Bonjour,

Waouh, 37 reviews pour le 1er chapitre ! Comment vous montrer combien je suis honorée par votre enthousiasme pour L'incorrigible attraction ? Mais en même temps, ça m'a fichu un sacré coup de pression pour la suite de l'histoire ! J'espère que ça vous plaira et que ce sera à la hauteur de vos espérances. Je vous remercie et réponds à vos reviews avec grand plaisir en tout cas.

Bonne lecture et à la semaine prochaine,

Patmol25


L'incorrigible attraction

Chapitre 2

Assis sur l'un des sièges inconfortables et sales du métro londonien, Harry rejeta sa tête en arrière en poussant un soupir. La fatigue de fin de semaine l'écrasait et s'il s'écoutait, il s'endormirait sur le champ. Bien sûr, sa conscience lui dictait de ne surtout pas faire preuve de relâchement dans un lieu aussi merdique que le métro. Même si ce n'était pas bondé à cette heure de la journée – c'était d'ailleurs pour ça qu'il avait failli faire une danse de la joie en avisant une place libre – il connaissait suffisamment bien ce moyen de transport pour savoir que les pickpockets n'avaient pas d'heure.

À treize ans, Harry s'était fait voler son portefeuille dans la poche avant de son sac à dos sans même s'en apercevoir. Il en avait pris conscience en rejoignant Ron et Neville dans un Mc Donald's d'Oxford Street. Au moment de payer sa consommation, il n'avait trouvé qu'une poche vide à son grand effarement. L'humiliation de se retrouver au milieu du fast-food, sans le moindre sou, l'avait terrassé sur place même si ses amis s'étaient empressés de payer son menu. Ses parents avaient soupiré en lui rappelant – pour la dixième fois depuis qu'il prenait le métro seul probablement – de toujours veiller à être très vigilant.

Quand le métro s'arrêta dans un bruit métallique bruyant à la rame, Harry rouvrit les yeux et passa une main sur son visage. La rentrée scolaire datait de trois semaines à présent et Harry avait le sentiment de ne pas avoir eu deux mois de vacances. Avait-il seulement été dix jours avec ses parents dans une station balnéaire française à quelques kilomètres de Perpignan ? Quand il fermait les yeux, il parvenait presque à se rappeler de la sensation de l'eau de la mer méditerranée léchant ses orteils mais chaque jour, ce souvenir s'éloignait de son esprit. Bientôt, il ne parviendra plus du tout à ressentir cela et l'attente des prochaines vacances le tiraillera.

D'ailleurs, l'époque de l'école secondaire était réellement révolue. Quand il songeait que trois mois plus tôt, il était sur le point de passer ses A-Levels, Harry peinait à le croire. Sa rentrée à l'Université de Westminster lui bouffait littéralement tout son temps et son énergie. Débuter la fac demandait un temps d'adaptation que bien trop d'enseignants ne se donnaient pas la peine de leur offrir. À présent, il était capable de se repérer dans quasiment tous les bâtiments sans se perdre et donc sans arriver en retard en cours. La prise de note était plus facile même s'il ne savait toujours pas très bien ce qu'il devait noter ou pas. Le plus difficile pour lui était de s'organiser pour réaliser les exercices de TP, retravailler ses cours magistraux et les compléter avec des lectures supplémentaires, se pencher sur des dossiers à rendre pour le mois de décembre et qui, bien évidemment, comptaient pour les partiels du premier semestre.

Sans oublier son stage dans l'entreprise de communication de Lucius Malefoy. Après quelques ajustements d'emploi du temps, il réalisait quinze heures par semaine dans l'entreprise et même si cela était passionnant, Harry vivait à un rythme effréné pour tout assumer. Si le fait de pouvoir acquérir une expérience professionnelle tout en gagnant des points pour ses partiels – et de l'argent pour son compte – était toujours génial, Harry n'avait pas imaginé tous les efforts que cette situation nécessitait. Et c'était plutôt crevant.

Quelques minutes plus tard, Harry s'engouffrait dans la tour de verre où les bureaux du cabinet de conseil en communication Malefoy avaient élu domicile. En ce début de soirée, les locaux étaient quasiment vides hormis les vigiles et quelques travailleurs retardataires. Il se pressa vers les ascenseurs et entra dans une cabine vide avant d'appuyer sur le numéro 18. La machine se mit en route puis se rouvrit à sa destination. Harry fit un pas pour sortir de la cabine mais il se retrouva face à deux colosses dont la largeur l'empêchait littéralement de mettre un orteil à l'extérieur.

