Au bout d'un certain temps, je n'aurai su dire combien, je me relevai doucement puis passai mes mains sur mon visage pour l'essuyer. Shay se leva pour me ramener un mouchoir qu'elle me tendit et que je pris avec un petit sourire gêné. Je me mouchai tout en essayant de ne pas en faire trop et enfoui le mouchoir dans une poche arrière.
- Merci d'être là Shay... chuchotai-je le nez encore un peu encombré.
- C'est normal... mon amour...
Elle se rassit à mes côtés et emprisonna de nouveau mon visage entre ses mains fines et douces. Ses yeux bleus clairs me fixaient profondément et me donnaient presque le tournis. J'avais oublié à quel point il était bon de se perdre dans son regard si clair, si pur et si intense. Ce fut comme si un énorme poids se retira de mes épaules. Et elle approcha doucement son visage du mien, faisant ainsi avancer également ma bouche vers elle, comme deux aimants obligés de se rencontrer. Nos lèvres entèrent en contact et la sensation fut extrêmement agréable. Lorsque sa langue se fit sentir sur ma lèvre inférieure, m'invitant à la laisser entrer, Delphine quitta mon esprit. Je me sentis d'abord coupable, mais repoussai bien vite cette idée et entrepris d'allonger Shay sur le canapé. Elle se laissa évidement faire et s'empressa de passer ses mains dans le bas de mon dos, sous mon t-shirt, me procurant une autre sensation de libération. Elle finit par me l'enlever, et nous nous retrouvâmes nues petit à petit, le plus doucement et le plus sensuellement possible. Elle ne voulait pas me brusquer vu la situation et je ne voulais pas me précipiter pour profiter le mieux possible. Mon corps nu contre le sien me procurait un grand sentiment de liberté. Cette impression d'être loin de tout, loin de tous les problèmes qui me tombaient dessus depuis que j'avais croisé le chemin de Beth, loin de la réalité de ce monde cruel. L'adresse de ses mains me rendait folle. Il était vrai qu'il manquait cela à Delphine, de l'expérience. Et bien que je ne lui en ai jamais voulu, Shay avait une certaine dextérité qui me faisait planer plus que les caresses de Delphine.
Mais rien ne valait l'amour que je portais à Delphine. Rien ne valait ses câlins. Rien ne valait nos moments à deux. Rien, rien ni personne ne pouvait remplacer Delphine. Delphine était la personne avec qui je voulais être à chaque instant.
J'eus un terrible sentiment de culpabilité lorsque je jouie. Coupable car je faisais l'amour à une autre femme tandis que celle que j'aimais réellement était dans le coma. Coupable parce que Shay me faisait jouir et que je ne pensais pas à elle en cet instant.
J'étais allongée sur le dos, Shay était sur le côté en appui sur son coude, sa tête posée dans sa main. De sa main libre elle me caressait le ventre. Je la regardai tendrement, essayant de tout oublier.
- Je t'ai promis de tout t'expliquer Shay...
- Tu n'es pas obligé de faire ça ce soir... Tu ferais mieux de dormir pour aller voir Delphine le plus tôt possible demain matin.
- Oui, tu as raison...
Il était vrai que je n'avais pas spécialement envie de parler de tous ces délires de clones maintenant. Shay m'embrassa tendrement avant de se coucher à mes côtés.
Je m'endormie apaisée, j'étais heureuse que Shay n'ait rien à voir avec tout ça, que ce ne fut pas encore une fille mise exprès sur ma route pour m'empêcher d'avancer.
Je me réveillai en sursaut et attrapai mon téléphone pour regarder l'heure. Je me dépêchai de m'habiller et réveillai Shay dans ma course.
- Pardon, lui dis-je en m'approchant d'elle pour lui déposer un baiser sur le front.
- C'est rien, t'en fais pas, me répondit-elle en s'étirant.
J'ouvris la porte et elle m'interpela.
- Bon courage Cosima, appelle-moi s'il y a un souci.
- Je le ferrais.
Elle me sourit et mon cœur s'emballa. Une légère sensation de chaleur parcouru mon corps et je sortis avant de réfléchir à ce qui venait de se passer. J'avais reçu un sms de Scott la veille me disant qu'il avait quitté l'hôpital vers 23h et qu'il n'y avait rien de nouveau.
Je pénétrai dans le hall de l'hôpital le cœur battant. Je me présentai à l'accueil et on m'envoya directement voir un médecin qui me reçu entre deux patients juste devant la chambre de Delphine.
- Votre amie s'est réveillée pendant la nuit.
J'eus envie de lui sauter au cou, mais je me retins, et à la place, des larmes s'accumulèrent aux coins de mes yeux.
- Elle est encore très faible, il va lui falloir beaucoup de temps pour se rétablir, mais elle est hors de danger. Comme elle souffre d'une blessure par balle nous avons appelé la police, c'est la procédure.
