pendant qu'elle répondait à sa question d'une voix qu'elle reconnut à peine.

" Je ne peux pas voir, M. Fudge. "

Il marmonna des excuses, se disant que la jeune femme aveugle avait simplement été au mauvais endroit au mauvais moment. Rien de plus. Elle n'avait rien vu. Mais pour elle, cette réponse marqua le début du reste de sa vie. Elle ne pouvait pas voir. La lumière, l'aveuglante et brûlante lumière qui sortait du cratère fumant au milieu de sa place préférée l'avait privée d'un droit de naissance. Elle se sentait révoltée : elle voulait que sa vue lui revienne. Cet homme potelé n'avait pas à la prendre – le rat qui s'était simplement enfui pour échapper à toute accusation.

Ces pensées lui revenaient à nouveau en tête pendant qu'elle descendait les escaliers pour aller prendre son petit-déjeuner, le bruit et l'odeur du bacon grésillant l'attirant vers la cuisine. Leur excitation pétillante à l'idée d'être recouverts d'une sauce brune et glissés entre deux tranches de pain blanc bon marché était simplement trop bonne pour être vraie. Lucy faisait manifestement du bon boulot. La sœur de Claudia chantait en accompagnant la radio pendant qu'elle préparait la prochaine attaque de cholestérol, elle prenait beaucoup de plaisir à s'occuper de quelqu'un d'autre pendant que son mari était absent. Claudia vivait avec Lucy et son mari, Paul, depuis les deux dernières années, Lucy était reconnaissante à Claudia pour sa compagnie alors que Paul avait tendance à s'échapper la plupart du temps à cause de son travail. Elle faisait juste partie des meubles.

" Mauvaise nuit ? " s'enquit Lucy sans se retourner. Claudia soupira et s'assit.

" Juste ce rêve à nouveau. Encore plus sombre. "

" Tu sais, tu devrais aller voir un docteur à propos de ça. C'est probablement un truc comme le symptôme de la Guerre du Golfe. Sauf que tu vois une superbe intrigue sortant d'un livre pour enfant. Des sorciers et des baguettes magiques... Franchement sœurette, tu ferais un carton. "

Elle plaça un sandwich devant elle, et immédiatement Claudia mordit largement dedans, de la sauce s'échappait sur son menton. Elle tendit le bras le long de la table et senti l'habituelle pile de serviettes, puis se tamponna le menton avec grâce. A la radio la chanson se termina alors que la voix du présentateur se fit entendre, bourdonnant dans ses oreilles sensibles alors qu'il lisait gravement les gros titres comme si c'était la fin du monde.

" La campagne 'retour aux sources' de John Major est de nouveau en lambeau alors que son autre collègue... "

" Super ! " dit vivement Claudia, la bouche encore pleine de bacon. " Un autre scandale. On en entendra plus parler d'ici Noël, tu peux me croire. "

Lucy haussa simplement ses sourcils métaphoriquement pendant qu'elle mettait la poêle à frire sale dans l'évier. Le présentateur passa ensuite au sport avec son habituelle dépression à propos de l'état de l'équipe nationale de Cricket. Encore perdu. Pas de surprise.

" Et pour finir, une nouvelle qui vient juste d'arriver. Le Ministère de l'Intérieur rapporte qu'un prisonnier de haute sécurité s'est échappé d'un centre de détention dont le nom n'a pas été divulgué. S'ajoutant aux problèmes déjà abondants des services pénitenciers, l'évasion récente de Sirius Black arrive après que de nombreux Membres du Parlement aient demandé qu'une enquête publique soit faite dans le service dirigé par Derek Lewis. Bien que le Ministre de l'Intérieur ne soit pas disponible pour une déclaration, la presse informe le public que Black est armé et extrêmement dangereux. Un numéro spécial a été mis en place... "

Plus tard, elle jurerait que le temps s'était arrêté. Elle s'étouffa bruyamment avec son bacon et senti son visage pâlir, les derniers pigments de ses yeux mutilés brillèrent un court instant, comme si un détecteur longue distance avait brusquement sonné dans sa tête. Sirius Sirius Sirius... l'alarme avait une voix, la voix de ce jour-là, celle qui appartenait au visage rond d'un homme incapable de contenir sa joie alors que l'ampleur complète de son attaque amenait sur ses lèvres pâles et fausses un sourire de satisfaction. Il avait gagné. Elle, et le mystérieux Sirius, avaient perdu. Elle se demanda, et pas pour la première fois, ce qu'il s'était vraiment passé. Le chien. La baguette. La lumière. Ses yeux s'écarquillèrent face à l'horreur du souvenir, involontairement fixés sur le verre de lait posé devant elle, pendant qu'elle était assise, comme en transe, complètement opaque au dernier scandale du Ministre de l'Agriculture et de la Pêche. Elle tremblait.

" Claudia ? " fit la voix douce de Lucy, qui se détourna de la vaisselle car elle n'avait pas entendue de commentaire sur la politique. Sa respiration se bloqua dans sa gorge alors qu'aucune réponse ne venait.

Et soudain cela arriva. Le verre quelconque, le lait calme et à la surface lisse posé sur le plateau de la table en bois commença à trembler. De petits cercles provenant du centre du verre apparurent, gagnant en intensité dans le but de déborder. Lucy ne tenta pas de l'arrêter, elle avait les yeux écarquillés et fixés sur sa sœur, hébétée. Puis le verre explosa.

