Ma 6ème année devait être formidable. J'ai radicalement changé de coupe de cheveux. Après avoir passé mon enfance à me cacher derrière mes cheveux, on peut enfin voir mon visage. Je voulais me prouver que j'avais changé et que j'avais désormais confiance en moi. Et surtout le montrer aux autres je suppose. Ouais, parce qu'une coiffure, à notre âge, ça peut tout changer. Je pensais qu'avoir l'air plus jolie m'aurait permis d'avoir une vie sociale, voire peut-être d'autres amis…
Et paf.
Après seulement un mois, je me lance dans un cas désespéré. Oh bah tiens, et si j'allais séduire la personne la plus inaccessible de tout Poudlard, moi la fille dont la vie sentimentale se résume à avoir serré la main à Mr Draconneau le professeur de Soin aux créatures magiques qui me faisait fantasmer en première année. Et puis, tant qu'à faire, autant parier avec la plus grosse commère de ma maison, qui me déteste, histoire qu'elle me pourrisse bien la vie si j'échoue. Quelle bonne idée !
Bon, au moins j'ai le week-end pour digérer tout ça. Je suis allongée dans l'herbe, face contre terre, afin de mieux me lamenter sur mon sort, et de profiter des dernières belles journées de l'année. On est le 5 octobre. Le 5 novembre, je dois avoir séduit Sirius Black. Ou organiser un suicide collectif. Oui, collectif : il y aura moi et moi. Peut-être que moi viendra aussi.
…
Ma vie est un échec.
Je m'apprête à me redresser pour aller me jeter dans le lac, espérant au moins devenir un snack de qualité pour le poulpe géant, lorsque je sens une pression sur mon crâne, qui me garde allongée. J'entends la voix de Victor.
« On ne bouge pas. Je viens te sauver. Te connaissant tu en es déjà aux pensées suicidaires. »
Je tente de hocher la tête, mais je réussis seulement à avaler un peu d'herbe.
« J'ai une solution. J'ai un programme détaillée en plusieurs étapes que je te le dévoilerais au fur et à mesure. Si tu fais ce que je te dis, on peut y arriver. »
Je tourne la tête sur le côté, le regardant avec un regard plein d'espoir. Il est ma seule chance.
« Tout d'abord, tu prends confiance en toi. Tu étais un chaton, tu vas devenir un chat, un vrai. C'est sexy un chat. Et c'est l'objectif de cet après-midi. »
Je ne sais pas si c'est parce que je suis désespérée, mais je suis son programme à la lettre. J'apprends donc, entre autres, à marcher langoureusement et silencieusement, à considérer tout le monde comme si ils étaient de la bouse de dragon, et faire des regards implorant pour obtenir ce que je veux.
Oui. Victor viens de me faire passer mon samedi après-midi à apprendre à être un chat. Et même si c'était un peu drôle quand même, j'ai vraiment du mal à voir le rapport. C'est donc normal que je tique lorsqu'il me lance : «Maintenant, on commence pour de vrai.
-Ah, je savais que tu me faisais faire n'importe quoi ! Personne n'a jamais eu besoin de savoir miauler avec un accent espagnol !
- Je te signale que tu es une Serdaigle. Tu es donc CENSEE être intelligente.
-Maiiiis ! C'est parce que je te fais entièrement confiance. Je sais que tu es mon meilleur ami et que tu n'abuserais jamais, au grand jamais, de cette relation pour me faire faire n'importe quoi. Et puis tu es docteur ès relations humaines. Tu es tellement sociable que j'ai longtemps cru que tu buvais une potion, pour faire cet effet-là aux gens qui t'entourent. Et je sais que ce n'est pas le cas uniquement parce qu'en deuxième année j'ai scruté tout ce que tu avalais pendant plusieurs jours et que je n'ai rien vu de suspect. »
D'ailleurs, Victor est mon opposé de ce côté-là. Heureusement qu'il est venu vers moi, parce que je n'aurai jamais osé faire un premier pas vers lui. On s'est connu dès notre premier jour à Poudlard, lors de la répartition. J'étais tellement stressée qu'il a eu peur que je fasse un malaise. Il a été si gentil avec moi alors que j'étais complétement perdue, que je me sentais si mal. En quelques mois, le monde magique avait complétement bousculé ma vie. J'ai dû quitter ma famille pour suivre des inconnus qui parlaient presque une autre langue (avec des mots comme « moldus » et toutes ces expressions contenant le mot « hyppogriffe »), avaient une autre monnaie, et une culture complétement différente de la mienne. Et si, plus tôt dans la journée, personne n'avait été particulièrement hostile à mon sujet, j'étais loin d'avoir bénéficié d'une attention suffisante pour la gamine perdue que j'étais alors. Tout le monde semblait partager la même impression quand il me voyait : Celle que je n'étais pas à ma place. Et quand Victor est venu me parler pour me demander une bonne dizaine de fois si j'allais bien ou si je ne voulais pas un verre d'eau, pour la première fois de la journée, je n'ai pas eu l'impression d'être un parasite. Et que ma scolarité dans cette école allait peut-être bien se passer, finalement.
