-Chapitre 2- Les réfugiées
Allongé sur le ventre pour plus de confort, Minjun somnolait. Il serait bien sorti du lit si la douleur ne lui tirait pas tant les chairs à chaque fois qu'il bougeait la jambe. Ce genre de blessure était superficielle pour lui, cela n'entravait ses mouvements que pour quelques jours tout au plus. Il ne savait pas où il était exactement ou même s'il était capable de retrouver son chemin. Le cherchait-on ? Sûrement, car les gens qui l'attendaient n'étaient pas du genre à rester calmement assis alors qu'ils n'avaient aucune nouvelle de lui. Il entendit quelqu'un entrer dans la pièce mais il ne bougea pas. Il entraperçut la silhouette de Hyejung qui déposa un plateau de bois sur la table de chevet.
- Maintenant que j'y pense, tu as beaucoup de cicatrices dans le dos, sur le torse aussi.
- Ce n'est pas sans risque de savoir tenir une épée.
Hyejung sourit instantanément, comprenant que trop bien ce qu'il disait.
- Puisque tu as vu les miennes, me montreras-tu les tiennes ? plaisanta-t-il.
- Une autre fois peut-être, répondit-elle sur un ton mystérieux.
- C'est donnant-donnant, je suis nu sous ce drap, comprends-moi un peu.
- Il fallait bien nettoyer ces vêtements plein de sang.
Le jeune homme allait poursuivre lorsqu'il entendit des rires à la porte. Un groupe de femmes d'âge mûr les épiait, sûrement depuis plusieurs minutes. Hyejung soupira longuement alors que Minjun se redressa pour se couvrir du drap qui avait glissé.
- Tu es un peu l'événement du jour. On n'a pas beaucoup d'hommes ici et, soit ils sont trop vieux soit ils ne sont pas majeurs, alors un jeune homme vigoureux qui fait irruption dans notre camp, ça rallume la flamme dans le cœur de ces dames. Elles t'ont préparé un bon repas pour te remettre sur pied. Je vais te laisser un peu d'intimité : tes vêtements sont secs et ont été pliés.
Elle pointa du nez un coin du mur. Les vêtements étaient soigneusement posés sur une petite table. Il vit également son épée sagement rangée dans son fourreau, à la verticale, et un collier en or était accroché à sa poignée. Il regarda Hyejung partir, attardant son regard sur la porte par laquelle elle venait de disparaître, puis il commença à manger en silence. Il ne comptait pas rester dans cet endroit inconnu bien longtemps, il devait pouvoir se relever et repartir au plus vite. Le plus dur fut de sortir du lit sans plier sous la douleur, mais sa blessure avait bien été traitée, la sensation lancinante qui brûlait ses chairs ne dura pas plus de deux pas et il se rhabilla fébrilement. Il passa le pendentif finement serti de pierres bleues autour de son cou et laissa son épée où elle était. Il n'en avait pas besoin.
Il tendit l'oreille : il y avait de l'animation en-dehors de la cabane de bois dans laquelle on l'avait installé depuis deux jours. Alors Minjun ouvrit la porte, prêt à prendre un peu l'air. Il découvrit un véritable petit village, fait de bois, en harmonie avec la forêt. Il se trouvait dans une petite place commune, entourée de petites maisonnées, et surmontée d'autres habitations construites dans les arbres, reliées par des ponts suspendus, des cordes, des systèmes de poulies. Le village devait s'étendre un peu plus derrière l'infirmerie, car devant lui, il y avait l'entrée du camp, marquée par deux arbres plus gros que les autres. On y avait installé des passerelles sur lesquelles des sentinelles devaient monter la garde sur différents palliés de plus en plus hauts. Des enfants jouaient dans la place, ou aidaient leurs mères à ramener du bois pour le feu, ou à étendre le linge, à participer à l'activité du camp. Comme Hyejung l'avait laissé entendre, il y avait très peu de présence masculine, si ce n'était des vieillards qui apprenaient aux enfants comment sculpter le bois et fabriquer un meuble. Plus loin, Minjun reconnut Choa, elle-même entourée d'enfants, mais aussi de jeunes filles, et elle semblait leur parler avec passion. De l'autre côté, il vit une petite écurie et y aperçut son cheval. Ce fut le premier endroit qu'il choisit de visiter, allant flatter l'encolure de sa monture qui l'accueillit d'un mouvement de tête. Ce fut à ce moment qu'une jeune fille qu'il n'avait jamais vue s'approcha de lui. Elle était de petite taille et très fine, elle paraissait surtout très jeune.