" Qu'est-ce que… ? " Lucy baissa vivement la tête pour éviter le verre volant. Claudia ne bougea pas un cil, mais se sentit d'une manière ou d'une autre libérée par cette dévastation invisible. Elle respira à nouveau alors que le liquide blanc avançait lentement le long du plateau de bois. Lucy la fixait, la bouche ouverte, pendant que le lait gouttait directement sur le carrelage blanc avec des splash inaudibles. Elle n'essaya pas de trouver une explication.

" Je... Je dois y aller. "

Elle se leva silencieusement de table, s'empara de sa canne blanche avant d'ouvrir la porte et s'éloigna vers le soleil d'été. Lucy suivit tristement son départ avant d'essayer de nettoyer le désordre. L'accident, conclut-elle calmement alors que la musique de la radio se faisait à nouveau entendre, avait eu un effet sur Claudia plus puissant que quiconque ne l'avait réalisé.

oOo

Elle était de nouveau de retour sur son banc, la tête entre les mains et elle pleura des larmes amères et absentes. Chaque fois que c'était nécessaire, elle marchait jusque là et tournait le dos au parc de son château adoré, les ruines vides dominant l'estuaire de la Medway qui coupait à travers la campagne du Kent. Pas qu'elle soit capable d'en apprécier la vue. Elle pressa ses doigts sur ses paupières, maudissant le jour où elle avait acheté ce petit pain fourré au thon et au maïs.

C'était le dernier jour de juillet. La rivière qui venait de Maidstone apportait une brise chaude qui faisait doucement onduler ses cheveux couleur acajou, elle les laissait pousser et ils étaient maintenant parsemés de petites mèches grises dont on lui avait dit qu'elles aidaient à la " cerner ". Ses yeux ne disaient rien. Pour d'étranges raisons, elle ressentait comme un pressentiment dans l'air, comme si le monde entier avait pris une inspiration dans l'attente d'une catastrophe. Peut-être qu'elle était juste un peu trop sensible. Ce nom avait cet effet sur elle.

Elle n'avait précisé à personne les caractéristiques de l'accident, pas même à sa sœur bien-aimée. Lucy, comme beaucoup d'autres, croyait encore fermement que Claudia avait perdu un peu de sa joie de vivre tout comme Covent Garden avait perdu plusieurs tonnes de chaussée. Le rêve était bien sûr inévitable. On ne pouvait pas aller et venir dans son sommeil en criant à propos de baguettes magiques et de sorts, et ne pas s'attendre à ce que le sujet apparaisse à la table du petit déjeuner. Tout le monde disait la même chose. Elle avait toujours eu une imagination débordante, probablement renforcée par les images qu'elle était maintenant forcée d'inventer et que tout le monde considérait comme allant de soi. Ses rêves rendaient la vérité encore plus nette dans les heures sombres, mais leur intérêt n'avait jamais été totalement découvert.

L'homme aux cheveux noirs s'appelait Sirius. Elle savait cela. Elle avait plusieurs fois douté de son fragile équilibre mental, se demandant si ces deux personnes sur la place étaient réelles, ou juste une sorte de bouc émissaire que son esprit amer aurait créé comme moyen de décharger sa colère. Mais Sirius n'était pas un nom courant n'est-ce pas ? La moindre mention de ce nom et elle sentait son dos frissonner à cause des souvenirs, ouvrant un gouffre en elle et dont elle ne soupçonnait pas l'existence. Elle savait que c'était elle qui avait brisé le verre. Elle savait que le souvenir de son nom l'avait brûlée, cette partie d'elle-même qu'elle ne connaissait pas et qui semblait si puissante, c'était terrifiant. La colère qui avait jailli de sa poitrine à la pensée de Sirius, la dernière personne qu'elle avait vue, les yeux grands ouverts et estomaqués alors que son erreur lui retombait dessus, cette colère était telle une éruption dans son sang, elle avait besoin de crier son innocence sur tous les toits. Elle voulait crier son nom dans la vallée et rire follement devant cette ironie : elle ne serait jamais crue. La colère devint vindicative pendant que les bouts de ses doigts picotaient, le pouvoir inconnu qui avait investi ses mains émergea finalement de sa coquille. Et maintenant, elle avait peur de ce qu'elle était capable de faire.

Mais bien sûr, son observateur savait exactement ce dont il s'agissait. Il la regarda intensément, assis en transe sous un chêne vieillissant qui ornait le terrain du château et dominait le parc avec ses branches déployées. Il percevait ses émotions. Il savait ce qu'elle ressentait. Et en silence, le chien noir s'éloigna sur la pointe des pattes, sa résolution plus forte que jamais. Il aurait sa revanche. Pas juste pour lui, pour satisfaire une faim qui le mangeait de l'intérieur plus qu'aucune créature de l'enfer ne pourrait essayer de faire, mais pour elle. Et pour toutes les autres personnes qui avaient été blessées par cette trahison vieille de douze ans.

Dans une petite ville cachée loin dans les profondeurs du Surrey, un garçon, le plus touché par cet évènement tragique, était finalement confronté à l'image de son parrain. Elle fut immédiatement rejetée.

oOo

Juillet 1995

Harry Potter se leva tard une nouvelle fois. Il avait perfectionné l'art de devenir une ombre de la nuit, les livres appuyés contre l'oreiller pour étudier les textes compliqués, la langue dépassant un peu entre les dents et les sourcils froncés à cause de la concentration. Sa baguette était une bien meilleure source de lumière que la lampe-torche qu'il utilisait avant. Il était revenu de Poudlard quelques semaines plus tôt et avait remis ses affaires d'école à un Vernon qui semblait intimidé, et qui avait saisi sa malle dès qu'ils avaient franchi la porte et avait commencé à fouiller pour trouver des artéfacts. Il faisait penser à un douanier du port de Dover, sans pitié et efficace. Mais il avait été dupé : l'atout de George et Fred Weasley était sûrement leurs fausses baguettes magiques. La vraie baguette résolument tenue dans sa manche, il avait disparu à l'étage et l'avait glissée sous la latte de parquet branlante sans que Tante Pétunia ne bouge un cil. Utiliser la magie pendant les vacances était une infraction actuellement négligée. Et après les évènements de la troisième tâche, il sentait qu'il aurait besoin de se protéger.

