CHAPITRE 1 : HAVEN

-Tris-

PRESQUE TROIS ANS SE SONT ÉCOULÉS DEPUIS LA GUERRE. Il m'arrive toujours de me réveiller en sursaut, en pleurs et paniquée à cause d'un cauchemar me rappelant cette époque. Des souvenirs. Des peurs. Tobias qui me quitte, mes parents se sacrifiant pour moi, Will s'écroulant devant moi...

Mais, à chaque fois que cela se produit, il est là, auprès de moi, me serrant plus fort sur son cœur. Me murmurant des paroles de réconfort. Me consolant.

Tobias.

Je me rapproche de lui. Je suis en pleurs : cette fois-ci, il arrivait trop tard et je sombrais lentement dans les ténèbres sans jamais me réveiller. J'enfouis mon visage au creux de son cou et il m'enserre de ses bras, me caressant les cheveux de sa main droite. Il m'embrasse le front, les paupières, les joues, la bouche. Il me chatouille avec sa barbe de trois jours et je me mets à rire. Mes larmes finissent par ne plus couler et je lève les yeux vers lui. Les siens sont remplis d'amour pour moi. Je peux le voir. Je peux le sentir.

- Merci, dis-je en lui adressant un petit sourire.

- Je t'aime. Tu le sais ça ?

- Oui, je rigole doucement. Et je t'aime aussi Tobias.

Je passe ma main dans ses cheveux avant de me pencher vers ses lèvres. La sensation de nos lèvres se touchant remue quelque chose en nous. On ne peut se contenter de s'effleurer. On essaie toujours plus de se rapprocher. Tobias me fais rouler de façon à ce que je sois sur le dos et il enroule son bras sous ma nuque sans s'éloigner de moi. Nos corps s'enroulent l'un autour de l'autre sous l'influence de la passion, mais surtout de l'amour. Je n'ai jamais autant aimé une personne avant lui, et je sais que je n'en aimerai aucune comme ça après.

On continuerait volontiers notre petite séance d'embrassades passionnées si ce n'est pour le petit cri qui retentit à nos côtés. Nous tournons la tête au même instant vers ma table de chevet. Posé dessus, le baby-phone noir laisse échapper un son. Des pleurs.

Tobias retourne son regard sur moi. Ses yeux brillent et un sourire apparaît sur son visage. Il dépose un léger baiser sur mes lèvres.

- Je vais la chercher.

Avant que je n'aie pu dire mot, il se lève déjà et sort de la chambre. Pendant qu'il est absent, je me relève un peu et allume la lampe de chevet à mes côtés. J'attrape par la même occasion le cardigan noir qui est accroché au montant du lit car j'ai un peu froid. Je finis à peine d'enfiler la deuxième manche quand il revient.

Tobias est torse-nu et porte son bas de jogging gris. Son corps est toujours aussi bien sculpté que quand je l'ai connu : l'entraînement des audacieux ayant sûrement beaucoup à voir là-dedans. Mais ce n'est pas lui que je regarde à cet instant. Dans ses bras, notre fille de 6 mois me regarde, ses beaux yeux bleus remplis de larmes.

- Oh, viens voir maman, dis-je en tendant les bras vers elle.

Dès qu'elle me voit, elle tend ses petits bras potelés et se penche vers moi. Tobias monte alors sur le lit à mes côtés et me la donne. Une fois dans mes bras, elle se couche sur ma poitrine et renifle mais je sais que son chagrin est fini. Tobias lui sourit en la chatouillant sur le ventre et elle glousse adorablement.

Je souris. J'adore voir Tobias interagir avec notre fille. C'est un père et un mari exemplaire. Il ferait tout pour elle. Et, je le sais, pour moi aussi. Je me souviens du jour où je lui ai annoncé que j'étais enceinte : il était fou de joie ! Il m'a prise dans ses bras et m'a fait virevolter avec lui. Puis il a traversé toute la Fosse en annonçant la nouvelle sur son passage. Après tout ce que nous avions traversé, elle est venue comme le rayon de soleil et d'espoir dont nous avions besoin. Notre petite fille.

