Chapitre 2 – L'Université de Bretagne
1er septembre 1991 – Université de Bretagne, forêt de Paimpont, France
Je trébuchai à l'arrivée et m'écrasai lourdement au sol. Il y eut quelques rires moqueurs, et je me relevai aussitôt, les joues rouges.
J'avais atterri dans une espèce de centre des visiteurs. Des étudiants venant du monde entier se côtoyaient. Un peu indécise sur ce que je devais faire, j'empoignai ma valise et fis quelques pas. Aussitôt, une jeune fille à la longue chevelure blonde s'approcha de moi, une poignée de parchemins à la main.
- Guten Tag ! Je m'appelle Adriane. Du bist neue ?
- Euh... oui ?
- Ihren Namen ?
- Quoi ? Ah, mon nom ! Polly McBee.
La fille chercha mon nom dans sa fiche, se parlant à elle même. Quand elle me trouva, elle eut un sourire triomphant, sortit sa baguette magique, et fit apparaître mon dossier.
- Gut ! Tu es en première année d'histoire, richtig ? Wilkommen ! So, ton dortoir se situe à ta droite en sortant d'ici. De toute façon, tu n'auras qu'à suivre le mouvement, tout le monde va au même endroit. Tu es la chambre A203. Du hast eine présentation demain matin, à 9h30, dans l'amphithéâtre du Chêne de Merlin. Tiens, un plan du site, ça peut toujours aider ! Tu recevras ton emploi du temps demain par hibou. Fragen ?
- Euh... non, je ne crois pas.
- Alors, bonne journée !
La fille me quitta pour accueillir un nouvel étudiant. Encore plus paumée qu'à l'arrivée, je suivis néanmoins ses conseils et sortis du bâtiment.
Je me retrouvai alors dans une magnifique forêt enchantée. Des chênes centenaires, des hêtres, des châtaigniers semblaient toucher le ciel. Des étudiants venaient de tous les côtés, accompagnant parfois un professeur. Je vis aussi quelques centaures discuter entre eux, une nuée de fées aux ailes étincelantes et des farfadets.
Ça n'avait rien à voir avec Poudlard !
Je repris ma marche, trainant ma valise derrière moi, et suivit le courant des autres élèves.
J'arrivai enfin devant un long bâtiment de pierre blanche en bordure de foret à droite, et un large étang à gauche. Le plan indiquait que l'édifice était le dortoir des premières années. J'entrai : une atmosphère joyeuse m'accueillit, où tout le monde faisait connaissance. Je me frayai un chemin parmi eux, cherchant le dortoir A203.
Il se situait au deuxième étage du « logis principal » et sur la porte était collé un parchemin avec noté : « McBee, Polly – Park, Min Hee ».
Une colocataire ! Je n'avais pas pensé à ça. Je priai pour qu'elle soit gentille à l'image de Tonks et Rose. Prenant une profonde inspiration, je poussai la porte.
Il s'agissait d'une grande chambre spacieuse, comprenant deux lits, deux armoires et deux bureaux.
La partie du fond était déjà décorée par l'autre fille, et je posai ma valise sur mon lit, à l'affut du moindre bruit dans le couloir, partagée entre l'espoir et la crainte d'apercevoir ma colocataire. La première chose que je fis, ce fut d'accrocher l'écusson de Poudlard sur le mur et la bannière des Poufsouffles, puis je laissai s'échapper ma peluche en forme de Vif d'Or et posai sur la commode les photos de mes parents, de mes amis et celle de Charlie.
Cela faisait maintenant deux heures que je l'avais quitté et je sentis les larmes me monter aux yeux.
- Annyeonghaseyo ! Nai ireumeun MinHee ibnida ! (1)
Je sursautai et me retournai : au pas de la porte se tenait une jeune fille aux longs cheveux noirs et au visage rond.
- Salut ? répondis-je, timidement.
Elle fronça les sourcils avant que son visage ne s'éclaire : elle prit sa baguette magique qu'elle avait coincée derrière son oreille et la pointa sur son visage, tout en prononçant une formule magique que je ne compris pas.