Pendant qu'il s'asseyait, regardant l'horloge grossièrement réparée qui égrenait les dernières minutes avant son quinzième anniversaire, il se souvint d'une situation similaire qui avait eu lieu tout juste deux ans auparavant. Le jour de son treizième anniversaire. Cette vie était loin maintenant. Il y a deux ans, il prenait soin de ne pas faire de taches d'encre sur les draps en se débattant avec sa rédaction d'Histoire de la Magie, profitant de cette aubaine pour s'évader de la vie avec les Dursley. Il les détestait. Ils le détestaient. C'était un accord mutuel. Mais maintenant cela ne dérangeait plus. Les choses avaient évolué.

Bien sûr, Privet Drive restait le dernier endroit sur Terre où il souhaitait habiter. Quitter les maisons de banlieue pour les tours de Poudlard lui avait donné les meilleurs moments de sa vie. Mais les bonnes choses ne duraient jamais. Voldemort était de nouveau prêt à tout saccager, et il ne pouvait pas faire grand chose pour l'en empêcher. Malgré les protestations de madame Weasley, Dumbledore avait insisté pour qu'il retourne chez les Dursley, où au moins "l'ancienne magie", qu'il avait invoquée alors que Harry dormait à poings fermés dans le petit couffin en osier plusieurs années plus tôt, fonctionnait toujours. C'était un été angoissant, on attendait des nouvelles de Hagrid et des Géants, Sirius était sorti de sa cachette, risquant sa liberté pour donner à Dumbledore des outils nécessaires pour reformer la résistance. Même Snape, qui négociait son retour dans le cercle intérieur de Voldemort, sans aucun doute, lui causait un peu d'inquiétude. Et tout ce que Harry pouvait faire était de rester assis là, dans sa petite chambre chez les Dursley, et tenter de lire à la faible lumière de sa baguette, espérant que Dudley ne le prendrait pas sur le fait alors qu'il errait sur le palier assombri pendant son habituel festin de minuit.

Mais Harry ne pouvait simplement pas rester assis là pendant que le monde sorcier faisait face à la plus grosse menace de la décennie. " Plus grand et plus terrible que jamais auparavant..." Le professeur de divination l'avait averti. Ron et Hermione était tous les deux d'accord avec lui et cherchaient les meilleures choses à faire. Ce qui expliquait pourquoi il lisait un texte compliqué sur les Lois Magiques, filière du département des témoignages forcés. Et celui-là était plus gros que les autres.

C'est Hermione qui avait eu l'idée de faire cela : pendant la première semaine de vacance, elle avait envoyé un hibou à Harry avec cette suggestion, ils avaient tous les deux trouvé un moyen d'étouffer son ennui pendant son emprisonnement quasi-total à Privet Drive et sa soif déroutante d'aider un peu ses ainés. Dumbledore, Sirius, Hagrid,... Ils faisaient partie des personnes qui comptaient sur Harry, et ils risquaient maintenant leurs vies dans leur quête contre Voldemort. Et si lire témoignage sur témoignage sur ce jour fatidique d'été presque quinze ans plus tôt pouvait faciliter la vie de quelqu'un, il fallait le faire en entier. Mais repérer des preuves pour défendre Sirius Black parmi la centaine de déclarations qui le blâmaient pour la destruction d'un petit coin de Covent Garden, c'était comme chercher une aiguille dans une meule de foin.

Le cœur de Harry s'effondrait encore et encore alors qu'il tournait une autre page, un autre Moldu exposant clairement l'accusation, Black avait sorti sa baguette et la rue s'était désintégrée dans une lumière blanche et aveuglante. Dans les dix mètres à la ronde, rien n'en était sorti intact. Plus il lisait, plus il était convaincu que l'évasion de Queudver était extrêmement peu probable. Mais Harry avait vu, de ses propres yeux, la vérité. Peter Pettigrew était vivant. Il avait fait exploser la rue Moldue, provoquant la saturation du département des urgences de Charring Cross ce jour-là. Ce monsieur Crouch devait avoir négligé quelque chose dans sa hâte d'enfermer le traitre. Rien. Les recherches d'Harry étaient si frénétiques, si absorbantes, qu'il manqua de noter le changement dans le silence, à minuit qui annonçait l'arrivée d'un groupe de hiboux.

