Alors que Sousuke regardait l'explosion depuis le hublot de sa chambre à bord de Zayenza (le vaisseau mère), il ne ressenti aucune empathie ni regret envers les milliers d'humains qui succomberaient cette nuit-là. Pour lui, ils ne seraient rien d'autre qu'un maigre sacrifice pour la réalisation de son plan grandiose. Il regarda la Terre, ses yeux remplis d'espoir et ses pensées tournées vers la promesse d'un avenir qu'il avait depuis longtemps cessé d'espérer. Plongé dans ses pensées, il n'entendit pas Rin arriver derrière lui.
« Yamazaki. »
Loin d'être surpris d'entendre cette voix qu'il connaissait si bien, il se retourna pour faire face au jeune homme qui était vêtu d'un long manteau rouge et d'une chemise noire. Celui-ci lui tendait une coupe de vin qui, il le savait, avait été spécialement préparé pour lui à cette occasion. Sousuke pris la coupe entre ses doigts et observa le visage du garçon. Il remarqua son teint pâle et des cernes profonds sous ses yeux. Il semblait mal en point, malade, ou très affecté par la fatigue… Il devait probablement être plus nerveux au sujet de l'attaque qu'il ne l'était lui-même. Il se demanda si, au fond, il était toujours aussi sensible au sujet des Terriens comme il avait pu l'être dans le passé.
« Comment te sens-tu? lui demanda Rin qui avait les yeux rivés sur le hublot ».
Dans un geste d'hésitation, Sousuke passa la main dans ses cheveux ; il ne savait pas quoi lui répondre. La vérité est qu'il se sentait en pleine forme, il se sentait même plutôt heureux, mais il n'avait pas envie de l'inonder de son enthousiasme presque malsain en lui répondant honnêtement. Il préféra donc éviter de répondre en le questionnant à son tour. En même temps, il pourrait tester sa réaction et le taquiner un peu comme il avait l'habitude de le faire.
« Et toi, Matsuoka? C'est ton peuple qui est en train d'être pulvérisé, non? dit-il sur un ton légèrement arrogant et accentué d'un haussement de sourcils. » Sa coupe toujours à la main, il croisa les bras et, une expression neutre peinte sur son visage, attendit la réponse de Rin. Celle-ci fut immédiate ; il frappa le mur avec force et le foudroya du regard.
« Ce n'est pas mon peuple! répondit-il froidement. » Comme s'il s'agissait d'une menace, il continua : « Ne t'avise pas de tester ma loyauté encore une fois, Sousuke. »
Sousuke savait qu'il avait touché une corde sensible de leur relation en abordant le sujet, mais il se plaisait à le voir se mettre en colère si facilement et il le connaissait suffisamment bien pour savoir qu'il ne lui en tiendrait pas rigueur. Le rouquin, toujours dans son élan de colère, saisit le col de sa chemise et lui montra brusquement la Terre d'un grand geste de la main tout en le regardant droit dans les yeux.
« C'est autant mon futur que le tien et tu le sais. » On pouvait lire sur son visage toute la frustration qu'il ressentait. Sousuke, qui se retenait déjà depuis un bon moment, ne put s'empêcher d'éclater de rire en observant l'expression si sérieuse et fâchée de Rin. Bien qu'il suspectait qu'au fond, une infime partie de lui soit toujours nostalgique de sa vie sur Terre, de tous ses confrères, il était celui pour qui il avait le plus confiance.
Rin, surpris par cet éclat de rire inattendu, le lâcha immédiatement. Son visage passant d'une expression de surprise jusqu'à l'incompréhension, il changea aussitôt d'expression lorsqu'il comprit finalement qu'il s'était fait avoir. Il s'esclaffa à son tour et lui donna une bourrasque amicale. Les deux, complices, rigolèrent ensemble pendant un bon moment. Lorsqu'ils se calmèrent enfin, Rin passa son bras autour de son épaule avec affection.
