Titre: The best pies
Auteur:le Pétard
Rating:T
Pairing:peut-être sweeney x lovett (ça reste à voir au fur et à mesure de l'histoire..)
Base:Sweeney Todd
Disclaimer:Aucun des personnages décrits dans cette histoire ne m'appartient. Ils sont à Mr Sondheim.
Story:Sweeney Todd se targue de n'avoir besoin de personne. Mais que faire quand madame lovett tombe malade?
Note de l'auteur: Tout d'abord, je tiens à remercier tous les lecteurs et les lectrices qui m'ont fait part de leurs impressions. Ca fait plaisir à lire! Ensuite, je m'excuse de l'attente qui a été très longue (en deux ans, il s'en passe des choses!), mais l'inspiration est capricieuse et instable: tantôt on trouve des idées, elles nous apparaissent incohérentes le lendemain...Pour répondre à Moutchi: Pardon pour les anachronismes! Effectivement, je ne les avais pas remarqués (le réveil, les cartes postales...) Promis, je ferai plus attention à l'avenir et dans les prochains chapitres!.Quant à une angine: aussi banale que ça puisse paraître, une angine peut évoluer et s'aggraver si on ne la soigne pas. Ici, on suppose que madame Lovett la couve depuis quelque temps puisqu'elle passe du chaud au froid sans arrêt, mais son malaise est plus dû au stress et à une fatigue passagère. Et puis...que ne ferait-elle pas pour séduire Mr Todd..
Enfin bref, trêve de bavardages, voici le deuxième chapitre attendu, en espérant qu'il vous plaira autant que le premier! Bonne lecture!
Après avoir mûrement réfléchi, le front collé contre la fenêtre,le barbier recula,contourna le comptoir,et en sortit la bouteille de gin. Il en remplit un verre et le but cul sec. L'alcool lui brûla l'estomac. A peine l'avait-il fini qu'il recommença l'opération. Puis, d'une voix tonitruante, il appella Toby. Le jeune garçon arriva immédiatement, les joues rouges, les cheveux en bataille.
«Toby, madame Lovett est malade. » dit-il.
«Ca veut dire que nous allons devoir fermer boutique pendant quelque temps ?» demanda l'enfant.
«Non, Toby. Nous allons nous...euh... »
Sweeney ne savait pas quoi dire. Nous entraider ? Nous débrouiller? D'un air confus, il se gratta la tête, essayant de trouver LA bonne idée. Mais rien ! Rien ne lui venait à l'esprit. Il se tourna doucement vers Toby qui le regardait d'un air dubitatif. Subitement, Todd trouva l'illumination tant attendue. Hagard, il lança à Toby un « je reviens » et se précipita vers la chambre de madame Lovett, montant les escaliers quatre à quatre. Là, il poussa doucement la porte de la chambre et aperçut la boulangère dans son lit, paupières closes, qui dormait d'un silence paisible. Un peu déconcerté, le barbier s'apprêtait à faire demi-tour lorsqu'un semblant de voix le fit sursauter.
« Que voulez-vous, Mr Todd ? » grogna madame Lovett.
« Et bien...comment faites-vous les tourtes ? » demanda benoîtement Sweeney.
«Pardon ? »
«Oui, la pâte je voulais dire... »
La boulangère leva les yeux au ciel.
-«Je vois...Bon. Je vais vous donner la recette .»maugréa madame Lovett en se levant préniblement.
-«Arrêtez! Vous n'êtes pas en état de ... »
-« En état de quoi ? De cuisiner ? De découper de la viande? Je ne suis pas une femmelette, Mr Todd. Passez-moi plutôt mes vêtements et mon châle, je vous prie.»
Le barbier se sentit tout penaud devant l'autorité soudaine de la jeune femme, comme un petit enfant qui vient de faire une bêtise mais obéissa. Il attrapa le corset, la robe et le châle posés sur la chaise et le lui tendit. Celle-ci les lui prit puis le regarda avec étonnement. Sweeney cligna des yeux, un peu déboussolé par sa voisine qui le dévisageait avec insistance.
« Eh bien, Mr Todd, qu'est-ce que vous attendez ? »
« Pardon ? »
« Vous le savez bien: je n'ai rien sur moi. Vous ne voulez pas que je me balade nue devant vous ? »
Le visage de l'homme s'empourpra et celui-ci lui tourna le dos précipitamment.