Cerituel tardif de la nuit, bien qu'étant seulement un progrès récent dans sa vie déjà peu épargnée, n'avait jamais empêché de remonter l'humeur de Harry normalement à plat. Coquecigrue s'écrasa presque contre la fenêtre, sortant Harry de son texte épais, en rebondissant contre le mur, il s'arrêta au milieu de sa couette, une petite boule hérissée, excitée et glapissante. Hedwige le suivi à sa façon habituelle et digne, le bec légèrement relevé pendant qu'elle observait les singeries de Coq alors qu'il laissait tomber un paquet particulièrement gros sur l'oreiller de Harry. Il était suivi de près par la lettre de Poudlard et un cadeau de Hagrid. Elle lui mordilla affectueusement l'oreille avant d'aller sur son perchoir pendant qu'il déchirait fiévreusement le papier emballant ses trois cadeaux. Pendant un petit moment, il se sentit comme n'importe quel autre garçon le jour de son anniversaire, heureux d'avoir une nouvelle année derrière lui et bien plus à venir. Ses cadeaux dépassaient ses attentes. Un livre de tactiques de Quidditch arriva de la part de Ron (il s'attendait manifestement à ce que Harry prenne la place d'Olivier Dubois à la tête de l'équipe de leur maison dès la rentrée de septembre) accompagné de ce qui ressemblait à une provision à vie de sucreries et feu d'artifice de la part d'Hagrid. Une volumineuse lettre venant d'Hermione était accompagnée par une magnifique boule représentant la galaxie. Harry l'admira dans la lumière pendant un moment, captivé par les tout petits points de lumière qui bougeaient dans les ténèbres dans une parfaite harmonie. Et dès qu'il commença à lire la lettre d'Hermione, il redescendit immédiatement sur Terre.

Cher Harry,

Joyeux anniversaire ! Je suis chez Ron en ce moment, alors je t'envoie tout ça par Hedwige. N'imagine pas que ton cadeau est une excuse pour ne plus jamais aller en cours d'Astronomie ! Je suis certaine que cela t'aidera pour tes BUSEs. Il n'est jamais trop tôt pour commencer à étudier.

Harry sourit. Certaines choses ne changeraient jamais.

Bref, soyons sérieux un moment... Où en es-tu dans les recherches ? As-tu trouvé quelque chose qui pourrait peut-être aider Snuffle ? Il me semble que je suis dans une impasse en ce moment... de tous les rapports que j'ai lus, aucun ne pourrait aider à le défendre. Et le Ministère n'intensifie les recherches que quand il en a besoin. On pourrait penser que parmi la centaine de témoins, quelqu'un aurait entendu quelque chose... Il faut tout passer au peigne fin. Si tu trouves quelque chose, envoie-moi directement Hedwige. Nous ne pouvons pas perdre plus de temps.

Harry put sentir son visage s'affaisser alors que l'inutilité de la tâche qu'ils s'étaient fixés le submergea. Une centaine de témoins, et tous disaient la même chose. Que Sirius avait pointé sa baguette sur Queudver, avait causé un trou au milieu de la route grâce à une explosion et avait transformée Pettigrew en un tas de loques sanglantes. Des rapports et des rapports comme preuve accablante... Pas étonnant que Croupton ait pensé que ce n'était pas nécessaire d'en passer par les formalités du procès. Harry reposa la lettre d'Hermione, il ne prit pas la peine de lire la suite car il se mit à feuilleter le début d'un rapport examinant les statistiques. C'était comme lire la liste des victimes d'une tranchée : des membres amputés, coupés et blessés, des os brisés. L'extrait de journal qu'Hermione lui envoyait provenait de la bibliothèque de son quartier et exposait les détails sanglants.

Une explosion de gaz au centre de Londres a coûté la vie à douze innocents qui faisaient les magasins hier matin, dans une explosion qui a paralysé Covent Garden. De plus, trente-six personnes ont été soignées pour diverses blessures à l'hôpital le plus proche de Chring Cross. Aucun porte-parole de British Gas n'a voulu faire des commentaires aujourd'hui, lorsque la police commence à enquêter...

Pendant un instant, Harry fronça les sourcils devant l'article, comparant mentalement les chiffres à ceux du rapport officiel du ministère. Trente-six blessés ? Il tapota le contenu du rapport, où la ligne fautive était atrocement évidente. Son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine alors qu'il vérifiait une seconde fois les statistiques. Trente-cinq moldus avaient été interrogés à Charing Cross, une équipe du service des Oubliators s'était soigneusement occupé d'eux. Quelqu'un avait été oublié. Trente-six personnes avaient été à l'hôpital et trente-cinq l'avaient quitté avec l'histoire d'une explosion de gaz fermement implantée dans le cerveau. Et si cette personne savait quelque chose ? Et si... Harry était trop excité pour penser, la possibilité d'un progrès émergea sur son visage terne et fatigué, une rougeur apparue immédiatement sur ses joues alors qu'il se saisissait d'une plume pour avertir Ron et Hermione de sa découverte. Il était si occupé à rattraper son retard qu'il ne remarqua pas qu'il avait un cadeau de moins que l'année précédente.

oOo

Il était complètement crevé. Il se pelotonna pour ne former qu'une boule bien serrée, et s'endormit sur une chaise à côté du feu rougissant. Ses cheveux, bien qu'un peu plus courts maintenant et un peu grisonnants, retombaient toujours délicatement devant ses paupières fermées, lesquelles cachaient à leur tour une paire d'yeux caves, pâles et fatigués de fuir. Il était arrivé seulement quelques heures plus tôt, murmurant un vague bonjour à l'occupant de la maison avant de s'asseoir sur sa chaise actuelle, et s'endormant comme si ça faisait un mois qu'il n'avait pas pu le faire. Mais ensuite, lorsque l'autre homme entra dans la chambre avec un plateau de biscottes, il se rappela que c'était probablement le cas.

" Patmol ? "

Sirius se réveilla un peu et ouvrit un œil suspect, qui scanna rapidement la chambre pendant qu'il s'habituait à son nouvel environnement. Après deux ans de fuite, il trouvait que c'était difficile de se débarrasser du besoin constant d'être sur ses gardes. Mais son visage se rompit bien trop tôt pour donner son légendaire sourire espiègle qui semblait si étranger sur ses traits âgés.