- Il s'est remis très vite de sa course folle dans la forêt, dit-elle avec un sourire. C'est un animal très intelligent. Il vous a conduit là où vous pouviez être soigné.
- Intelligent oui, buté surtout, répondit Minjun en caressant son cheval entre les yeux. Merci d'en avoir pris soin.
L'animal émit un hennissement joyeux et donna un coup de tête léger contre celle de son maître. Il lui signifiait ainsi qu'il était heureux de le revoir. Minjun discuta un peu plus longuement avec la jeune fille, qui répondait au nom de Mina, et qui était chargée des soins des chevaux, de l'écurie, ainsi que du dressage. Elle semblait très avide d'en savoir plus sur l'étalon noir qui lui avait plu de soigner pendant deux jours.
- Il s'appelle Etoile du Soir, expliqua-t-il.
- Etoile du Soir ? répéta Mina avec un sourire.
- Mon frère est un poète qui aime donner des noms, soupira Minjun.
- Cela ressemble à une excuse.
- En fait de nous deux le poète c'est moi, répondit-il à voix basse.
Ils virent Jimin s'approcher d'eux, ce qui coupa court à leur conversation. Ils se jaugèrent quelques secondes puis elle prit la parole.
- Ravie de te voir hors du lit. Tu souffres en silence ? plaisanta-t-elle.
- Non, ça va très bien, merci de t'en inquiéter.
- Je te fais visiter notre petit refuge ? Il y a plein de choses que tu dois savoir si tu veux séjourner ici le temps que tu sois suffisamment guéri pour repartir.
Minjun prit congé de Mina et suivit Jimin à travers tout le camp de sa petite communauté. Ils étaient des hors-la-loi, du moins aux yeux des autorités en vigueur. Femmes, mères, enfants de ceux qui s'étaient levés contre la politique corrompue du royaume. Ils s'arrêtèrent auprès de Choa. Assise sur une buche, elle montrait différentes plantes à des enfants.
- Notre refuge fonctionne avec les connaissances de tous, expliqua Jimin. Choa connaît chaque plante, chaque arbre, chaque animal peuplant cette forêt. Elle sait ce qui soigne, ce qui blesse, ce qui nourrit. Elle nous apprend à vivre sainement loin des aménagements de la ville. Elle était si douée en médecine que les gens préféraient s'adresser à elle qu'à un médecin de quartier. Jaloux qu'une femme de basse extraction ait de meilleures connaissances qu'eux, les grands docteurs, ceux que seuls les riches peuvent payer, l'ont accusée de sorcellerie. Elle était condamnée à mort avant que je ne la sorte de ce guêpier.
Comme si elle comprenait qu'on parlait d'elle, Choa leva les yeux vers Minjun et Jimin, leur adressant un sourire lumineux. Le jeune homme avait écouté son histoire avec effarement. Cette femme qui lui avait sauvé la vie, personne dans les hautes sphères n'était prêt à accepter son don, préférant la condamner pour cela.
- C'est un peu notre histoire à tous, continua la jeune femme dans un soupir. Bas peuple, petite bourgeoisie, aristocratie déchue, ceux qui ne sont pas en mesure de s'allier au gouvernement en paie le prix. Les parents de Mina ont été assassinés en pleine rue, Chanmi vivait dans la rue.