- C'est mieux là, non ? dit-elle dans un anglais irréprochable. J'oublie toujours de me jeter un sort de traduction. Je m'appelle Min Hee, et tu dois être Polly, n'est-ce pas ?
- Oui, dis-je, soulagée. Je suis la filière Histoire de la Magie, et toi ?
- Lettre et Civilisations des Êtres aquatiques, dit-elle. D'où viens-tu ?
- Poudlard, en Écosse. Et toi ?
Min Hee était coréenne et avait suivi ses études au Japon, à l'école de magie de Mahoutokoro. Et moi qui me plaignais d'être loin de l'Angleterre !
Elle était arrivée la veille (et m'avoua qu'elle avait attendu avec beaucoup de hâte mon arrivée) et me proposa de faire le tour de l'Université.
Nous visitâmes ainsi le réfectoire – qui n'avait pas la classe de la Grande Salle – situé en plein air, dans une belle clairière dégagée et ayant subi quelques altérations magiques pour que nous ayons toujours chaud.
Les cours étaient dispensés dans des bâtiments plus classiques, ou alors au creux des chênes, en fonction de l'enseignant.
- Et là, il y a le tombeau de Merlin, m'expliqua Min Hee en me désignant des ruines. Il paraît cependant que son fantôme hante les salles de classe parfois. Il y a des fantômes à Poudlard ?
Nous étions toutes les deux curieuses de nos anciennes écoles. J'appris ainsi que Mahoutokoro était un palais caché au creux d'un volcan et que c'était là qu'étaient les meilleurs joueurs de Quidditch.
- Tu joues au Quidditch ? lui demandai-je.
- Oh non ! J'ai horreur de voler ! À toi maintenant ! Raconte-moi Poudlard !
oOo oOo oOo
Dans la tranquillité de la chambre, j'écoutais la respiration calme de ma colocataire. J'étais contente d'avoir fait sa connaissance, elle m'avait l'air d'être une gentille sorcière... Dommage que nous n'ayons aucun cours en commun !
Mais peut-être y avait-il des anciens de Poudlard ici... Il faudrait que je songe à me renseigner. En tout cas, je savais de source sûre que j'étais la seule de ma promotion à être venue ici.
Je me tournai dans le lit et fermai résolument les yeux, sauf que le sommeil ne me venait pas.
Mes parents me manquaient, mes amis me manquaient, et par-dessus tout, Charlie me manquait. Il rejoindrait la Roumanie au mois d'octobre, mais déjà la distance me pesait.
J'aurais dû rester en Angleterre. Faire carrière dans le Quidditch, entrer au Ministère de la Magie, qu'importe ! Pourquoi m'étais-je lancée dans des études d'Histoire ? Pourquoi tenais-je tant à devenir archéomage ? Alors que je savais pertinemment que ce ne serait finalement pas mon métier... Qu'essayai-je de me prouver ?
Merlin, je haïssais vraiment Tom Morrow... Furieuse contre lui, je tapai dans mon oreiller.
- Oneul eoddai ? dit la voix ensommeillée de Min Hee. (2)
Je ne compris pas ce qu'elle dit, mais j'imaginais qu'elle me demandait si j'allais bien.
- Oui, répondis-je. Rendors-toi.
Elle rabattit ses couvertures sur elle et je ne l'entendis plus.
Je me souvins alors de la lettre que Tonks m'avait donnée le matin même. Le plus silencieusement possible, je récupérai mon sac rangé sous mon lit et pris l'enveloppe.
« Pour Polly McBee. À lire quand tu auras le cafard ».
Je souris et décachetai l'enveloppe. Un long parchemin y était plié en trois, accompagné d'un mouchoir.
Un petit mot plein d'amour pour consoler ton petit cœur qui pleure : je te connais McBee ! Prends bien soin de toi là bas, et n'oublie pas de m'envoyer un hibou toutes les semaines (et c'est non négociable !). Je veux tout savoir sur les cours, les profs et la vie d'étudiante. Non, en fait, je m'en fiche royalement de tout ça : je veux connaître tous les potins du coin et n'hésite pas à décrire tous les garçons que tu rencontreras.
