Chapitre 2 :

Une seule pilule avait suffi pour endormir Shuichi dans sa cabine, son lieu de repos.

Ces derniers-temps, il avait des problèmes de sommeil, il dormait peu, passant parfois des nuits torrides, ne sachant pas comment s'endormir. À l'aide d'Akemi, il avait pu se reconstruire une carapace, dans laquelle il pouvait dormir sans être dérangé. Sa petite amie lui avait donné des produits, venant de ses propres expériences, qui au même titre qu'un somnifère basique, pouvait endormir n'importe qui l'ingurgitant.

Elle avait en revanche parlé d'effet secondaire, assez dérangeant dans certains cas : les souvenirs. Dans les dernières images qu'a pu voir Akai, il y avait parfois des douleurs, tels les assassinats. Et ces souvenirs, la pilule s'en servaient comme contre-attaque : cauchemar. Dai Moroboshi se sentit mal. Il revivait un moment de son infiltration qui salissait sa réputation au sein du FBI; réputé comme étant un sniper délite, on lui avait confié la dure mission d'assassiner un ancien militaire ivrogne à New York, qui avait déjà eu recours à des transactions avec des fournisseurs des hommes de Gin, et même Amuro lui-même, qui avait échappé de près à une sanction. De ce fait, l'alcoolique en question comptait révéler l'existence de fournisseur importateur d'arme et de drogue, et l'Organisation aurait été en danger.

C'était son désir, ce jour-là. Si prêt de se servir d'un témoin pour renverser l'Organisation... mais il avait placé son espoir ailleurs : Yuskaku et Shinichi Kudo. Il avait déjà collaboré secrètement avec Yusaku, et discuté brièvement avec le détective. Il se souvenait bien de cette discussion, jour auquel Akai avait peut-être trouvé une arme puissante qui pourrait servir à détruire l'Organisation.

Pour revenir au sujet initial, Akai posa son fusil de précision sur le rebord du toit.

- Cible en vue.

Une goutte de sueur descendit le long de sa joue. Il détestait ça, lui, un homme assez froid et distant, voire solitaire, mais amoureux et aimable. Voir son viseur sur la tête d'un innocent, qui ne lui avait rien demandé, était dans terrible. Il avait pitié, mais au nom de millions de personnes et du FBI et de sa nationalité Américaine, il n'avait pas le choix.

Il pressa la gâchette, et le coup partit. La balle tua l'ex-soldat en pleine tête, et le corps tombe durement sur le sol.
Dai se releva en sueur. Il en avait commis des meurtres, mais les premiers contrats avaient été durs. Il ne pouvait pas continuer sa mission d'infiltration sans sacrifier des vies. Heureusement pour lui, à l'aide de réflexions, la majeure partie de ses contrats étaient centrés sur des criminels, raison pour laquelle Vermouth et Bourbon doutaient de sa loyauté.

Il était 7 heures.

"Efficace, ce produit" pensa Dai.

Après une longue toilette, il enfila son chapeau, des mèches dépassant sur le devant. Il utilisa son peigne habituel pour aplatir le peu de cheveux qui dépassait sur sa nuque, enfila une veste noire à boutons gris -qu'il ferma-, un pantalon noir et sortit de sa chambre.
Il se rendit aux tableaux des emplois du temps, sans même prendre le temps de savourer un bon petit-déjeuner.

"Dai Moroboshi → Rendez-vous Vermouth à 8 heures."

- Devine qui c'est ! déclara une jeune femme en posant ses mains sur les yeux de son petit ami.

Dai afficha un léger sourire d'amusement,

- Akemi.

- Gagné ! répondit-elle en souriant.

Elle posa ses lèvres sur les siennes, et lui tendit un paquet blanc refermé à l'aide de ruban rouge.

- Je t'ai acheté un éclair au chocolat. Te connaissant, et sachant très bien que tu te lèverais tard aujourd'hui, j'ai su que tu n'allais pas prendre le temps de manger.

- Merci, Akemi... mais ce n'était pas la peine de te tracasser pour ça.

- Il faut bien que je m'occupe de ta santé, vu que tu n'en es visiblement pas capable !

Dai leva les sourcils, prenant un air décontracté. Il avait beaucoup de chance de l'avoir rencontrée. Même si au début, il ne la côtoyait que pour sa mission, l'amour avait une fois encore gagné, enveloppant son cœur dans une spirale infernale. Il était amoureux, et c'était sûrement la seule personne qui permettait à Akai de rester debout au milieu de ce centre infecté. Il se l'était promis, il allait la faire sortir de l'Organisation, elle et sa sœur, qui étaient membres contre leur volonté.

