Voici donc le point de vue d'Hinata.
Bonne lecture !
Les oubliés
POV Hinata
Elle l'avait senti.
Au début, elle croyait à un mauvais tour de son cœur. Elle avait donc discrètement activée son dojutsu et elle l'avait immédiatement reconnu. L'espace d'un instant, elle ne voulut pas y croire, le suivant elle s'était déjà éclipsée au nez et à la barbe de son équipe, allant à l'encontre des ordres qui lui avait été donnés.
C'était plus fort plus fort qu'elle : il fallait qu'elle le voit. D'ailleurs il l'avait repéré. Il se dirigeait vers elle d'une façon qu'il croyait irréparable mais face au Byakugan il ne pouvait rien. Elle essaya de modérer sa respiration.
Il n'était plus qu'à une dizaine de mètres à présent. Il la surplombait près à lui tomber dessus. Elle crût un moment que leurs retrouvailles allaient même se passer ainsi.
Mais il se laissa glisser devant elle. Elle ne l'avait pas vu depuis des années. Physiquement il n'avait pas changé. Mentalement, elle le devinait, c'était autre chose. La Guerre les avait tous changés. Il semblait dur comme un roc pour les yeux non avertis, cependant elle le connaissait suffisamment pour savoir que la réalité en était tout autre. Elle interpréta la surprise qu'elle lisait au faible écarquillement de ses yeux comme le fait qu'il n'avait vraiment pas prémédité cette rencontre. Elle ne savait pas encore si elle devait remercier la chance ou le malheur pour ce détour du destin.
Enfin, il parla :
-Hinata ? J'espère que ce n'est pas encore une tentative de Baa-chan pour me faire revenir. Je crois avoir été suffisamment clair là-dessus.
Son cœur avait battu la chamade à l'instant où il avait prononcé son prénom.
Il semblait agacé par le fait que Tsunade multipliait les missions pour le ramener au bercail. Mais il n'avait aucun souci à se faire de ce côté-là. Elle aurait refusé une mission de ce type, car bien qu'elle ne soit pas heureuse de sa décision, elle la respectait.
-Notre mission n'a aucun rapport avec toi, Naruto-kun, lui répondit-elle de sa voix qu'elle voulut douce.
Il eut un haussement de sourcil
-Par contre, moi, ma mission vous concerne. Vous vous êtes fait repérer et je suis sensé vous tuer, expliqua-t-il.
Elle le fixait toujours attentive et aussi impassible qu'il lui était possible. Elle se doutait bien que cette rencontre n'était pas due au hasard. Elle se demanda aussi quand est-ce que son équipe avait bien put se faire remarquer par les ninjas de l'Herbe.
-Ne t'inquiète pas, je n'en ferai rien, assura-t-il. Je ne m'en prends ni à Konoha ni à Suna.
-Je sais.
Elle avait une totale confiance en lui. Après tout, n'avait-il pas fait la promesse de ne jamais sans prendre à une personne de Konoha ou de Suna ?
-Tu as dû me voir arriver avec le Byakugan, non ? demanda-t-il.
Elle ne répondit lui pas. La réponse était plus qu'évidente pour tout le monde.
Et c'est d'ailleurs avec son dojutsu, qu'elle vit que deux sources de chakra se rapprochaient rapidement d'eux. Elle ne le lui signalait pas, il les avait déjà sentit. Ils ne tournèrent donc pas la tête, quand les deux hommes atterrirent brutalement à ses côtés.
Elle se concentra sur les nouveaux arrivants, deux membres du clan, qu'elle connaissait bien en particulier l'un d'entre eux, qui si elle se fiait à la veine sur sa tempe était très en colère : le chef de clan.
-Hinata ! J'avais ordonné qu'on ne s'éloigne pas du campement !
La réprimande faillit la faire sursauter devant Naruto. Elle avait désobéit aux ordres sous l'impulsion de son cœur.
-Gomen Raito-sama, murmura-t-elle en inclinant la tête et le haut de son buste en signe de soumission.
Elle ignora les images de la surprise de Naruto, que son Byakugan lui envoyait.
Les deux arrivants se tournèrent vers lui.
Raito s'avança d'un pas, une paume de main recouverte de chakra en avant :
-Uzumaki Naruto, nukenin, au nom de Konohagakure vous êtes en état d'arrestation.
C'était elle qui les avait menés à lui. Mais jamais elle ne les laisserait arrêter Naruto ! Ils ne pouvaient pas : il n'avait jamais été accusé d'aucun crime, même sa désertion était couverte par un ordre de mission d'entraînement, sans date limite grâce à Tsunade. Ils ne le toucheraient pas !
-NON !