(Oui, je sais, tu vas pousser de hauts cris en me disant que tu as Charlie, mais tu as des yeux, pour l'amour de Merlin, sers t'en !)
Bon courage pour tes études, on se revoit bientôt !
Tonks
Ma chère Polly,
J'espère que tout se passera bien pour toi à l'Université : depuis le temps que tu en parlais ! Même si les premiers temps vont être durs (souviens-toi de notre première année !), je sais que tu t'intégreras vite et que tu te feras plein d'amis.
Ne nous oublie pas quand même !
Avec toute mon affection,
Rose
À Polly McBee, notre ciment bien-aimé
Sept ans furent bien courts pour notre amitié, mais ce que nous avons tous vécu durera toute la vie.
Pour toujours nous te serons reconnaissants de nous avoir adressé la parole dans le Poudlard Express. Nous n'écrirons pas d'adieux larmoyants, puisque nous nous retrouverons très bientôt.
Et, comme le disait si bien le Doctor à Mr Spock dans les Chroniques de Narnia : Gandalf, je suis ton père.
Tes Nullos
Je riais tout en inondant ma taie d'oreiller de larmes. Puis, je remerciai mes amis dans une prière muette, avant de m'endormir, la lettre serrée contre mon cœur.
2 septembre 1991 – Amphithéâtre du Chêne, Université de Bretagne, France
Calée au fond de mon siège, je m'efforçai de ne pas m'endormir. Le Président de l'université de Bretagne, le professeur Jean-Louis Barnier, pérorait depuis une heure sur l'estrade, nous vantant les mérites de sa prestigieuse école et nous souhaitait par la même occasion la bienvenue.
De loin, je préférais les accueils de Dumbledore, beaucoup plus drôles. Et puis, la chanson du Choixpeau Magique me manquait.
Je me tournai vers Min Hee, qui luttait pour garder les yeux ouverts.
- Tu comprends quelque chose toi ? chuchotai-je.
- Rien du tout. J'aurais dû prendre mon walkman, on aurait écouté de la musique. Tu as écouté le dernier album de Metallica ?
- Je ne savais pas que tu aimais le métal… Non, moi je suis plutôt U2.
- CHUT ! s'exclama une fille devant nous.
- Roooh, ça va, rouspétai-je.
La fille me lança un regard furibond avant de se retourner. Je lui tirai la langue et Min Hee pouffa de rire.
Après avoir pris notre déjeuner au réfectoire, il fut l'heure d'affronter nos premiers cours. Min Hee se dirigea vers son cours de Chant des Sirènes et se dirigea vers l'étang, tandis que je regagnai le bâtiment H (pour Histoire, comme je le découvris rapidement).
Je tournai en rond un bon bout de temps avant de trouver ma salle de classe, et il me fallut reprendre mon souffle avant de toquer à la porte.
- Entrez ! aboya une voix.
Timidement, j'entrai. Derrière son pupitre, le professeur fronça les sourcils en me voyant.
- Pardon monsieur, bafouillai-je, je me suis perdue.
- Votre nom ?
- McBee... Polly.
- Allez vous asseoir. À moins que vous ne perdiez en cours de route ?
Rouge de honte, je me dirigeai vers la seule place de libre. Mon voisin, un jeune homme aux cheveux bruns lui tombant sur la nuque, aux yeux dorés et au sourire engageant, poussa son sac. Je déballai mes affaires en toute hâte sous le regard du professeur.
- Bien, reprenons. Comme je le disais avant l'arrivée de votre camarade, je suis le professeur Malcolm, et je vous dispenserai les cours d'Anthropologie Magique. Très bien. Pour commencer, qui pourrait me donner la définition moldue d'Anthropologie ? Personne ?
Le professeur Malcolm poussa un soupir et se tourna vers son tableau pour y inscrire une définition, faisant crisser la craie. Mon voisin en profita pour se présenter.
- Salute, je m'appelle Orazio d'Aprile. E tu ?
Il avait un délicieux accent italien qui me fit rougir.
- Polly McBee, soufflai-je.
- Piacere conoscerti, répondit-il, toujours avec le sourire. (3)
- Je vous prierais d'être attentif au fond, gronda le professeur en se tournant vers nous.
