Note de l'auteure : C'est à partir d'ici que tout change. Je reprends, au fil des chapitres, quelques morceaux de l'histoire originelle. Le cadre est bien plus clair, bien plus essentiel, il aura bien plus d'impact. Vous vous en rendrez compte en lisant. C'est clairement différent, vous sentirez un petit peu déboussolé en lisant, c'est normal, j'ai repris le même principe que l'ancienne version, c'est-à-dire que le prologue est un bond dans le futur. Ou que la majeur partie de l'histoire est un retour vers le passé, à vous de voir.
Bonne lecture !
Chapitre 1
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Elle se jeta à genoux devant lui, pleurant, suppliant. Lui qui trônait sur ce tertre d'ossements immondes. Lui qui régnaient sur ce sinistre monde qu'était le Royaume des Morts.
Elle osait réclamer l'impossible. La seule personne au monde qui lui était cher. Elle n'avait rien tenté lorsque sa mère avait rejoint cet autre monde d'une terrible manière. On lui enlevait à présent le dernier objet de son affection. Ses mains jointes devant elle, elle qui n'avait jamais crut en Dieu, elle entretenait de toutes ses forces cette étincelle d'espoir.
Elle avait réussi à attendrir le Passeur puis le Gardien par ses suppliques, elle espérait qu'il soit possible d'arriver au bout de sa résolution. Elle réussirait, elle se l'était juré. Autrement, elle se laisserait tomber dans l'un de ces fleuves où nageaient toutes ces âmes en attente de jugement. Ces gémissements lui glaçaient les sangs et elle surmontait courageusement sa peur.
Les fantômes aux alentours sanglotaient en l'écoutant. Ces paroles intensifiaient la gravité de leurs propres souffrances. Ils l'écoutaient sans jamais cesser de gémir, de se prosterner. Ils quémandaient la clémence pour elle. Ils voulaient que cette audacieuse ait ce qu'elle désirait. Cette mort avait été si injuste, trop brusque. Ils compatissaient et joignaient leur douleur à la sienne.
« Tout-Puissant régnant sur La Moria qui porte ton nom, je te supplie de m'accorder cette unique faveur. N'aie-je pas protégé ton Royaume ? N'aie-je pas mis en échec, contre toute attente, le projet de tes frères si odieux ? Ne me suis-je pas soumise à tous tes caprices ? Le destin cruel m'ôta ma mère puis celle qui eut la bonté de m'élever, suis-je venue demander réparation ? Vous aie-je maudit, toi et cette terre infertile et haït ? Jamais je n'aie contesté tes décisions, jamais je n'aie bronché, jamais je ne t'aie demandé de sursis pour moi. Toujours j'aie su me taire et courbé l'échine, toujours j'aie obéis, toujours j'ai combattu en ton nom. Si j'aie pu faire preuve d'autant de courage, d'autant de soumission, d'autant de fidélité, d'autant de loyauté, c'est parce que ma sœur était encore en vie. Je te suis reconnaissante d'avoir ôté la malédiction qui pesait sur moi, être ton soldat est un honneur.
Il y a de cela deux semaines, les Sœurs du Destin ont coupé le fil de la vie de ma tendre sœur de cœur. Nous ne sommes pas liées par le sang, il est vrai, néanmoins je tiens à elle plus qu'à ma propre existence. Elle qui avait fini par trouver l'amour, par avoir un bonheur complet. Son âme est trop pure pour qu'elle puisse prendre le même chemin que le mien. Elle n'a pas eut le cœur d'ôter la vie pour se débarrasser de cette malédiction qui serait encore au-dessus de ma propre tête si tu n'étais pas intervenu dans ta grande bonté. Elle avait choisi de vivre pleinement sa vie avant de partir, j'eus beau faire, le temps m'a fait défaut. Elle est partie avant même que je puisse la revoir. Tu as déjà mon âme, ma fidélité, Haut Moria, ne t'en prends pas à mon cœur. Tu perdrais ton plus fidèle serviteur.