Elle désigna d'un coup de tête une des jeunes filles qui écoutaient attentivement Choa. Ils reprirent leur marche plus loin. Ils virent des filles et des femmes de tout âge s'entraîner au maniement des armes, notamment au tir à l'arc. Minjun aperçut une belle jeune femme, toute de noir vêtue, à la longue chevelure d'ébène, tirer une flèche en plein cœur de la cible. D'après les exclamations et les félicitations de ses camarades, il comprit qu'elle s'appelait Seolhyun. Soudainement, sa flèche fut coupée en deux par un autre trait, provenant d'un peu plus haut, au sommet d'un arbre. Tous se tournèrent, surpris, et Minjun reconnut la silhouette de Hyejung qui avait suivi l'entraînement du haut de sa plateforme de vigie. Elle adressa un salut à l'assistance et retourna à son poste sous les hochements de tête de Jimin et les rires de Seolhyun qui avait répondu à son salut.
- Hyejung aussi a connu une période assez sombre, reprit-elle. Son père était de petite noblesse, et il s'est retrouvé criblé de dettes. Le gouverneur de la citadelle lui a imposé un choix : pour éponger ses dettes, sa seule et unique fille devait intégrer la maison close. Le vieil homme n'avait plus qu'elle, c'était hors de question que son honneur soit ainsi bafoué, alors il a refusé. Ils l'ont exécuté et elle a dû y aller tout de même.
Minjun se raidit. Jimin semblait elle aussi fulminer de l'intérieur.
- On n'a pas trop le choix quand on ne fait pas partie des privilégiés. Elle était dans le même convoi de prisonniers que Choa quand nous sommes intervenues. Malheureusement nous n'avons pas la force nécessaire pour sauver tout le monde.
- Mais tu as pu bâtir un tel refuge, loin de la ville et de ses injustices, il n'y a pas à rougir, dit enfin Minjun en balayant du regard le village paisible.
- Si je savais où en étaient les Partisans, comment le pays va évoluer, s'il évolue. Je ne peux pas faire plus. Quelqu'un doit protéger ceux qui ne peuvent pas se défendre. As-tu été en ville ? Sais-tu à quoi ressemblent les bas-quartiers ? Notre roi s'en moque éperdument. Personne ne pose les yeux sur la population, on laisse les rues devenir des nids d'immondices, on laisse les maladies ronger la majeure partie de la ville. Seolhyun a dû emmener sa famille ici pour permettre à sa mère de mettre son cinquième enfant au monde en sécurité. L'eau est claire et pure ici, l'air est frais, les fruits et les légumes ne sont pas avariés. Mais combien d'autres souffrent encore de la pauvreté et de l'incapacité d'avoir une hygiène de vie correcte ?
Elle sentait que ses mots parvenaient à toucher Minjun. Elle ne savait toujours pas qui il était vraiment, ce qu'il comptait faire dans cette histoire, mais à présent il connaissait l'ampleur des dégâts causés par une politique centrée sur une infime partie de privilégiés qui abandonnaient ceux qui étaient dans le besoin. En effet, Minjun était soudainement frappé par ces exemples alarmants de conditions de vie plus que précaires. Il se devait de faire quelque chose, et il avait déjà une petite idée.
- Voilà notre histoire, conclut Jimin. Nous ne sommes pas des voleurs, ni des criminels, mais la politique nous condamne.
- Ce sont les mêmes gens qui ont planté une flèche dans ma hanche, je peux comprendre.
- Et tu ne veux toujours pas me dire pour quelle raison ?
- Je te remercie de m'avoir raconté tout ça, et je souhaiterais être capable moi aussi de t'en dire plus, mais cela ne concerne pas uniquement moi.