Le sursaut général qui traversa les trois hommes coupa le flot de pensées incohérentes qui s'entrechoquaient dans sa tête. Elle réalisa avec effroi que sa réaction n'allait certainement pas aider son ami et même sans doute encourager Raito à continuer.
Elle reprit d'une voix si basse qu'il dû tendre l'oreille pour l'entendre :
-Raito-sama, Naruto-kun n'a pas été reconnu comme nukenin par Hokage-sama.
Le Hyuga n'avait pas baissé sa main et menaçait théoriquement toujours Naruto. Cependant il avait tourné la tête, dojutsu activé vers la source de la contestation.
Elle le connaissait assez bien pour savoir que sa possessivité et son mépris envers elle, lui donnait de nombreuses raisons de ne pas l'écouter. Il n'allait pas la laisser avoir raison au sujet de ce que tous connaissaient comme son ancien amour et il n'allait pas non plus la laisser lui donner des ordres. Elle pouvait voir l'agitation de son flux de chakra.
-De quoi te mêle-tout ? interrogea Raito froidement. Tu n'as pas ton mot à dire.
-Elle n'a pas tort, intervient pour la première fois son deuxième coéquipier.
-Je suis le chef de mission. Si je décide de quelque chose vous n'avez pas votre mot à dire, martela-t-il puis il s'adressa directement à la jeune femme. Et toi, je ne veux pas avoir à te reprendre une nouvelle fois !
-Hé !
Elle tourna la tête vers le blond. Il regardait avec fureur Raito. Cela lui rappela quand Naruto s'était levé pour elle face à Neji, alors qu'ils n'étaient que des genins. Naruto allait-il la… ?
-Tu n'as pas à lui parler comme ça !
-Et qu…
-Raito-sama est mon époux, Naruto-kun.
Combien de fois avait-elle rêvé qu'il prenne sa défense avant la guerre. Aujourd'hui, elle voulait juste qu'il se taise. Elle avait attendu trop longtemps.
Raito afficha un sourire arrogant mais elle l'ignora. Le visage de Naruto s'était fermé.
-Et à ce titre, reprit le Hyuuga, je peux bien lui parler comme je l'entends. Sans compter que je suis le chef de clan.
Elle détourna la tête en sentant le regard pesant du blond.
- Où en étions-nous déjà ? Poursuivit son époux en faisant mine de réfléchir. Ah oui ! Uzumaki Naruto, vous êtes en état d'arrestation pour désertion.
Raito et son cousin se mirent en position juuken de base. Naruto se contenta de rire :
-Vous croyez vraiment que vous pourrez m'arrêter après toutes les équipes que j'ai déjà renvoyé à Konoha pour l'hôpital ?
-Ce n'était que des incompétents.
Le sourire factif de Naruto illumina la clairière. Elle perçut le bref éclat d'amusement dans ses yeux bleus comme lorsqu'ils étaient encore à l'Académie et que le sujet du contrôle d'Iruka allait mystérieusement disparaître de son sac.
-J'avais justement envie de le défouler.
Elle avait compris.
Alors qu'ils commençaient à se battre, elle s'éclipsa le plus discrètement possible à la poursuite de l'original.
...
-Tu vas m'arrêter ? lui demanda-t-il tandis qu'elle atterrissait devant lui.
-Tu sais bien que non, soupira-t-elle lasse.
De toute façon, elle en était bien incapable sentimentalement et physiquement.
-Tu devrais peut-être. Je ne manquerai à personne.
-A Lee, à Shino, à Kiba, à Sai, à Choji, à Tsunade, à Iruka, …et à moi, si.
Ce n'était pas tant le fait d'afficher son affection, qui l'avait fait hésiter –après tout il était au courant depuis l'attaque de Pain, soit il y a environ cinq ans-, en réalité elle cherchait d'autres noms mais elle n'avait pas trouvé. La liste s'était tellement réduite avec la guerre : Sasuke avait tué Sakura, qui s'était interposée, avant d'être lui-même tué par Naruto, Gai était mort en héros en protégeant un village entier au pays du Feu à lui seul grâce à la septième porte, Kakashi d'épuisement, le corps de Tenten n'avait jamais pu être retrouvé parmi les décombres de Kumo, Ino, on l'avait retrouvé après des mois d'emprisonnement et de tortures, elle s'était suicidée avant qu'on ne réussisse à la rapatrier au campement avancé, Kurenai avait voulu opposer ses genjutsu au mangekyo Sharingan, Neji n'était jamais revenu d'une mission d'espionnage, Shikamaru d'une mine placée dans le repaire du Haut Commandement de l'Alliance, Konohamaru s'était retrouvé piégé avec un groupe de civils pendant trois semaines et il leurs avait sacrifiés ses rations, Kabuto avait remis la main sur Yamato l'ancienne expérience d'Orochimaru et lui avait passé des tas de tests avant de le tuer et de retenter l'expérience sur des fœtus mais pour son propre compte cette fois, d'anciens pensionnaires libérés par l'ennemi avait mis la main sur Ibiki et Anko, Shizune avait péri dans l'effondrement de l'infirmerie du camp de base, Hanabi et son père… Elle aurait pu continuer des heures.