J'ai malgré tout quelques connaissances chez les Serdaigles avec qui je m'entends bien. Mais il y a toujours comme une séparation en verre entre nous. Et même si on ne la voit pas tout le temps, on se la prend régulièrement dans la gueule. Je n'ai jamais eu cette impression avec Victor. Et ça doit être pour ça qu'il peut me faire me comporter comme un chat durant tout une après-midi.
Bon. Je miaule tout de même d'un air méprisant, avec un léger accent espagnol. Mais c'est surtout pour la forme.
Il reprend, après m'avoir tiré la langue :
« - Je disais donc, si tu veux toujours suivre mes conseils de « docteur ès relations humaines », que la première étape, c'est qu'il sache qui tu es. Si ses amis te connaissent aussi, c'est un bon point. Il faut qu'il s'habitue à ta présence, que tu t'immisces doucement et sournoisement dans sa vie, sans qu'il s'en rende compte. C'est la seule façon pour qu'il s'attache à toi. Je pense que ton petit numéro d'hier va pas mal nous aider. Déjà, tu as sûrement marqué son esprit, et il devrait te reconnaitre. Et puis il t'a souri, ce qui est assez rare. En plus, désormais il connait ta position face aux fangirls. Et donc, il sait que tu n'en es pas une. Il devrait beaucoup moins se méfier. Des questions ?
- Euh ouais. Comment est-ce qu'on fait pour « s'immiscer dans sa vie » ? Je le suis partout jusqu'il me parle ? Je lui bondis dessus en lui lisant mon autobiographie, préalablement écrite ?
-Mais non, béta. J'ai un plan. Et pour ça, ta faiblesse va devenir un atout majeur. Tu sais le fait que tu sois une vraie quiche en défense contre les forces du mal, tout ça ?
Je grogne. Et je suis à deux doigts de lui dire d'aller se faire foutre. Bon, d'accord, c'est vrai que je ! suis nulle. Mais je suis loin d'en être fière. Je n'ai jamais eu de notes plus basses qu'un « Effort Exceptionnel ».
…
Sauf en défense contre les forces du mal. Je n'ai aucun mal avec les examens écrits de la matière. C'est la pratique qui me pose problème. Dans les trois quarts des cas, il faut jeter le sort sur un être vivant. Ce que je refuse. Du coup, ça me bloque et je suis incapable d'exécuter convenablement les sorts qu'on me demande.
Tenez, la dernière fois, on a fait un exercice dans le lac. L'objectif : Se débarrasser d'un strangulot. Je sais qu'il faut leur briser les doigts, puis lancer un sort de répulsion. Mais une fois près de lui, prête à agir, il a commencé à me regarder avec ses grands yeux… Je n'ai pas pu. Sauf que le professeur est arrivé derrière moi et avant que j'aie pu faire quoi que ce soit, il a lancé le sort à ma place. J'ai eu un coup de blues pendant plus d'une semaine en repensant à cette pauvre petite bête.
« Tu veux que je noue des liens avec un loup-garou pour qu'il menace Sirius Black de le manger si il refuse de faire ma connaissance ? » Je demande, n'ayant aucune idée d'où il veut en venir.
« Non. Quoi que ça ne serait pas une si mauvaise idée. Mais non. Ce que je voulais dire, c'est qu'en tant que Serdaigle, tu risques de t'en vouloir toute ta vie si tu n'as pas toutes tes ASPICs avec au moins Effort Exceptionnel. Et devine qui est premier en DCFM ?
- Je ne sais pas. Sûrement un Serdaigle ?
- Et bien non ! Sirius Black. Et Remus Lupin et James Potter. Ils sont tous les trois premiers ex-aequo. Donc je me suis dit qu'éventuelleeeeemeeeent, comme tu étais toute pourrie en DCFM, tu voudrais peut-êêêêtre que les premiers de cette classe te donne des cours…..
- Et tu crois vraiment que les fangirls n'y ont jamais pensé ? Pourquoi est-ce qu'ils accepteraient de me donner des cours particuliers à moi ?
- Parce qu'ils savent, depuis hier, que tu n'es pas une fangirl. Et puis, comme je suis aussi dans l'équipe de Gryffondor, comme deux d'entre eux, on se connait un peu.
- Ah bah oui. J'oubliais. Les « liens du vestiaire de quidditch ». Se savonner les uns les autres, tout ça, ça rapproche…
Il me sourit, mais continue comme si je ne l'avais pas interrompu :
« - Mais surtout parce que Peter a besoin d'aide dans beaucoup d'autres cours, et que tu es la seule à prendre correctement en notes ce que dit le professeur Binns en Histoire de la magie, et que ton petit cahier peut se monnayer cher. »