Jimin n'insista pas et ils continuèrent la visite, ce qui ne leur prit plus beaucoup de temps. Le camp était véritablement un endroit paisible, tout sentiment de danger paraissait bien lointain. Minjun retourna à l'infirmerie qui lui servait de chambre et prit son épée cette fois. Voir des jeunes gens s'entraîner au combat lui avait donné envie de reprendre son arme lui aussi : il était hors de question de se laisser rouiller à cause d'une blessure. Il se rendit sur le terrain d'entraînement, un sourire aux lèvres. Il remarqua tout de suite que Seolhyun n'y était plus, et que Hyejung était descendue de sa plateforme pour prendre sa place. Il se souvint que Jimin lui avait expliqué que pour assurer la sécurité du refuge, il y avait constamment des sentinelles postées en hauteur sur les entrées stratégiques du site. Seolhyun et Hyejung avaient été celles qui avaient annoncé l'arrivée de Minjun sur son cheval. Lorsqu'elle le vit s'approcher, la jeune femme aux cheveux rougeoyants l'accueillit en s'inclinant, la main posée sous la garde de son sabre.
- Tu te sens d'attaque ? demanda-t-elle.
- C'est pour ça que je suis là.
- Connaissant Choa elle te passerait un savon, mais profitons un peu : elle est partie cueillir des herbes, rajouta Hyejung en dégainant.
Minjun haussa les épaules avant de se mettre en position, une main sur la poignée de son épée, l'autre sur le pommeau. La lame était fine, et à double tranchant sa garde large, ornée de petites pierres rouges. A l'inverse, Hyejung possédait une arme différente, légèrement courbée. La poignée était plus longue, la garde plus petite et carrée, et ne possédait qu'un fil tranchant.
- Je n'ai pas l'habitude de batailler contre un katana, fit remarquer Minjun.
- En combat réel, on ne sait jamais contre quoi on va tomber, je te ferais dire, sourit-elle en fendant l'air gracieusement avec sa lame. Mais si tu veux, je peux prendre une épée pour te rendre la tâche plus aisée.
- Ça ira, répondit-il en s'inclinant sous la moquerie déguisée de la jeune femme.
Il arqua ses jambes et plaça son épée au-dessus de sa tête, prêt à combattre. Hyejung se mit également en position, et son sourire s'évanouit pour laisser place à la concentration. Un entraînement d'escrime consistait à enchaîner les bottes et les parades sans chercher à blesser l'adversaire. C'était un jeu chorégraphié au millimètre près car le moindre coup de travers pouvait être fatal. Elle porta le premier coup, à l'horizontal, rapide et léger, paré rapidement à revers par le plat de l'épée de Minjun. Le fer tintait, les pieds dansaient, les sabres fendaient l'air avec grâce et dextérité. Ils étaient si concentrés sur leur duel qu'ils ne s'étaient pas rendus compte que tout le monde s'était arrêté pour les regarder. Jimin étudiait en détail les mouvements du nouveau venu : il était extrêmement bien entraîné et on voyait à peine le fait que sa blessure le gênait. Etait-ce pour cela que Hyejung finit par prendre le dessus ? Dans tous les cas il ne se plaignait pas et accusait les coups avec une attention particulière. Ce fut quand Choa revint de sa cueillette qu'elle alerta les duellistes car elle voyait une tâche rouge dans le dos de Minjun. Cela ne les inquiéta pas outre mesure mais le combat prit fin. Les deux épéistes étaient essoufflés mais satisfaits de cette rencontre. Ils ne disaient pas un mot, mais ils se regardaient en riant, admettant les qualités de l'autre pour l'art de l'escrime. Seule Choa n'était pas contente, les mains sur les hanches.
- Tout de même, dit enfin Hyejung. Tu récupères bien vite quand on sait que la flèche était bien profondément plantée dans ta chaire.
- Ce n'est pas une raison pour aller se taper comme des bourrins alors que la blessure n'est pas encore cicatrisée, coupa Choa en relevant la chemise de Minjun pour inspecter le pansement.