« Sousuke, tu verras, bientôt, tout ça nous appartiendra… À nous deux. ». Il lui offrit son plus beau sourire, ce sourire qui avait le pouvoir d'illuminer de bonheur le cœur de Sousuke, ce sourire qui lui faisait presque oublier son passé et lui donnait la force de continuer à se battre. Le Sarien lui retourna un sourire sincère et reconnaissant.
Après un moment de silence, Rin se détacha de lui et reprit un air sérieux. « Demain, comme établis, tu dirigeras les troupes pour le siège de Tokyo... L'opération d'infiltration ne sera pas simple, alors profites des dernières heures pour dormir, tu auras besoin de toute ta force. De mon côté, j'arrangerai les derniers détails avant ton départ. »
« Entendu, mon roi! Répondit Sousuke d'une voix déterminée tout en effectuant une révérence. »
Rin sourit, amusé par cette marque de respect qui n'était pas nécessaire considérant leurs statuts également élevés. Il lui offrit un simple hochement de tête en guise de réponse et quitta la pièce pour se diriger vers sa propre chambre. Sousuke, à nouveau seul, s'appuya contre le mur et sirota tranquillement le vin que Rin lui avait gracieusement offert. Le liquide rouge entre ses lèvres, il se perdit dans ses pensées, savourant l'idée de finalement amener les Sariens vers leur libération.
Dans le grand hall qui servait à la fois de salle du trône et de point de rencontre, une centaine d'hommes étaient regroupés devant lui. Droits comme des piquets, ils attendaient ses ordres en silence. Leurs armures de teslite (minéral originaire de leur planète), sous la lumière, semblaient presque vivantes. Un métal liquide coulait à l'intérieur comme s'il s'agissait de sang et leurs couleurs alternaient entre différentes teintes de violets. Chaque soldat avait également un casque muni de deux cornes métalliques, clin d'œil à l'apparence des Sariens avant leur métamorphose physique. En position d'attente du discours de leur chef, ils avaient tous retirés leurs casques qu'ils tenaient de la main gauche, leur main droite, elle, habituellement libérée d'armure car ils possédaient l'habilité de pouvoir la métamorphoser en armes diverses.
Bien qu'il ait fait des centaines de discours publics durant sa vie, Sousuke ne s'était jamais senti aussi nerveux que pour celui-là. Son cœur battait à toute allure et sa bouche était sèche. Il ne savait pas si cette fois il serait capable de trouver les bons mots. Comme pour se donner un peu plus d'assurance, il chercha Rin du regard. Au fond de la salle, celui-ci était assis sur le trône royal forgé également de teslite, mais bleu ; la couleur de la famille royale. Le jeune homme attendant avec impatience son fameux discours, avait les jambes croisées et la tête posée sur son menton. Sousuke esquissa un sourire ; même dans un moment aussi important, Rin restait toujours aussi fidèle à lui-même. Cette pensée l'amusa et apaisa sa nervosité, donnant tout juste un répit suffisamment grand à son angoisse pour lui redonner confiance. Il prit une grande respiration avant de prendre la parole, puis, d'une voix puissante et assurée, il commença :
« Aujourd'hui, mes frères, c'est l'histoire d'un peuple qui change. C'est l'histoire de NOTRE peuple. C'est celle de nos familles, de nos amis, de nos enfants. »
Il marqua une pause, balayant ses hommes un à un avec solidarité. Il pu reconnaître de nombreux visages ; ils étaient pour la plupart des hommes et des femmes de son âge avec qui il partageait de nombreux souvenirs. Ceux-ci, les yeux rivés sur lui, l'écoutaient avec intérêt. Il était commun pour Sousuke d'être le centre de l'attention, car il avait réellement l'allure d'un chef ; il était ce type de personne dont juste la présence dégageait une aura presque magnétique.