« C'est mieux comme ça »gloussa-t'elle.
Sweeney Todd ne se sentait pas à son aise. Il aurait mieux fait de redescendre tout de suite. Un froufroutement le fit sursauter. Madame Lovett avait déjà enfilé sa robe, et commençait à lacer son corset. Sweeney risqua un coup d'oeil furtif par-dessus son épaule: il ne vit que l'épaule de la jeune femme, blanche comme son visage, d'un blanc cadavérique, presque maladif.
Une minute plus tard, la boulangère, suivie de près par le barbier, se plaça face à la table de la cuisine, tandis que Toby sortait le livre de recettes.
«Toby, va me chercher les oeufs, la farine et le rouleau à pâtisserie; vous, Mr Todd, le beurre, une cuillère en bois, un saladier et un peu de viande prédécoupée »ordonna-t'elle.
Les deux hommes s'exécutèrent: Toby fonça vers le garde-manger, tandis que Sweeney Todd descendit au sous-sol, le ventre noué. Il n'aimait pas cet endroit: le four, encore allumé, laissait échapper des volutes de fumée noire ainsi que des effluves âcres et insupportables. Le barbier, un chiffon noué autour du visage, se dirigea vers la table couverte de sang et de morceaux de cadavres, prit un petit tas de viande dans un bocal, et remonta, non sans avoir éteint le four auparavant. Une fois tous les ingrédients réunis sur la table, madame Lovett s'assit, saisissa le saladier, et leur fit signe de s'approcher.
« Tout d'abord, il faut bien hacher la viande, comme ceci »déclara la jeune femme en étalant la viande sur une plaque en bois. Elle prit son hachoir et, à grands coups, découpa la viande jusqu'à ce qu'il ne reste plus que des miettes.
« Ensuite, vous préparez la pâte: vous cassez deux oeufs dans le saladier en vérifiant bien qu'il n'y ait pas de coquille; vous mettez un grand verre de farine, une pincée de sel,une lichette de beurre, quatre oignons, deux gousses d'ail pour rehausser le goût, un bouquet de persil, deux cuillérées à soupe d'huile d'olive et cinq centilitres de vin blanc, et vous mélangez le fois que la pâte est compacte, vous mettez un peu de farine sur la plaque, et, avec le rouleau à pâtisserie, vous l'aplatissez jusqu'à obtenir une pâte très fine. Enfin, vous enduisez le moule de beurre, appliquez la pâte jusqu'à ce qu'elle épouse les contours et versez la viande dedans. Et vous laissez cuire pendant vingt minutes, ni plus ni moins. Est-ce que c'est clair ? »
«Oui, madame Lovett! »répondirent en choeur Sweeney et Toby.
«Bon. Je vais me recoucher. Vous allez me faire deux tourtes chacun et je viendrai les examiner. Ca devrait aller, non ? »
«Entendu, madame Lovett. »bafouilla le barbier.
« Je l'espère, monsieur Todd. Je l'espère... »souffla-t'elle en remontant les escaliers.
Madame Lovett ne savait pas pourquoi, mais elle pressentait quelque chose. Du moins, c'est ce qu'elle croyait lorsqu'elle se retourna furtivement et aperçut les deux hommes étalant de la farine partout et laisser tomber trois oeufs par terre.
Quelque chose lui disait que ça n'allait pas être de la tarte de former ces deux-là au métier de boulanger. Et elle avait raison.
Les résultats furent à la hauteur de ses espérances: tous étaient catastrophiques. La première tourte de Toby n'était pas assez cuite, et de la viande s'échappait de tous les côtés, comme les viscères d'un animal éventré. La deuxième tourte avait un aspect convenable mais immangeable, tant elle était salée et poivrée. Les tourtes du barbier ne furent pas mieux: la première ressemblait à un morceau de charbon,de par sa couleur suie et parce qu'elle tombait en morceaux dès qu'on la touchait, laissant une belle trace noireâtre sur la main. La deuxième était encore plus invraisemblable: sa texture était dure comme de la pierre, et sa forme était semblable à un caillou, ni rond, ni carré, un peu des deux. Et encore: un caillou pouvait présenter de jolies couleurs, ou de petites formes géométriques pour compenser son aspect banal. Là, rien: la tourte était moche, laide de partout, inutile et impropre à la consommation. En un mot: un caillou aurait eu plus de chance de servir à quelque chose que cette tourte.
