Quand Cyprien Delacour et sa fille apparurent dans une des grandes cheminées du hall d'entrée de l'académie Beauxbâtons, une femme d'une quarantaine d'années se pressa vers eux.

— Bonjour et bienvenue à Beauxbâtons, dit-elle sans lever les yeux de sa feuille. Nom ?
— Fleur Isabelle Delacour, répondit la jeune fille d'une petite voix.

La femme parcourut sa liste des yeux et cocha le nom de Fleur.

— Très bien. Veuillez me suivre.

La main de Fleur se resserra sur celle de Cyprien. Celui-ci s'accroupit devant elle et la prit par les épaules.

— Tout va bien aller, ma belle, dit-il d'une voix douce. Maman viendra te chercher vendredi soir et tu nous raconteras tout.

Fleur hocha la tête bravement et fit un dernier câlin à son père avant de se tourner pour suivre la dame, qui ne l'avait toujours pas regardée. Après quelques pas, elle se retourna vers les cheminées ; son père avait déjà disparu, et un garçon de son âge, accompagné de sa mère, était accueilli par une autre dame.

Celle que suivait Fleur baissa alors le regard vers la jeune fille. Le pli qui lui barrait le front disparut et elle sourit.

— Je suis Mademoiselle Beaulieu, dit-elle d'une voix infiniment plus plaisante que celle qu'elle avait employée pour demander à Fleur son nom. Tu peux me demander n'importe quoi, je suis là pour aider les première année.

Fleur répondit à son sourire, un peu confuse par la soudaine gentillesse de la dame – c'était peut-être à cause de son père qu'elle avait été sèche – mais elle n'eut pas à répondre car elles arrivaient face à une petite porte ouverte. Mademoiselle Beaulieu donna une petite poussée dans le dos de Fleur pour qu'elle entre dans la pièce.

— Vas-y, ma belle, fais la connaissance de tes futurs camarades de classe. Je m'occupe de tes valises.

Fleur s'avança lentement dans le petit salon aux murs de bois aux allures de cabine de chasse du milieu de la forêt, avec feu ronflant dans la cheminée et tapisseries médiévales aux murs. Une dizaine de garçons et de filles étaient installés sur les gros fauteuils orange, certains par petits groupes de deux ou trois, d'autres seuls, semblant attendre la suite des choses. Tous, sans exception, levèrent les yeux en entendant Fleur entrer. Elle vit des sourires naître sur les visages de plus de la moitié d'entre eux, et deux des garçons se déplacèrent légèrement sur leurs fauteuils, comme pour l'inviter à prendre place près d'eux.

Toute sa vie, Fleur avait vu l'effet qu'avait sa mère sur les hommes. Même seulement demi-Vélane, elle faisait tourner les têtes. Dès qu'elle mettait les pieds dehors, tous les regards se posaient sur elle et avaient du mal à s'en défaire. L'été qu'elles avaient passé à Cannes, Fleur s'était amusée à compter combien de femmes envoyaient leur sacoche à la tête de leur mari quand Apolline passait devant eux. Elle s'était rendue à quarante-sept. Elle s'était aussi habituée à cette impulsion apparemment irrésistible qu'avaient tous les gens qu'elle rencontrait de lui pincer les joues, de lui caresser les cheveux ou de complimenter ses parents sur cette belle petite fille qu'ils avaient. Elle avait aussi remarqué que Gabrielle commençait à subir le même traitement.

Mais Fleur n'avait pas réalisé avant aujourd'hui le véritable effet qu'elle pouvait avoir sur les gens. Elle s'avança d'un pas léger vers le premier fauteuil, s'asseyant entre un garçon brun et une fille à lunettes qui ne la quittaient pas des yeux, et sourit à la ronde, d'un large sourire qui, elle le savait, faisait naître des étincelles dans ses grands yeux bleus.

Elle se rendait compte que si elle voulait, elle pourrait mettre tout le monde à genoux devant elle, dans cette école. Et peut-être bien qu'un jour elle le voudrait.