Il jeta un coup d'œil à sa montre.
- Je les ai eu au téléphone, j'ai essayé le plus possible de retarder leur venue pour ne pas qu'ils la perturbent, ils m'ont dit qu'ils viendraient demain dès les premières heures.
- D'accord...
La police, c'était vraiment une très mauvaise idée.
- Et, je peux la voir ? demandai-je la voix tremblante.
- Bien sûr, mais ne la fatiguez pas trop.
- Entendu.
Il me sourit, me salua disant qu'il devait aller s'occuper d'un patient, et me laissa seule devant la porte. Je pris une grande inspiration et la poussai. Au moment où je me retournai après avoir refermé la porte derrière moi, Delphine ouvrit les yeux et me regarda.
- Cosima... dit-elle avec une faible voix.
- Chuuuut, ne te fatigue pas... Je suis là...
Les larmes accumulées roulèrent instantanément sur mes joues, me soulageant grandement. Je les essuyai d'un revers de main et m'approchai d'elle. Je lui pris une de ses mains dans les miennes et descendis pour lui déposer un baiser sur le front.
- J'ai... commençai-je à dire en balbutiant, j'ai cru que j'allais te perdre pour toujours...
- Qui... qui est au courant... que je suis ici ? chuchota Delphine en me regardant apeurée.
- Seulement Scott, Shay et moi, mais il faut que j'appelle Sarah...
- Cosima, dit-elle en me coupant et en me touchant le bras à défaut de l'attraper, comme pour m'empêcher de faire quelque chose.
- Delphine, ils ont appelé les flics, il faut absolument que je prévienne Sarah, on doit te sortir d'ici, même si je n'aime pas beaucoup cette idée. Si les Castors ont voulu te faire exécuter, tu n'es pas à l'abri ici et la police ne doit pas s'en mêler.
Elle ouvrit une nouvelle fois la bouche mais je sortais déjà mon téléphone pour appeler Sarah lorsque je me rendis compte qu'elle été partit rejoindre sa fille. Je râlai un coup et décidai d'appeler Alison. Elle répondit au bout de trois sonneries et je lui expliquai toute la situation. Elle n'était pas encore au courant que Delphine s'était fait tirer dessus et dut encaisser le choc tout en assimilant tout le reste.
- Et il faut absolument qu'on la fasse sortir de là avant que la police débarque.
- Evidemment, répondit Alison à l'autre bout du fil, mais c'est risqué dans son état...
- Je sais, mais sûrement moins que de la laisser à l'hôpital.
- Tu as raison. Ecoute, reste à ses côtés, je vais appeler Felix et prévenir les autres pour trouver une solution.
- Merci Alison.
Nous raccrochâmes et je retournai au chevet de Delphine. Je pris une chaise pour m'asseoir tout près d'elle et lui reprit la main.
- Ohw, il faut que j'envoie un message à Shay pour lui dire que tu es en vie.
Ses yeux s'écarquillèrent et elle me serra la main aussi fort qu'elle le pouvait en cet instant.
- Non... dit-elle. C'est elle... C'est elle qui m'a tiré dessus...
La nouvelle me fit un choc. Mes oreilles bourdonnèrent et ma vision se brouilla. J'eus un léger vertige, par chance j'étais assise.
- C'est pas possible... dis-je sans m'entendre le dire.
Je venais de passer la nuit avec celle qui avait tiré sur Delphine. J'étais stupide, toujours aussi stupide. Comment avais-je fait pour ne rien voir...
- Mais pourquoi... réussis-je à demander alors que ma vison et mon ouïe revenaient, pourquoi elle t'aurait tiré dessus ?
- Les néolutionnistes... elle doit avoir... un lien avec les néolutionnistes...
- Hein ? Qu'est-ce que les néolutionnistes viennent faire là dedans ? Depuis que Leekie est mort ce n'est plus vraiment d'actualité !
Elle respira un grand coup et commença à tout m'expliquer. Elle mit un peu de temps à démarrer. Elle m'expliqua comment le Dr. Nealon avait piégé Sarah et Krystal (dont j'apprenais l'existence), comment lui et les néolutionnistes avec l'aide du DYAD voulaient mettre la main sur le génome original, comment elle en été arrivé à le tuer, et comment il l'avait prévenu du fait qu'à cause de cela il ne lui resterait plus longtemps à vivre.
- Je t'avais confié à Shay, finit-elle son récit, j'avais confiance en elle... C'est horrible... Tu lui as parlé des projets Leda et Castors ?
- Non, je n'ai pas eu le temps, mais apparemment elle doit déjà tout savoir.
- Dans le doute, c'est mieux de ne rien lui dire.
- Tu as raison mais... Il va falloir que je la joigne un moment où à un autre, sinon elle va comprendre que je suis au courant de tout.