" Vraiment Sirius, tu peux toujours dormir pour l'Angleterre... " murmura Rémus pendant qu'il posait le plateau de thé. " Mais ça fait du bien de te revoir à nouveau. "

" Qu'est-ce qu'un vieux chien comme moi peut faire s'il ne peux pas passer voir son partenaire de crime ? "

" Cela dépend à quel crime tu fais référence, Patmol. " Rémus leva un sourcil lorsque le visage de Sirius devint à nouveau fatigué.

" Nous vivons des temps difficiles, mon cher Lunard, " soupira-t-il, finalement, en s'asseyant et en beurrant une biscotte. " Je suppose que tu n'as pas entendu parler de ce qui s'est passé au Tournoi de Trois Sorcier. "

" Seulement que Harry a gagné... " répondit Rémus, prudemment. " Admets-le, je ne sors pas beaucoup. Il n'y avait presque rien dans la Gazette du Sorcier. "

" C'est typique du ministère de tout cacher. " murmura Sirius, en frottant son visage, découragé par la lourde tâche à venir. " Tu ferais mieux de t'asseoir. "

Rémus le fit, et son invité somnolent se lança dans le récit des évènements de la nuit de la troisième tâche : comment Harry et Cédric étaient arrivés premiers, la mort de Cédric et la résurrection de Voldemort. Le visage de Rémus pâlit bien plus qu'il ne le pensait possible pendant que Sirius récitait le pire cauchemar d'Harry mot après mot. Quand il lui dit la vérité sur Fol'Oeil, il haleta bruyamment en ayant l'impression de tomber dans un gouffre de culpabilité.

" Oh mon Dieu, " chuchota-t-il d'une voix enroué, " C'est ma faute. J'aurais dû tuer Pettigrew lorsque j'en avais l'occasion. S'il ne s'était pas enfui... Si seulement j'étais resté à Poudlard, rien de tout cela ne se serait produit... J'aurais dû... "

" Ce n'est la faute de personne, Rémus. " dit vivement Sirius, en se versant une tasse de thé avec une théière cabossée. " Nous ne pouvons pas changer les faits. Nous pouvons seulement faire du mieux que nous pourrons avec. "

" Tu veux dire... "

" Il est temps de rassembler le vieux groupe. L'ordre de Dumbledore. Le Phénix doit renaître de ses cendres. Nous devons au moins envoyer un message à Arabella et Mondigus. Ils préviendront les autres. Cela arrive vraiment Rémus... "

" Et Harry ? "

Ils se turent alors que l'horloge indiquait silencieusement minuit. Sirius jeta un coup d'œil à ses mains dorées en soupirant profondément. " Et bien, il a quinze ans depuis une minute, et le poids du monde sur les épaules. Le tournoi lui en a demandé beaucoup. Mais quelque chose me dit qu'il est bien trop le fils de son père pour rester comme ça longtemps. "

Ils s'autorisèrent à sourire un moment ; ils explorèrent tout deux leurs propres souvenirs d'un ami décédé depuis longtemps. Pour la première fois depuis qu'il avait quitté Poudlard, Sirius commença à sentir son masque vaciller. Il déglutit brusquement et retrouva son calme.

" Harry est en sécurité pour l'instant. C'est tout ce dont nous devons nous soucier. " Il se leva.

" Sirius ! " s'exclama Rémus choqué par son peu d'inquiétude. " Voldemort est de retour ! Personne n'est en sécurité ! " Il hurla presque, le son étouffait sa gorge pendant que Sirius tentait de le faire taire par un coup d'œil Il continua, indigné. " Et que pouvons-nous faire si le ministère n'est pas de notre côté ? Ils te chasseront, excuse l'expression, comme un chien. Le bras droit de Voldemort est toujours au large, c'est trop risqué. S'ils te trouvent tu seras abattu à vue "

Sirius se retourna avec des yeux remplis de flammes.

" Depuis quand est-ce que cela m'arrête ? "

oOo

Quelque chose était sans aucun doute différent. Claudia n'avait pas ressenti cela depuis longtemps, mais quand c'était revenu, ça l'avait lavé comme une crue subite, qui avait tout engloutit à jamais. La peur. Ce sentiment terrible et instinctif que quelque chose allait arriver, quelque chose de si atroce qu'il y avait de l'électricité dans l'air. Lucy l'avait imputé à son hyper-sensibilité : elle avait lu dans un livre que c'était un problème habituel avec les déficients visuels : les autres sens se développaient pour compenser la différence. Mais c'était encore inconnu, comme si quelque chose en dehors de son champs de perception essayait de la prévenir d'un danger, presque un sixième sens mais sans les personnes mortes. En tout cas, elle ne les avait pas vus.

Elle se sentait comme cela depuis la fin du mois de juin quand, lors d'une nuit sans étoiles un hurlement se répercuta de manière très réaliste dans ses rêves, et se manifesta dans la réalité par des nausées et des cris qui réveillèrent le reste de la vieille maison. Elle n'avait pas rêvé depuis des mois. Les pilules que le docteur lui avait prescrites semblaient très efficaces, elles la calmaient formidablement bien depuis l'accident avec le verre. Mais ce rêve avait brisé la barrière des médicaments. Alors qu'elle l'expliquait le matin suivant à Lucy devant un café, elle savait la réaction exacte que son rêve allait probablement recevoir.