Notre petite Haven.

Comme elle recommence à s'agiter dans mes bras alors je lui donne le sein. Elle se calme aussitôt et me regarde intensément. Je l'observe aussi en souriant. Elle a les yeux et les lèvres de son père mais mon nez et la forme de mon visage. Je caresse ses cheveux : ils sont blonds comme les miens mais plus ondulés. Elle est un parfait mélange de Tobias et moi et cela me fait sourire à chaque fois.

- Je vais préparer le petit déjeuner, Tobias me dit avant de m'embrasser tendrement sur le front. Tu veux quelque chose en particulier ?

- Hmm, je réfléchis tandis que je regarde Haven jouer avec une mèche de mes cheveux. J'aimerais bien des pancakes, s'il-te-plait.

- Ok.

On s'embrasse rapidement sur les lèvres avant qu'il ne disparaisse dans la cuisine.

xXx

Depuis que la guerre s'est terminée, les choses ont quelque peu changées quant à l'organisation des factions. Mais dans l'ensemble le fonctionnement reste le même : les factions ont gardé leurs mêmes rôles même si ce n'est plus aussi strict qu'avant. De ce fait, les audacieux sont toujours nos protecteurs et j'ai donc décidé de m'occuper des cours de défense quand j'ai choisi mon emploi. Je suis en charge des novices pendant l'initiation, avec Tobias, et je continue à les former après cela, pendant deux ans. Cela me permet d'être avec Tobias durant les initiations et, indirectement, de maintenir ma réputation le reste du temps. Même si je sais que je n'en ai pas besoin : tout le monde me connaît et sait ce que j'ai fait.

Ce matin, je n'ai pas à aller au travail vu que c'est le jour des visites. Et Tobias non plus. Après avoir petit-déjeuné et nous être préparés ainsi qu'Haven, nous descendons vers la cafétéria d'où on peut entendre le murmure des conversations à des mètres à la ronde.

- Tris ! Quatre !, crie Christina depuis notre table habituelle.

- Salut tout le monde ! dis-je une fois arrivée à leur niveau tandis que Christina me prend déjà Haven des bras. C'est fou ce qu'elle t'aime. J'en serais presque jalouse.

- Écoute, qui n'aimerait pas sa tatie Chris préférée ? Babille-t-elle à ma fille qui éclate de rire en posant ses mains sur les joues de mon amie.

- Vous avez déjà mangé ? Nous demande Zeke.

- Oui, répond Tobias. Il y en a une qui s'est réveillée affamée ce matin.

- Et quels sont les plans pour aujourd'hui ? Demande Shauna.

- Eh bien, vu que c'est le jour des visites, on s'est dit qu'on irait peut-être se balader du côté de la grande roue. Ils l'ont ré-ouverte et je suis sûre que ça plairait à Haven, dis-je en passant ma main sur la tête de ma fille, maintenant assise sur Christina.

- Je peux me joindre à vous si ça ne vous dérange pas ?, demande Christina.

- Bien sûr, répond Tobias.

Le reste du repas se termine dans les rires et le brouhaha des conversations. Nous nous apprêtons à partir lorsque l'un des leaders s'approche de Tobias et lui murmure quelque chose à l'oreille. Je suis occupée à enfiler son blouson à Haven mais je le vois quand même froncer les sourcils face à ce qu'Adam lui dit. Il hoche la tête avant de se retourner vers moi et que l'homme s'en aille vers la sortie. Tobias s'accroupit à ma hauteur.

- Qu'est-ce qu'Adam voulait ?, je lui demande en lui passant Haven.

- Il y a quelques soucis apparemment avec de nouveaux arrivants en ville. Ils ont besoin de renfort au contrôle.

- Quand dois-tu les rejoindre ?