Ma sœur était pacifique. Tu as accordé ce droit à tes sujets. J'ai tout fait pour l'éloigner du sang et des horreurs de la guerre. Je me forçais à t'obéir, à la tenir loin de moi car mes mains sont tachées du sang de tes ennemis. Si j'ai toujours répondu à ton appel, c'est parce que je savais qu'elle était sauve grâce à toi, grâce à ce droit de liberté que tu accordes à tes sujets qui ne veulent pas et ne peuvent pas se battre contre leur destin immuable. Quelque part, tu devais savoir que je viendrai un jour à toi pour te faire cette requête. Pourquoi ne pas m'avoir devancée ? Qu'attends-tu de moi ? Quel est cet affreux dessin que tu projetais à mon encontre ?
Il est temps que le couperet de ta sentence tombe. Parles, exiges, je ferai n'importe quoi pour toi. Ma confiance entière est en toi, tu as toujours tenu tes promesses. Accorde-moi cette unique faveur, que je puisse redevenir le bras armé de ta volonté. »
Ce fut en ces mots qu'elle exprima sa fureur, son chagrin, sa douleur. Durant ces deux semaines, elle s'était arraché les cheveux, avait pleuré sur sa tombe, frappé maintes fois le sol jusqu'à meurtrir ses mains, ses outils dans son combat permanent contre les ennemis de son Maître.
Les âmes qui l'entouraient continuaient de sangloter, touchées par ce qu'elles entendaient, par cette preuve d'amour et d'abnégation. Lui n'avait pas prononcé un seul mot, la considérant avec une grande admiration. Il prit soin de la dissimuler sous une épaisse couche d'indifférence.
Il avait bien un projet pour elle. Qu'il ait osé laisser la sœur de son plus grand soldat mourir n'était pas un oubli de sa part. Au contraire, il comptait asseoir sa domination sur elle. Il avait un moyen de pression. Il avait un moyen de la garder pour toute l'éternité sous sa coupe. Cette jeune femme était spéciale grâce à sa naissance. Une telle puissance, une telle longévité… Assurément, ses plans tournaient autour d'elle. La concernaient de près.
Ses doigts pianotaient sur l'un des accoudoirs de son trône, son coude planté à l'autre et sa tête calée dans la paume de sa main. Il l'examina attentivement. Ses longs cheveux roux défaits, ses yeux rougies et gonflés par ses crises de larmes répétés, ses sillons tracés par ces perles d'eau sur ses joues couverts de poussière. Elle ne ressemblait plus au fidèle soldat qu'il avait engagé il y avait de cela quelques années.
Il était toujours étonné que de telles créatures puissent avoir des sentiments humains. Sa sœur ne l'avait jamais intéressée. Trop faible, même pour quelqu'un de son espèce. Le sang humain qui coulait dans ses veines l'avait convaincu qu'il ne perdait pas au change. Loin de là.
Depuis que cet autre être était né, une inquiétude permanente l'avait assailli mais impossible de mettre la main dessus. Cet être exceptionnel était capable de tenir tête à ses quatre champions d'après ce qui se disait depuis quelques années.
Il avait prit peur. Cela faisait des siècles que cela n'était pas arrivé.
Malheureusement, avant même qu'il ne puisse prendre l'initiative de le capturer, le camp adverse avait mit la main sur la créature fabuleuse. Moria avait donc attendu, patiemment. Puis était venue celle qui deviendrait son cinquième champion. Elle avait fait renaître de ses cendres une vieille ambition.
Elle était concentrée en elle. Celle qui se tenait devant lui.
Alors oui, il avait attendu impatiemment que cette sœur tant chérie meure. A présent, son plan pouvait enfin être mit en application.
« La demande est hardie, même venant de ma fidèle. » déclara-t-il d'un ton mauvais.
Il se leva, la toisant de toute sa hauteur. Il la voyait trembler de tous ses membres, ses yeux demandant son pardon et sa compréhension.
« Cependant, je ne puis me permettre de te perdre, poursuivit-il avec une affection judicieusement feinte. Il n'y a qu'un moyen d'arracher à la mort ce qui lui revient de droit. »
Il fit une pause volontairement tragique avant de poursuivre.
« Acceptes-tu que pèse à nouveau sur toi la malédiction imposée aux créatures de ton espèce ? »
Il vit la flamme de l'espoir briller de nouveau dans les prunelles de sa servante qui releva la tête, osant sonder le regard de Moria pour tenter d'y déceler de l'ironie dans sa proposition. Elle entendit les âmes autour d'elles hurler, la mettre en garde, la conjurer d'abandonner. Ces pauvres créatures avaient toutes été les victimes de cette affreuse destinée. Elle-même, elle savait quelle souffrance elle allait devoir endurer. Une seconde fois.
