Je suis ton maître

Chapitre 2

Quand Kageyama revint chez lui de son footing avec à ses côtés, un enfant, un inconnu qui plus est, tout poisseux et le regard franchement teigneux à leur adresse, les parents du brun en furent vraiment surpris. L'excuse du brun fut qu'il devait s'occuper de ce garçon, ce à quoi ses parents comprirent avec difficulté que leur fils faisait maintenant dans la charité. Conciliants, ils acceptèrent de prendre de soin de lui, toutefois en rappelant qu'ils devraient le ramener chez ses parents. Enfin, s'il avait bel et bien des parents "humains".

Sur le chemin du retour, le brun essayait de rationaliser toutes ces informations. Il n'empêchait que se tenait à côté de lui un être humain, certes un peu sauvage, mais un être humain, vêtu comme tout le monde.

C'était ce qu'il pensait avec certitude jusqu'à ce qu'il voie le roux faire demi-tour pour poursuivre un chat avec rage ou flairer avidement un passant puis lui montrer sans aucune raison ses crocs, Kageyama devant user de force pour le remettre sur leur voie. Mais une possibilité subsistait toujours : peut-être qu'on l'avait tout juste éduqué comme... un chien. Quoi qu'il en soit, il comptait éclairer cette histoire tout le temps qu'il passerait chez lui. Mais avant, il fallait passer par la case "bain".

- Entre là-dedans.

- Ça mène où? demanda le roux, suspicieux.

Kageyama soupira, ouvrit l'entrée de la salle et poussa aussitôt le garçon à l'intérieur. Il referma en vitesse la porte derrière lui à double tour. Ils se trouvaient dans la salle de bain. Le petit, s'en rendant compte à la vue de la baignoire devant lui, fit brusquement face à Kageyama et lui lança un regard courroucé.

- Tu... m'as menti!

- Non je t'ai piégé, rétorqua calmement le brun, c'est pas la même chose.

- Tu m'avais promis de ne pas me faire de coups tordus!

- Ça, ça comptait seulement pour le repas.

Kageyama avança prudemment vers lui, il sentait la bataille en approche. Et puis, sans prévenir, il se lança pour capturer le gamin, mais ce dernier esquiva aisément et accourut vers la porte pour tirer nerveusement sur la poignée, seulement, il se rendit compte avec effroi que la porte refusait de céder son ouverture. Kageyama en profita pour le chopper par le dos et le ramena en arrière. Le petit se débattit de toutes ses forces, complètement dément, Kageyama songeait même à abandonner cette lutte.

- Tu vas te calmer, oui! grogna-t-il alors qu'il se reçut un énième coup de pied au tibia.

- Naaaan! Je veux pas prendre de bain!

Il était tellement agité qu'il fit chanceler Kageyama sur le côté qui détendit son étreinte sous le choc. Le roux se retourna et mordit à pleine dent son bras, comptant bien le mordre à sang. Kageyama grimaça de douleur, ça faisait vraiment mal.

- T'es vraiment soûlant, souffla-t-il.

L'autre leva les yeux vers lui, il constata qu'il n'avait aucunement l'intention d'opposer une résistance. Il retira lentement ses canines de sa chair et le dévisagea silencieusement. Ils se faisaient face à face maintenant, se fixant seulement. Puis le roux détourna la tête, tout rouge, avant de se pencher sur son bras et de lécher la zone mordue auparavant. Kageyama fronça les sourcils et fit reculer un peu sa tête d'une main sur son front.

- Qu'est-ce que tu fais là?

- C'est pour m'excuser, répondit-il simplement avant de reprendre sa lèche.

Cette situation gênait beaucoup Kageyama qui n'était pas habitué à ça. Il lui rappela maladroitement qu'il fallait qu'il prenne son bain.

Et comme prévu, ce ne fut pas une partie de plaisir : son protégé avait une forte horreur d'être en contact avec l'eau, et ce malgré qu'elle soit ni trop chaude, ni trop froide. Leur bain dura plus de temps que prévu, environ une heure, car Kageyama voulait aussi traiter sa folle tignasse rousse, dont il était sûr que tout comme son corps, nécessitait d'une bonne toilette. Il dut alors supporter durant tout ce temps les braillements et gémissements incessants du rouquin. À force, sa tête chauffait, mais pour un tel résultat, toutes les tortures en valaient la peine : le garçon sentait enfin délicieusement bon et était tout propre.