Madame Lovett ferma les yeux, plaqua ses doigts sur ses tempes, puis se tourna vers ses deux assistants.
«Messieurs, je constate avec effarement qu'aucun de vous n'a réussi ce premier test. Je crois que je vais vous surveiller et vous épauler jusqu'à ce que l'un de vous me fasse une tourte digne de ce nom. »
«Mais, madame Lovett...vous devriez vous reposer pour votre angine... »murmura Toby.
« Mon garçon, je ne suis pas une dame impotente. Et même si je suis malade, je peux toujours m'allonger sur le canapé, en buvant mon sirop. » soupira-t'elle.
«Madame Lovett, je peux m'entretenir un instant avec vous ? »dit Sweeney Todd.
« Oui, Mr Todd. »marmonna la boulangère, les yeux fiévreux. «Toby, nettoie-moi tout ce bazar. Nous revenons dans quelques minutes. »
Toby s'attelant à sa tâche, les deux compères se dirigèrent vers le salon, où le barbier ferma la porte à clé.
-« Madame Lovett, je ne sais pas si nous allons pouvoir tenir très longtemps comme cela. »
-« Allons, monsieur T. Ca viendra avec un peu de pratique. Inutile d'en faire tout un fromage. »
-« Non, je ne parlais pas de ça. »
-« Et de quoi, alors? »
-« Pour l'approvisionnement en viande, cela va être compliqué... »
La jeune femme se laissa choir sur le canapé: elle n'y avait pas pensé ! Si Sweeney s'occupait des tourtes, il ne pourrait plus égorger des clients. Et comme la viande représentait l'ingrédient essentiel de la tourte, ils ne pouvaient s'en passer.
-« Misère... »
-« Je ne vous le fais pas dire... »enchaîna le barbier en se massant le menton.
La boulangère soupira: décidément, elle n'aurait jamais de chance. Entre son mariage raté, son amour impossible pour son voisin, son commerce qui périclite...Les sanglots commençaient à remonter dans sa gorge, les larmes n'allaient pas tarder à sortir.
«Non! »s'écria-t'elle en se levant. « Je refuse ! ».
Sweeney Todd sursauta face à la réaction vive de madame Lovett. Elle était remontée: son visage n'exprimait plus le désespoir, ni la tristesse. Au contraire: elle paraissait plus farouche, colérique, prête à se battre jusqu'au bout. La fureur animait ses traits; ses yeux semblaient lancer des éclairs. Elle se tourna vers l'homme et, d'un air décidé, lui lança:
«Vous allez continuer à recevoir des clients,et à les égorger comme d'habitude. Vous irez, par la suite, acheter de la viande de bovin, de lapin et de volaille. »
«Pourquoi donc ? »
« Je voudrais voir si les clients peuvent s'accommoder de viande autre qu'humaine, lorsque vous devrez préparer des tourtes. »
« On éprouve des remords, madame Lovett ? »répondit le barbier d'un ton narquois.
« Je...je ne sais pas.. » répondit-elle d'une voix hésitante.
Cela ne la déstabilisa pas pour autant. Nellie Lovett prit une profonde inspiration puis le regarda droit dans les yeux.
-D'ici là, je pense que je serais rétablie. Et si les clients cessent d'être anthropophages, alors, nous pourrons arrêter ce massacre, et vous reprendrez une vie normale. »
Sweeney Todd se leva, perplexe, et la saisit par les épaules.
« Qu'entendez-vous par vie normale ? »
« Eh bien...Vous raserez des hommes sans les tuer, comme dans votre vie antérieure... »
Elle ajouta d'une voix fluette.
« Comme le Benjamin Barker que vous étiez.»
« Madame Lovett... »sourit le barbier. « Qui vous dit que j'ai envie de reprendre une vie normale? ».
L'homme semblait rire de cette remarque lancée comme un cheveu sur la soupe.
-Vous savez aussi bien que moi que égorger des hommes ne m'ennuie pas. Je n'ai plus foi en l'humanité de toute manière.
-C'est juste.
-Pourquoi cette proposition ?
-Je pensais que vous vous lassiez de tuer des gens.
