Bon, voilà une petite suite (les premiers chapitres sont assez courts ^^'). Donc, je pense que je vais faire du un chapitre par semaine histoire de ne pas trop vous faire attendre ou me retrouver bloqué par manque d'écrits x)

Boudiboudi merci, je n'avais pas regardé les réglages "


Chapitre 1

L'enlèvement

Je suis née en 2512, à une époque où les mois et les jours avaient cessés d'exister depuis longtemps. J'ai vu le jour dans un petit village de l'ancienne Amérique, que j'ai connu sous le nom de Commice avant que ce continent ne retrouve son nom après la révolution. Mon village portait le nom de sa désolation, le Dry-Lands. Nous y étions nombreux, plusieurs milliers, mais nous gardions le statut de village à cause de notre pauvreté, les maisons étaient faites de chaux et de paille, le sol y était si aride que les cultures ne suffisaient pas à tous nous nourrir et le bétail ne survivait guère plus de quelques jours. C'est dans ces conditions que j'ai grandi. La faim était une habitude et le soleil de plomb avait rendu ma peau brune et mes cheveux blancs. Malgré cela, je ne mentirais pas, j'ai été une petite fille heureuse. Nous ne mangions peut-être pas à notre faim, mais j'avais une famille aimante et des amis fidèles. Chacun s'entre-aidait au mieux et le temps s'écoulait paisiblement. Oui, j'ai vécu heureuse... Jusqu'à mes douze ans... Age auquel les Légions sont venus pour m'emmener au camp d'entraînement...

Le système du Commice était le suivant, afin d'organiser un enchaînement total du peuple à l'état, chaque famille devait donner l'un de ses enfants pour que ce dernier rejoigne la Légion. Les villages avaient le choix, les enfants pouvaient partir entre cinq et douze ans. Une fois par an donc, les pleurs des parents raisonnaient dans tout le village quand les Légions repartaient avec leur lot d'enfants... Dans mon village, rien n'est plus précieux qu'un enfant, c'est pour ça que l'âge y était situé à douze ans, pour que les familles restent unis jusqu'au dernier moment... Dans d'autres villes et villages, le parti avait été pris de se séparer des enfants le plus tôt possible pour limiter l'attachement des parents et éviter une trop grande peine. De cette manière, ma mère et mon père n'auraient peut-être pas autant pleuré en me voyant partir... Mon grand frère n'aurait peut être pas essayé de me garder au prix des côtes que les Légions lui ont cassé pour me récupérer... Je ne sais pas ce qui aurait été le mieux pour eux...

Ma famille était la plus merveilleuse dont on puisse rêver. Mon père et ma mère travaillaient aux champs, leurs mains étaient calleuses mais ils dégageaient une certaine paix intérieur qui rendait les périodes de famines les plus longues supportables car ils ne cessaient jamais de croire en un meilleur lendemain. Mon frère avait dix ans de plus que moi... C'était un type bien, toujours le sourire aux lèvres ! C'est lui qui s'est occupé de moi pendant des années alors que mes parents travaillaient tard. Je sais que je suis née pour le sauver, et je ne le regrette pas ! S'il avait atteint l'âge de douze ans sans petit frère ou petite sœur, c'est lui qui serait parti aux Légions et mes parents n'avaient pas pu s'y faire... Je crois que si elle avait pu, ma mère aurait continué de faire des enfants tous les dix ans pour protéger les aînés... Mais quelque chose avait cassé en elle quand elle m'avait donné le jour... Un problème dans son utérus qui l'avait rendu stérile... Alors ça allait être à moi de partir pour honorer ma famille dans la Légion.

Je me rappelle du jour de mon départ comme si c'était hier... Les Légions arrivaient toujours sans prévenir pour éviter que l'on cache les enfants... Il faisait nuit quand ils sont arrivés... Le bruit des sabots nous a réveillés... Comme je l'ai dit, le bétail ne survivait pas sur nos terres, le seul moment où l'on pouvait entendre le bruit de sabots était donc quand les Légions arrivaient... Mon frère s'est précipité dans ma chambre pour me protéger mais il était trop tard, les Légions avaient déjà défoncé notre porte. C'est une femme immense qui fit face à mon frère, et pour la première fois, je l'ai vu se faire dominer, par cette femme qui faisait la même taille que lui. Elle s'est avancée pour me prendre le bras mais mon frère a attrapé le sien avant. C'était un acte stupide, même lui devait le savoir ! Les Légions étaient des machines de guerre, entraînés à tuer et blesser sans le moindre remord ! La réaction de la femme a été automatique, son pied a fusé, et j'entends encore le bruit des côtes qui se brisent... Mon frère s'est écroulé par terre en gémissant et s'en plus se préoccuper de lui, elle s'est penchée sur moi et m'a arrachée à mon lit en chemise de nuit. Alors qu'elle me tirait hors de la maison, je suis passée devant mes parents. Je ne les avais jamais vu pleurer comme ça, ma mère s'était écroulée par terre et mon père ne trouva même pas la force de la soutenir, lui même aveuglé par ses larmes. Un bruit derrière moi m'a fait me retourner et j'ai vu mon frère se traînant pathétiquement, le bras tendu vers moi. Mon père aussi l'a vu... Il a essuyé ses larmes avec son bras musclé, m'a jeté un dernier regard et s'est précipité au secours de l'enfant qui lui restait. Un Légion m'a pris dans ses bras pour me jeter dans une carriole, et les dernières images des miens se sont gravées dans ma mémoire. Je ne me rappelle plus d'aucun de leurs noms... L'entraînement des Légions est bien fait en ce sens, notre famille nous est enlevée, et nos souvenirs avec... Je suis l'une des rares à me souvenir du visage de mes parents... De mon frère... C'est peut être grâce à ça que j'ai su gardé une partie de mon humanité...