Il n'y avait pas lieu d'hésiter. C'était la seule solution. Elle connaissait les lois.
« Je l'accepte. Jamais elle ne se souviendra de son passage ici n'est-ce pas ?
― Je t'en fais la promesse. Elle ne saura jamais que tu as fait ce sacrifice pour elle. Personne, pas même son époux, ne se souviendra qu'elle était morte ces deux dernières semaines. Dès à présent, à leurs yeux, tu n'as jamais réussi à te débarrasser de ta marque maudite. »
Le cœur de la jeune femme bondit de joie, ses yeux se fermèrent dans sa vaine tentative de canaliser ses élans d'allégresse. Elle se remit sur ses pieds, frappant son cœur de son poing. Elle fit une profonde révérence et se redressa.
« Sa Sombre Seigneurie ne sera pas déçue.
― Je suis persuadé que tu réussiras. »
Cette voix mielleuse lui aurait fait craindre le pire si le bonheur ne l'avait pas totalement submergée.
« Sois bien prudente, ma fidèle. Prudente et consciencieuse. Tu as jusqu'à tes 20 ans pour réussir. Tu as donc deux ans pour te débarrasser définitivement de ta malédiction.
― Je réussirai. Vous avez ma parole !
― Ne te mets pas la pression. Si jamais tu succombes, je t'accueillerai avec joie et je te promets de te garder une place de choix dans mon armée d'immortels. »
Il eut un grand sourire, descendant jusqu'à elle. Elle dut lever la tête pour pouvoir continuer à le regarder dans les yeux. Il posa sa main sur le bras tendu de son soldat, apposant la marque. De la fumée filait entre ses doigts, la douleur de la brûlure fut supportée sans le moindre signe de faiblesse de la part de la jeune femme. Tandis que le tatouage pénétrait la peau de son soldat, il ajouta :
« Cependant, tu devras continuer à bien me servir. Ne t'en fais pas, je ne serai pas exigeant. Il y a une personne que je crains. J'aimerais que tu ailles à la pêche aux informations pour moi et que tu délivres une personne. Sois aussi discrète qu'une ombre. Prends ton temps. »
Il la lâcha, la laissant contempler l'hideuse trace de son pacte. Ce serpent violet bordé de noir qui s'enroulait autour de son avant-bras semblait prêt à lui sauter à la gorge. Finalement, elle opina, attendant qu'il lui donne le nom de sa cible puis qu'il la congédie pour se mettre à l'ouvrage. Moria eut un grand sourire triomphant en la suivant des yeux tandis qu'elle repartait vers le monde des vivants.
Cette confrontation qu'il attentait tant allait enfin arriver.
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Il courrait à perdre haleine, entendant crier ses anciens geôliers. Il serra la main nichée dans la sienne, tourna la tête vers elle pour s'assurer qu'elle tenait bon et accéléra leur course. Il entendait le bruit des armes qui s'entrechoquaient, les sorts qui filaient et s'écrasaient contre les murs. Les grâces toutes prêtes étaient de très mauvaise qualité.
La chance était de leur côté.
Ils allaient y arriver. S'ils tenaient bon encore quelques heures, ils auraient fait un grand pas vers leur liberté. Il ne comptait pas se laisser faire, mourir pour ces gens pour qui il n'était rien d'autre que de la chair à canon. Il valait bien mieux que ce le destin qu'on lui avait préconçu.
Il en voulait tant à ses parents. A leur nature. A leur rencontre. A leur amour dont il était le fruit. C'était de leur faute s'il avait vécu l'enfer en plein prétendu paradis. Ces anges se croyaient dans leur droit en les brimant, en les massacrant, en les détruisant, en les remodelant à l'image de serviteurs bien obéissant et sans âme.
Cette main qu'il tenait dans la sienne, il ne comptait pas la lâcher. Elle n'avait rien à faire ici. Son père l'attendait, bien caché. Il avait promit qu'il veillerait sur elle, qu'il risquerait sa vie pour elle. Il était inenvisageable qu'il s'enfuit en la laissant derrière.
Elle était bien plus faible que lui, son âme bien plus pure malgré ses origines. S'il était trop tard pour lui, il ferait tout pour qu'elle conserve son optimisme. Il était trop tard pour son innocence.
