— C'est l'histoire de deux princesses et un prince. Princesse Maisie, Princesse Ellie et Prince Alfred.

Ellie, son petit frère sur les genoux, écoutait avec attention sa sœur créer une histoire, à grand renfort de gestes emphatiques, sous l'érable de la cour arrière.

— Mais un jour, le royaume voisin décide d'attaquer et d'enlever le Prince Alfred !
— Qui il y a dans le royaume voisin ?

Maisie, prise au dépourvu par la question de sa sœur, leva les yeux vers les nuages, comme dans l'attente d'une inspiration divine.

— Des trolls ! cria-t-elle après un moment. Il y a des gros méchants trolls dans le royaume voisin !

Elle se tourna à l'entente d'un bruit qu'elle seule avait entendu.

— Ils arrivent ! Price Alfred, cours te cacher ! Ellie et moi te protégerons !

Alfred courut vers la maison aussi vite que ses jambes potelées le lui permettaient. Ellie s'empara de son épée – une branche d'arbre – et se posta aux côtés de sa sœur.

— Tu les vois ? demanda Maisie en brandissant sa propre arme.

Ellie hocha la tête. Ils étaient là, dix trolls plus monstrueux les uns que les autres, en train de contourner le coin du château. Avec un cri, les deux sœurs se jetèrent dans le combat, donnant des coups d'épée à droite, à gauche. Il semblait à Ellie que dès qu'elle frappait un troll, deux autres apparaissaient devant elle. Maisie et elle se battaient avec ferveur, mais elles devaient reculer vers l'arbre, lentement mais inexorablement. Alfred, caché sous la table, son pouce dans la bouche, regardait la bataille épique qui se livrait sous ses yeux.

Soudain, avec un cri, Maisie se laissa tomber sur ses genoux, une main pressée contre l'estomac.

— Ils m'ont eue, Ellie, je suis mourue ! Fuis ! Sauve-toi !

Avec un dernier râle, elle se laissa tomber sur le ventre, ses cheveux blonds formant un halo. Ellie vit les trolls restants former un cercle autour d'elle et fit la seule chose qui lui restait possible : elle se mit à escalader l'érable. Il y avait des branches que même du haut de ses quatre ans elle pouvait atteindre, et elle eut tôt fait de se hisser à plusieurs mètres de hauteur, hors de portée des trolls et de leurs lourdes massues.

— ELEANOR RACHEL CATTERMOLE ! DESCENDS DE LÀ TOUT DE SUITE !

Au cri de sa mère, toute la vision qu'Ellie s'était construite s'évanouit. Les trolls s'évaporèrent, le château redevint leur maison bien banale et Maisie se releva. Ellie se rendit soudain compte qu'elle était perchée en haut d'un arbre et qu'elle ne savait pas comment en redescendre. Son menton se mit à trembler et ses yeux s'emplirent de larmes.

— Mamaaaaaaaaaan…, gémit-elle.

La colère de Mary s'évanouit instantanément – pour ne revenir que plus tard, certainement – en voyant sa fille si mal en point. Elle s'approcha du tronc, mais Ellie était montée bien trop haut – un vrai singe quand elle s'y mettait, celle-là.

— Ne bouge pas ma chérie. Maisie, va chercher ton père.

Ellie attendit en pleurnichant que son père, à l'aide d'une échelle et d'un Wingardium Leviosa bien placé, la fasse descendre. La fillette était si malheureuse qu'elle ne s'amusa même pas de voler avec la baguette de papa.

Une fois de retour sur la terre ferme, elle enfouit son visage dans les jupes de sa mère, étouffant ses grands sanglots de petite fille dans les épaisseurs de tissu. Mary, caressant d'une main les cheveux bruns de sa plus jeune fille, se tourna vers son aînée, qui tenait Alfred par la main.

— Tu peux m'expliquer, Maisie ?
— On jouait à Il était une fois, répondit la blonde d'une petite voix.
— Ah bon ? Eh bien, il était une fois deux petites filles qui vont passer l'après-midi dans leur chambre. Allez, ouste !