La porte de la carriole s'est refermée sur moi... Il y faisait noir et chaud malgré la fraîcheur de la nuit. J'étais tombée dans un enchevêtrement de corps dont je ne pouvais distinguer les propriétaires. La porte au plafond s'est ouverte à nouveau et un jeune garçon a été jeté avec nous. Pendant ce cours laps de temps, la lumière de la lune a illuminé la scène. Je ne connaissais presque aucun autre enfant, la politique du village étant l'école à la maison. Et puis mes yeux ont rencontré les siens. Les deux prunelles noires de Mercedes, ma meilleure et seule véritable amie. J'ai rampé jusqu'à elle dans un coin de la pièce et nous nous sommes pelotonnées l'une contre l'autre comme deux animaux pris au piège.

- Je ne pensais plus te voir ici Q, j'ai cru que tu ferais partie de la seconde cargaison...

Cargaison... Le mot était juste, pour eux nous n'étions rien d'autre que des marchandises remplaçables, quelques dizaines parmi des milliers d'autres qui attendaient.

- Non, je suis là... Je suis contente de t'avoir avec moi... Pour la route... Mais je ne savais pas qu'ils te prendraient toi.

- Je me suis portée volontaire, je ne pouvais pas imaginer Amber ou Riley partir là-bas... Et il leur fallait bien une offrande...

Elle me sourit tristement. Les Légions ne feraient qu'une seule bouchée d'elle, Mercedes était la bonté incarnée. Je me suis promise intérieurement de la protéger jusqu'à la fin car elle le méritait. Je ne connaissais pas beaucoup de personnes qui auraient été capable de se porter volontaires pour protéger leurs petits frères et sœurs, même chez les adultes ! En fait, je ne crois pas avoir déjà rencontré quelqu'un d'autre à posséder ce courage. C'était dommage que Mercedes se retrouve dans ce caisson en partance pour les pires atrocités, elle aurait été tellement parfaite pour succéder à son père, le Président du Conseil de notre village. Une étoile pour guider nos citoyens dans les plus sombres périodes, ça aurait été tellement elle... Mais voilà, elle était là, avec moi, et rien ne pourrait plus changer cela. Mon père et le sien nous pleureraient sûrement longtemps. Au moins auraient-ils l'épaule de l'autre pour sécher leurs larmes et se relever pour ceux qui restaient. À bien y penser, nous ne serions probablement jamais devenues amies si nos pères n'avaient pas passé tant d'heure à œuvrer pour le Conseil... Mes yeux se sont levés sur elle, je commençais à y voir à peu près quelque chose dans l'obscurité presque totale qui régnait dans cette pièce. Sa peau était aussi brune que les terres que nous labourions et ses cheveux noirs comme la nuit. Les périodes de famine n'avaient pas eu beaucoup d'effets sur elle et j'avais l'impression de ressembler à un squelette à côté d'elle. Pourtant elle n'avait pas plus mangé que les autres, elle avait juste mieux emmagasiné ses réserves...

Le trajet se fit dans un silence seulement brisé par les sanglots de certains. Chacun avait réussi à se trouver une place assise, s'asseyant parfois en partie sur l'un de ses voisins par manque de place. La carriole n'était pas confortable, son sol était dur et inégal. On pouvait ressentir chaque caillou de la route raisonner dans notre colonne vertébrale. Malgré cela, je me suis endormie dans les bras rassurants de Mercedes, bercée par le bruit régulier de sa respiration.

Mes yeux se sont ouverts instantanément lorsque notre attelage s'est arrêté. C'est seulement à partir de ce moment que j'ai vraiment pris conscience de ce qui m'arrivait. Je ne reverrais jamais plus ma famille, je ne pourrais jamais plus jouer dans mon village, je n'aurais jamais plus le droit à la paix et au bonheur. J'aurais voulu pleurer mais je savais que j'avais raté le bon moment. Les portes s'ouvrirent sur nous et il ne fût plus question de montrer nos faiblesses, car à la moindre larme nous serons exécutés.


Vous avez aimé ? Ce n'est qu'un début pour planter le décors ! Donc si vous n'accrochez pas encore à l'histoire, pas de panique ! =O