« On y est presque, courage ! lui lança t-il.
― Je n'y arriverai pas… souffla-t-elle. Je ne suis pas aussi robuste que toi.
― Dis-toi bien que si ces ordures t'ont choisie, c'est parce qu'ils sont sûrs de ta force. »
C'était faux. S'ils avaient bien voulu la garder en vie, c'était pour ses talents dans les sorts de soin. Pourtant, elle crut en ce mensonge. Elle savait qu'il ne lui disait pas la vérité mais elle voulait y croire. Sa main se serra davantage. Il ne devait pas la perdre. Si elle tombait, ils seraient capturés. Leur chance de survie serait réduite à néant après une telle tentative d'évasion. Quoique. Peut-être seraient-ils plus clément, au vue des récents évènements…
« Tu vas y arriver, insista t-il, Il le faut. »
La jeune femme opina, le cœur au bord des lèvres. Elle préférait mourir plutôt que de vivre à nouveau ce cauchemar éveillé. Il était le seul sur qui elle pouvait compter. Tous ses amis, tous ceux qu'elle avait connu, tous étaient morts ou étaient devenus des esclavages obéissant aveuglément à leurs bourreaux.
Il ne lui restait plus que lui.
« Ne t'en fais pas Conis, reprit-il, tu reverras ton père, saine et sauve. Je ferai tout pour. »
La jeune femme se sentit rosir, remerciant mentalement la chaleur tandis qu'il était aisé de croire que c'était la course qui colorait ainsi son visage. Les jambes lourdes, elle redoubla d'efforts pour tenir. Elle n'avait pas son endurance mais elle ne voulait pas mourir ou être capturée sans avoir eut la certitude qu'elle avait tout donné pour échapper à son destin.
Il surprit le regard de sa compagne sur le tatouage. Cette croix blanche maudite longée par une fine ligne d'un rouge sanglant. Il passa ses doigts sur son cache-œil, se demandant quelques secondes s'il était possible d'user de son pouvoir sur leurs poursuivants. Il abandonna l'idée d'essayer, craignant d'atteindre l'un de leurs compagnons dans l'entreprise.
La seule option qui leur restait était de courir. Jusqu'à ce qu'ils sortent de ce Temple. Ils n'auraient qu'à se cacher dans la montagne où elle se trouvait et il serait impossible de les retrouver.
Il prit un tournant rude, s'engageant dans un autre couloir. Il se concentration sur l'appel de l'extérieur, l'appel de la nature. Cette voie si familière, qu'il avait toujours connue, qui le guidait vers elle. Sa mère lui en avait parlé et avait insisté à ce sujet. Il devait la suivre, l'écouter. Elle ne voulait que son bien, veillait sur lui depuis sa naissance. Impuissante, elle avait attendu qu'il réussisse à s'échapper pour l'aider. Son cœur s'affolait dans sa poitrine, il avait l'impression de revivre à la seule pensée qu'il allait sortir d'ici.
Il tourna à nouveau et il se stoppa net, attirant Conis contre lui. Ils écoutèrent attentivement les bruits de cavalcade, plongés dans les ténèbres. Les cris et les hurlements se faisaient de plus en plus proches, il sentit la jeune femme tressaillir en reconnaissant la voie agonisante de l'un de leurs amis.
Plus il y réfléchissait, plus il avait la certitude que le pire était encore à venir. Il baissa les yeux vers son amie tremblante. Elle avait enfouit son visage contre son cou, retenant les sanglots dans sa gorge. Elle ne réussirait pas à tenir. Cette montagne, pour peu qu'ils fassent la moindre erreur, pouvait être synonyme de mort comme d'ouverture au chemin qui menait vers une probable liberté.
« Conis, tu connais l'histoire de l'incendie de Sodome ? »
Elle releva la tête, le regardant avec surprise puis se reprit.
« Non…
― Quoiqu'il arrive, il ne faut jamais regarder en arrière, même si on entend les cris de ceux qu'on aime car si on se retourne, on est changé en statut de sel.
― Je ne… comprends pas. »
Elle ne voulait pas comprendre. Elle refusait de croire en l'interprétation qu'elle venait de faire. La jeune maudite fit un pas en arrière, ramenant ses bras repliés contre elle, frigorifiée. Il se pencha vers elle et prenant le fin visage de sa compagne entre ses mains, il mit toute sa conviction dans ses paroles.