Je baissai la tête, et écrivis sur mon parchemin la définition du terme anthropologie :
Anthropologie (n.f.) : étude de l'homme dans ses différentes dimensions (culturelles, sociale, linguistique...) au moyen de recherche archéologique ou ethnologique.
Le professeur Malcolm nous présenta ensuite le lien qui unissait l'anthropologie et la magie, en nous faisant un bref exposé sur les bases fondamentales de la magie, depuis son origine aux contacts des différentes civilisations, comme l'Égypte, l'Empire romain ou grec, et comment la magie était au centre de leur vie (pour la médecine, la divination ou l'astrologie). Une époque où les moldus considéraient la magie comme « normale ».
À la fin du cours, le professeur Malcolm nous rédigea une liste de livres à lire pour le semestre (la Pluralité des Magies, aux Origines de la Magie, Abécédaire anthropologie magique), et nous libéra.
Je sortis de ce premier cours absolument enchantée. On était très loin des cours du professeur Binns, et j'étais finalement très contente d'étudier autre chose que les révoltes sanguinaires des gobelins et des trolls.
Orazio d'Aprile m'attendit à la fin de l'heure : il s'approcha de moi avec nonchalance, son sac pendant sur son épaule et un sourire qui fit tourner la tête de plusieurs filles.
- Poppy, c'est ça ? me demanda-t-il.
Je grimaçai, un peu insultée. Poppy ? C'était en général un surnom affectueux que l'on donnait aux hiboux !
- Polly, le corrigeai-je.
- Mi dispiace, mais j'ai mal entendu, s'excusa-t-il. Alors, Polly, j'imagine que tu viens d'Angleterre. Dis-moi, les Anglaises sont toutes aussi mignonnes que toi ou c'est un mythe ? (4)
Je m'arrêtai et le dévisageai, les yeux ronds.
- Je...tu...quoi ? Mais enfin, c'est quand même... Je veux dire... J'ai un petit ami, moi ! bafouillai-je, sottement.
- Ah ? Peccato. Et si on devenait ami à la place ? (5)
Tant de franchise me fit rire, et j'acceptai avec sincérité son amitié.
Je découvris très rapidement qu'Orazio était un incorrigible bavard. Il m'apprit ainsi qu'il venait de la belle citée de Florence, et qu'il avait fait ses études à l'Insituto Della Magia di Firenze et même si son Italie lui manquait beaucoup, il était ravi d'être à l'Université pour sympathiser avec de nouvelles personnes.
Et comprendre par là, la gent féminine.
Malgré tout, j'étais contente d'avoir fait sa connaissance. Il me faisait rire, et je me sentais déjà un peu moins seule dans cette vaste Université.
Jeudi 7 novembre – Réfectoire, Université de Bretagne
Le nez penché sur la Gazette du Sorcier, je lisais un court article dédié à Poudlard, apparemment victime d'une attaque de Troll dans les cachots. Heureusement, aucune victime n'était à déplorer (même Rogue s'en était sorti).
Devant moi, Orazio discourait sur le manque de chauffage dans les couloirs et salle de classe (un scandale selon lui). À ses côtés, Min Hee émiettait son croissant, l'esprit ailleurs.
Depuis quelque temps, ma colocataire était mélancolique, en mal de son pays. Nous l'étions tous un peu : j'avais fait la connaissance quelques jours auparavant d'une gentille Suédoise avec qui j'avais échangé nos envies culinaires respectives.
J'avais quitté l'Angleterre depuis trois mois, et ma vie me manquait.
Mes parents, mes amis, ma maison.
Charlie.
Mes promesses de courriers hebdomadaires s'étaient envolées dès la première semaine de cours. Je n'en avais plus le temps. Tous les jours, c'était trois à quatre devoirs à rendre, sur un texte de hiéroglyphes, une dissertation sur la place de la magie des pierres au dix-huitième siècle ou des recherches sur les douze prophéties de Merlin.
Perdue dans mes pensées, je ne vis pas l'ombre noire s'abattre au-dessus de ma tête. En revanche, je sursautais en entendant une voix profonde demander :
- Je peux m'asseoirrr ?