Sousuke poursuivit ses paroles destinées à encourager son armée, chaque mot revigorant davantage la marée d'hommes située face à lui. Après un speech de plusieurs minutes, le chef de guerre s'arrêta pour reprendre son souffle et observer les Sariens qui l'écoutaient avec attention. Il se dirigea vers le centre de l'estrade sur laquelle il se tenait, se rapprochant d'un appareil ressemblant à s'y méprendre à un vieux projecteur d'école. Il appuya sur un des côtés de la machine et un immense hologramme se matérialisa devant les soldats soigneusement rangés en ligne. L'hologramme représentait une carte en trois dimension d'une partie de la ville de Tokyo, disponible à la vue de tous. Sousuke appuya à nouveau sur l'un des boutons de l'appareil et la carte se mis à pivoter jusqu'à ce qu'un bâtiment, mis en surbrillance, fit face aux soldats.
« Aujourd'hui, notre mission est simple ; pénétrer une des plus grandes bases militaires terrestre et exterminer les soldats pour éliminer les risques de représailles. Vous connaissez tous vos rôles préalablement établis, alors je compte sur vous et sur votre dévotion à notre cause pour faire de cette mission une réussite. »
Il se recula d'un pas pour marquer la fin de son discours. En regardant à nouveau ces hommes et femmes, il ne put s'empêcher de penser que ce serait peut-être le jour de la mort de certains d'entre eux. Cette pensée l'attrista, il avait déjà perdu tant de proches... Son cœur se serra davantage lorsqu'il remarqua les soldats s'agenouiller un a un devant lui. Marque du plus grand des respects chez les Sariens, il était très rare de les voir se prosterner devant qui que ce soit. Complètement ému par ce geste, il serra les poings pour se forcer à garder le contrôle de lui-même et ne pas verser de larmes. Il était leur chef et devait montrer qu'il était suffisamment fort pour les diriger. À ce moment, il se promit que si la mort les frappait aujourd'hui, que ça ne serait pas en vain... Il leva le poing avec force et cria à plein poumon :
« GLOIRE À SAMEZUKA ! »
« GLOIRE À SAMEZUKA ! répétèrent en cœur les soldats. »
Rin traversa les rangées de soldats et monta sur l'estrade pour faire face au jeune homme. En silence, il prit la dague bleutée qui était posée sur un petit présentoire près de Sousuke et retira le pendentif qu'il avait autour du cou. Celui-ci, artefact historique de la royauté Sarienne, était muni d'un diamant bleu en forme de larme et de la grosseur d'une balle de golf. Sousuke ne dit pas un mot, pour être né dans la famille royale, il reconnaissait aussi bien ce pendentif que le rituel qui lui était associé ; il s'agissait de la bénédiction du roi pour le chef de l'armée. À l'aide de la dague et sans marquer d'hésitation, Rin s'entailla profondément la paume. Puis, montrant à tous ses deux mains, (la gauche dégoulinant de sang, la droite tenant le pendentif) il les rejoint dans un geste solennel pour couvrir le diamant du liquide rouge. Sousuke posa un genou à terre et Rin passa l'artefact autour son cou. À la vu des soldats, les deux amis se regardèrent en silence. Sousuke, sachant que c'était la dernière fois qu'il le verrait avant de mettre les pieds sur Terre, nota chaque détail de son visage et de cet instant pour le graver dans sa mémoire. C'est ensuite sans un mot que Rin se retourna pour aller reprendre place sur son trône et que Sousuke se releva pour diriger son armée vers le hangar du vaisseau. Là-bas les attendaient une dizaine de petits vaisseaux de guerre pouvant transporter un nombre limité de personnes. Le regard droit et déterminé, il grimpa dans l'un des véhicules. Puis, un à un et à une vitesse hallucinante, ils furent propulser à l'extérieur de Zayenza. À mesure que la Terre grossissait devant ses yeux, l'excitation de Sousuke ne faisait qu'augmenter.
Elexinie - Voilààààà j'espère que mon chapitre vous aura plu! Je n'ai pas mis énormément de détails au sujet de l'histoire de leur civilisation, mais ne vous inquiétez pas, je vous promet que ça viendra plus loin dans la fanfiction et que tout deviendra plus clair! 3 Merci d'avoir lu jusqu'ici!