« Oh, oh ! » s'écria t-il vivement en levant les mains devant lui. « Tout doux ! »

Un picotement désagréable traversa son corps en avisant les regards menaçants des deux hommes. Ils étaient aussi grands et larges l'un que l'autre. S'ils étaient tous les deux bruns, l'un souffrait d'une calvitie avancée. Son regard s'arrêta plus particulièrement sur la cicatrice boursouflée de celui-ci. La marque partait de son oreille droite, courrait le long de sa mâchoire puis disparaissait dans le col de son polo.

Ni l'un ni l'autre ne fit mine de bouger et Harry déglutit en ayant soudainement très chaud. C'était quoi ce bordel ? Pourquoi ne pouvait-il pas entrer dans les bureaux du cabinet à dix-neuf heures sans se faire accueillir par deux hommes ressemblant à des tireurs à gages ?

« Poussez-vous de là. »

Pour la première fois depuis ces trois dernières semaines, Harry fut soulagé d'entendre la voix de Lucius Malefoy. Les deux armoires à glace se déplacèrent chacun d'un côté d'un même mouvement et il fut accueilli par le regard glacial du directeur de l'entreprise.

« Que faîtes-vous ici ? »

« J'ai… J'ai oublié mon téléphone portable, » répondit-il en sortant de la cabine.

Il jeta un bref regard aux deux colosses puis fit un sourire d'excuse à Malefoy. Ce dernier claqua la langue d'un air agacé mais Harry ne le remarqua même pas. Il venait seulement de noter la présence de Tom Jedusor à l'autre bout de l'open-space, contre la porte menant au bureau de Malefoy. Depuis leur rencontre rocambolesque lors de son arrivée en stage, Harry ne l'avait pas recroisé et, à sa grande surprise, il s'en était senti déçu plus d'une fois.

« Hé bien, qu'attendez-vous ? Allez le chercher ! » s'agaça Lucius.

Harry s'empressa de hocher la tête en arrachant son regard de l'homme qui l'observait sans un mot, un léger rictus au coin des lèvres. Les yeux rivés sur ses chaussures, il se précipita vers son petit bureau. Harry avait eu à cœur de le décorer avec quelques babioles pour le rendre plus humain.

En arrivant près de son espace de travail, il ne put que remarquer tous les regards rivés sur lui. Malefoy semblait au bord de l'apoplexie et ses yeux bleus gris le fusillaient du regard. Les deux colosses s'étaient de nouveau positionnés devant les portes de l'ascenseur, leurs énormes bras croisés contre leur poitrine. Sérieux ? C'était quoi tout ça ?

Tout en réfléchissant aux hypothèses pouvant créer cette étrange rencontre nocturne entre son patron et ce mystérieux Jedusor, Harry ouvrit les tiroirs métalliques du bureau puis soupira de soulagement en repérant son mobile dans l'un d'eux. Il l'attrapa et le glissa dans la poche de son jean avec empressement. Quand il releva la tête, son regard tomba dans celui marron-rouge de Tom Jedusor et il sursauta.

Comment avait-il pu se déplacer aussi silencieusement, bon sang ?

« Bonsoir, » salua l'homme d'une voix profonde.

« Bonsoir Monsieur, » répondit Harry en espérant rester impassible.

Tom Jedusor arqua un sourcil élégant et Harry ne sut dire s'il était moqueur ou amusé. Le jeune homme se fustigea mentalement de sentir tous ses sens se mettre en émoi alors que l'homme, bien plus âgé que lui, se contentait de le regarder sans un mot. Percevait-il son trouble ? Bon dieu, il espérait que non : il allait le prendre pour un cinglé !

Profondément mal à l'aise, Harry lança un coup d'œil à Malefoy par-dessus son épaule. Le blond les fixait du regard et Harry fut presque certain de noter une certaine inquiétude dans son regard. À bien y réfléchir, c'était la deuxième fois qu'il repérait cette émotion chez l'homme et chaque fois que cela était arrivé, Tom Jedusor n'était pas loin.