Orazio soupira et indiqua le siège vide à côté de moi. Je poussai mon sac et Felix Menshikok, s'installa sur le banc, le visage maussade.
Felix partageait le dortoir d'Orazio. Il suivait le cursus d'Alchimiste – à ce que j'en avais entendu dire, les cours frôlaient parfois la quête de la Magie Noire.
Les deux garçons étaient aussi semblables que le jour et la nuit. Orazio l'italien de Florence était svelte, brun et bavard. Felix le Russe de Ninji Novgorod était massif, blond et taciturne.
La seule raison qui poussait Felix à rechercher notre amitié était notre amour commun pour le Quidditch.
- J'ai entendu dirrre que l'équipe juniorrr rrrecrrrutait des joueurrrs, dit-il en se servant d'une grosse louchée de porridge. Interrressée, McBee ?
Je secouai la tête. Bien que je mourrais d'envie de jouer (ma batte me manquait beaucoup trop), je ne me sentais pas de taille de concilier étude et Noble Sport cette fois-ci.
Du moins, pas cette année.
- Tu vas te présenter ? lui demandai-je.
- Je voudrrrais bien êtrrre batteurrr. D'Aprrrile ?
- No, grazie mille. Il n'y a qu'une équipe qui me tienne à cœur, et c'est...
- Parrrk ? le coupa Felix.
Min Hee secoua la tête, rougissante. La présence de Felix la mettait toujours mal à l'aise.
- Ne beda, maugréa Felix en haussant les épaules. (6)
Orazio croisa mon regard et secoua la tête. Je posai ma main sur le bras de Felix en lui promettant de venir le voir pour sa sélection.
- Ma... commença Orazio.
Je le foudroyai du regard : Felix était notre ami, et mon cœur de Poufsouffle me disait que notre présence dans les gradins lui porterait chance lors des sélections.
Samedi 14 décembre 1991 – Bibliothèque de Tintagel
En 1922, l'archéologue Howard Carter fit la découverte du tombeau du pharaon Toutankhamon. Une malédiction pesait cependant sur sa sépulture, et les membres de l'expédition moururent à tour de rôle. Expliquez et commentez en quoi les malédictions des pharaons peuvent traverser les siècles, et comment les moldus perçurent les menaces.
Je m'étais réfugiée dans la partie Histoire antique de la formidable bibliothèque de l'Université, contenant pas moins de deux cent cinquante mille grimoires, manuels, manuscrits et parchemins, rien que pour la partie historique.
C'était un magnifique endroit, bien éclairé et calme. Au-dessus de la large porte en chêne était inscrite en lettre d'or sur le linteau « Pharmacie de l'Âme ». Les ouvrages étaient classés selon la période concernée, et rangés le long des murs ou des derrières des vitrines quand l'ouvrage était bien trop fragile à manipuler. C'était un vieux sorcier qui était le gardien des lieux. Il connaissait le moindre livre que l'Université possédait, et gare à celui qui cherchait à dérober un de ses trésors ! De minuscules fées aux ailes multicolores voletaient joyeusement dans les allées, et aidaient les élèves à chercher tels grimoires ou vélins situés bien trop haut.
Grâce à elles, j'avais regroupé sur ma table une véritable forteresse de livres ayant pour sujet les malédictions, et la magie égyptienne. Cela faisait près de trois heures que je rédigeais mon essai, le bout des doigts couverts d'encre bleue à force d'écrire.
Je fouillai dans ma trousse pour récupérer mon petit mètre et mesurai mon parchemin : j'en étais déjà à trente-et-un centimètres sept. J'y étais presque !
Je repoussai un rouleau de papyrus – intitulé Mémoires pharaonique d'une Momie – et poursuivit mon paragraphe :
La presse moldue fut convaincue qu'une malédiction pesait sur le tombeau de pharaon égyptien, avant que la science moldue ne réfute cet argument, en expliquant que de nombreux champignons découverts sur la momie avaient eu raison de la mort de la trentaine de chercheurs présents.
