2 - Piège d'André

André avait eu une permission d'une journée. Il était allé au palais des Jarjayes, pour voir sa grand-mère. Il en avait profité pour lui apporter du linge sale, et prendre des affaires de rechange. La vie à la caserne était rude. Non seulement Paris s'agitait, mais surtout les hommes l'avaient quelque peu malmené. Sa complicité avec Oscar était trop évidente. Heureusement, Alain avait aplani les difficultés, et maintenant ça allait mieux. Il savait qu'on ne lui faisait pas confiance, mais il n'avait plus à redouter les "bagarres" à 10 contre 1.

- Mon petit, s'agita grand-mère, je te trouve mauvaise mine. Est-ce que tu manges bien au moins ? Et est-ce que tu dors suffisamment ?
- Grand-mère, répondit André en souriant, la vie dans une caserne n'a rien à voir avec la vie à la Cour. Mais ne t'inquiète pas : je mange comme les autres et je dors autant que je peux...
- Mais pourquoi ma petite Oscar a-t-elle quitté son poste ? Elle était bien ! Plus à l'abri qu'au milieu de tous ces hommes... fit-elle avec une moue significative.

André ne répondit rien. L'image de Fersen venait de passer devant ses yeux. Oscar s'habillant en femme pour Fersen ( Dieu qu'elle était belle, une apparition ! ) et Fersen ne regardant que la Reine. Mais si le Suédois avait regardé Oscar avec les yeux d'un homme et non ceux d'un ami, quelle souffrance supplémentaire aurait-il enduré, lui André ! Il soupira.

- Est-ce que tu veilles bien sur ma petite Oscar au moins ? gronda grand-mère en le menaçant de sa louche.
- Oh oui, je te le promets ! répliqua-t-il, cette fois en riant. D'ailleurs, je vais retourner veiller sur elle...
- A bientôt mon petit André. Prends soin de toi... et de ma petite Oscar. Oh je me fais tant de soucis pour elle !
- Ne t'inquiète pas grand-mère. A bientôt.

André revint à Paris. Il déposa son linge à la caserne puis, la plupart des hommes -dont Alain- étant en patrouille, il décida d'aller dans un estaminet pour se désaltérer un peu. Après tout, il était encore de repos...

De toute façon, un soldat avait été grassement payé pour amener le jeune homme à ressortir de la caserne.

- Jeune homme, pouvez-vous m'aider ?
- Bien sûr madame, répondit aussitôt André à la vieille femme qui le hélait.
- Je dois porter ce carton dans la boutique au coin de la rue. Il n'est pas gros, mais je me suis fait mal au dos...
- Je vais le porter. Ne vous inquiétez de rien.
- Je suis désolée de vous détourner ainsi de votre chemin...
- Ce n'est pas grave, je n'en ai pas pour longtemps.
- Vous alliez prendre du réconfort dans cette gargote au moins ! dit-elle en désignant un bar du menton. Eh bien, je m'en vais commander un pichet en vous attendant, pour vous remercier !

Sur ce, elle le planta avec son petit carton dans les bras. André suivit des yeux la silhouette avec un sourire amusé. "Pour quelqu'un qui a mal au dos, elle marche soudain d'un pas très alerte" pensa-t-il. Il alla jusqu'à la boutique. Elle semblait déserte mais la porte était entrouverte. "Je vais poser le carton et repartir."
A peine entré, il fut cerné et maîtrisé par des gardes du Roi.

- Que se passe...
- Silence ! coupa un jeune officier.

Il déchira le papier qui recouvrait le petit carton. "Oh mon dieu !" pensa André en ouvrant des yeux horrifiés. Des dessins représentaient la Reine et Axel de Fersen tendrement enlacés.

- Je...

Il reçut un coup de crosse dans le ventre, qui lui coupa la parole.

- Au nom de Leurs Majestés, je vous arrête ! Emmenez-le ! Et qu'on le tienne au secret comme l'a ordonné le duc.

"Le duc ? Que signifie tout ceci ?" En attendant d'avoir la réponse, on le baillonna, on le poussa sans ménagement dans un carrosse. "Oscar ! Je n'ai rien fait... Oh Oscar, que vas-tu penser ? Que vas-tu faire ? Oscar !"