" C'était cet homme à nouveau, tu sais, le petit rondouillard que j'ai vu à Covent Garden. Il avait mal... Je pouvais le sentir. Quelque chose s'égouttait de son bras, l'air chaud et poisseux. Je le sentais comme si je nageais à travers ça... "

Lucy prit son expression habituelle, comme pour dire qu'elle était vraiment exaspérée. Claudia continua en l'occultant inconsciemment. Elle avait besoin de vider son sac.

" Il y avait des visages masqués partout, c'était horrible. Tout le monde avait très peur. De tout ça, la pire chose était un garçon, pas plus âgé qu'un adolescent. Il hurlait comme si ses nerfs étaient en feu. " Elle déglutit, le souvenir du rêve devenant trop douloureux à raconter. " Et ça m'a réveillée. "

" Le reste de la maison avec. " Murmura Lucy, désapprobatrice, en se débarrassant des tasses. " As-tu pris tes comprimés ? Peut-être que nous devrions augmenter la dose... "

" Non. "

Lucy se tut face à la soudaine protestation, peu sûre de savoir comment réagir. Claudia s'enfonça dans son siège, ne sachant pas très bien d'où son insolence temporaire provenait. Elle détestait les rêves, les cauchemars plus exactement. Ils avaient l'air plus réels que n'importe lesquels de ses souvenirs visuels. Comme s'ils ne lui appartenaient pas mais elle les voyait, encore et encore, comme une bobine de film abîmée et déchirée aux bouts, il lui manquait un détail ultime qu'elle voulait avoir. Et ce cri... il lui semblait si familier, comme une lamentation affreuse d'une voix que pour une fois elle connaissait, une voix qui lui avait déjà parlé avant, implorante. Rien que d'y penser, elle avait la chair de poule tout le long du dos. La voix était revenue.

" Désolée, Lucy. J'ai juste cet horrible pressentiment que quelque chose est sur le point de se passer. Comme si les rêves étaient la clef. " Les mots semblèrent ridicules dès qu'ils sortirent de sa bouche.

" Tu fais ta meilleure imitation de Cassandra, hein ? "

" On peut dire ça. "

oOo

Cher Harry

Je n'y crois pas ! Je pense que tu as trouvé la faille ! Je suis totalement d'accord avec toi, c'est comme si un des témoins s'était glissé à travers les mailles du filet. Il y avait des Moldus errants aux alentours, totalement inconscients du fait qu'ils détiennent la clef de tout. C'est si ironique, on a envie de bien rire non ?

En tout cas, je suis de retour à la maison maintenant, mais j'essaye de parler à mes parents pour te sortir de ce cachot issu de l'enfer autrement connu sous le nom des Dursleys. Je déteste vraiment que l'idée que tu as eue soit confinée là. Ron est d'accord avec moi. Ne t'enfuis pas à nouveau, je travaille vraiment là-dessus.

Hermione

P.S. : Ne fais rien de stupide. Tu sais ce que je veux dire. Ron te dit bonjour.

Harry soupira péniblement en lisant la lettre pour la énième fois, son cerveau pétillant d'arnaques et d'idées qui n'avaient pas le moindre espoir de réussir. L'excitation de la découverte n'était plus qu'une lueur vacillante à l'horizon, à un pas de là mais totalement inaccessible. C'était un sentiment horrible, savoir qu'il y avait dehors quelqu'un qui errait avec le souvenir d'un incident qui avait eut comme résultat son enfance gâchée, une chose qu'il aurait été si facile d'éviter si ce n'était pas pour cet excuse de rat. Et il n'avait pas la moindre idée pour l'attraper.

La lettre qui était en ce moment abandonnée sur la table de nuit était vieille d'au moins quelques jours, on ne pouvait jamais être sûr avec les hiboux postaux, et cet été long, chaud et brumeux empirait les choses. Hedwige n'était pas revenue depuis deux jours. Après avoir délivré la lettre d'Hermione elle s'était rapidement envolée dans la nuit, elle s'était à peine arrêtée pour accorder à Harry son habituel et amical pincement à l'oreille. Harry avait pensé qu'elle était pressée de satisfaire les grognements de son estomac grâce à une souris malchanceuse choisissant le mauvais moment pour sortir de son refuge. Harry n'était pas trop furieux : Hedwige était vraiment imprévisible et elle aimait le surprendre. Elle était aussi trop consciente de son isolement obligatoire. Dumbledore n'avait pas vraiment dit à Harry qu'il ne pouvait pas du tout quitter les Dursley durant les vacances, mais il pouvait imaginer son expression lorsque Dumbledore avait expliquée cela à une madame Weasley inquiète : sérieux, peiné et le scintillement tapi derrière ses lunettes en demi-lune affreusement diminué. Il ne voulait pas imposer cela à Harry sans une bonne raison. Et il avait toujours de bonnes raisons. Harry avait confiance en lui.

Il arracha ses yeux de la fenêtre ouverte et tenta de se concentrer sur son devoir de métamorphose concernant les implications morales des transformations humaines. Mais pas même la capacité de McGonagall de posséder un animagus ne l'inspirait ce jour-là. En particulier si on tenait compte du fait qu'Hedwige avait choisi ce moment pour faire à nouveau sa plus spectaculaire entrée.

Pendant une minute, Harry ne comprit pas ce qui se passait. Il sentit une bouffée de vent ébouriffer ses cheveux et il se retourna sur sa chaise juste à temps pour voir un paquet de plumes couleur neige tomber à côté du lit et hors de vue. A en juger par les battements d'ailes frénétiques, pendant un moment Harry pensa qu'il s'agissait du hibou de Ron, Coquecigrue. Mais la véritable identité du hibou fut révélée bien trop tôt par le hululement habituel et l'escalade pour remonter sur la couette à fleur.