Aucun moldus ne prit en compte les nombreuses mises en garde inscrites sur les fresques du sépulcre (« Ceux qui entrent en ce tombeau sacré seront visités par les ailes de la mort »). La Magie égyptienne, jusqu'alors « endormie », a cherché à protéger le roi Toutankhamon, grâce notamment aux statuettes d'Anubis, dieu des Morts, mais aussi les nombreux nœuds d'Isis, les pendentifs et amulettes retrouvés sur la momie...
- On a gagné ! s'exclama Felix derrière moi.
Je sursautai et renversai mon encrier sur ma table de travail. À chaque fois il me faisait le coup ! En catastrophe, je soulevai ma copie, mais constatai, impuissante, que l'encre s'attaquait à la table, et s'égouttait sur mes genoux.
- Prastityé, marmonna-t-il. (7)
Felix sortit sa baguette magique, et prononça la formule pour nettoyer les taches d'encre.
- Merci, Felix. Alors, vous avez gagné ? C'est génial ! Je suis tellement désolée de ne pas être venue te voir...
Mon ami russe fit un geste de la main, balayant ma remarque, tira le siège en face de moi et s'installa. Il avait gardé sa tenue de Quidditch, de couleur rouge ce qui le rendait encore plus féroce.
- Alors, raconte ! m'empressai-je de lui demander.
Les Salamandres de Feu (surnom de l'équipe des premières années) s'étaient frottées au Lys de Bretagne (alias les troisièmes années).
- Au début, les Lys avaient l'avantage, m'expliqua Felix, les yeux brillants. Mais nous avons rrréussi à inverrrser la tendance à la mi-temps. Rrrésultat : cent quatrrre-vingt-dix à soixante-dix ! Et tu avais rrraison : leurrr gardienne était gauchèrrre.
Fière de moi, je souris. J'avais remarqué ce petit détail en allant espionnant un de leurs entrainements – information que je m'étais empressée de répéter à Felix.
- Où est Orazio ? demandai-je, remarquant l'absence de mon ami à la langue bien pendue.
- Il « console » l'atrrrapeuse des Lys, grogna Felix.
- Encore ? Mais il en est à combien ?
Felix haussa les épaules et préféra s'intéresser à la lecture de Laissez-moi dormir ! ou les rêveries d'Imhotep, grand vizir de pharaon, me laissant retourner à mon devoir.
Un elfe messager se matérialisa sur mon parchemin, à quelques centimètres de mon nez, me faisant sursauter. La créature, un peu grognon, me dévisagea un instant derrière sa paire de bésicles avant de me demander si j'étais bien McBee Polly.
- Oui... Pourquoi ?
- Il y a un appel de Cheminette pour vous, de Roumanie. Je vous rappelle qu'il y a un coût supplémentaire pour les appels venant de l'étranger, ainsi que...
Je n'écoutais plus : en entendant « Roumanie », je rangeai déjà mes affaires dans mon sac, mon cœur bondissant de joie. L'elfe secoua la tête, maugréant « ces jeunes... aucun respect » et transplana. Felix, les yeux levés vers moi, m'observait. Je me sentis obligée de me justifier.
- La Roumanie... C'est mon petit ami, Charlie. Je... je reviens.
Je sortis de la bibliothèque en courant, et regagnai le bâtiment principal. Arrivée à la porte de la Salle des Quarante-et-une cheminées, je marquai une pause pour mettre de l'ordre dans mes vêtements, ainsi que pour reprendre mon souffle.
Puis, je me dirigeai vers la cheminée qui m'était attribuée.
La tête de Charlie apparaissait dans les flammes et je dus prendre sur moi pour ne pas basculer toute entière dans la cheminée.
- Salut, dit-il avec un sourire quand il me vit.
Je poussais un cri de consternation :
- Nom d'une chouette Weasley ! C'est quoi ça ?
Charlie grimaça. Il s'était laissé pousser une barbe, bien rousse et bien fournie. Je crus apercevoir également un œil au beurre noir.
- Ça va, me rassura-t-il. Un des bébés m'a envoyé un coup de queue. Je t'assure que ce n'est rien.
- Je ne te parle pas de ça, idiot, mais de ta barbe. C'est quoi cette lubie ?
- Oh, dit-il en passant une main sur ses joues. Tu n'aimes pas ?