« J'ai promis à ton père que je te protégerai qu'importe ce que cela peut me coûter. Quoiqu'il arrive, si je suis contraint de rester en arrière pour les ralentir, si je suis capturé, si je meurs en tentant de te défendre, continue de courir. Ne te retourne surtout pas.
― Qu'est-ce que tu racontes ? On va sortir d'ici ensemble ! Qu'est-ce que je pourrai bien faire à l'extérieur si tu n'es plus là ? Je serai perdue, je ne saurai pas quoi faire… J'ai si peur…
― Je vais tout faire pour qu'on s'en aille mais promets-moi que tu ne feras rien qui puisse compromettre tes chances de partir. »
Il fallait faire vite. Les voix revenaient, sourdes dans les premières secondes, de plus en plus proches et distincte alors qu'il attendait fébrilement sa réponse. Il devinait le déchirement intérieur auquel elle était la proie. Puis, enfin, elle planta un regard déterminé dans le sien.
« Je te le promets mais toi, promets-moi que tu feras tout pour rester avec moi. Si je tombe, tu t'en iras. »
Il eut un sourire amusé et la serra contre lui, attendrit. Elle lui rendit son étreinte dans la même intensité, espérant lui communiquer ainsi la force de l'amour qu'elle éprouvait pour lui. A son plus grand soulagement, elle entendit :
« Je te le promets. »
Les effusions d'affection passées, il fallait reprendre la course. La saisissant à nouveau par le poignet, il se concentra sur la voie qui lui indiquait le chemin à suivre. Conis avait tout juste le temps de reprendre son souffle et de rassembler ses forces restantes. Elle était rassurée, il ne partirait pas sans elle. C'était égoïste mais elle ne voulait plus vivre s'il n'était plus là. Elle ne se serait même pas sentie trahie s'il l'avait laissée derrière lui. Elle aurait parfaitement compris, il avait tellement plus de chances de survivre !
Après avoir emprunté de multiples couloirs, assuré dans ses choix alors que tout ce ressemblait tant et si bien qu'ils avaient l'impression d'être dans un labyrinthe, il vit enfin la sortie. La plus sûre et la plus risquée à la fois.
Cette grande baie vitrée. Il lui serait aisé de la briser, il n'aurait qu'à s'y jeter. Il se fichait éperdument des blessures, l'essentiel était de rester en vie.
Leurs poursuivants les avaient retrouvé et tira sans même tenter d'épargner les points vitaux. Les balles chargées de pouvoir divin filaient, frôlant sa taille, sa joue, son épaule. Il entendit un cri derrière lui et le poignet de la jeune femme glissa hors de sa main. Il mit quelques secondes pour se retourner et se rendre compte qu'elle avait été touchée. Sa compagne se tordait de douleur, allongée, le sang colorant de vermeille le marbre uniformément blanc. En les voyant s'arrêter, leurs geôliers avaient cessé le tir et avait accélérer le pas.
Il s'agenouilla et repéra l'endroit où la balle avait traversé le corps de la jeune femme. Les deux mains de Conis étaient pressées contre son ventre.
« Va-t-en. »
Elle venait de lui souffler ce qui aurait dû être un ordre. Il savait que tout n'était plus qu'une question de secondes. Il devait faire un choix. Il avait déjà pris sa décision.
Passant son bras à son dos et l'autre sous ses genoux, il la souleva du sol. Il dut se faire violence pour rester impassible lorsque Conis eut un gémissement de douleur. Elle allait protester, il la coupa net dans ses reproches. Il se remit sur ses pieds et courut vers leur sortie.
« Je suis un excellent menteur, je sais, tu me feras la leçon dehors. Presses tes mains contre la plaie, je m'en occupe dès que nous sommes sortis. »
Devant la vitre, il fit volte-face à la dernière seconde avant de sauter afin d'éviter à la jeune femme d'être davantage blessée. Il serra les dents en sentant les bouts de verre s'enfoncer dans sa chair. Il serra davantage Conis contre lui et leva les yeux vers le ciel. Il n'aurait jamais cru qu'il fut possible d'être heureux en observant ce ciel bleu qui lui avait tant manqué. Tant pis si la rude descente de la montagne qui l'attendait le tuait, il serait mort en étant pratiquement libre. Il mourrait moins amer.
