Voici donc le deuxième chapitre d'une histoire qui en comportera cinq. J'espère que ça vous plait jusqu'à maintenant.

Chapitre 2: Ignoré

« Nous sommes réunis aujourd'hui pour honorer la mémoire de notre ami, Bob Dieudonné Marcelin... »

Valence et Pétrolia pleuraient à chaudes larmes. Flavien était assis, tête baissée. Il écoutait la messe sobre donnée en l'honneur de son meilleur ami. Le capitaine prononçait les sacrements d'une voix enrouée par la peine. En fait, il s'agissait d'un mélange de peine et de colère. Bob avait été froidement assassiné. Le capitaine Patenaude termina rapidement cette messe improvisée, car les larmes commençaient à perler sur ses joues. Un silence respectueux, mais en même temps tellement sinistre régnait dans la salle de commandement. Même Brad se tenait tranquille, encore sous le choc de l'horreur de la situation. On lui avait fait analyser les produits qui avaient servis à empoisonner Bob. La composition chimique découverte, le scientifique n'avait pu que constater tout la sordidité de ce meurtre, n'imaginant que trop bien la souffrance dans laquelle le pilote avait rendu l'âme. Un à un, les membres restant de l'équipage se levèrent et quittèrent dans un malaise commun et une crainte silencieuse. Une fois les autres partis, Flavien se dirigea vers le capitaine Patenaude.

« C'était mon meilleur ami... », dit le second officier, le regard dans le vide.

Charles Patenaude était capitaine, mais il était d'abord un homme ayant un cœur. Il savait que cette épreuve était pénible pour Flavien plus que quiconque. Il posa une main paternelle sur l'épaule du jeune homme.

« Nous allons trouver celui qui a fait ça. », dit-il calmement.

Flavien tourna des yeux interrogateurs vers son capitaine.

« Vous croyez que c'est un membre de l'équipage? »

Le capitaine ne répondit pas. Il ne savait pas ce qu'il pensait. Un membre de son équipage... Assassin? Si tel était le cas, personne n'était en sécurité. Un climat de paranoïa les guettait, la division de leur équipe, le chaos. Mais si ce n'était pas l'un d'eux, alors cela voudrait dire que quelqu'un s'était infiltré sur le vaisseau. Quelqu'un qui ne s'était pas fait remarqué, ni par l'œil humain, ni les radars internes. Le capitaine secoua la tête un moment, ne sachant trop quoi répondre. Puis il parla d'une voix résignée, désemparée.

« Je n'en sais rien, Flavien. On trouvera... »

Par respect pour son opérateur radar, le capitaine Patenaude attendit que celui-ci sorte de la salle de commandements pour téléfaxer le corps de Bob dans l'espace, comme le voulait le protocole.

Flavien entra dans le dortoir des hommes. Il regarda le lit de Bob avec une nostalgie ponctuée d'une larme. Le pauvre se laissa tomber sur le lit de son meilleur ami, se penchant en avant, la tête dans les mains. Il soupira, sanglota même. Oui, il se laissait le droit, en cet instant, de ne plus être le second officier d'une mission vitale. Il se laissait le droit que n'être plus qu'un homme qui avait perdu son ami d'enfance. N'être plus qu'un enfant sans famille à qui on enlevait ce qu'il avait de plus précieux. Il sanglota encore.

Un soupire vint lui répondre. Flavien leva la tête et remarqua Brad Spitfire, assis dans son propre lit. Son teint était pâle, même livide. Il semblait terrorisé et, à la fois, désemparé. Il avait cette attitude d'impuissance devant une situation qui le dépasse totalement. L'opérateur radar leva un sourcil.

« Vous semblez troublé, Brad... », dit-il avec suspicion.

« Quelqu'un s'est fait assassiner dans le vaisseau... N'importe qui serait troublé. », répondit le scientifique sur un ton arrogant.

Flavien se leva et s'approcha de Brad, sans dire un mot, le toisant du regard. Il croisa les bras sur sa poitrine. Brad, toujours assis, leva les yeux vers Flavien.

« Quoi? », demanda-t-il après un soupire exaspéré.

Flavien ne répondit rien, mais l'expression de son visage avait changé. Ses traits s'étaient durcis. Ses poings et sa mâchoire se serrèrent. Il regardait Brad avec une flamme noire dans les yeux. Brad sursauta.

« Quoi? Vous ne pensez quand même pas que c'est moi qui aie fait ça? », demanda le scientifique.