- Euh... non ? ironisai-je.
Charlie m'expliqua alors qu'étant obligé de se lever tôt, il n'avait pas beaucoup de temps pour se préparer, et préférait faire l'impasse sur le rasage. Je bataillai avec lui pour qu'il consente à se débarrasser de cette horreur.
- Tu imagines la tête de ta mère quand elle te verra comme ça ? m'exclamai-je, à bout d'arguments.
- Ça va, j'ai compris ! soupira-t-il. Et moi qui voulais juste te voir, voilà que je me fais engueuler !
- D'accord, d'accord, râlai-je. Alors, comment va mon chéri tout barbu ?
- Il va bien. Et toi, ma grincheuse petite Poufsouffle ?
- Fatiguée.
- Et ronchonne.
- Oh ça va hein !
- C'est si dur que ça l'Université ?
- C'est Poudlard en pire. Et sans toi. Tu me manques Charlie, finis-je par dire d'une toute petite voix, en ramenant mes genoux contre moi.
- Toi aussi, tu me manques.
- Et comment va la Roumanie ?
- C'est un pays magnifique. J'ai hâte que tu viennes ! Je me suis même fait un ami local ! Il s'appelle Sebastian.
- Ne me dis pas que c'est un Swann bis, je ne le supporterais pas.
- Non, non, il est super sympa, je t'assure ! D'ailleurs lui aussi s'est tatoué un dragon. Je lui ai parlé du tien, et il aimerait bien le voir aussi.
- Quoi ? Mais enfin, Charlie, c'est privé ! m'exclamai-je en m'imaginant le dénommé Sebastian m'étudier sous toutes les coutures.
- D'ailleurs, il est où ? demanda mon petit ami. Lui aussi il me manque. La dernière fois que je l'ai laissé, il était...
- Il fait sa sieste, le coupai-je. J'espère que tes dragons ne te font pas trop de misère hein ? Je ne tiens pas à te récupérer en deux ou trois morceaux !
Charlie me parla de ses journées en compagnie de ses chouchous. Ses yeux brillaient et j'eus un pincement au cœur en me rendant compte combien il était heureux. Puis, il me posa une série de questions sur l'Université et voulut tout savoir surtout de mes fréquentations.
- Alors, il y a Min Hee, qui est ma colocataire. Elle est comme Rose en fait. Il y a Felix aussi, qui a à peu près le même gabarit que Hagrid. Et puis...
- McBee ! Grazie a Merlino sei qui ! Je te cherche depuis tout à l'heure. (8)
Charlie fronça les sourcils en voyant Orazio d'Aprile s'asseoir à côté de moi sans gêne et regarder avec curiosité le visage dans les flammes.
- Tu dois être Carlos, eh ? Ravi de faire ta conoscenza. Ton innamorato m'a beaucoup parlé de toi.
- Orazio, c'est une conversation privée, grondai-je, mécontente de son interruption.
Il nous regarda alternativement sans se départir de son sourire et finit par lever les mains en signe de paix.
- J'ai compris, sono tropo ! J'étais juste curieux. Je te vois plus tard, McBee. Arriverdeci Carlos ! Et ne t'inquiète pas, Polly est entre de bonnes mains avec moi. (9)
Orazio se leva, chassa la cendre accrochée à son pantalon et sortit de la salle en sifflotant.
- Et ça, c'est Orazio, bougonnai-je. Le plus pot de colle des Italiens de ma connaissance. Je crois bien que... Ah non, Charlie Weasley, tu ne vas pas recommencer !
Ce dernier me regardait avec beaucoup trop de suspicion dans le regard.
- Je n'ai rien dit.
- Mais tu n'en penses pas moins.
- Qu'a-t-il voulu dire par « tu es entre de bonnes mains » ?
Je me frottai les yeux, déjà lasse. Allions-nous vraiment nous disputer au sujet d'Orazio ?
- Polly ? insista Charlie.
Apparemment oui.
Samedi 22 Décembre – Londres, Angleterre
Les vacances, enfin !
J'avais repris la Poudre de Cheminette pour retourner à la maison pour les fêtes de fin d'année. Je comptais bien profiter de ces quelques jours de congés – surtout que les partiels du premier semestre arrivaient début janvier.