« Quel est votre nom, jeune homme ? » demanda Jedusor au moment où Harry fit un pas sur le côté pour s'éloigner. « Lucius est friand de jeunes stagiaires pour faire tourner son entreprise et je peine à me souvenir des prénoms de tous. »

« Harry, Monsieur. Je m'appelle Harry Potter, » déclara distinctement Harry.

Il aurait presque été fier de son self-contrôle s'il n'avait pas remarqué la lueur étrange luisant soudainement dans les yeux de l'homme. Ce dernier, sans un mot, se détourna de lui pour lancer un long regard à Lucius et Harry pouvait jurer avoir vu ce dernier blanchir un peu plus – si cela était possible.

« Harry Potter ? » répéta Tom en se tournant de nouveau vers lui, l'air sincèrement amusé. « Potter comme dans James Potter ? »

« C'est mon père, » confirma t-il, aussitôt sur la défensive.

Il n'était pas rare que son nom éveille quelques intérêts. James Potter était commissaire au grand commissariat central de Londres depuis des années. Il était entré dans les forces de l'ordre dès sa sortie de l'école secondaire, peu intéressé par des longues études mais soucieux de faire un métier dans lequel il pouvait associer sa vivacité d'esprit et son besoin quasi incontrôlable d'être dans le feu de l'action. Il ne s'était pas trompé puisqu'à présent, il dirigeait deux brigades dans le service anti-criminalité.

Le métier de son père et sa position attirait soit l'admiration, soit l'irritation. Il s'était déjà fait chahuté par des personnes qui haïssaient littéralement tout ce qui avait trait avec la police et les forces de l'ordre. Harry avait toujours ardemment défendu son père, particulièrement fier de son travail et de son implication pour celui-ci. Même si l'homme était soumis au secret professionnel, Harry avait entendu de nombreuses anecdotes de son quotidien et il n'ignorait pas que les dossiers les plus épineux arrivaient toujours, à un moment ou un autre, sur son bureau.

« Je vais rentrer chez moi, maintenant, » ajouta t-il, sa nervosité augmentant d'un cran. « Je ne veux pas arriver en retard. »

« Laissez-moi vous raccompagner, Harry, » offrit Tom. « Je suppose que vous n'avez pas de voiture et à cette heure de la soirée, les rues de Londres ne sont guère rassurantes. »

« Nous n'avons pas fini, Tom, » intervint vivement Lucius.

Sidéré par la proposition de l'homme, Harry le vit plisser les yeux et se tourner d'un air menaçant vers le PDG du cabinet de conseil. Lucius sembla se ratatiner sur place. C'était quand même foutrement agréable de voir les rôles s'inverser. Malefoy avait tendance à hurler et balancer des ordres à tout va à ses employés sans se soucier, non même en se délectant, de leur réaction.

Si l'atmosphère n'avait pas été si lourde dans l'open-space, le jeune Potter aurait été tenté d'afficher un sourire moqueur. Juste pour mettre dans les dents de Lucius Malefoy que, non, visiblement, il n'était pas le roi des connards.

« Crabbe, Goyle, les clés du véhicule. »

L'ordre claqua sèchement dans l'air et Harry vit les deux armoires à glace échanger un regard surpris. L'un d'entre eux farfouilla dans les poches de son blouson en cuir puis il en sortit un trousseau de clé. Tom passa à côté de Lucius sans lui adresser le moindre regard et Harry, dans un état second, lui emboîta le pas. Il tressaillit en croisant le regard de son patron mais ni l'un ni l'autre ne prononcèrent un mot.

Quand les portes de l'ascenseur se refermèrent, le laissant seul avec Tom Jedusor, Harry prit soudainement conscience de sa stupidité. Il ne pouvait absolument pas monter dans la voiture d'un parfait inconnu ! Même s'il était majeur, ses parents le tueraient pour ça – et ils auraient raison ! Il prit une grande inspiration et se retourna pour faire face à l'homme qui était nonchalamment appuyé contre le miroir accroché à la paroi du fond.

« Merci, Monsieur, de cette proposition mais je vais rentrer par mes propres moyens, » déclara t-il, la bouche sèche. « Je ne suis qu'à quelques mètres de la station de métro. »

« Oh, Harry, je t'en prie. Appelle-moi Tom. »

Confus, le jeune homme ouvrit la bouche mais n'eut pas le temps de prononcer le moindre mot. Les portes s'ouvrirent sur le parking souterrain du gratte-ciel. Sentant que la situation lui échappait totalement, Harry resta immobile, les jambes clouées au sol. Tom le dépassa sans un mot et commença à marcher dans les allées sombres éclairées par des néons.

