« Il est des êtres dont c'est le destin de se croiser. Où qu'ils soient. Où qu'ils aillent. Un jour ils se rencontrent. »
Claudie Gallay

Chapitre 1:

Bonjour,

Enfin, "enchanté" serait plus approprié. Quoique.

Je ne sais même pas par où commencer et que dire. Peut-être par le début, c'est à dire ce qui me pousse à t'écrire alors qu'on ne se connaît pas le moins du monde. Étrange situation n'est-ce pas ?

Alors, si je rédige cette lettre, c'est pour la journée de la fraternité. Notre lycée, ou plutôt internat, a été "réquisitionné" - tu remarqueras que si j'utilise des termes "policiers", c'est parce que comme pour les flics on n'a pas le choix – pour cette journée. Je disais donc qu'on nous a demandé d'écrire quelques mots sur cette jolie carte que tu tiens dans ta main un quelconque message de fraternité. Pour montrer que même seul, il peut y avoir une personne pour penser à nous. Joli concept, hein?

Pour ma part, j'aime bien cette idée car cela permet de faire de nouvelles connaissances. J'espère donc que tu me répondras.

Il serait sûrement temps que je me présente : je m'appelle Sanji et je suis un lycéen de dix huit ans. Mes cheveux sont aussi blonds que l'or, mes yeux d'un bleu aussi clair que le ciel, et je possède un magnifique corps musclé par des années de karaté.

Et le plus important : je suis un cuisinier hors pair. Depuis tout petit j'adore cuisiner, tous les plats de l'entrée au dessert, je préfère d'ailleurs préparer ce dernier, j'ai un faible pour tout ce qui est sucré, mais chut c'est un secret. Plus tard, je monterai mon propre restaurant et j'y attirerai tous les gens du pays, voire même du monde entier, pour qu'ils goûtent à MA cuisine. Pour l'instant, je ne peux que suivre des cours, au Lycée des métiers de l'hôtellerie Jean-Drouant à Paris, mais c'est très exaltant. De nombreuses personnes viennent déjà goûter à nos plats.

Mais parle-moi de toi. Qui es-tu ? Comment es-tu ? Qu'est-ce que tu aimes ? Que veux-tu faire plus tard ? Ou selon ton âge, quel est ton emploi ?

J'espère que tu me répondras au plus vite.

Amicalement.

Sanji

PS : Si je te tutoie c'est parce que ça me fait toujours bizarre de vouvoyer.

Voilà comment leur histoire avait commencé, à l'aide d'une carte. Toute simple et pourtant si importante. Cette lettre, quelques jours après avoir été postée, avait atterri dans la boîte aux lettres d'un certain : Ronronoa Zoro. Un 14 mai.

Le dénommé Zoro récupéra son courrier seulement le soir. Et, trop fatigué par sa journée partagée entre cours et entraînements de kendo, il posa son courrier sur la table basse sans y prêter attention. Il aurait tout le temps de lire après une bonne douche et un repas copieux.

Ce qu'il fit.

Une fois propre et repus, il s'installa sur le canapé et alluma la télé. Au bout d'un certain temps, il porta son regard sur sa table basse trônant devant la télé et le courrier posé dessus.
Pour la plupart, c'était des factures de son loyer, de l'eau, de l'électricité et autres. Au milieu de ces « mots doux », il trouva une carte représentant des gens unis, tous différents et se donnant la main en souriant. Il retourna ce papier pour lire ce qui y était manuscrit.

Après sa lecture, un mince sourire s'étira sur ses lèvres. Il prit le coupon réponse joint à la lettre et commença à répondre de son écriture ronde et parfaitement lisible.
Après tout, qu'est-ce qu'il avait à y perdre ?

Il nota qu'il se nommait Ronronoa Zoro. Qu'il était grand (1m80) et imposant car depuis sa plus tendre enfance il pratiquait avec acharnement le kendo. Un défi avec sa meilleure amie l'avait fait débuter ce sport et une promesse continuer. Depuis, il rêvait de devenir le meilleur kendoka de toute la planète. En dehors de ce sport, il suivait des cours en filière S car cela l'intéressait considérablement et faisait la fierté de sa famille. Comme lui, il avait dix huit ans. Il se décrivit rapidement, mettant juste en avant ses particularités étranges : ses cheveux verts émeraudes et ses yeux de la même couleur. Il annonça ensuite ne pas avoir son goût pour la cuisine du fait qu'il n'avait pas le temps pour. Généralement il se contentait de faire réchauffer des plats tout prêts, et c'était suffisant. Il n'avait d'ailleurs aucun don culinaire. Mais il comprenait quand même sa passion.