- Le plus tôt possible. J'irai après notre visite au parc, me dit-il.

Il embrasse la tête de notre fille mais je vois dans ses yeux qu'il est soucieux.

- S'ils ont besoin de toi tout de suite, vas-y. Tu nous rejoindras après.

- Non, ça fait un moment que nous voulons y aller. Le travail passe après.

- Ne t'inquiète pas. Va ! Ils ont besoin de toi, lui dis-je en tendant les bras vers Haven. Et puis Christina sera avec moi.

- Oui Quatre ne t'en fais pas. Je prendrai soin de botter les fesses de tous ceux qui s'approcheront d'elles, déclare Christina en lui faisant un clin d'œil.

Je lève les yeux au ciel en souriant en coin. C'est bien le genre de Christina de dire des choses pareilles. Je refocalise mon attention sur Tobias qui tient toujours Haven dans ses bras et lui fredonne une chanson. Après quelques secondes, il me regarde dans les yeux et soupire. Il me rend le bébé à contrecœur. Il adore sa fille.

- Très bien. Je fais le plus vite possible. Je t'aime, me dit-il en m'embrassant sur les lèvres. Et je t'aime aussi Havy !

Haven rigole et plisse le nez quand il l'embrasse sur celui-ci. Ça nous fait rire puis, après un autre baiser, il se dirige vers la sortie.

- On y va ?, me demande Christina.

- OK.

Et nous quittons la salle à moitié vide maintenant.

xXx

Il fait beau aujourd'hui. Le ciel est d'un bleu immaculé mais le soleil ne tape pas encore trop fort quand nous sortons. Les oiseaux chantent et de nombreuses personnes sont dehors à profiter du beau temps comme nous. Après tout, c'est la journée des visites pour toutes les factions. Il est donc normal que la plupart en profite. Depuis qu'ils ont commencé à développer la ville et à réparer les infrastructures, il est possible de prendre le train en sécurité, sans avoir à sauter à l'intérieur, dans quelques parties de la ville. Et c'est ce que nous faisions : je ne veux pas prendre le risque de blesser Haven dans un élan.

A notre arrivée, il y a déjà des files d'attente devant chaque manège. Comme de coutume depuis les événements d'il y a trois ans, de nombreuses personnes se retournent et chuchotent entre elles sur mon passage. Je les ignore.

- Comment vont les choses entre toi et Zeke ?, je demande à Christina.

Après la mort d'Uriah, ils se sont beaucoup rapprochés, unis dans la douleur d'avoir perdu un être cher en commun, même si cette douleur était différente. Puis, il y a quelques mois, Zeke a demandé à Christina si elle voulait sortir avec lui et elle a accepté.

- Très bien ! Il est très attentionné avec moi et bon, même si je sais qu'Uriah lui manque, il va beaucoup mieux. Et sa mère aussi.

- Je suis contente dans ce cas. Tiens, allons nous asseoir là, dis-je en pointant du doigt une place à l'ombre d'un arbre. Et est-ce que vous comptez aller plus loin dans votre relation ?

Elle soupire.

- Pour l'instant nous n'en avons pas vraiment discuté. Je pense qu'il n'est pas encore prêt à ce qu'on officialise les choses pour l'instant. Et à vrai dire, moi non plus.

- Will..., je murmure d'un air grave.

Je ne me pardonne toujours pas d'avoir tiré sur le petit copain de Christina, un de mes meilleurs amis, même si je n'avais pas eu d'autre choix à l'époque. Christina me passe le bras par-dessus l'épaule.

- Tu sais que je ne t'en veux pas Tris. Mais c'est vrai que je sens encore son absence. Il m'a marqué autant que Tobias a pu te marquer à cette époque. Mais je guéris petit à petit je le sens. Je sais qu'avec le temps je parviendrai à mettre tout cela dans mon dos et à commencer une nouvelle vie.