- Si tu peux en profiter pour le déshabiller, tu peux me dire merci, non ?
Le jeune homme leva les yeux au ciel, le dos dénudé devant l'assistance.
- Comme d'habitude, je ne ferai aucun commentaire, n'est-ce pas ? murmura-t-il. Je n'ai pas mal, Choa, je ne pense pas que ça soit grand-chose…
- De nous deux c'est moi le médecin. Alors non, il n'y a peut-être rien de grave, reprit-elle en rougissant. Mais tout de même, les points auraient pu éclater. Ça saigne un peu mais ils ont tenu.
Elle lâcha le pansement, les joues de plus en plus rouges, et partit presque en courant avec son panier pour se rendre à l'infirmerie. Minjun remit sa chemise en ordre en souriant tandis que Jimin suivait Choa du regard avec un rire silencieux. Les autres filles pouffaient de leur côté, les yeux pétillants rivés sur le jeune homme.
- Je ne vais pas me plaindre, j'ai rarement été l'objet d'une telle attention, dit-il en hochant la tête. Enfin… pas ce genre d'attention.
- Ne t'y habitue pas, répondit Hyejung.
- A présent, je désirerais prendre un bain.
- Avec moi ?
- Il y a un bassin naturel un peu plus loin, coupa Jimin. Il est à l'abri des regards et l'eau est très fraiche.
- Merci beaucoup.
Minjun prit congé de ses hôtes et partit explorer les environs dans la direction indiquée par la chef du camp. La forêt était moins dense, les rayons de soleil passaient avec douceur entre les feuillages. Une aura harmonieuse emplissait l'air comme si la nature voulait le rassurer et effacer l'inquiétude, la fuite terrifiante à dos de cheval, cette impression d'être prisonnier et entravé par les arbres et les buissons. Il ne mit pas longtemps à trouver une cascade scintillante tombant dans un petit bassin entouré de pierres argentées en contrebas. L'eau était si pure et claire qu'on hésitait à vouloir la toucher, elle brillait tel un diamant entouré d'une végétation riche d'un vert éclatant. Minjun prit un petit temps pour admirer le paysage, écouter l'eau s'écouler sans fin dans cette baignoire naturelle et repartir dans un filament ruisselant entre deux pierres, partant grossissant lentement vers l'est pour rejoindre le fleuve qui longeait la grande cité du royaume à des kilomètres de là.
Après avoir descendu la pente en sautant de pierres en pierres, Minjun se retrouva au bord du bassin. Il se pencha et plongea sa main dans l'eau afin d'y boire une gorgée. C'était un véritable souffle de vie qui coulait dans son corps, alors il soupira de bienêtre. Il posa son épée avant de retirer ses vêtements et il sentit à ce moment-là sa blessure le tirer douloureusement. Cela le fit trembler un peu et il se glissa dans l'eau, certain que la pureté de la source naturelle allait apaiser son mal. Il mit un temps avant de s'habituer à la température de l'eau, en se massant le cou et les épaules pour détendre ses muscle, et il fit même quelques brasses salvatrices. Minjun avait toujours aimé nager, et la cour du prince Nichkhun possédait de nombreux bassins intérieurs comme extérieurs. Et il avait vécu vingt ans avec les rescapés de sa famille, recueillis par le pays voisin comme exilés politiques. Il n'était pas prêt d'y retourner, pas avant d'avoir accompli sa mission.
Au camp, la communauté paisible avait repris ses occupations. Choa triait ses herbes et les rangeait soigneusement dans une armoire au vieux bois blanc, aidée par Chanmi qui mettait à jour les étiquettes et le registre. Mina avait laissé ses chevaux pour s'entraîner, comme elle le faisait tous les jours, au sabre avec Hyejung. Jimin, elle, faisait les cent pas dans la cours jusqu'à ce qu'une flèche siffla devant son nez pour se planter dans le sol. C'était le signe qu'elle attendait et un cheval au galop s'approcha du camp. La cavalière emmitouflée dans une large cape noire descendit de sa monture juste devant Jimin qui la regardait en souriant. La jeune femme abaissa sa capuche, découvrant une longue chevelure blonde, et elle répondit au sourire de sa camarade.