Il clôtura sa missive par une série de questions : s'il avait d'autres hobbies mis à part la cuisine, dans quel lycée il étudiait, quels étaient ses goûts musicaux, littéraires, et filmographiques. Et une d'ordre plus personnelle « Pourquoi n'as-tu mis que ton prénom en te présentant ? »

Quand il retourna le bout de papier pour voir l'adresse, il remarqua que tous deux vivaient dans des quartiers proches. Notant au passage que celui du blond était classé défavorisé et dangereux, tandis que lui vivait dans un bien plus aisé. Il préféra ne pas écrire qu'ils habitaient à proximité, l'autre le remarquerait bien vite.

Après quoi, le jeune homme alla se coucher et posta sa missive le lendemain.
Les jours suivants aucune réponse ne lui parvint, si bien que Zoro en oublia cette étrange correspondance.

Un soir, les amis de Zoro; DMonkey Luffy, un brun turbulent; Choper, un garçon plus jeune qu'eux de un an et passionné de rênes (zoophile ?); et Nami, une rouquine survoltée; décidèrent de le sortir de sa caverne. Celui-ci essaya de refuser car les compétitions de kendo approchaient mais les autres, anticipant sa réponse, l'amenèrent de force à une soirée. Au préalable, ils l'avaient obligé à se changer et à porter un masque, sans que la « victime » ne put s'offusquer. Les autres se changèrent ensuite dans l'appartement de Zoro, eux-même portant des masques.

Nami portait une tenue orientale dans les tons verts, extrêmement courte. Une mini jupe vert émeraude rehaussée de voiles transparents anisés drapaient ses jambes. Pour le haut, seule sa poitrine était couverte d'un tissu d'un vert aussi profond que la chartreuse. Un voile d'une teinte plus claire cachait le bas de son visage et faisait ressortir le vert (oui, à force, on l'aura compris !) de ses yeux soulignés de traits noirs. Des perles dorées complétaient sa tenue.

Choper, lui, portait en tout et pour tout un simple jean, dévoilant un boxer noir et un torse imberbe et finement musclé. Son visage était masqué par une tête de rêne en carton.

Luffy, pour sa part, avait opté pour un ensemble de pirate : pantacourt en jean dont la ceinture était constituée d'un simple foulard rouge lui retombant souplement sur les hanches. Deux pistolets fictifs entouraient sa taille. Une chemise rouge habillait ses épaules, et légèrement son torse, en restant ouverte sur des abdominaux clairement établis. Un chapeau de paille chaussait sa tête, des bottes ses pieds, et un masque de singe habillait son visage.

Pour finir, Zoro s'était paré, avec la plus grande imagination possible, d'une cape noire, d'une chemise, d'un pantalon, de bottes et d'un masque recouvrant seulement ses yeux, de la même couleur. Pour compléter le tout, une fine fausse épée était glissée le long de sa cuisse. Zoro se trouvait donc déguisé en... Zorro.

L'homme aux cheveux verts demanda alors où ils allaient et pourquoi portaient-ils ces « déguisements ridicules ». Ce à quoi ses amis répondirent un « Tu verras » malicieux, leurs yeux pétillants d'une lueur qui fit s'inquiéter Zoro. N'ayant pas le choix, il se laissa traîner vers ce qui semblait être une salle des fêtes.

À l'entrée, une queue d'adolescents déguisés de manière... intéressante attendait, montrant leurs papiers d'identité pour pouvoir ensuite rejoindre la fête à l'intérieur . Tous portaient des tenues délirantes, originales, loufoques, sexy voire presque inexistantes.

Un déclic se fit dans sa tête de Zoro et il se retourna vers ses proches, plutôt mécontent.

- Une skin ? Vous m'avez amené à une skin !

- Ouaip.

- Luffy, es-tu sûr de savoir ce qu'est une skin ?

- Ouaip.

- Et tu m'y amènes quand même ?

- Ouaip.

- Alors que j'ai bientôt une compet' ?

- Ouaip.

- T'es complètement taré.

- Ouaip. Maintenant viens.

Celui-ci le tira de force et Zoro réalisa que c'était inutile de parler sérieusement avec ce brun. Après tout, il était du genre têtu et irréfléchi, c'était ce qui faisait son charme. Il ne se rendait certainement pas compte des dégâts que pouvaient provoquer une telle soirée. Comme entendant ses pensées, Luffy le rassura en lui disant qu'il vérifierait que son ami aux yeux émeraude ne fasse aucune bêtise.