Il se leva de son lit d'un seul bond. Voyant l'attitude de Flavien, Brad se dit qu'il valait mieux être prêt à toutes éventualités. Flavien commençait à perdre le contrôle. N'écoutant que ses pensées sombres, il asséna un solide coup de poing à la mâchoire de son collègue. N'ayant pas prévu le coup, le pauvre vacilla un instant. Il se frotta le menton et se retourna pour faire face à son agresseur lorsque ce dernier frappa à nouveau. C'est à ce moment que le capitaine entra. Voyant ses deux membres d'équipage se battre, il les ramena à l'ordre.

« C'est de cette façon que vous respectez la mémoire de Bob? », dit le capitaine sur un ton autoritaire et ferme.

« Mais capitaine, je suis certain que c'est Brad. Il détestait Bob… », argumenta Flavien, pour défendre son geste impulsif.

« Capitaine, cet homme est complètement fou. Je n'ai absolument rien fait. Je le jure!», répondit Brad d'une voix geignarde semblant à une plainte supplicative.

« Silence! », cria le capitaine. « Je suis le seul à pouvoir juger les membres de l'équipage. Nous allons faire l'enquête. Jusqu'à ce que nous ayons plus de preuves ou alors des soupçons clairs que je pourrai approuver, je m'attends à un comportement exemplaire et irréprochable de la part de chacun des membres de mon équipage. Flavien! »

« Oui capitaine! », répondit le second officier, se mettant au garde-à-vous.

« Avez-vous vérifié au radar s'il n'y aurait pas un passager clandestin sur le vaisseau? »

« J'y vais capitaine. », dit Flavien en sortant de la cabine de repos. Le capitaine regarda son scientifique, sans rien dire, comme s'il essayait de lire en lui. Il prit une grande respiration, puis posa la question qui lui brûlait les lèvres.

« Brad… Vous n'avez pas... »

« Capitaine... », coupa Brad aussitôt, « Je n'aimais pas particulièrement Bob, mais pas de là à le tuer. Je ne suis pas un meurtrier. »

Le capitaine opina du bonnet, satisfait de la réponse.

« Merci Brad… »

Pendant ce temps, Valence s'était enfermée dans le centre de santé. Elle était triste, mais songeuse aussi. Le deuil ne se vit pas de la même façon lorsqu'il s'agit d'un assassinat. En particulier lorsque tant de questions subsistent. De plus, la peur, le sentiment d'insécurité qui l'envahissait venait prendre la place de la peine. Elle se rendit dans son bureau pour relaxer et prendre le temps de réfléchir.

Qui? Brad? Il ne serait pas allé jusque-là..., pensa-t-elle. Elle ne pouvait se résoudre à croire qu'il s'agissait d'un membre de l'équipage. Et ce mot qui avait été laissé sur la table en guise d'indice, que signifiait-il? La porte du centre de santé s'ouvrit, puis se referma. Valence n'entendit rien, perdu dans ses pensé, dans son raisonnement. Son esprit d'analyse prenait le dessus sur sa peine. Elle cherchait et cherchait. Petit à petit, une peur s'était installée en elle. Si quelqu'un sur le vaisseau était un assassin, il fallait se méfier.

La porte du bureau de Valence s'ouvrit. La psychologue leva la tête pour voir son visiteur. Prise de panique, elle ouvrit de grands yeux.

« Vous... », dit-elle en un souffle.

Flavien déboula en trombe dans le dortoir des hommes. Il se présenta devant le capitaine haletant. Il avait couru. Il était paniqué.

« Le radar, capitaine... Le radar... Il a été détruit! », hurla-t-il presque, tentant de reprendre son souffle.

Le capitaine figea sur place. C'était sérieux. Si le coupable avait pris la peine de bousiller le radar, c'est qu'il comptait surement réitérer.

« Brad! Flavien! Nous allons chercher Valence et Pétrolia. Restons ensemble... », ordonna le capitaine Patenaude.

Ils sortirent de la cabine de repos en courant. Le trio se rendit au centre de santé, espérant y trouver les deux femmes. La porte s'ouvrit. Valence devait être dans son bureau. Les trois hommes traversèrent le centre de santé jusqu'au bureau de la psychologue. La porte coulissa.

Valence était affaissée sur sa chaise. Un long couteau était enfoncé dans le cœur de la femme. Le sang écarlate et encore chaud tâchait son uniforme et s'étendait dans une flaque épaisse sur le plancher. La tête de la psychologue était renvoyée vers l'arrière. Ses yeux étaient toujours ouverts. Ses lèvres presque closes étaient à jamais figées, immobiles sans avoir pu dire le nom de son meurtrier. Accrochée au couteau, se trouvait une note.

« Ça, c'est pour m'avoir ignoré... »

Vous avez une idée de ce qui se passe? Vous voulez partager vos fabulations? Vous pataugez dans le néant? Une petite review pour faire partager à tous vos impressions…