« Viens. Ma voiture est là. »

Pour appuyer ses propos, Tom pointa la clé de la voiture quelques mètres devant lui et appuya sur le bouton de l'ouverture centralisée. Les phares d'un véhicule se mirent aussitôt en marche. Harry se mordilla la lèvre, toujours hésitant puis bondit hors de l'ascenseur pour rejoindre l'homme. Son cœur battait à la chamade et une force inconnue le poussait à suivre Tom et à ne pas paniquer.

Il ne fut guère étonné de découvrir une berline luxueuse d'un noir brillant. Son regard s'arrêta sur les quatre cercles composant le logo Audi sur le pare-choc du véhicule. Les vitres étaient teintées, laissant guère la possibilité de voir l'intérieur de la voiture. Tom le contourna puis ouvrit la porte du passager. Le sens de ce geste galant le frappa de plein fouet mais Harry s'efforça d'éloigner cette idée. Il ne devait pas commencer à se faire de films concernant les intentions de l'homme.

« Merci, » balbutia t-il en grimpant dans la voiture.

Comme il s'y attendait, l'intérieur de la voiture était dernier cri. Les sièges étaient en cuir et tout était flambant neuf. Tom prit place derrière le volant et enfonça la clé dans le contact. Aussitôt, l'autoradio s'alluma et une musique douce s'éleva dans l'habitacle. Il prit quelques secondes pour régler le siège et les rétroviseurs. Visiblement, ce n'était pas lui qui conduisait à l'aller.

« Ces deux hommes… Ce sont vos chauffeurs ? »

Tom coula un regard dans sa direction et Harry rosit légèrement face à sa curiosité légendaire. Son père et son parrain s'accordaient à dire qu'il tenait ce trait de caractère de Lily.

« On peut dire ça, » répondit Tom avec un sourire indéchiffrable. « Quelle est ton adresse ? »

Harry la lui dicta et Tom acquiesça, entra l'adresse dans un GPS puis mit la première vitesse afin de quitter le parking. Il se plongea dans la circulation fluide de ce début de soirée et seule la musique, agréable et reposante, les accompagna dans les premières minutes de leur parcours.

Le plus jeune était complètement lucide sur son comportement inconscient et en même temps… Le fait d'être dans la même voiture que cet homme éveillait en lui des sensations inconnues jusque là. Il avait terriblement chaud alors que l'été était bel et bien derrière eux maintenant. Il posa sagement ses mains sur ses cuisses, ignorant où les mettre.

« J'ai le permis, » déclara t-il soudainement. « Mais je n'ai pas encore acheté de voiture. C'est… A Londres, c'est parfois plus facile d'utiliser le métro et les bus. »

Oh bon sang ! Pourquoi ressentait-il le besoin de se justifier ainsi ? Il ne voulait pas que Jedusor le prenne pour un incapable. Ou pire, pour un gamin. Il avait passé son permis deux jours avant de prendre l'avion en direction du sud de la France avec ses parents. En recevant la réponse positive, Harry avait hurlé de joie dans la maison avant de sauter dans les bras de ses parents, la respiration erratique. Sa rentrée imminente à l'université et l'obtention de son permis de conduire lui avait donné le sentiment d'être, pour de vrai cette fois-ci, un adulte. Ça avait été une sensation délicieuse.

Mais à côté de cet homme dont la vie semblait bien établie, Harry se sentait misérable. Même si ses parents ne souffraient d'aucune difficulté financière, ils attendaient de lui qu'il soit capable de mettre de l'argent de côté pour s'offrir une voiture s'il le désirait. Il avait à peine dix-huit ans, le permis depuis tout juste deux mois et il faisait ses premiers pas à l'université. Jedusor était loin, très loin de tout cela.

« Quel âge as-tu, Harry ? »

Le rouge lui monta aux joues. Il ignorait si cela était lié au tutoiement, à l'utilisation de son prénom ou à la réponse embarrassante qu'il s'apprêtait à donner.