Mes parents furent ravis de m'avoir près d'eux, et me posèrent un tas de questions : est-ce que je me plaisais à l'Université ? Avais-je des amis ? Est-ce que les cours étaient intéressants ?
- Eh bien, les cours d'histoire des moldus pourraient être pas mal si le prof ne ressemblait pas à une copie de Rogue version féminine, expliquai-je. Les cours d'archéomagie antique et médiévale sont intéressants, mais un peu compliqués à comprendre – ça fait quatre mois que j'y suis, et je ne comprends toujours pas ce que le professeur Chamard veut dire quand il utilise le mot « dyptique ». Le prof d'histoire de l'art magique est hilarant - c'est un métamorphage. Et j'ai pris en option les cours de langage des fées et langage aquatique. Mais mon cours préféré, c'est la paléomagie, du professeur Grant. C'est une sommité dans son milieu, j'ai beaucoup de chance de l'avoir ! D'ailleurs il organise une session de fouilles archéomagique et je pensais m'y inscrire...
Mes parents étaient fiers de moi et étaient contents de savoir que je m'étais fait de nouveaux amis.
- Tu comprends, on avait peur que tu t'ennuies, m'expliqua maman en me caressant la joue.
- Pas moi, la contredit papa. Tu es une Poufsouffle, c'est inné chez toi.
La semaine passée à la maison fut malheureusement trop courte. Papi Moustache vint fêter Noël à la maison, et j'allais souhaiter la bonne année (déjà 1992 !) à Grand-Père McBee. Je ne pus malheureusement voir mes amis de Poudlard, mais je reçus de leur part un petit mot.
Tonks poursuivait ses études d'Auror, sous la férule du célèbre Alastor Maugrey (il avait été l'élève de mon grand-père McBee autrefois). Rose avait déniché un job au Chicaneur (« il faut bien commencer quelque part ! » m'écrivit-elle). Les Nullos... À vrai dire, je n'avais pas bien saisi ce qu'ils envisageaient de faire. Je compris qu'ils voulaient ouvrir « une boutique de Nullos avec des trucs de Nullos pour des Nullos ». J'en étais encore sceptique. Bonaparte poursuivait sa septième année (et quelle année ! Harry Potter était entré à Poudlard et il ne passait pas un jour sans que quelque chose n'arrive!).
Quant à Charlie, il m'envoya un tout petit cadeau pour Noël, qui me fit rougir de plaisir : il m'offrit, dans une petite boîte, une magnifique bague en forme de dragon en or rose. Il s'enroula autour de mon doigt en crachant un peu de fumée.
Papa bougonna un peu, mais maman lui donna un coup de coude pour le faire taire et m'adressa un sourire, ravie.
Benvenuto !
Ce chapitre a été assez coriace à écrire: d'un côté, j'ai été ravie de présenter Orazio D'Aprile et de traduire certaines phrases en italien, russe, coréen et allemand, mais d'un autre côté, ce chapitre m'a rendu folle: c'est très dur d'écrire sur un univers autre que Poudlard! J'espère quand même que l'Université de Bretagne vous a plu (en tout cas, j'en connais une qui irait bien s'inscrire!).
En tout cas, je suis très heureuse de vous avoir retrouver! J'ai même répondu à vos reviews, en temps et en heure! (petit message pour Nanuq, Cajou et Alea: les réponses de vos reviews sont sur le Live Journal!).
Un immense merci de vous voir si nombreux à continuer de lire Polly, commencé en 2015! Sans vous, je ne pense pas que cette fic serait aller bien loin. Un autre merci à AppleCherry Pie qui a eu la patience de me corriger (au final... et toc!).
Je vous dis à très bientôt: le chapitre 3 sera posté le 27 février: à vos agendas!
A très bientôt!
Votre Citrouille
(1) Bonjour, je m'appelle Min Hee !
(2) Ça va ?
(3) Ravi de faire ta connaissance
(4) Je suis désolé
(5) Dommage
(6) Tant pis
(7) Je suis désolé
(8) Merci Merlin, tu es là
(9) Je suis de trop
