Attention, ce chapitre contient pas mal de spoils pas très grave, mais quand même, sur le jeu. Vous voilà prévenus!


Au lendemain de sa confrontation avec le patron des quais, et après avoir prié tour à tour chacun des neuf divins, Enilroth sorti du travail afin de réfléchir à sa situation.

"Tu as bien poli toutes les armes?" lui demanda son maître Varel Morvayn, forgeron et propriétaire de son échoppe "les pacificateurs de Morvayn".

"Oui, maître.

- Tu as bien rangé tous les outils?

- Oui, maître.

- Tu as bien nettoyé les fourneaux?

- Oui, maître!

- Bon, vas t'amuser alors, et à demain, sois à l'heure, hein?"

"T'amuser?" Mais pour qui le prenait-il, ce vieux braillard des falaises décati? Après tout, ses activités ne sont plus celles d'un enfant, loin s'en faut. Le Bosmer poussa un soupir. 3H45. Normalement, à cette heure-ci, il a rendez-vous avec la belle Hasathil, l'elfe des bois mariée à ce rustre d'Heinrich, devant l'écurie du parleur aux chevaux, juste en sortant de la ville. Nouveau soupir. Il fait un temps magnifique, et la donzelle n'aurait sans doute pas fait trop de manières pour passer un peu de bon temps avec lui derrière leur buisson favori. Enilroth en a un frisson rien que d'y penser. Enfin, il devrait tout de même se passer de sa compagnie pour cette fois.

Pressé d'en finir avec cette histoire, il se rendit hâtivement sur les quais, saluant à peine d'un geste rapide ses bonnes connaissances, Astia Inventus, ou "la femme de l'homme des bois", comme les riverains l'appellent et Maelona, gentille rougegarde, femme de Gogan. Il n'a jamais su ce que ce couple faisait pour gagner sa vie, d'ailleurs... Pour le moment, il n'y a que deux bateaux ancrés au port. Le premier est l'éveil du serpent, coincé ici depuis plusieurs semaines déjà, et apparemment condamné à la cale sèche pour pas mal de temps. Dommage, le capitaine de ce navire étant bien sûr ce bon à rien d'Heinrich Oaken-Hull. D'aucuns racontent que cette bicoque est hantée, et pire, qu'un assassin aurait massacré tous les membres d'équipage présents lors de son dernier voyage. Enilroth frissonna en songeant qu'il connaissait sans doute le responsable. Il aurait dû en profiter pour s'occuper d'Heinrich. Décidément, tout est contre moi dernièrement.

Mais fort heureusement, telle n'était pas sa destination et l'apprenti forgeron s'en félicita. Non, c'est dans le second navire, amarré à l'autre bout du port, qu'Enilroth devait se rendre, un vieux rafiot du nom de Clarabella, arrivé depuis peu. Alors, approchant timidement, presque furtivement, il se rendit compte qu'il avait l'air beaucoup plus suspect encore que lorsqu'il se rendait boire un verre au bol flottant pendant une course confiée par son maître... Et songea, une fois face au bateau, que se rendre à la taverne était peut-être la meilleure chose à faire.

Bien. Installé au comptoir une chope de bière à la main, le Bosmer (à qui les jumeaux faisaient un prix, solidarité entre elfes des bois oblige) réfléchit à la marche à suivre. Après tout, même sans être marin, il avait de bons contacts avec la plupart d'entre eux, qui n'ont d'ailleurs que faire de sa liaison avec la femme d'un collègue. Il était donc tout à fait probable qu'une de ses connaissances soit à bord. La meilleure solution consisterait sans doute à demander à voir le capitaine directement. Une fois devant lui, il demanderait à visiter le bateau sous prétexte de... Heu... D'inspecter l'état du navire sur ordre des autorités compétentes afin de vérifier qu'il est bien en état de naviguer avant de quitter le port! Oui, c'est ça! Enilroth, tu es un génie! Enfin, une fois sur le pont inférieur, il essaierait de retrouver un visage familier qui pourrait valider son histoire contre un petit service (des bottes de cuir neuves, quelle gentillesse de ta part, Enilroth!), et tâcherait de repérer du même coup quoi que ce soit d'inhabituel. Ce dernier point semblait être la seule faiblesse de son plan. En effet, si l'équipage à quelque chose à cacher, il ne l'exposerait quand même pas à la vue de tous, si? Mmmh, dans tous les cas je transmettrais le message, je pense. Après tout, s'il n'a rien de spécial, il n'aura qu'à l'ignorer. Et voilà, le plan parfait!