Naruto cligna des yeux un instant sans doute effrayé par cette réalité qu'il avait voulu fuir en désertant. Il secoua légèrement la tête pour ne pas comme elle se laisser envahir par ses cauchemars :
-Pourtant pour quelqu'un qui disait m'aimer, tu m'as bien vite oublié…
Elle sentit le sang afflué dans ses joues.
Elle humecta ses lèvres, prenant son temps pour choisir ses mots :
-La moitié de la population civile et ninja a disparu…Le conseil a marié toute fille, toute femme en âge d'avoir des enfants. La reconstruction passe aussi par là.
Elle s'était sentie obligé de se justifier sur le coup par cette attaque inattendue.
-Donc, tu n'as pas eu le choix ?
Elle secoua la tête négativement :
-Il fallait un chef au clan. J'étais le moyen d'accéder à cette place pour Raito-sama.
D'autres raisons étaient en jeu comme la préservation de la Soke pratiquement anéantit ou la pression qu'on avait fait peser sur ses épaules en tant que dernière héritière en ligne directe de la tête du clan, ou le fait qu'elle est choisi un homme qui ne l'aimait pas car elle serait incapable de l'aimer,… Mais elle savait déjà que tout ceci serait égal à Naruto : elle l'avait déjà déçue.
-Tu as abandonné, dénonça-t-il calmement comme s'il énonçait un simple fait mais tous les deux étaient conscients des sens cachés derrière cette phrase.
Il avait toujours été un modèle pour elle, un guide, qui la poussait à avancer. Et il l'accusait d'avoir lâché prise. C'était bien mal la connaître. Il y a quelques années, elle aurait pu fondre en larmes face à une telle remarque de ce qu'elle voyait comme son seul soutien moral. Mais les choses avaient changé depuis lors…
-Non. Tu as abandonné. Tu as quitté Konoha, reprocha-t-elle ouvertement.
-Tu es mariée à un homme que tu n'aimes pas et qui n'a pas l'air de t'aimer non plus, lui dit-il. Moi, je suis libre.
-Mais toujours enchainé, répliqua-t-elle d'un pale sourire. Tu refuses d'avoir à faire face à Konoha ou Suna.
-C'est la seule loyauté qu'il me reste. Toute liberté a un prix. Toi, tu en paye le prix sans y gouter.
Elle n'était pas d'accord avec lui. Elle avait choisi de rester fidèle à Konoha. De rester pour ses amis et pour son village. De reconstruire. Elle aussi avait du sang sur les mains sans doute beaucoup moins que lui, mais cela n'empêchaient pas les longues nuits blanches hantées par des champs de bataille sanglants. Néanmoins elle avait dû tenir. Elle devait tenir aussi longtemps que nécessaire. Elle avait des responsabilités. Elle était une kunoichi pas une simple femme avec des états d'âme. Elle était une fille, une femme et à présent une épouse mais surtout et avant tout une kunoichi. Sa place était à Konoha avec les autres à pleurer et reconstruire sur des cadavres encore frais. Elle se devait de détourner les yeux quand on lui demandait de falsifier ses rapports, de mentir sur la guerre aux civils et aux futures générations, parce que la réalité était insurmontable.
Et c'est ce qu'elle avait fait. Jamais, elle n'avait abandonné son nindo. Elle était toujours une kunoichi. Elle avait fait passer ses ordres avant ses sentiments, son devoir en somme. Toutefois, cela ne signifiait pas qu'elle n'avait pas de regrets…
-J'ai fait mon devoir, déclara-t-elle calmement.
-J'ai également fait mon devoir en dénonçant les actes du conseil. Il fallait que tout le monde sache la réalité.
-Les civils, les plus jeunes ne sont pas prêts à entendre cette réalité. C'est notre devoir de les en préserver.
-Tu sais aussi bien que moi que le conseil ne dira jamais la vérité même quand le village sera prêt à faire face, rétorqua-t-il.
Elle ferma les paupières un instant.
Certes, elle pensait la même chose. Toutefois, elle savait que les dirigeants ne seraient pas toujours les mêmes et qu'un jour ils auraient peut-être un Hokage qui lèverait ce mur du silence. A la fin de la guerre, elle pensait même que ce Hokage serait Naruto. Elle s'était bien trompée. Elle avait sous-estimé les répercussions de la guerre sur le mental du blond.