- Quelles sont les nouvelles de la cité ? demanda Jimin.
- L'empereur reste retranché au château, répondit-elle en soupirant. De toute façon nous savons qu'il préfère laisser les affaires militaires en charge du gouverneur de la citadelle. C'est lui qui chasse les Partisans et qui les enferme dans sa citadelle. C'est une véritable prison, et les femmes sont dans un bâtiment à l'écart, transformé en maison close. Nous n'avons pas la force nécessaire ici pour assiéger la citadelle.
Jimin hocha la tête avec dépit. Attendre que les Partisans se décident à agir autrement que par de petits actes terroristes était insupportable pour elle, mais elle avait fait le choix de ne pas en faire partie. Qui d'autre aurait pris les innocents sous son aile ? Tandis que Mina conduisit le cheval à l'écurie, la chef de la communauté avait quelque chose à rajouter.
- Yuna, ne sois pas étonnée, mais nous avons un hôte depuis deux jours.
- Un hôte ? répéta-t-elle, ses grands yeux bruns posés sur son amie, interrogateurs.
Et Jimin l'emmena dans la cabane construite à mi-hauteur d'un des plus grands arbres du village qui leur servait de quartier général, et elle lui raconta cette folle histoire d'un cavalier blessé, arrivant par hasard jusqu'à leur campement. Ni Partisan, ni membre de la garde impériale, c'était la première fois qu'elles rencontraient un exilé qui avait trouvé refuge de l'autre côté de la frontière lors du coup d'Etat. Elles en discutèrent longuement en aparté. Yuna était la plus vieille connaissance de Jimin : elles avaient grandi ensemble à la cour du Roi. Si Jimin fut la fille du maître d'armes, Yuna faisait partie d'une famille de la haute noblesse, également intime avec l'ancien régime.
- Mais ceux qui ont pu trouver asile chez nos voisins sont très peu nombreux, dit Yuna, songeuse. Il n'a pas dit de quelle famille il venait ? C'est forcément de la haute aristocratie.
- Je n'ai pas insisté, répondit Jimin en regardant par la fenêtre. Il ne m'aurait rien dit de toute façon. Mais je pense que nos voisins ont décidé de sortir de leur neutralité pour s'allier aux Partisans, cela expliquerait sa présence. Cet homme est un excellent escrimeur mais je n'ai pas dû voir toutes ses techniques. Il m'a rappelé mon père dans certains mouvements.
- J'ai hâte de le rencontrer alors.
Minjun se prélassait encore dans l'eau, appréciant la tranquillité de ces lieux magiques, quand une voix perturba sa quiétude.
- Tu n'as pas bientôt terminé ? s'écria Hyejung dont la silhouette apparut derrière lui.
Le jeune homme cessa de bouger, conscient qu'il était de dos, complètement nu, aux yeux d'une femme. Il n'avait jamais été autant exposé en deux jours que durant sa vie entière et il ne savait pas comment réagir. Il tourna légèrement la tête et vit que Hyejung paraissait gênée elle aussi, ne s'attendant pas à le surprendre. Elle gardait le sourire cependant et reprit la parole :
- Il y a une petite fête ce soir, autour d'un feu de joie. C'était pour te prévenir que le dîner se fera avec toute la communauté.
- J'y serai, répondit simplement Minjun.
- Très bien.