A présent fier de lui, il avança d'un pas décidé vers le Clarabella. Il cogna à la porte. Pas de réponse. Aïe, ça commence mal. Deuxième essai. Mince. Pensant que rester trop longtemps planté devant la porte finirait par paraître suspect, le Bosmer tourna la poignée... Tiens, c'est ouvert? Et il se risqua à entrer. Pénétrant prudemment la cabine du capitaine, il appela timidement:

"Capitaine Patneim?"

Toujours aucune réponse sinon le grincement du bois insupportable dans un tel silence. Enilroth attendit quelques minutes juste là, droit comme un piquet, dansant d'un pied sur l'autre, ne sachant trop quoi faire. Il s'apprêtait à repartir lorsqu'il entendit du bruit provenant de la trappe juste à gauche en sortant de la cabine:

"Tu crois queu le capitaine, il a des affaireus ici?

- Jeu m'en fous, tais-toi et bosseu!"

Des affaires? Peut-être la tâche sera t-elle plus aisée que prévue finalement.

Reprenant confiance, l'elfe ouvrit précautionneusement la trappe, descendit le plus silencieusement qu'il put et referma doucement, tout doucement...

"Filch, un intru!

- Vite! Acheuvons-les!"

"Les?" Faisant brutalement face à ses hypothétiques assaillants, Enilroth constata avec surprise que les membres de l'équipage se jetaient non pas sur lui, mais sur du bétail - des moutons, pour être plus précis - qui broutaient paisiblement le foin laissé à leur attention.

C'est vrai,

pensa le Bosmer, Le transport de bétail vivant par bateau est prohibé, sauf dans les situations d'extrême urgence décrétées par l'empereur, comme une famine. Puis il saisit que les marins achevaient bel et bien ces pauvres moutons!

" Mais enfin vous êtes fous? Qu'est-ce que vous faîtes, arrêtez-vous!

- Ah, ah! tu vois, triompha celui qui semble être le chef des marins, pourvu par ailleurs d'un fort accent inconnu du jeune elfe, mainteunant tu peux plus nous dénoncer à la gardeu! Ceu queu tu vois, c'est notreu réserveu deu viandeu pour leu voyageu! Tu peux rien contreu nous!

- Mais enfin, c'est complètement stupide! J'ai l'air d'être de mèche avec la garde, peut-être?..."

L'apprenti se frappa le front. Quelle erreur! Au moins, tant qu'ils le croyaient avec la garde, il pouvait espérer qu'ils ne lui feraient rien, mais maintenant...

Enilroth déglutit alors qu'il prenait conscience des sourires à la fois forcés et carnassiers qui se peignaient à présent sur leurs visages. Leurs yeux pétillaient de cruauté.

" Tu nous a fais détruireu notreu cargaison poureu rien! Tu vas nous leu payer, ça, peutit!"

Étouffant un cri, L'elfe se précipita tant qu'il put en haut de l'échelle et parvint à échapper aux marins en colère grâce à son agilité naturelle. laissant la trappe retomber lourdement sur les hommes en-dessous, il renversa dessus les tonneaux et les caisses stockés tout autour de lui. Alors qu'il s'apprêtait à ouvrir la porte afin de quitter prestement ce rafiot, une lame de sabre se planta dans le bois à quelques centimètres de sa gorge. Une vois menaçante se fit alors entendre:

"Tiens, tiens, qu'avons-nous là? Non, ne te retourne pas. Les rats de ton espèce ne sont pas si téméraires d'habitude. Venir ainsi m'importuner sur mon propre navire. Quelque chose à dire avant que je ne te passe par le fil de l'épée?" Le ton du capitaine s'était incroyablement durci sur les derniers mots. Incapable de réfléchir et tremblant sous le coup de la terreur, Enilroth eut un mal fou à se souvenir du message à transmettre. C'était sa dernière chance.

" Euh... Euh... V-v-v-vous devez prendre contact avec le... Euh... Le chef!" Parvint-il à articuler, au bord de l'asphyxie.

Le capitaine ne répondit pas tout de suite. Le Bosmer voyait sa fin approcher quand l'homme derrière lui retira le sabre de la porte. Enilroth voulut inspirer un grand coup, mais ne put que tousser en manquant s'étrangler.

" Donc, si je comprends bien, tu t'infiltres à l'intérieur de mon bateau, fous le bazar, enrages mes hommes, et après tu oses m'adresser la parole et me donner des ordres, à moi, Baszone Patneim, Capitaine du fier vaisseau le Clarabella, seul maître à bords après les neuf? Je vais te découper en morceau, mon garçon!"

A la limite de l'évanouissement, se sachant perdu, Enilroth crût délirer en entendant du bruit et des voix provenant de l'extérieur. " A l'aide!" Voulut-il crier, mais sa gorge était trop serrée, et seul un gargouillement inintelligible s'échappa de ses cordes vocales. Il vit la porte du bateau se faire enfoncer, puis tout devint noir.