Dès qu'ils eurent passé le pas de la porte, la musique les assaillit de son rythme mouvementé, les basses résonnant dans l'ensemble de leur être et la voix du chanteur franchissant la barrière de leur esprit.

- Que la fête commence ! hurlèrent Nami, Luffy et Choper.

- C'est ça ouais, marmonna Zoro.

Les trois festifs s'emparèrent de verres de vodka passant à leur portée, et en tendirent un à Zoro. Le premier d'une longue, très longue, série.

La salle sentait la sueur, la laque, le parfum, l'odeur douce-amère et pénétrante de l'alcool mais surtout celle plus entêtante de la drogue. Zoro laissa glisser son regard sur la foule environnante, des danseurs au milieu de la piste, aux drogués et bourrés effondrés contre les murs, tout en passant par les couples enlacés dans le « coin câlins ». L'état pitoyable de beaucoup navra Zoro, la soirée n'avait débuté que depuis une heure.

L'alcool coulait à flots, vodka, whisky, rhum, malibu, manzana, tequila et pleins d'autres animaient cette skin. Les barrettes de drogue circulaient de mains en mains , de bouche en bouche, avec les soufflettes, créant ainsi un voile de fumée acre.

Dans le coin câlins, une bataille de polochons s'engagea, éparpillant des plumes en une pluie duveteuse sur les couples serrés dans une étreinte des plus enivrantes et sur les belligérants.

N'ayant le temps de mieux s'imprégner de l'ambiance, Zoro fut poussé par ses amis en direction de la piste de danse. Il déambulait parmi les corps, bercé par la musique. Il se déhancha sous les doux accents du chanteur et ferma les yeux pour profiter de l'instant.

Quand il les rouvrit ses amis avaient disparus.

Perdu, il se faufila entre les personnes, cherchant une issue à ce labyrinthe de chair, lorsque quelqu'un se colla contre lui.

Il se retourna pour sombrer dans deux orbes d'un bleu aussi clair que la surface d'un lac. Jamais il n'avait vu pareil regard. Si envoûtant. Des cils ébènes cerclaient ces sphères, rehaussant la clarté du regard marine et quelques pépites d'or en ajustaient l'éclat.

Au bout d'un certain moment, il détacha son attention de ces yeux pour observer la personne en entier.

Face à lui, se tenait un homme blond qui semblait du même âge et plus petit que lui. Un masque digne du carnaval de Venise lui dissimulait le reste du visage, un grand sourire était dessiné sur sa surface lisse et des losanges colorés ornaient le contour de ses yeux. Quelques arabesques de paillettes parcouraient les joues du masque reflétant la lumière des projecteurs.

À cela s'ajoutait un costume de prince : chemise blanche à manches bouffantes portée sous un gilet noir sur lequel se trouvait un blason or, un pantacourt de velours noir, des souliers tarabiscotés et des guêtres blanches. Une chaîne dorée saillait sa taille retenant aussi une partie de la lumière.

Zoro le trouvait époustouflant.

En ne faisant pourtant qu'entrevoir son visage, l'éphèbe aux cheveux verts savait que son conjoint lui plaisait. Et la réciproque était vraie.

Il en oublia de suite ses amis et se mit à danser avec le blond. Au fil des chansons, ils se rapprochaient, faisant se frôler leur bassin, se coller leur torse. Puis leurs mains partirent à la découverte de l'autre. D'abord doucement, timidement puis avec plus de fougue, de bestialité et de sensualité. Leurs jambes se croisèrent et leur désir augmenta en sentant la virilité de l'autre. Des frissons naquirent sous l'assaut des caresses parcourant leur corps des pieds à la tête. Leur raison s'envolait derrière l'appel du désir.

Le blond souleva son masque et le fit glisser sur le côté de son crâne. Zoro put alors voir son visage, ovale au teint clair, un nez fin, mais surtout une bouche charnue qui attirait toute son attention. Il fixait ces deux lignes de chair si tentatrices qui ne demandaient qu'à rencontrer les siennes. Avant même d'en prendre conscience, il l'embrassait et goûtait l'objet de sa convoitise, mordillant la lèvre inférieure jusqu'à ce que l'autre lui laisse franchir ce barrage pour rejoindre sa langue. Ces deux morceaux rosés entrèrent dans une danse enflammée, se faisant impétueuse et conquérante, chacun cherchant à prendre le contrôle du baiser.