Elle s'attardait un peu mais elle finit par repartir en courant, laissant Minjun désemparé derrière elle. Il sortit du bassin, presque à contre cœur, et se rhabilla rapidement sans prendre la peine de se sécher. Il accrocha son épée à sa ceinture et remonta la butte en se disant qu'il reviendrait bien à cet endroit qui lui plaisait beaucoup. Le soleil était bas dans le ciel et la forêt se tintait de couleurs dorées. A mi chemin, il trouva Hyejung adossée à un arbre, les bras croisés, et pensive. Il la détailla des pieds à la tête avant qu'elle ne se rende compte de sa présence : elle avait laissé son ensemble habituel, sombre et près du corps, idéal pour le combat, préférant porter pour la soirée une robe blanche et légère, aux fines bretelles découvrant ses épaules. Soudain, un souvenir brumeux revint dans la mémoire de Minjun, le souvenir d'un être céleste qui l'avait sauvé deux jours plus tôt. Elle tourna son regard vers lui, avec un sourire innocent. Sans rien dire, ils finirent le bout du chemin ensemble.
Plus ils se rapprochaient du camp, plus ils entendaient des cris de joie, ainsi que de la musique : les festivités avaient commencé. Un grand feu avait été allumé au milieu de la grande cours, et on préparait le repas. Du gibier avait été ramené, on se permettait d'utiliser plus de vivres qu'habituellement, car tout le monde s'était rassemblé et un des rares jeunes garçons semblait être à l'honneur. Minjun apprit bien vite qu'on fêtait sa majorité. Cette insouciance pouvait paraître paradoxale avec leur statut de réfugiés fuyant l'ordre et la misère des cités, mais en réalité ils n'auraient jamais pu se permettre une telle fête où ils vivaient auparavant : ils étaient libres. L'ambiance était chaleureuse, comme jamais Minjun n'avait connu : on chantait, on mangeait, on s'accordait une pause pour danser. Et la nuit était tombée, tapissant le ciel d'étoiles, pourtant la fête ne faisait que commencer. Comme à son habitude, Choa menait les plus jeunes, dansant, jouant, riant… Et Jimin veillait sur sa communauté d'un œil bienveillant. Assis sur un tronc d'arbre couché qui servait de banc, Minjun vit près d'elle une femme qu'il n'avait pas encore rencontrée : elle se tenait droite, ses longs cheveux blonds tressés sur l'avant de sa poitrine, et elle ne partageait la liesse générale que par un fin sourire sur son visage de poupée. Le jeune homme eut une drôle d'impression en la voyant, et la voix de Hyejung à son oreille le fit sursauter.
- C'est Yuna, elle revient de la cité. Elle avait le plus haut rang dans l'aristocratie avant que ce camp ne soit bâti.
- Je dois aller à sa rencontre, tu crois ?
- Fais la fête avec nous, tu te présenteras avec ta façon bien particulière de nous cacher ton identité après, rit-elle en le prenant par la main pour l'emmener danser.
Il se surprit à la laisser faire, et elle le conduisit avec légèreté, suivant la farandole qui était déjà formée autour du feu. Mais cela ne dura pas, prétextant une douleur à sa hanche, il s'éloigna de la foule, ce qui n'empêcha pas Hyejung de le suivre en riant.
- Danser c'est non mais un combat à l'épée pas de soucis, se moqua-t-elle.
Seolhyun vint près d'eux, sautillant malicieusement.
- Quel dommage, vous nous quittez ? Vous allez danser en solitaires ? Attention, Yuna vous guette.
- On va juste s'éloigner du feu, prendre le frais, et se mettre à l'abris des petits diables que vous êtes, répondit Hyejung, la main sur le bras de Minjun.
- « On » ? s'étonna-t-il avec désarroi. Décidément je n'ai jamais mon mot à dire ici.