Il la remercia encore, et la salua. Tout en savourant son éclair, en léchant ses doigts pour finir les traces de chocolat, il prit l'ascenseur.

Les petits déjeuners de l'Organisation... quelque chose qui agaçait l'agent infiltré. Effectivement, il y avait des confitures, du beurre, des tartines, du café, du thé et des croissants... mais le goût n'y était pas. La plupart du temps, les déjeuners étaient meilleurs, quant aux diners, c'était mi-figue mi-raison, la chance décidant d'elle-même si le repas était bon ou non.

Il atteignit enfin les étages des haut placés : tapis rouge, mur doré, confort et décoration, et surtout très soigné et sans aucune trace de poussière.

"Bureau de Vermouth" pensa Dai, "Pfft. C'est bien une actrice...",

Toc...

Gin lui ouvrit la porte, le regard toujours aussi froid et noir, comme toujours. Dai entra sans même attendre son ordre, s'assit sur le siège qui lui était destiné, l'homme aux cheveux argentés restant en retrait.

- Dai Moroboshi. Un total de 82 contrats, dont 76 criminels, 4 missions dont une en Europe, 92% de précision au revolver, 96% au fusil à pompe Remington et 99% au fusil de précision d'une distance maximale de 750 yards.

- Mhm. Pourquoi m'as tu fait venir, déclara-t-il froidement.

- Je vais comparer tes contrats avec ceux de... de Tequila, par exemple. Un total de 328 contrats, 167 missions, 34 piratages informatique, 81% de précision au colt, 24% au sniper, et 93% au desert eagle.

Dai toussota légèrement.

- Pourquoi m'as-tu fait venir ici, répéta-t-il.

- Gin, 2147 contrats, 864 missions, 21 piratages, 3 attentats, 254 prises d'otages, 97% de précision au fusil sniper d'une distance maximale de 650 yards, et 84% au revolver.

- Quelle est la raison de ma présence ici ? demanda Akai en levant un peu le ton.

Gin afficha un léger rictus, savourant pleinement le moment, et attendant la moindre erreur de Dai qui trahirait sa possible infiltration.

- Si on en tient à tes compétences, tu es notre meilleur sniper, tu peux donc assassiner n'importe qui. Pour quelle raison t'entêtes-tu à abattre des criminels ?

- Les criminels sont des personnes susceptibles de rentrer en contact avec l'entourage de l'Organisation. J'essaye donc de minimiser cette possibilité en leur faisant comprendre que certaines personnes doivent rester dans l'ombre, et que des canailles comme eux n'ont pas à prendre contact avec celles-ci. Autre chose ?
Vermouth fit signe de tête à Gin.

- Bien. C'est une raison valable. Dans ce cas, dit-il en se rapprochant et en jetant son regard noir dans celui de Dai, tu peux te "forcer" à éliminer une cible innocente mais dangereuse, n'est-ce pas, conclu-il en forçant le "n'est-ce pas".

- Oui.

Dai sentit con cœur battre légèrement plus fort, mais tel un agent du FBI surentrainé, il savait garder ses émotions et cacher ses signes de visage. Il pouvait donc très bien rester neutre, en ressentant la colère, la tristesse ou quoi que ce soit d'autres.

- Nous avons constaté sur nos derniers rapports qu'un détective et écrivain renommé avait des contacts avec nos ennemis. Cette cible, est facultative, tu peux l'abattre si tu en ressens l'envie. Cependant, ce qui nous intéresse, c'est..., elle fit une pause tout en jetant une photo sur le bureau. Kudo Shinichi.

Son cœur se serra, l'étreindre était horrible. Il aurait voulu sortir pour respirer et prendre une bouchée d'air frais, mais les circonstances actuelles l'en empêchait. Shinichi Kudo, la personne que recherchait en vain Shuichi Akai, dans le but de l'aider à détruire le syndicat.

Il se posait plusieurs questions : qu'avait faites Shinichi pour être dans le viseur de Vermouth ? Être détective n'était sûrement une raison suffisante, et encore moins des contacts propres à son père. Il y avait sûrement possibilité de complot. Shinichi avait-il d'autres alliées, avec lui ?

- Il n'a que 16 ou 17 ans..., l'agent releva la tête, et tu veux que le l'élimine ?

- Comment peux-tu savoir qu'il est aussi jeune ?

- La forme de son visage, ses vêtements de lycéen de l'école sud-ouest de Manhattan, grande université réputée, et bien sûr le sac sur son épaule. Dois-je aussi vous répéter que ce garçon est connu ?