Harry se leva et se rua à l'aide d'Hedwige, alors qu'elle était incapable d'avancer à cause du poids du colis. Harry fronça un peu les sourcils en enlevant les différentes couches de ficelles pour libérer Hedwige de ses liens, elle hulula en remerciement durant le processus qui finalement la libéra, puis elle s'envola immédiatement pour s'installer sur son perchoir. Harry la regarda voler durant une seconde : elle semblait un peu secouée, probablement à cause de la taille du paquet et de la longueur éventuelle de son vol, ses yeux étaient flous pendant qu'elle se balançait dans sa cage avant de glisser dans un repos bien mérité. Harry profita de l'occasion pour examiner le paquet. Il avait environ la taille d'une grande boite de bonbons, solidement enveloppé avec du papier d'emballage et de la ficelle qu'il arracha, les yeux perplexes. Un autre cadeau d'anniversaire ? Il n'en était pas complètement sûr. Il n'avait pas été déçu de ne pas avoir reçu de cadeau de la part de son parrain, il n'en attendait pas vraiment. Les adultes proches de lui avaient leurs propres batailles à mener, Hagrid était quelque part dans les Alpes sur les traces de sa mère parmi les géants, Sirius rassemblait des personnes pour ce que Dumbledore appelait " les Anciens ". Harry avait appris depuis longtemps que Dumbledore savait toujours ce qu'il faisait. Cependant, il déchira le papier d'emballage et ce qu'il contenait tomba sur la couette fleuri recouvrant actuellement son lit. Le soleil se refléta pendant une seconde sur le verre qui entourait l'objet, ce qui éclaboussa les murs d'une gamme de lumière et de spectres de couleurs dansant à travers les rayonnages avant de s'immobiliser. Il déglutit.

C'était un sablier, plus grand que le Retourneur de Temps d'Hermione durant sa troisième année, et bien plus minutieusement décoré. A l'intérieur le sable était presque blanc, de temps en temps taché par un grain sombre qui lui donnait une teinte variable de jaune, l'air contenu était pourtant sans impureté. Il le prit avec précautions, et le fit rouler entre ses mains pour examiner le travail d'artiste, le verre protégeant élégamment le bois acajou sculpté, avec des mots qu'il ne reconnut pas gravés sur les bords. Ça semblait incroyablement lourd. Il fronça légèrement les sourcils en s'interrogeant sur sa provenance, et le retourna pour en examiner la base où il y avait une autre inscription.

" Tempus, " murmura-t-il dans un souffle, les doigts traçant les lettres profondément gravées. Tempus ? Ses sourcils se froncèrent complètement pendant qu'il réfléchissait longuement et profondément à propos de ce mot. Il lui semblait familier, latin du moins. Il ferma les yeux et essaya de se souvenir, remettant le sablier dans sa position verticale pendant qu'il se creusait les méninges.

" Tempus ? " chuchota-t-il à nouveau, souhaitant avoir le dictionnaire Latin sous la forme d'Hermione à ce moment. " Tempus, Tempus, Tem... "

Tout à coup il tenta d'éloigner ses doigts du sablier, mais il découvrit qu'ils étaient apparemment scellés sur les extrémités entourant sa forme délicate, et qui brûlaient rapidement au toucher. Ça rougeoyait. Dans la panique, il tenta d'arracher l'objet de sa prise mais ne réussit pas. Ça rougeoyait encore plus, la lumière lui brûlait légèrement les yeux alors qu'il les recouvrait avec la manche de sa chemise. Il tenta de crier lorsque la brûlure de ses doigts devint insupportable, mais aucun son ne sortit. Autour de lui les couleurs devinrent floues, tournèrent autour de lui, et furent plus douloureuses que jamais. Puis avec une dernière tentative assourdie de crier, tout devient noir.

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Lorsqu'il osa finalement ouvrir les yeux, il découvrit qu'il était recroquevillé dans une embrasure et se réveilla avant de tomber sur la chaussée froide et dure. Il haleta, sa première respiration fut comme celle d'une créature émergeant des profondeurs des ténèbres pour la première fois de sa vie, elle lui rappela fortement sa première bouffée d'air après qu'il ait émergé du lac de Poudlard à la fin de la seconde tâche. Le souvenir le fit frissonner mais il ne le détourna pas de la scène qui se dévoilait devant ses yeux. Le Chaos.

Il se demanda pendant un instant s'il n'était pas apparu au milieu d'une zone de guerre : il y avait du verre partout dans la rue devant lui et encore un peu étourdi de son voyage imprévu, il tituba. Était-ce un autre Portoloin ? Pendant qu'il pensait raisonner son esprit confus il attrapa fermement sa baguette dans sa poche, l'autre main tenant toujours le sablier comme un étau. Il le dévisagea pendant un moment, en le tenant à bout de bras pendant l'examen, un air suspicieux sur le visage. Ne jamais se fier à quelque chose capable de penser tout seul si tu ne vois pas où se trouve son cerveau... Ce n'était pas la première fois qu'il aurait souhaité tenir compte du conseil de monsieur Weasley. Finalement capable de le libérer de ses doigts, il le fourra dans sa poche et continua à observer la scène. Cela ressemblait à la fin du monde. Des gens blessés ici et là ayant des coupures diverses et des ecchymoses étaient soignés par les auxiliaires médicaux Moldus. Les plus graves avaient été déposés sur des brancards et étaient transportés dans plusieurs ambulances qui faisaient entendre des sirènes en se précipitant dans les rues fréquentées de Londres. Et il y avait un nombre écœurant et malheureusement élevé de corps couverts de draps tachés de sang. Il savait maintenant où il était, il avait jeté un coup d'œil sur le nom d'une rue indiqué au coin d'un immeuble, où on lisait Monmouth Street, WC2, Central London. Si sa mémoire était bonne, c'était quelque part près de Covent Garden.