A bout de souffle, ils éloignèrent leur visage de quelques centimètres pour ensuite recommencer. Ce manège dura plusieurs instants jusqu'à ce qu'ils décident de trouver un coin plus tranquille. Chemin faisant, ils attrapèrent au passage plusieurs verres de passion pourpre, sangria et autres remontants.

Au final, ils se retrouvèrent sans trop savoir comment sur un des lits du coin câlins, le blond sous Zoro. Il grogna d'ailleurs de mécontentement d'être dans cette position, la soumission étant loin d'être son caractère. Il voulait toujours posséder l'autre mais son vis-à-vis ne lui en laissa guère le choix.

Zoro se mit en tête de découvrir l'autre à l'aide de sa langue. Il la fit donc courir sur la bouche, le lobe de son oreille, puis dans le cou de son amant, suivant l'artère principale. À mesure qu'il descendait les gémissements de l'autre augmentaient.

Il se colla plus contre le corps sous lui, se déhancha lentement sur son bassin pour accentuer les râles du blond. Sa langue taquine continuait son travail dans le cou de l'autre et quand un maladroit leur renversa de la boisson dessus, elle partit à la conquête du torse pâle. Ce faisant, Zoro arracha des petits cris de volupté au possesseur des yeux bleu. Doucement et avec une lenteur calculée, Zoro écarta les pans de la chemise pour mieux admirer son amant.

La vue de cet être magnifique, couché sous son corps, les joues rougies par le plaisir lui fit perdre toute raison. De ses mains, il palpa sans pudeur le corps du blond, redessinant le tracé léger de ses abdominaux et jouant avec la couture de son boxer.

Ils étaient proches et seule une barrière de vêtements, qui ne demandait qu'a être arrachée, restreignait leur envie. Il allait s'en débarrasser quand une main se posa sur son épaule. Irrité par ce contact incongru, Zoro se retourna brusquement pour voir que ce n'était ni plus ni moins que Luffy qui le dérangeait. Ce dernier baissa les yeux, un peu gêné et, reprenant contenance, les releva pour les plonger dans le regard de Zoro.

- Zoro, tu... euh, es-tu vraiment conscient de ce que tu risques de faire ? Je veux dire, n'aurais-tu pas un peu trop bu avant de te retrouver dans cette situation ? Es-tu sûr que c'est ce que tu désires ? Coucher avec quelqu'un que tu ne connais pas ? Et ce, devant tout le monde ?

L'homme aux cheveux verts se rappela alors de l'endroit où il se situait et remarqua les regards qui convergeaient vers eux. Effectivement, tout à son plaisir il avait tout oublié de ce qui l'entourait, n'entendant même plus le son de la musique. Seul le blond lui occupait l'esprit.

Avant même de pouvoir répondre à son ami, il entendit une respiration qui, de haletante, devint régulière. Il baissa les yeux vers le blond et s'aperçut tout simplement que celui-ci venait de s'endormir.

« Que... il dort? » furent ses uniques pensées cohérentes de la soirée.

Frustré au possible, il fut bien tenté de le laissa là, mais une petite voix dans sa tête lui conseilla plutôt de le déposer dans un endroit sûr. Vu la beauté qui se dégageait de lui, le blond n'était certainement pas en sécurité s'il se retrouvait seul. Il essaya de le réveiller mais rien n'y fit. Il le souleva alors dans le but de trouver un endroit où l'amener, sans savoir réellement où, quand un jeune homme de peau mate se précipita vers eux. Sans prendre le temps de parler à Zoro et Luffy, il assena deux claques au blond qui s'éveilla d'un coup.

- Bon sang, on te cherchait partout avec Robin, où diable étais-tu passé ? Il se retourna alors vers les deux autres. Merci d'avoir pris soin de lui, on va le ramener maintenant, je crois qu'il a trop bu.

Hébétés, Zoro et Luffy se contentèrent de hocher la tête et de regarder ce couple insolite partir. Zoro réalisa alors que ce bel Apollon venait de sortir de son champ de vision et que sous l'emprise de l'alcool il ne lui avait même pas demandé son nom.

Énervé, il rentra chez lui et ses amis l'accompagnèrent, fatigués de leur soirée. Tous dormirent dans l'appartement de Zoro ce soir là.

Au petit matin, une enveloppe fut glissée dans la boîte aux lettres appartenant à Zoro.