- Dis lui... que je ne me suis toujours pas réveillée.
- Pour le moment c'est ce que je vais faire, mais ça ne va pas pouvoir durer éternellement, enfin, chaque chose en son temps.
J'empoignai mon portable et ouvrit ma conversation sms avec Shay.
"Delphine est toujours dans le coma... Mais je préfère rester à l'hôpital au cas où il y ait du changement"
Sa réponse fut assez rapide. Forcément, elle ne devait attendre que ça.
"Tu veux que je viennes ?"
"Non, merci. J'ai besoin d'être un peu seule"
"C'est à cause de ce qui s'est passé hier ?"
Hier... Oui, hier, nous avions couché ensemble. Alors que Delphine m'avait embrassé, alors que j'étais toujours amoureuse d'elle. Et oui, hier j'avais couché avec Shay alors qu'elle était celle qui avait tiré sur la femme dont j'étais amoureuse. Je n'avais pas vraiment envie d'y penser maintenant. J'étais tellement dégoûtée et déboussolée. Je dus cependant trouver un truc à répondre.
"Non non, ne t'en fais pas"
"Bonne chance alors mon cœur"
Son message d'amour me donna envie de vomir, pleurer et crier en même temps.
- Ça va Cosima ?
-Tu es allongée dans un lit d'hôpital, c'est plutôt à moi de poser ce genre de question, répondis-je un sourire en coin.
- Je ne pensais pas que frôler la mort d'aussi près ferait aussi peur... J'étais prête, enfin je croyais... Mais, en fait, on n'est jamais prêt à quitter les gens qu'on aime.
Elle prit mes deux mains dans les siennes et les caressa doucement.
- Je suis tellement désolée pour tout le mal que je t'ai fait Cosima... Mais je voulais te protéger, depuis le début je veux te protéger...
- Je sais, je sais Delphine... Je sais, j'ai compris, j'ai compris pourquoi tu avais fait tout ça. Je te pardonne Delphine.
Des larmes sortirent de ses yeux et vinrent s'engouffrer dans ses oreilles. Comme cela ne devait pas être agréable je lui essuyai doucement les joues avec mes pouces. Une fois ses joues sèches, je lui caressai la nuque et vins déposer un baiser sur son front. Puis je descendis et approchai lentement mes lèvres des siennes. Elle ferma les yeux, moi aussi. Mon téléphone sonna, interrompant mon avancée. Je dus reculer à contre cœur et décrocher. C'était Felix.
- Cosima, comment va Delphine ? dit-il en tout premier.
Ça me faisait plaisir qu'il s'inquiétât pour elle.
- Elle est hors de danger...
- Bon... Ecoute, Alison m'a tout expliqué, on a essayé de contacter Sarah et Mrs S mais elles n'ont pas répondu, Alison réessaye en ce moment même. Ensuite on a appelé Art et Scott. Ils vont nous aider à sortir Delphine de là. Art va venir en fin d'après-midi se faisant passer pour le flic qui doit interroger Delphine. Je t'explique le plan...
Felix m'expliqua en détail puis finit par me demander si on savait qui avait tiré sur Delphine.
- Je vous en parlerai quand elle sera sortit de cet endroit, lui répondis-je.
De toute façon presque personne ne connaissait l'existence de Shay, hormis Delphine et Scott. Et je savais qu'ils ne la contacteraient pas.
- Et Helena ? demandai-je avant qu'il ne raccroche.
- Helena est chez Alison, elle va venir avec elle, on vous attendra chez moi.
Felix raccrocha et j'expliquai à Delphine comment nous allions procéder. Elle ne semblait pas très convaincue mais elle n'avait de toute façon pas le choix.
- Il faut que tu te reposes un peu Delphine.
Elle acquiesça et je sortis pour aller repérer un peu les lieux. J'en profitai pour manger un morceau et lorsque je revins dans sa chambre, Delphine dormait. Son repas avait été posé sur la table de chevet. Je m'assis sur la chaise qui n'avait pas bougée et je la regardai dormir. Elle avait l'air si paisible. Elle était si belle. Ma main s'avança machinalement vers son visage pour dégager une mèche qui lui tombait sur les yeux. Mon geste la réveilla et elle me sourit en émergeant.
- Désolée, chuchotai-je.
- C'est rien.
Je lui montrai son plateau repas et lui apportai. Elle se redressa en grimaçant, sa blessure la tiraillait. Elle mangea en silence. Ce silence aurait pu être gênant mais il ne l'était pas. C'était plutôt apaisant. Lorsqu'elle eu finit elle voulu dormir encore. Je finis moi aussi par m'endormir sur ma chaise, ayant très mal dormis cette nuit.
Merci pour vos reviews, ça m'aide beaucoup :)
