II

Le repas était fini, Liliane vit son cher collègue se lever et quitter la salle. Elle se leva à son tour et partit à sa suite. Ils étaient dans les couloirs des cachots lorsqu'elle le rattrapa.

« Professeur Snape »

Il fit semblant de ne pas l'entendre.

« Snape ! »

Il s'arrêta instantanément et sans se retourner lui demanda de quel droit elle se permettait de l'appeler ainsi.

Elle s'approcha doucement, comme incertaine, mais sa voix ne trahit rien.

« Et vous, de quels droits me traitez vous comme vous le faites ? Cela fait un certain temps que je voulais vous parler. Je sais que vous ne m'appréciez pas et peu m'importe, mais je suis désormais votre collègue et vous pourriez au moins avoir un peu de respect pour moi. Je suis votre égale à présent et si je… »

Il ne la laissa pas continuer et se retourna.

Elle recula instinctivement devant le regard colérique de son prétendu égal. Il ne fit pas un pas vers elle et se contenta de la regardait quelques instants.

« Miss Custer, puisque peu vous importe ce que je pense de vous, à quoi bon me poursuivre ainsi ? Votre nomination en tant que professeur de métamorphose et directrice des Griffondors est déjà bien assez pénible sans que vous m'imposiez en plus votre présence. Quant à mon respect, puisque c'est ce que vous semblez attendre de moi, vous ne l'aurez que lorsque vous serez devenue transparente à défaut de quitter ce château. Et je ne parlerai même pas du fait que vous vous prétendiez être mon égal. »

Il se tut quelques instants, son regard planté dans celui de Liliane, sa voix se fit plus douce, comme s'il dévoilait un secret connu de lui seul.

« Si vous saviez comme vous vous trompez à ce sujet, comme nous sommes loin d'être égaux… »

Avant qu'elle ne puisse réagir, il s'était engouffré dans ses appartements.

« A chaque fois, c'est pareil, il me plante et disparaît. Ma pauvre fille, tu es ridicule, il n'y a rien à attendre de lui.


Une fois encore, il s'était retenu. En sa présence, une rage immense l'envahissait, comme si le fait d'être violent le protégeait d'elle. Car c'est de cela qu'il avait besoin, de protection.

Oui, elle se trompait quand elle se prétendait son égal. Elle était bien au dessus de lui. Il se sentait tellement faible et vulnérable auprès d'elle.

Et qu'avait elle à vouloir son respect, son admiration ? En quoi comptait-il tant à ses yeux ?

Il n'était qu'un ancien mangemort, devenu héros de guerre méprisé, un homme sans avenir, presque sans présent. Au temps de cette redoutable guerre, il avait une mission, il y avait le secret, le danger, la haine, l'ombre, la joie de la victoire, le goût du risque, l'envie de reconnaissance aussi. Que lui restait-il ? Il avait conscience de n'être toléré dans cette société que pour le rôle qu'il avait joué durant la guerre. Mais cela n'avait pas changé le regard des gens. Il était toujours aussi seul, mais n'avait plus la moindre excuse à présent à cette solitude. Personne pour lui tendre la main. Il ne lui restait plus que sa pitoyable vie de professeur de potions. Sans doute aurait-il pu trouver un semblant de paix, si cette insupportable jeune femme ne lui rappeler pas à chaque instant sa misérable existence.

Tout en elle était pour lui insupportable. Ce sourire qu'elle distribuait, comme on distribue des bonbons et dont tout le monde semblait friand. Son rire chaud et entraînant, véritable hymne à la joie. Il entendait encore Flitwick se vanter de l'avoir fait rire pendant dix minutes avec une de ses stupides plaisanteries.

Ne pouvait-elle le laisser en paix ?

Sa vie devenait de plus en plus difficile. Il avait vécu des choses douloureuses et difficiles, mais c'était la première fois qu'il avait envie de partir, de fuir, au mépris de ce que les autres penseraient, de ce que Minerva penserait. Après tout quelles raisons avait-il de rester, d'enseigner l'art des potions à des morveux décérébrés ?

Albus était mort, il n'avait plus besoin d'abri, si tant est que Poudlard en soit un, Hermione Granger avait fini son apprentissage et pouvait parfaitement reprendre son poste.

Il n'avait plus rien à faire ici. Une retraite anticipée serait peut être l'occasion de remettre un peu d'ordre dans sa vie, de remettre quelque chose dans sa vie.

Une résolution de prise lui avait toujours été comme un poids qui quitter sa poitrine, cette fois encore, il se sentait plus… léger serait beaucoup dire, disons qu'il se sentait mieux.