« Dix-huit ans, » répondit-il et après quelques secondes d'hésitation, il reprit la parole. « Et vous, Monsieur ? »

Le regard torve que Jedusor lui lança l'ébranla mais il soutint son regard, le souffle court. Mon dieu, ces yeux… Comment faisaient-ils pour être si… beaux et effrayants à la fois ? Au bout d'un bref moment de silence, Jedusor reprit la parole d'une voix presque ennuyée.

« J'insiste pour que tu m'appelles Tom. »

Harry acquiesça tout en sachant qu'il s'en sentait juste incapable pour le moment. Mais l'homme paraissait attendre une réponse orale de sa part. Comprenant son attente, Harry prit une légère inspiration avec de répondre.

« Ok, Tom. »

« J'ai trente ans, » révéla l'autre d'un ton satisfait.

''Manipulateur'', songea aussitôt Harry en se retenant de lever les yeux au ciel. Il se sentit toutefois d'un coup très proche de l'homme avec cette simple possibilité de l'appeler par son prénom. Ses parents l'avaient toujours élevé dans le souci des bonnes manières et ce n'était pas dans ses habitudes de nommer quelqu'un par son prénom aussi vite. Mais après tout… Tom le lui avait déjà demandé à deux reprises.

Le trajet s'écoula dans un silence relativement apaisant. Harry se surprit à se détendre suffisamment pour poser sa tête confortablement contre l'appuie-tête et pour laisser son regard vagabonder sur le paysage extérieur. Sa fatigue se rappela à lui et il fut heureux de pouvoir étendre légèrement ses jambes. Sa soirée débutait à peine et quelques minutes de répit n'était pas négligeable.

Au bout d'un moment, Tom quitta les grands axes du centre-ville pour rejoindre les routes plus étroites. Quelques années après sa naissance, James et Lily Potter avaient construit une maison à quelques minutes du centre de Londres. Ils souhaitaient rester près de la ville tout en pouvant jouir d'un peu de verdure sans avoir besoin de prendre la voiture. Harry adorait la maison familiale et à son entrée à l'université, cela lui avait semblé logique de rester chez eux plutôt que d'aller s'enfermer dans une minuscule chambre d'une cité universitaire.

« Quelles études faîtes-vous ? » demanda soudainement l'homme.

La voix basse le sortit de sa torpeur et il s'étonna lui-même de se détendre aussi facilement dans la voiture d'un inconnu. Il se redressa, quelque peu mal à l'aise par son comportement cavalier. Il dirait à ses parents que le métro l'avait déposé à l'extérieur de la ville puis qu'il avait rejoint la maison à pied comme il le faisait chaque jour.

« Je suis en première année de média et communication. Travailler dans le secteur de la communication me branche vraiment et en même temps, je réfléchis beaucoup au métier de journaliste. J'aime écrire et j'aime suivre l'actualité. Ce qui se passe dans notre ville à échelle locale, dans notre pays ou dans le monde me passionne, » répondit-il avec enthousiasme. « Faire ses études va me permettre de connaître un peu mieux ces secteurs et je… Oh, désolé. Je parle trop. »

Un rire léger et bref s'éleva dans l'habitacle et Harry savoura ce son. Ses joues rosirent et il baissa le regard sur ses genoux, mal à l'aise. Même si le début de ses études était plutôt ardu, Harry aimait réellement ce qu'il apprenait chaque jour. Que ce soit lors des cours ou pendant son stage, il apprenait à manier les mots, à composer des discours, à repérer les convenances sociales d'un milieu pour avoir le comportement le plus adapté, etc. C'était passionnant et il s'était quelque peu emballé en voulant l'expliquer à Tom.

« C'est un plaisir de t'écouter parler. »

Le plus jeune leva un regard surpris vers Tom et il rougit davantage en notant la lueur brillant dans son regard. Était-il en train de rêver ou Tom Jedusor le séduisait-il vraiment ? Non. Impossible. Pourtant, sa voix et son attitude lui prétendaient le contraire.

Cette éventualité, à sa grande horreur, lui provoqua un frisson d'excitation. Le bas de son ventre chauffa doucement en croisant une nouvelle fois le regard de l'homme et son sourire à peine visible sur son visage parfait. Il était si beau, bon sang. Horrifié par ses pensées, Harry s'évertua à les chasser, ressentant soudain un violent dégoût contre lui-même.

