Après la cérémonie, Mitch s'était enfui suivi par Héloïse qui ne voulait pas le laisser seul. Grosse Teub avait enlacé une dernière fois sa fille avant d'aller mener son ultime combat contre les Raologues… accompagné de la police. Mitch et Hélo rentrèrent chez eux. Aucun mot ne fut échangé durant le voyage. Le silence était pesant, harcelant, épuisant. Une fois arrivés, Mitch s'enferma dans la chambre. Malgré les supplications d'Héloïse, il n'ouvrit pas la porte et la jeune femme se retrouva seule.
Héloïse décida de le laisser. Elle s'enferma dans la salle de bain et resta un long moment sous la douche, nettoyant la crasse et le sang, apaisant ses plaies. Une fois sortie, elle enfila des vêtements épais, complètement frigorifiée malgré les températures estivales. Elle trouva le courage de faire à manger avec les restes présents dans les placards et déposa un plateau devant la porte de la chambre. Épuisée, elle s'enroula dans un plaid et s'endormit, angoissée, sur le canapé.

Pendant la nuit, elle se réveilla en sursaut à cause du téléphone de Mitch, qu'elle avait posé sur la table du salon. Il vibrait. Elle s'en saisit et vit le nom de Tom. Héloïse soupira et lui dit mentalement d'aller se faire foutre, avant de mettre l'appareil en silencieux. Avant de se recoucher, elle tourna la tête vers la chambre. Le plateau n'y était plus. Mitch avait mangé. C'était déjà ça.

Le lendemain, il sorti de la chambre au moment même où Héloïse émergeait d'un sommeil agité. Il avait les yeux rougis et des cernes jusqu'au menton.

Ils parlèrent. Beaucoup. Toute la journée. Ils ne furent interrompus que par l'odeur pestilentielle qui émanait du pauvre Mitch qui ne s'était toujours pas lavé. Il décida d'aller prendre une douche avant que le voisinage ne soit dérangé par une odeur de salade pourrie et irradiée.
Mitch se confia longuement sur ce qu'il ressentait, de sa tristesse, de sa gène et de son angoisse de ne pas savoir gérer cette situation au quotidien, quand il devrait retourner travailler. Héloïse n'avait que très rarement vu ce Mitch fragile, triste et mal dans ses pompes. Avec elle, il se sentait en confiance et laissa plusieurs fois échapper quelques larmes pendant qu'elle tentait de le réconforter comme elle pouvait. Sur demande de Mitch, Héloïse lui parla de ses crises, histoire de changer de sujet, de la raison de ses trous de mémoire et de son histoire.
Ces longues discussions firent du bien à Mitch, lui permettant d'évacuer tout ce qu'il avait sur le cœur, en toute confiance. Vers la fin de soirée, alors qu'ils avaient tous les deux dévalisé le frigo des dernières bières restantes, Mitch avait retrouvé un semblant de sourire et s'autorisa même à faire une blague vaseuse quand la fatigue commença à se manifester.

– Bon, on se fait un marathon de porno ou on fait nos baltringues ?

Héloïse rit puis plus sérieuse, lui répondit :

– Je suis désolé Mitch, mais moi je bosse demain… et toi ?

– Il va bien falloir. Y'a plus de bière ! Dit-il en tentant vaguement de garder le sourire.

Héloïse lui passa la main sur la joue.

– Allez viens, on va se coucher !

– Heu, ensemble ? Tiqua Mitch.

– À moins que ça te dérange, moi je m'en fiche.

Pour Hélo, c'était clair. Clair depuis longtemps, même si elle ne voulait pas se l'avouer.

Mitch marqua un temps d'arrêt, mais ne réfléchit pas longtemps. Il ne voulait pas être seul. Il en avait même un peu peur.

– T'as raison.

– Par contre, je te préviens, tu gardes ton caleçon.

– Mais Hélo, ça va ! Tu la connais bien maintenant non ?