-Non. Enfin, pas pour le moment.
Madame Lovett préféra ne pas s'attarder sur sa réponse, de peur qu'il ne recommence à lui parler de sa vie d'antan. Si ça le soulageait de se confier, ça la barbait royalement: écouter la même litanie, lorsqu'en plus on est malade, ça donne des envies de meurtre...
« Je suggère qu'on aille donner un coup de main à Toby. » dit-elle, ramassant son châle.
Sweeney Todd tressaillit, comme si sa voisine l'avait tiré de sa torpeur.
« Toby..Ah oui, bien sûr. Allons-y. »
Le barbier emboîta le pas de la boulangère. Arrivée devant la porte, Nellie se retourna encore un fois et lui demanda doucement:
« Au fait, Mr T.. »
« Oui ? »
Elle triturait nerveusement son châle. Sweeney avait l'impression qu'elle allait s'évanouir de nouveau, tant elle semblait chancelante et plus pâlotte que d'habitude.
« Pourquoi tant de compassion à mon égard ? »
« Pardon ? »
Cette fois, ce fut au tour de la jeune femme de le détailler d'un air moqueur.
« Ne faites pas l'idiot. Vous pouviez très bien demander à Toby de s'occuper de moi et vaquer à vos affaires. »
Elle ajouta, comme une confidance:
« Ou même partir et installer votre commerce ailleurs. Vous connaîssez mes sentiments à votre égard, et je sais qu'il n'en saura jamais rien. Alors, pourquoi rester ici, à mes côtés ? »
Sweeney Todd resta de marbre. La donzelle n'avait pas tort: elle avait même fichtrement raison! L'homme sortit le rasoir de son holster, comme si celui-ci allait répondre à sa place et fixa la lame étincelante. Madame Lovett étouffa un soupir.
« Laissez tomber. Ca ne fait rien. »
Elle commença à tourner la poigné de la porte lorsqu'un grognement parvint à ses oreilles.
« Vous m'avez aidé à reprendre mon commerce et ma fille. J'ai pu accomplir ma vengeance grâce à votre discrétion. »
Il détacha son regard du rasoir et la fixa de ses yeux froids.
«Je vous devais bien ça, non? A charge de revanche comme on dit.. »
La boulangère lui sourit, puis ouvrit la porte et partit rejoindre Toby, laissant Todd dans la pièce à demi sombre, à peine éclairée par un rai de lumière provenant de la cuisine. Le barbier saisissa à son tour la poignée et referma la porte. Plongé dans l'obscurité, il semblait retrouver ses esprits.
«Voilà, je l'ai fait. Satisfait ? »maugréa-t'il.
Il espérait qu'on lui répondît. Mais rien! De nouveau, il se retrouvait seul, face à ses démons intérieurs, à lui-même. Sweeney rangea son rasoir et rouvrit la porte. En sortant, il vit Madame Lovett ranger ses planches, son saladier et son rouleau tandis que Toby balayait le sol avec énergie. Sweeney Todd ne savait pas pourquoi, mais il trouva que la jeune femme avait repris des couleurs,et semblait moins malade que tout à l'heure. Il s'approcha d'elle doucement et lui prit le saladier des mains.
« Laissez, je vais le faire. Montez vous recoucher, je viendrai vous chercher tout à l'heure pour le déjeuner. »
Nellie esquissa un petit sourire, murmura « merci, Mr T », puis monta se coucher de nouveau.
Sans trop savoir pourquoi, dès qu'elle fut dans sa chambre, Todd se sentit soulagé: non pas qu'elle ne fut plus là, mais parce que le problème de la boulangerie était résolu. Il finit de ranger tous les ustensiles, aida Toby à nettoyer la table, et retourna dans son atelier. Les jours à venir seraient longs et difficiles. Scrutant Londres depuis sa fenêtre crasseuse, Sweeney Todd siffla doucement:
« Ne vous en faites pas, Madame Lovett. Tout va bien se passer...Après tout, on a tous besoin d'amis en ce bas-monde... »
Acet instant précis, personne n'aurait pu le contredire. Et certainement pas sa conscience.
Note: Fin du deuxième chapitre en espérant qu'il vous a plu! Le troisième viendra un peu plus tard..n'hésitez pas à me faire part de vos remarques!