Elle me sourit, les yeux pleins d'espoir. Nous disposons notre natte sur le sol et je pose Haven dessus. Je lui donne quelques uns de ses jouets et nous l'admirons Christina et moi, rigolant devant ses petites grimaces parfois. Après une dizaine de minutes, la file d'un des manèges pour enfants diminue et Chris emmène Haven s'amuser. Je souris en voyant ma fille sourire. Elle est toujours aux anges avec Chris, et Chris parait toujours plus joyeuse auprès d'elle. Elle fait une marraine idéale.

Je m'adosse contre le tronc, perdue dans mes pensées, en jetant de temps en temps des coups d'œil aux filles. Haven semble aimer le petit manège. Elle a le sourire jusqu'aux oreilles. Puis j'observe les passants sans vraiment y penser. Un couple d'environ une trentaine d'années passe sur le trottoir attenant au manège de Christina et Haven. Ils se sourient l'un à l'autre, et me saluent aimablement en passant près de moi. Ce à quoi je répond par un sourire. Mais je crois voir quelque chose de brillant dans leurs yeux, comme un reflet. Je fronce les sourcils. Ça ne doit être que mon imagination.

Je continue à regarder Haven et Christina et occasionnellement les passants quand je me rends compte que le couple que j'ai préalablement salué est toujours dans les environs. Ils sont à présent en train de regarder les enfants s'amuser dans le manège. Non. Pas n'importe quels enfants.

Haven.

Je me lève d'un bon. Je rassemble nos affaires et pars en direction des filles.

- Chris !, je l'interpelle, tout en observant le couple du coin de l'œil.

A mon appel, ils me regardent brièvement avant de se chuchoter quelque chose et de retourner à leur observation.

Christina marche vers moi, les sourcils froncés tandis qu'elle se demande pourquoi je l'appelle. Quand elle voit mon visage préoccupé, son expression semble encore plus confuse.

- Donne-moi Haven, je lui demande et elle me passe la petite.

- Que se passe-t-il ?

- Le couple là-derrière, ils n'arrêtent pas de fixer Haven.

Elle regarde discrètement au-dessus de mon épaule, tandis que j'embrasse la tête de ma fille en la berçant. Haven doit sentir mon stress car elle commence à chigner contre moi.

- Tu es sûre ? Tu ne penses pas qu'ils observent juste les enfants s'amuser ?

- C'est ce que je pensais au début mais je les ai observé. C'est bien Haven qu'ils regardaient.

Christina fronce les sourcils et les observe de nouveau, mais cette fois-ci, ils s'éloignent, main dans la main.

- Et ce n'est pas tout. J'ai cru voir une lueur étrange dans leurs yeux.

- Une lueur ?

- Oui...je ne saurais t'expliquer. C'était comme...un reflet, autour de l'iris.

- Tu crois que ce sont de nouveaux types de lentilles ?, elle demande, confuse.

- Christina !, je gémis.

- Tris !

Nous nous tournons, Christina et moi, vers la voix. C'est Tobias. Et il a l'air préoccupé. Ses yeux se posent sur Haven, qui pleure vraiment maintenant malgré mes balancements pour la calmer, puis se lèvent vers nos visages préoccupés. Il tend les bras pour prendre notre fille et commence à la bercer. Il a plus de chance que moi car elle arrête presque instantanément de pleurer.

- Que se passe-t-il ?, me demande-t-il en fronçant les sourcils.

- Je t'expliquerai plus tard. Et toi ? Quel était le problème finalement ?

- Hmm...Et si on rentrait ?

Christina et moi nous nous regardons : ça ne nous dit rien qui vaille.


Coucou! :) Voici le premier chapitre. J'espère que vous l'avez apprécié. Il met un peu les bases de l'histoire. Alors, qu'est-ce que vous en pensez? Je tâtonne encore un peu mais j'aimerais avoir vos avis sur cette fanfic. Les conseils et idées sont les bienvenus bien sûr. Je vous souhaite à tous une super semaine. A bientôt! :)