C'est dans un mélange de soulagement et de déception que la voiture s'arrêta à quelques mètres de chez lui. Trop ébranlé par ses propres émotions, Harry ne s'étonna même pas de voir Tom le déposer à deux maisons de la sienne. Il déboucla sa ceinture, soudain en proie à un violent besoin de prendre l'air et il ramassa fébrilement son sac à ses pieds.

« Merci beaucoup de m'avoir ramené. Ce n'était pas nécessaire, » lâcha t-il mécaniquement en ouvrant la portière. « Bonne soirée. »

Alors qu'il s'apprêtait à quitter le véhicule, la main de l'homme s'enroula autour de son bras et Harry tressaillit. Une vague d'angoisse le submergea et il manqua de bondir en arrière. Il fut désarçonné par la fraîcheur de la main de Tom mais ne dit rien, ses yeux émeraude se plongeant dans ceux du plus vieux.

« J'espère te revoir bientôt, Harry. »

Incapable de formuler la moindre parole, Harry cligna des yeux bêtement avant de sourire maladroitement. Il s'empressa de quitter le véhicule et claqua la portière dans un bruit sourd. Les jambes tremblantes, il se dirigea vers chez lui en se mordant la lèvre inférieure pour ne pas se retourner et regarder une dernière fois Tom Jedusor. Il entendait le ronronnement du moteur accompagner ses pas mais la voiture restait immobile sur la chaussée, ne rebroussant pas chemin.

Quand il poussa la porte de la maison, il relâcha seulement à ce moment là sa respiration. Il s'appuya contre la porte d'entrée et se surprit à trembler de tous ses membres. Qu'est-ce qui n'allait pas chez lui, bordel de merde ? Pourquoi était-il, putain, dans cet état pour un homme ? Qu'est-ce qui ne tournait pas rond avec lui ?

« Harry ! Te voilà enfin ! »

Le jeune homme s'efforça d'afficher un large sourire pour donner le change et il laissa sa mère venir vers lui pour l'étreindre. Ressentant le soudain besoin d'être rassuré, Harry s'accrocha à elle avec force, enfouissant son nez dans ses cheveux d'un roux flamboyant. Le sourire de Lily Potter s'était effacée pour ne laisser place qu'à un froncement de sourcil inquiet. Si Harry la laissait l'étreindre, il n'en demeurait pas moins un jeune adulte qui rechignait aux embrassades trop longues. Là, il s'était blotti contre elle comme il ne l'avait pas fais depuis… depuis un bon bout de temps.

« Tout va bien, mon chéri ? » s'enquit-elle d'une voix douce.

Harry fut incapable de répondre tant sa gorge était serrée. Il hocha de la tête mais détourna rapidement le regard en ôtant ses baskets. Il accrocha sa veste au porte-manteau et la dépassa, ignorant l'inquiétude brillant dans le regard émeraude de sa mère. Quand il déboucha dans la salle à manger, ses jambes se retrouvèrent aussitôt enserrées dans un étau.

Le cœur plus léger de se retrouver dans un endroit rassurant avec des gens connus, Harry s'agenouilla pour faire face au môme d'un peu plus de an qui s'accrochait à ses jambes. Il passa une main dans les cheveux bruns ébouriffés de l'enfant, sentant une bouffée d'amour l'envahir pour son filleul.

« Salut Ted. Comment ça va bonhomme ? »

Le bébé lui répondit d'un large sourire puis s'éloigna de lui pour rejoindre sa mère en se dandinant difficilement sur ses deux jambes potelées. Nymphadora se pencha en avant et ouvrit ses bras dans lequel Ted se jeta. Elle souleva son fils, le visage étincelant de bonheur en le serrant contre elle. C'était une jeune femme au visage en forme de cœur, encadré par des cheveux mi-long d'un rose vif. Elle était vêtue d'un jean troué à plusieurs endroits et d'un chemisier noir simple à manche courte qui révélait une armada de bracelets. En la voyant, personne ne pouvait deviner qu'elle était entrée dans la police quelques années plus tôt et qu'elle portait l'uniforme avec beaucoup de classe.

Harry s'approcha d'elle et l'embrassa sur les joues, ignorant le regard soucieux de sa mère posé sur son dos. Il se tourna ensuite vers Remus Lupin, le mari de Nymphadora. L'homme était l'exact opposé de son épouse : discret, élégant et calme. Professeur de littérature, il était passionné de bouquins, là où Nymphadora préférait les jeux vidéos. Leur différence d'âge sautait immédiatement aux yeux mais Harry ne parvenait pas à les imaginer l'un sans l'autre.