– Mitch ?! Protesta Hélo, bien qu'elle était consciente que son pote essayait par tous les moyens de faire de l'humour pour sauvegarder une certaine façade.

– Ok ok, se résigna-t-il en la suivant.


Lundi était arrivé beaucoup trop vite. Mitch craignait la suite des événements. Mais il ne pouvait plus manquer le travail. Il avait un loyer à payer, des charges et ne voulait plus vivre dans son bureau, seul. Du moins pour l'instant.
Il se refusait de penser au fait qu'il voulait aller au travail pour voir Tom et, en quelque sorte, veiller sur lui. Parcequ'au fond, ses factures, il en avait rien à secouer.
Mitch savait que ce mariage était foireux, que Tom ne serait pas heureux, qu'il mettrait peut-être du temps à s'en rendre compte mais qu'il voulait être là quand ça arriverait. Mitch était blessé par la tournure qu'avait pris la situation. Dire qu'il n'en souffrait pas était un mensonge, mais Tom restait son pote, son meilleur pote.

– Ça va aller ? Demanda Héloïse, inquiète.

– Oui oui, t'inquiète pas pour moi.

– Tu me racontes ce soir ! Dit-elle en prenant ses affaires, prête à partir.

– À part les nouvelles techniques de Raph pour se branler en « cachette » j'aurais sans doute rien d'intéressant à te raconter.

C'était faux. Même s'il espérait le contraire.

Une fois arrivé sur son lieu de travail, Mitch resta un moment devant le pas de la porte avant de rentrer, un grand sourire collé sur le visage.

À première vue, rien n'avait changé. Chris et Roxanne travaillaient en se faisant les yeux doux. Ils parlaient de la campagne de Chris, qui s'imaginait déjà Maire de Châtelard. Ralph regardait des choses… des choses, sur son écran d'ordinateur. Stan et Pascale travaillaient sur des Podcasts de sa théorie, complètement dénaturée. Aucune trace d'Emma et de Tom. Il avait encore quelques minutes de répit.

– Mitch ! S'écria Roxanne.

– Je suis de retour ! Répondit-t-il.

Roxanne se précipita vers lui et le pris dans ses bras. Il fut surpris, mais lui rendit gentiment son étreinte.

– On était mort d'inquiétude. On a essayé de te joindre tous le week-end !

– Je suis désolé, j'avais besoin de repos et… j'ai perdu mon chargeur, menti-t-il de manière étonnamment convaincante.

Mitch se sentit légèrement amère et se retint de lui dire que, pendant les trois semaines où il s'était caché, personne n'avait été vraiment inquiet (du moins, selon l'histoire d'Héloïse).

Roxanne le regarda dans les yeux. Elle n'était pas dupe, mais n'ajouta rien. Bizarrement, personne n'avait évoqué son mariage annulé. Avaient-ils saisis que ce n'était pas le moment d'en parler ?

Il échangea quelques mots avec les autres puis Ralph s'approcha de lui furtivement. Si furtivement que Mitch sursauta en le découvrant dans son dos.

– C'est vraiment cool ce que vous avez essayé de faire avec Héloïse et Grosse Teub.

– Quoi ?

– J'ai essayé de lui dire qu'il était stupide de se marier, tu sais. Je lui ai dis que le mariage était le plus beau jour de sa vie et que ceux qui suivraient le seraient moins. J'ai peut-être pas été assez clair. J'ai essayé d'être délicat pour développer mes capacité de communication non violente. Il y a un livre la dessus qui est vraiment bien, mais c'est pas facile.

– C'est gentil, mais…

– Faudra que je lui demande s'il a dit oui parce qu'il le voulait vraiment ou si parce qu'Emma lui fait peur, parce que si Emma lui fait peur, faudrait lui expliquer que c'est pas en se mariant avec elle qu'elle fera moins peur, tu vois ce que je veux dire ?

– Oui oui, merci Ralph.

– Y'a pas de quoi.