Néanmoins, il fallait reconstruire et protéger le peu qu'il restait. Il fallait remettre l'économie en place, former de nouveaux protecteurs pour Konoha. Et combien de parents inscriraient leurs enfants à l'Académie, si les civils connaissaient le véritable total des décès lors de la guerre ? Combien d'apprentis ninjas compteraient les classes, s'ils apprenaient que la plupart des ninjas ne mourraient non pas en champions héroïques lors d'un beau duel, pas trop sanglant et à la loyal mais dans la boue, la faim et la fatigue, en anonymes victimes ? Combien y aurait-ils de kunoichis par équipe, s'il l'on se mettait à parler des missions d'infiltration qu'elles auraient à accomplir plus tard ou encore des tortures et des viols ?
Les dirigeants n'étaient pas des idéalistes comme Naruto. Longtemps elle-même avait voulu croire les rêves que le blond criait à tout va. Elle était désillusionnée à présent.
-Cela ne signifie pas que nous allons oublier, reprit-elle faiblement. Je…Nous obéissons aux ordres.
-Etre ninja ne veut pas dire obéir aveuglément…
-Mais cela exige de réparer nos erreurs, de reconstruire, de pleurer nos morts. Et tu nous as laissé faire cela tout seul. Le village avait besoin de son héros. J'avais…Nous avions besoin de toi.
Parfois, il vaut mieux savoir se taire et c'est ce que la Hyuuga ressentait face à son hésitation. Elle s'était faite une raison depuis longtemps néanmoins elle ne put empêcher ses joues de virer à l'écarlate comme une adolescente et de prier pour qu'il n'ait rien remarqué.
Mais bien sûr, il l'avait noté.
-J'ai…J'ai failli…te demandé de partir avec moi, acheva-t-il précipitamment.
Elle eut du mal à comprendre ce qu'il disait et surtout à réaliser tout ce que cela impliquait. Naruto avait songé à l'emmener avec lui ?
-P-Pourquoi…Pourquoi ne l'as-tu pas fait ?
Elle avait l'impression qu'elle allait se mettre à pleurer, s'ils continuaient dans ces eaux-là. Elle s'était senti si abandonnée à cette époque alors qu'ils n'avaient jamais reparlé depuis Pain.
Il haussa les épaules :
-Le fils de Kurenai.
-Hiromichi-kun ?
-Tu en es devenue la tutrice, non ?
Elle hocha la tête : elle n'aurait jamais abandonné le bébé qu'elle considérait presque comme son fils aujourd'hui et elle ne se voyait pas non plus s'en occupé avec les Anbus aux trousses.
-Tu aurais refusé à cause de lui, affirma-t-il encore.
Sans doute, cependant…
-Nous n'en serons jamais certain, nuança-t-elle.
Il secoua la tête. Il avait choisi pour eux et sans la consulter.
Il sembla si las quand elle lui asséna ce dernier coup.
-Et maintenant ? demanda-il.
Elle n'avait pas compris :
-Et maintenant quoi ?
-Et si je te le demandais maintenant, là, tout de suite ?
-Tu veux dire…
-Partir. Déserter !
Après un instant de silence, durant lequel elle ne put songer qu'à une chose : et Hiromichi-kun ? Il n'avait que trois ans. Il avait encore besoin d'elle.
-Le petit est plus grand à présent, on peut même le prendre avec nous si tu veux…
Il l'avait comprise avant même qu'elle ne le mentionne. Maintenant rien ne l'empêchait théoriquement de réfléchir à sa proposition.
Ses mains se mirent à trembler. Elle ferma les yeux comme pour mieux se concentrer.
Pourquoi hésitait-elle tant ? Pourtant c'était la même question que tout à l'heure : où était son devoir ?
Toutefois devait-elle sacrifier son bonheur dans le processus contre un très hypothétique et incertain avenir avec un homme qu'elle aimait, oui mais qui ne lui avait jamais donné le moindre signe.
Elle réalisa soudain, qu'elle aurait pu dire oui à l'époque.
Elle ouvrit ses yeux puis ses lèvres très lentement pour se donner le courage :
-C'est…trop tard Naruto-kun.
Ils reculèrent tous les deux. Le charme était rompu.
-Je…commença Naruto avant de s'arrêter. Mon clone vient d'exploser.
La réalité les rattrapait.
Elle lui sourit tristement. Elle avait déjà fait son choix et si tiendrais :
-Vas-y. Je les retiendrais aussi longtemps que possible.
-Tu ne viendras…
Il ne finit pas sa phrase. Il avait compris. Elle sentit son cœur se serrer en réalisant qu'il souffrirait de sa réponse au moins autant qu'elle.
-Alors c'est un adieu, reprit-il.
Il disparut l'instant d'après dans la forêt sans se retourner.
-Au revoir, murmura-t-elle.
Quelques secondes plus tard, son mari et son cousin l'avaient de nouveau rejointe.