« Ah, mon grand, tu es rentré ! »

La voix de son père retentit soudainement à l'entrée de la grande pièce à vivre. James, les bras chargés de bouteilles de bière et de vin, était accompagné de Sirius Black. Son parrain était un homme élégant et un foutu séducteur bien conscient de l'attraction causée par ses cheveux sombres et ses yeux gris. Il était bien plus grand que James et son sourire ravageur faisait se pâmer un bon nombre de femmes sur son passage.

Les deux hommes revenaient tous les deux de la cave où les Potter entassaient leur réserve de boissons. Harry embrassa rapidement chacun des invités et son père avant de se laisser tomber sur le canapé, las. Ron lui avait proposé de sortir mais il avait décliné l'invitation, prétextant un repas de famille immanquable. Ce n'était pas tout à fait exact – il aurait très bien pu sortir – mais sa fatigue était bien trop grande.

James, Sirius et Nymphadora travaillaient tous les trois dans les forces de l'ordre. Les deux hommes étaient d'ailleurs coéquipiers sur de nombreuses affaires car ils étaient tous les deux commissaires. Après une enfance auprès d'une famille trempant dans des affaires pas nettes, Sirius avait été traversé par un violent désir de justice et entrer dans la police avait réussi à apaiser sa colère, à la diriger sur une noble cause. Ajoutons à cela le métier d'avocat de sa mère et Harry avait grandi dans un univers où la justice, l'équité et le respect des lois étaient primordiales.

« Comment ça se passe à Westminster ? » s'intéressa Remus en s'asseyant à sa droite.

« Incroyable, » confia Harry avec un sourire satisfait aux lèvres. « Je pensais que je m'habituerai jamais à cet immense campus mais je commence à trouver mes habitudes. Les gens sont plutôt cool. Je me suis fais deux-trois amis. »

Il avait notamment rencontré Dean Thomas et Seamus Finiggan, deux jeunes hommes très sympathiques. Ron leur avait présenté un sportif en troisième année, Olivier Dubois et Harry appréciait beaucoup son franc-parler décapent. Hermione s'entendait relativement bien avec une ou deux personnes de sa promotion mais elle avait aussitôt pris en grippe une certaine Pansy Parkinson, leur rabâchant les oreilles à son propos régulièrement. Quoiqu'il en soit, leur groupe évoluait plutôt bien et Harry se sentait chaque jour un peu mieux dans les couloirs de Westminster.

Tous vinrent s'asseoir sur l'immense canapé en cuir blanc du salon, là où les bouchées apéritives avaient déjà trouvé leur place. En attrapant une poignée de cacahuètes, Harry peina à croire que, pas moins de dix minutes plus tôt, il se trouvait dans le véhicule de Tom Jedusor. En songeant à l'homme, son estomac le trahit aussitôt en se contractant étrangement.

Il laissa avec plaisir Remus l'ensevelir de question concernant ses cours et son stage. Nymphadora vint s'asseoir à côté de son mari alors que Ted s'amusait à faire le tour de la table basse en marchant d'un équilibre précaire. Tout le monde attrapa aussitôt son verre pour les éloigner des mains tentées de Ted.

« Et Malefoy ? C'est toujours le même sombre crétin imbu de sa personne ? » demanda Sirius en mâchouillant un feuilleté au chèvre et miel.

« Sirius ! » gronda Lily en roulant des yeux. « C'est le patron de Harry maintenant. »

« Je me demande toujours comment Narcissa a pu l'épouser, » répliqua t-il en haussant les épaules. « Quoi que… Elle est au moins aussi frigide que lui. »

Ils pouffèrent tous de rire et Harry sentit un sourire étirer ses lèvres à cette idée. Il avait lui-même rencontré le fils Malefoy, Drago à Westminster. Le jeune homme était dans le même cursus que lui et tout comme son père, c'était un petit con prétentieux et égocentrique. Il avait, tout comme lui, décroché un stage pour son unité d'enseignement professionnel. Il déclamait à tue-tête à qui voulait l'entendre qu'il faisait ses armes dans d'autres entreprises avant de prendre la suite de son père dans quelques années.