" Reculez s'il-vous-plait, reculez ! "

Il entendit soudain une voix qui l'approchait, plutôt hésitante et dépourvu d'autorité, mais qui retint son attention et le fit revenir à la réalité avec un bruit sourd et très brutal. Ça ne pouvait pas être... non, c'était impossible... Puis une voix ressurgit de sa mémoire, provenant d'une conversation entendue aux Trois Balais...

" J'étais le nouveau ministre du Département des Catastrophes Magiques à l'époque, et j'étais un des premiers à arriver sur les lieux après que Black ait tué tous ces gens. Je... Je n'oublierai jamais cela. J'en rêve encore parfois... "

C'était Cornélius Fudge, mais Harry ne l'avait jamais vu comme ça. Cet homme avait au moins dix ans de moins, les yeux grands ouverts et paniqués face à la scène qui se déroulait autour de lui, l'air incroyablement mal à l'aise dans son costume de tweed moldu. Il ne jeta même pas un coup d'œil à Harry, le jeune homme tentant maintenant de plaquer ses cheveux sur sa cicatrice. Harry plissa les yeux pendant une seconde, toutes les nouvelles informations commençant à être traitées. Manifestement monsieur Fudge avait trop de choses à l'esprit, et Harry commença à s'éloigner de la scène pour l'observer depuis une certaine distance. Le cratère au milieu de la place fumait toujours, les fêlures de la chaussée s'éloignaient de l'épicentre, comme des doigts cruels et rampants, vers les survivants sur les côtés. Et à en juger par les piles ponctuelles de loques et de tas recouverts sur la route, il y en avait un certain nombre.

Harry se tourna soudain pour faire face à l'embrasure où il était maintenant assis, réalisant difficilement qu'il était malade, toute couleur quitta son visage en même temps que le contenu de son estomac. Il se sentait mal et avait la tête qui tournait, comme s'il avait fait un tour du monde en cheminette après un mauvais repas indien au curry. Heureusement, Fudge ne l'avait pas vu et était retourné au travail, donnant des conseils à l'escouade d'Oubliators pour faire attention alors qu'ils tentaient de mettre leurs baguettes hors de vue, compte tenu du nombre élevé de moldus dont ils avaient à s'occuper. Il y avait aussi le petit problème de la loque d'un sorcier appuyé contre un mur de l'autre côté du square. L'homme, remarquable en raison de son choix de vêtements sorciers, avait les yeux grands ouverts et vides, les cheveux un peu balayés par l'explosion, mais était visiblement tremblant à cause d'un mélange de peur et d'hystérie. C'était un homme au bord de la folie. Un homme trop conscient que la loi était contre lui. Un homme qui, quelques jours plus tôt, avait perdu tout ce qui lui était cher dans le monde à cause des actions d'un petit rat.

" Sirius..." chuchota Harry.

Harry surveillait les évènements alors que Sirius, était arrêté, des sorciers fortement armés, habillés tels des policiers moldus le menottaient sans qu'il ne se débatte. L'air satisfait sur leurs visages suffit pour que Harry sente l'urgence de vider son estomac à nouveau. Sirius regarda désespérément autour de la place, sachant qu'il serait à peine cru, son regard passant au travers de Harry comme tous les autres avant d'être poussé tête la première dans la voiture du ministre et rapidement amené hors des lieux, son cri étranglé résonnant autour de la scène. Sa réservation de douze ans à l'Hotel Azkaban venait juste d'être confirmée.

Harry ravala son envie de vomir à nouveau en s'éloignant de sa cachette et alla vers les débris. Le sablier devait être une sorte de retourneur de temps affreusement déformé. Il avait l'impression que cette sorte d'engin pouvait seulement vous faire remonter des heures, pas des années... Et qui le lui avait envoyé ? Et qui l'avait déclenché ? Et par dessus tout, comment était-il supposé rentrer, par Gringotts ? Quoi que cela fasse, ça le faisait certainement bien. Il était maintenant fermement coincé dans ce qui de toute évidence ressemblait à Londres en début de Novembre 1981, juste après l'explosion fatale de gaz qui avait déclenché tellement de chaînes d'évènements que Harry se sentit défaillir à nouveau rien qu'en essayant d'y penser. Les instructions de Dumbledore lui revinrent à nouveau à l'esprit... Personne ne doit te voir... et pour une fois cela lui alla droit au cœur Il réalisa exactement ce qui lui avait été servit sur une assiette. L'occasion parfaite de les trouver. Quelqu'un qui n'aurait pas subi l'issue déplaisante du sort de mémoire avant que la journée ne s'achève. Le témoin disparu des comptes-rendus.

" Hermione va me tuer... " pensa-t-il en descendant la rue et en hélant un taxi pour aller à l'hôpital Charing Cross.

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" Harry ! "

Silence.

" Harry, fainéant ! Ramène ton petit derrière dans les escaliers et viens tondre la pelouse ! Elle commence à ressembler à la foret amazonienne.

Silence à nouveau. La tante Pétunia soupira. Peut-être qu'il était finalement mort. Elle le signala à Vernon, qui mit son propre derrière énorme dans le fauteuil à côté du nouveau feu à gaz. Il leva à peine les yeux.

" On peut seulement espérer..." murmura-t-il depuis le journal.


Voilà. Je continue ?

Lys