- C'est justement pour ça qu'il est dangereux.

- En quoi est-il dangereux ? déclara subitement Shuichi.

Vermouth fronça les sourcils.

- Aurais-tu une raison, valable, qui nous empêcherait de commettre cet assassinat ?

- Non. J'aurais plutôt pensé qu'il serait un atout pour nous.

Gin s'alluma une cigarette et prit place sur le siège à côté d'Akai.

- Ça m'étonne, venant de toi, reprit Gin en laissant de la fumée s'enfuir de sa bouche entre ouverte. Il a des contacts avec les fédéraux, comment peux-tu croire qu'il y a possibilité, même infime, que ce jeune garçon nous rejoignent, mh ?

- Mhf, cracha Dai.

Gin se releva,

- C'est bien ce qui me semblait.

- Dans l'état actuel des choses, Dai-kun, nous ne prenons aucun risque. Autant te le dire, tu es soupçonné d'être une taupe... l'informa Vermouth.

Akai fronça les sourcils,

- Tu peux donc bien sûr refuser ce contrat, on ne t'y oblige pas, reprit l'actrice en constatant que Gin la regardait de travers. Mais si c'est le cas, les soupçons sur toi pèseront... et tu pourrais être abattu dans les jours qui suivent.

- De toute manière, j'ai la vie d'Akemi Miyano, appelée aussi Masami Hirota, entre mes mains... ceci t'aidera peut-être à faire le bon choix.

- Je ne vois pas en quoi un contrat pareil me rebuterait, vous vous faites des idées. Je l'accepte, ce lycéen mourra dans les prochains jours, rétorqua Dai.

- Voilà qui est raisonnable... susurra Gin. Seulement, c'est nous qui te dirons quel jour tu devras le tuer, et nous serons présents pour te surveiller. Maintenant, dehors ! rugit Gin en ouvrant la porte.

- Avec plaisir, répondit Dai en narguant Gin, qui referma la porte.

Gin reprit sa cigarette en main, la portant à ses lèvres. Il se reposa sur son siège, tout en contemplant les murs du bureau de Vermouth. Du marbre ? Avec ce qui semblerait être du vieux bois...

- Alors, qu'en penses-tu ?

- Il a quand même hésité. J'attends de voir le résultat.

- Je demande à Bourbon d'installer des micros dans sa chambre.

Gin afficha un sourire sadique.

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Dai Moroboshi entra dans sa chambre.

Il devait maintenant trouver un moyen de faire parvenir à Shinichi un code, dans lequel il expliquerait la situation. Seulement, il ne voyait pas comment. Il savait qu'il était surveillé, peut-être même mis sur écoute.

L'agent sortir son téléphone portable et tapota rapidement un SMS qu'il envoya.

"1...2...3...4...5. Cinq secondes. Ma chambre est mise sur écoute."

Il avait l'habitude de dialoguer avec Akemi ou avec d'autres collègues "proches"... et cela prenait, généralement, entre deux et trois secondes pour envoyer le SMS sur le réseau du complexe.

Les seules fois où les messages prenaient quelques secondes supplémentaires, étaient dans des cas spécifiques : radio proche, appel téléphonique dans le couloir... appareil d'écoute.

Il s'en était douté, et il avait eu sa confirmation.

Il jeta un dernier coup d'œil par la fenêtre.

Un grand brouillard.

Brouillard par lequel Shinichi était forcé d'essayer de repérer son chemin, à travers la pluie qui tombait en ville.

- Roo... Shinichi, nous nous sommes perdu, hein ? râla Ran.

- Non, c'est juste en face, tu vois ? La lumière bleu ! C'est ici qu'on a rendez-vous.

- Si je ne t'avais pas dit de prendre l'avenue marchande, on aurait été écrasé.

Shinichi en profita pour lâcher un petit rire.

- Allez, dépêches-toi.

- Et avec qui tu as rendez-vous, au juste ? Que dit cette lettre ?

- Pas grand-chose, je sais juste que...

Il s'arrêta.

- Qu'elle était signée "James Black".


Et voilà.

J'espère que ce chapitre vous aura plu !

Je crois avoir en tête le stratagème de Shuichi/Shinichi, ainsi que la fin de cette fiction (disons 6-7 chapitres grand max?) mais il faut que je relie le tout pour que ce soit réaliste, pas trop subtil ni trop "facile".

Et justement, c'est compliqué !

À la semaine prochaine ;) (ou deux... à voir)