- Attends-moi là, ordonna Tobio en ouvrant la porte. Je vais voir si j'ai pas de quoi t'aller.

Le roux acquiesça docilement, tout frileux, debout et avec juste une petite serviette nouée sur ses hanches pour le couvrir. Ses yeux étaient enflés à force d'avoir geint. Lorsque le brun réapparut, il lui refila un t-shirt et un short, quoique le premier suffisait à le couvrir jusqu'aux genoux et le second lui flottait légèrement. Le roux se sentait un peu trop au frais dans cet ensemble d'ailleurs. Kageyama l'emmena dans sa chambre, où ils purent s'asseoir d'aise sur le bord du lit. Surtout pour le petit rouquin qui tourna deux ou trois fois sur lui-même sur le matelas avant de s'immobiliser enfin à plat ventre.

- Plus jamais de bain de ma vie!

- Oui c'est vrai, maintenant tu empestes le chien mouillé, fit Kageyama qui levait les yeux en ciel.

- C'est sensé être une bonne blague?

- Tant que t'as compris que s'en était une.

Le roux poussa un grognement. Kageyama en profita pour aborder le sujet qui l'intriguait depuis un moment.

- Dis... tu ne mentais pas quand tu affirmais être un chien avant?

- Combien de fois vais-je te le dire? Oui!

- Mais comment ça se fait que tu sois humain à présent?

- J'en sais rien, avoua le roux, prenant un oreiller pour jouer avec. Je dormais tranquillement et à mon réveil, je n'étais plus un chien mais un humain.

- C'est impossible.

- Je me souviens de mon ancienne vie.

Kageyama se gratta la tête. Cette histoire était vraiment incroyable.

- Mais pourquoi n'es-tu pas chez ton maître à l'heure qu'il est?

- J'ai... fais une gaffe, répondit-il après un frisson. Et mon maître m'a chassé de chez lui. C'est la première fois qu'il se montre aussi sévère avec moi. J'ai eu beau gratter au pas de sa porte, il n'a pas voulu m'ouvrir. Puis je me suis endormi et à mon réveil, j'étais un humain. Je me suis enfoui, de peur qu'il ne me voie comme ça.

- Qu'est-ce que t'as fais pour qu'il te chasse?

L'enfant s'arrêta dans sa distraction et darda au brun un regard froid.

- J'ai pas à te raconter toute ma vie, répliqua-t-il sèchement.

Je crois que je viens de toucher à une corde sensible, songea Tobio. Puis ils entendirent tous les deux sa mère les appeler pour le déjeuner. Ils sortirent alors de la chambre et au seuil des escaliers, Kageyama dut porter son protégé comme un sac à patate, car si rien qu'en marchant sur un sol droit il se prenait de belles gamelles, pour gravir des escaliers c'était un véritable parcours à haut risques.

- J'ai pas envie d'avoir à faire ça à chaque fois, lui confia Kageyama, légèrement irrité.

- Si tu crois que ça me fait plaisir, rétorqua l'autre sur le même ton, je ne laisse personne d'autre me porter que mon maître!

- Encore lui? Tu l'aimes vraiment.

- Oui, parce que c'est mon seul parent!

Ils arrivèrent au pied des marches et le brun déposa lentement le petit qui s'écarta en vitesse de lui comme si le corps de l'autre était sous infection. Kageyama leva les yeux au ciel et ils pénétrèrent dans le salon où des mets les attendaient sur une table. Le lycéen pensa que s'il était encore un chien à ce moment, le roux remuerait sans doute la queue vivement.

Mais bonnes manières l'exigeaient, il dut se faire violence pour ne pas s'empiffrer aussitôt. Et lorsqu'ils purent enfin passer à table, le brun se demanda s'il n'avait pas un estomac gigantesque dans ce tout petit corps frêle.