Rien que pour cela, Harry était presque tenté de ne jamais accepter un poste au cabinet de conseil Malefoy si cela signifiait prendre le risque de voir Drago Malefoy devenir son patron un jour ou l'autre. Déjà que travailler avec Lucius Malefoy n'était pas une mince affaire alors son fils… Hors de question.

« Je ne le vois pas tant que ça, » avoua Harry en plissant le bout de son nez. « Je travaille surtout avec les autres conseillers. J'assiste à leurs rendez-vous, je rédige avec eux des discours ou des notes qui seront publiées dans des journaux ou des sites d'informations. Pour l'instant, j'observe beaucoup comment ça fonctionne. »

L'attention de tous était peut-être rivée sur lui mais cela lui permettait de sortir Jedusor de son esprit. Il avala une longue gorgée de soda et fourra une nouvelle poignée de chips dans sa bouche, soudainement affamé. À croire que toutes ses récentes émotions lui avaient ouvert un appétit vorace.

« Et à Westminster, elles sont comment les jeunes étudiants ? » s'enquit Sirius d'un ton enrôleur.

Remus leva les yeux au ciel tandis que James secouait la tête en avalant une gorgée de bière. Nymphadora éclata de rire, amusée par le comportement de l'éternel célibataire qu'était son cousin. Lily s'éloigna en prétextant ne pas vouloir entendre parler de telles sottises mais elle revint quelques secondes après, une nouvelle bouteille de soda dans les mains.

« Elles sont normales, » répondit distraitement Harry en haussant les épaules.

« Y en a aucune qui te plaît ? »

Harry, penché au-dessus de la table basse pour attraper une tomate cerise, releva la tête pour croiser le regard de son père. L'homme lui avait posé la question d'un air hésitant et ses yeux marrons étaient emplis d'une émotion indéchiffrable. Harry se tendit légèrement et détourna le regard, chopant au passage une tomate.

« Il y a pas moins de 24 000 étudiants sur le campus et tu n'as repéré aucune jolie fille ? » insista James.

« Non. »

Il ne manqua pas le regard échangé entre son père et son parrain et une vague de colère l'assaillit. Ce n'était pas la première fois que son père s'étonnait de son absence d'intérêt pour les filles comparé aux autres jeunes de son âge. À vrai dire, Harry n'avait jamais ramené une fille à la maison. Il n'avait même jamais évoqué de petite-amie pour la simple raison qu'il n'était jamais sorti avec qui que ce soit. Il avait échangé quelques baisers mais rien de transcendant. Absolument rien d'excitant d'ailleurs. Même sa mère avait fini par l'interroger distraitement à ce sujet durant l'été.

L'ambiance chaleureuse dans la salon s'était transformée pour ne laisser place qu'à un certain malaise mais Harry était trop embrouillé dans ses émotions pour retenir sa colère. Ça lui était insupportable que ses parents le pensant anormal de ne pas chercher à tout prix à se caser avec quelqu'un.

« Pourquoi ? Ça te pose un souci ? » attaqua t-il.

« Absolument pas, » se défendit aussitôt James en fronçant les sourcils. « C'était simplement… une question. »

« Sauter sur toutes les filles qui passent devant moi n'est pas ma priorité, » cracha Harry. « Je me concentre sur mes études et mon travail. C'est déjà assez lourd comme ça. »

Une image de Tom Jedusor traversa son esprit et Harry se leva brutalement, en proie à une soudaine nausée. Son brusque comportement fit chuter la température de la pièce de quelques degrés encore et, incapable d'en supporter davantage, il sortit à grandes enjambées du salon pour se précipiter à l'étage dans sa chambre.

Avec violence, il claqua la porte et ce geste l'apaisa à peine. Il se jeta sur son lit en soupirant bruyamment, les larmes brûlant soudainement sa rétine. Si aucune fille n'était parvenue à attirer son attention jusque là, Harry devait admettre que Tom Jedusor y était arrivé en l'espace de seulement deux rencontres. Il enfouit son visage dans un de ses oreillers et étouffa un cri plein de rage dedans, la gorge serrée.

« MERDE ! »

Harry savait qu'il allait sérieusement devoir se pencher sur la question de son rapport aux femmes mais pour l'instant, il ne s'en sentait absolument pas le courage. D'autant plus que le regard froid et indéchiffrable – mais pourtant si bouleversant – de Tom Jedusor refusait de quitter son esprit.


Bonne semaine !