Il perçut avec horreur que son corps et celui de Conis traversait une fine pellicule translucide qui entourait le Temple. L'illusion se brisa et ce qui était une montagne se révéla être une colline. Le sort lié à leur tatouage s'activa, la marque maudite pulsa et ils eurent un identique cri de douleur. Son bras était paralysé et il lâcha Conis. Il dévala la colline sans discontinuer, sans pouvoir s'arrêter, la douleur se propageant dans tout son corps, explosant dans sa tête.
Il connaissait ce sortilège, il savait qu'elle n'avait qu'un effet très limité dans le temps. Son cœur lui faisait atrocement souffrir. Il ne s'était pas rendu compte qu'il était en bas de la colline, il se tordait de douleur, quelques larmes s'échappant de ses yeux clos.
Aussi soudainement qu'elle était arrivée, elle cessa, le laissant pantelant, secoué. Il se redressa péniblement, en prenant de multiples précautions. Il eut un coup d'œil affolé vers la colline puis se souvint qu'il était enfin dehors, leurs poursuivants, de par leur nature pure, ne pouvait pas sortir des lieux sacrés sans préparation. Il avait du temps devant lui. Peu mais suffisamment pour qu'ils perdent sa trace. Il repéra une forêt non loin de là, c'était l'endroit parfait. La nature était sa plus fidèle alliée, elle le cacherait, le protégerait. Le temps que Conis se remette de sa blessure et ils partiraient…
Conis ! Ce prénom se rappelait à lui. Son visage lui revint à l'esprit. Dans cet océan de douleur, il osé l'oublier elle. Il s'en voulut et la chercha du regard. Son cœur se serra quant il la vit, gisant à quelques mètres de là, lui tournant le dos. Il se traîna à genoux près d'elle, ses jambes encore trop faibles après la rude épreuve qu'il venait de leur imposer.
Il la retourna vers lui, plein d'espoir. Un espoir qui vacilla lorsqu'il croisa les yeux vides de la jeune femme. La flamme de la vie, si vive dans ses sombres prunelles, s'étaient éteintes.
Loin de s'avouer vaincu, il l'allongea sur le dos et posa ses mains sur la plaie béante qui avait teinté leur tenue blanche d'écarlate. Elle ne pouvait pas mourir, ni maintenant ni jamais. Ils étaient sortis de cet enfer, ils allaient enfin pouvoir se débarrasser de leur malédiction et vivre heureux et libre. Il avait tenu sa promesse, il devait la tenir, il allait la ramener auprès de son père.
Malheureusement, même lorsque la plaie fut refermée grâce à son pouvoir, elle resta inerte. Son cœur n'avait pas supporté la douleur, son corps épuisé avait perdu la bataille. Une bataille inégale. Dès lors qu'elle avait été blessée, elle s'était retrouvée condamner. Il ne pouvait pas l'accepter.
Il l'appela à de nombreuses reprises. Fou de douleur et de chagrin, il hurla son désespoir, sa rage. Faible et pourtant fort, impuissant et pourtant brave, il frappa la terre sèche de ses poings, empoigna ses courts cheveux blonds, à la limite même de les arracher. Il aurait donné sa vie pour lui rendre la sienne. Son âme était partie et jamais plus il ne pourra entendre sa voix, profiter de son optimisme, oublier sa haine grâce à sa bonté. Elle avait rejoins ce monde aride et froid du Royaume des Morts dont l'accès était trop restreint.
Il enlaça le corps de sa compagne et l'étreignit, le berçant doucement, sanglotant. Il était incapable de ravaler ses larmes, il ne ferait pas insulte à sa mémoire en la laissant là. Il n'autorisait aucun de ces monstres odieux à l'apparence factice de pureté de l'effleurer.
Il était temps de partir. Il devait se résigner. Il referma les yeux de la défunte et la prit dans ses bras avant de se relever. Il la rendrait à son père, il méritait de savoir.
Par égard pour elle, il vivrait.
Il se jura de tout faire pour rétablir l'ordre des choses.
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à suivre...
Voilà donc le premier chapitre. J'espère ne pas vous avoir déçu. N'hésitez pas à laisser vos impressions, cela m'aide beaucoup.
A bientôt, cher lecteur !