Peu de temps après le repas, le petit chien auparavant bien survolté, fit un somme bien mérité. Il s'était tout de même assez bien rempli la panse en si peu de temps. Les Kageyama furent à la fois surpris et attendris de le retrouver endormi dans une position étrange sur le canapé : allongé sur le dos, les membres repliés comme des ailes de poulets. Mais pour ce qui était de faire un rappel à l'ordre des gestes raisonnables à faire, ils devaient attendre qu'il se réveille.

C'est dans les alentours de six heures du soir qu'il ouvrit enfin l'œil. Il se redressa un peu et regarda distraitement autour de lui, il ne reconnaissait pas l'endroit, ce n'était pas son chez lui.

- Tu te lèves enfin, dit quelqu'un à sa gauche.

Kageyama était assis sur le bord de son lit, dos au mur, en train de lire un manga sur le sport. Et tout revint au roux - bien qu'il se souvenait de s'être assoupi dans une autre pièce.

- C'est bien réel... murmura-t-il.

Kageyama ferma d'un coup sec son manga, le déposa sur le matelas et se rapprocha de lui.

- Hinata. C'est le nom de ton maître?

Le petit ouvrit ses yeux grands comme des soucoupes.

- D'où t'as entendu ce nom?

- Tu parlais dans ton sommeil. Alors?

- ... ouais c'est lui, et alors? s'enquit le chien aussitôt sur la défensive.

- Rien.

L'autre fronça les sourcils, interloqué. Son ton, il avait trouvé un peu acerbe. Il secoua la tête pour chasser ses troubles et prit de nouveau l'oreiller de Kageyama qu'il bloqua entre ses cuisses puis coinça entre ses dents avant de tirer dessus.

- Non mais ça va pas?! réagit aussitôt le brun en tentant de lui subtiliser l'objet de la bouche.

- J'ai besoin de mordre quelque chose! se justifia la boule de poil qui tirait fortement sur la taie.

- Ouais ben choisis autre chose que ça!

Il réussit à lui prendre l'objet des dents et le garda à distance du roux qui fit la tête.

- Oublions ça. Mes parents veulent t'emmener à la police.

- C'est quoi?

- Eh bien... c'est l'équivalent d'une fourrière, mais pour des humains.

- Quelle horreur! s'indigna l'autre. Je veux pas y aller alors!

- Mais mes parents sont formels. On ne peut pas te garder indéfiniment chez nous. À moins de trouver ton maître, tu...

Mais le roux venait de sursauter subitement, ce qui interrompit Kageyama. Ses traits se déformèrent sous la crainte. Il répéta alors qu'il ne pouvait pas revoir son maître sous cette forme ni qu'il souhaitait aller à la "fourrière pour humains". Étrangement, ça eut effet de rassurer Kageyama de l'entendre dire cela. Mais la joie fut de courte durée car il vit le gamin sauter du lit et se précipiter hors de la chambre de façon singulière, c'est-à-dire en faisant des zigzags comme s'il était ivre à cause de ses ampoules. Kageyama sortit à son tour et se retint d'éclater de rire une fois sur le palier. Il le vit descendre les marches de l'escalier très prudemment à quatre pattes, mais tout en ayant l'air très sérieux.

- Monsieur Kageyamaaa! Madame Kageyamaaa! hurla-t-il à tue-tête.

- Hé, ça va pas de hurler comme ça?!

Les parents du brun apparurent en bas, légèrement essoufflés mais surtout interloqués.

- Je veux pas aller à la fourrière pour humains!

- Pardon? fit le père, les sourcils froncés.

- Il entend par là le poste de police... expliqua le fils, une main lasse plaquée contre son front.

- Ah... mais il faut qu'on te ramène à tes parents, tu comprends? Ils doivent sûrement s'inquiéter.

- J'ai pas de parents, je veux rester auprès de Kageyama! Cria avec entêtement le roux tout en se collant à Kageyama qui en fut d'ailleurs très stupéfait.

- Qu'est-ce que... put-il seulement dire avant de rester définitivement muet.

- Si vous m'emmenez à la fourrière, je m'enfuirais où personne ne me retrouvera!

Et voilà un chapitre offert aussitôt avec le premier ^^ pour la suite il va falloir attendre, mais je promets de ne pas bailler aux corneilles ! J'espère que vous avez aimez ce chapitre, et n'oubliez pas de commenter !