Et il s'en alla, comme il était venu. Un mystère à lui tous seul, même si là, pour le coup, il avait raison. Puis Mitch le vit renifler une culotte rose à dentelle et se dit que ça lui faisait quand même bien mal à la aorte qu'un mec aussi étrange et déconnecté vise aussi juste dans les relations humaines. Une histoire de balls et de résonance.

Mitch se réfugia dans son bureau, qu'il ferma derrière lui. Ce dernier était en bordel. Hélo l'avait prévenu que lors d'une crise de colère, elle avait refait la déco. Sans rien ramasser, il s'assit à son bureau. Son regard se posa sur les lourds feuillets de sa théorie. Il s'en saisi et les posa devant lui avant de commencer à le feuilleter.

Quelqu'un frappa à la porte. Sans relever la tête de son feuillet, il dit :

– Entrez !

La porte s'ouvrit. Deux secondes plus tard quelqu'un le força à relever la tête, le tenant par les épaules. C'était Tom. Il le secoua... énergiquement.

– Mais t'étais où espèce de connard ?! Je me suis inquiété tout le week-end ! J'arrivais pas à te joindre ! Et c'est quoi cette scène que t'as faite à mon mariage ! Tu disparais trois semaines et tu reviens foutre la merde !

Tom ressentit en très peu de temps de l'inquiétude, du soulagement et de la colère. Mitch, bien qu'un peu sonné au début par ce flot de questions, fini par immobiliser les bras de Tom pour l'empêcher de le secouer comme un prunier.

– Je vais bien mec, j'ai juste paumé mon chargeur. J'ai passé le week-end avec Hélo. Tout va bien.

Tom s'écroula sur une chaise, comme s'il était épuisé et soupira.

– Faudra que tu m'expliques ce qui est passé au travers de ton cerveau tordu. Pourquoi t'es parti aussi longtemps ?

– Longue histoire. Avec Hélo, on s'est rendu compte qu'on n'était pas amoureux et j'ai eu besoin de prendre l'air. Elle était censée s'occuper du mariage et tout annuler… mais elle a oublié.

Mitch tentait de répondre le plus naturellement possible. Il avait énormément de mal à le regarder dans les yeux. Ces même yeux qui le happaient, faisant rater un battement de son cœur. Si Mitch éprouvait des sentiments particuliers pour la personnalité de Tom, son physique ne le laissait pas non plus indifférent.
Cette pensée obscurcit son humeur. Tom avait choisi de se marier avec sa greluche. Mitch éprouva un sentiment qu'il connaissait mal et n'aimait pas : la jalousie.

– Pourquoi tu as réagi comme ça à mon mariage ? Demanda Tom après un silence lourd.

– J'ai fais ce qui me semblait juste, du moins j'aurais essayé. J'ai pris mes balls à deux mains quoi, répondit simplement Mitch.

– Juste, pour qui ? Demanda Tom.

Le visage de Mitch s'assombrit légèrement. L'insinuation de Tom lui avait fait mal.

– Écoute, je ne sais pas ce que tu insinues, mais je ne veux pas en parler. T'as fais ton choix. J'espère que c'est le bon. J'ai du boulot. Je dois finir ma théorie.

– Tu ne l'avais pas déjà fini ? S'étonna Tom, faisant référence à leur discussion devant la grange.

– C'est plus compliqué que prévu.

Mitch replongea dans son feuillet pour éviter de regarder Tom. Ce dernier finit par partir (quand Emma l'appela), ne comprenant pas, ou ne voulant pas comprendre, le comportement de son ami. Il se dirigea vers la porte.

– Mitch ? Ton chargeur, il est là.

Mitch regarda dans la direction qu'indiquait Tom. Le chargeur était sur le sol, à côté de son sac. En relevant la tête, il croisa le regard d'Emma, à travers la vitre. Elle le fusillait du regard.

Pendant un instant il eu très, très envie de lui faire un gros doigt.