Hyejung haussa les épaules et elle l'emmena jusqu'à la plateforme de sentinelle. Après tout, il la suivait de bon gré, il n'avait pas à se plaindre. Il faisait tout à coup moins chaud, et ce n'était pas désagréable de s'éloigner un peu du brouhaha de la fête. Ils s'assirent à même le plancher de bois, le dos reposé contre le large tronc de l'arbre qui servait de perchoir. Ils essayèrent d'apercevoir les étoiles à travers le feuillage.
- De quoi peut-on parler avec toi ? demanda enfin la jeune femme.
- Que veux-tu savoir ?
- Quand vas-tu partir ?
- Quand je serai apte à monter à cheval j'imagine.
- Tu as l'air de guérir vite, dit-elle tristement. Tu as déjà pu utiliser son épée sans trop de mal.
- J'attendrai l'avis de Choa, je n'ai pas envie de partir maintenant, mais je ne dois pas oublier que l'on m'attend.
Elle se blottit contre lui. Ils étaient trop loin d'une source de lumière pour qu'il puisse voir les détails de l'expression de son visage mais le ton de sa voix ne l'avait pas trompé. Mais il ne voulait pas tirer de conclusion hâtive, ou bien de nourrir de faux espoirs. Pouvait-il encore s'interroger sur d'éventuels sentiments ? Il ne s'était jamais retrouvé dans cette situation. Il ne niait plus que cette femme l'avait attiré dès les premiers regards et elle semblait lui rendre cette attirance.
- Jimin m'a parlé de ton père, dit-il maladroitement. Je suis désolé que la vie t'ait fait endurer une telle peine.
- Merci. Mais qui n'a pas souffert de cette période troublée ? Tout le monde a un passé lourd ici.
- Je ne peux qu'affirmer ce que tu dis, soupira-t-il.
- Lorsque tu avais de la fièvre, tu délirais. Tu as appelé ton père et tes grands-parents, révéla-t-elle d'une petite voix, comme si elle voulait que seul Minjun puisse l'entendre et non les esprits de la forêt.
Le jeune homme resta un moment silencieux.
- Je les ai perdus aussi, avant que ma mère nous emmène mon frère et moi dans le pays voisin. Nous n'aurions pas pu grandir en sécurité dans notre propre pays, répondit-il gravement.
- D'où viennent toutes ces blessures qui marquent ton corps ?
- Nous n'étions pas non plus totalement en sécurité, même sous la protection de ceux qui nous ont accueillis.
- Des tueurs à gage ? comprit-elle, d'une voix plus forte sous le coup de la surprise.
- Entre autres. Mais aussi un apprentissage rigoureux de l'escrime, des missions périlleuses pour me donner de l'expérience. Peut-être qu'un jour je pourrai te raconter tout ça.
Hyejung était si proche de lui qu'il sentait la douceur de sa peau au travers ses vêtements. Toute une palette de sentiments paradoxaux se mélangea dans son esprit: devait-il l'étreindre, tout en sachant qu'il partirait très vite, qu'ils ne se connaissaient pas réellement ? Elle ignorait bien des choses sur lui, des choses qui pouvaient tout changer, mais il avait une forte envie de sentir cette femme contre lui. Etait-il devenu fou au point de perdre la raison ? Il devait s'en échapper au plus vite. Il était trop tôt, trop contraire aux convenances.
- Je vais aller me coucher, la fatigue commence à prendre le pas sur moi.
Minjun se leva sans attendre une réponse de la part de la jeune femme qui ne s'était pas attendu à un tel revirement de situation. Elle fit mine de comprendre et lui souhaita une bonne nuit, préférant rester sur sa plateforme tandis qu'il se laissa glisser le long de la corde qui était le seul moyen d'accéder à la tour de guet de la sentinelle. Il n'avait pas couru mais il se retrouva très rapidement à l'infirmerie, passant devant les gens qui festoyaient encore, ignorant les regards insistants de Jimin et Yuna. Il s'allongea sur le lit en réfléchissant longuement sur ce qu'il convenait de faire. Il n'avait jamais été amoureux, il n'avait jamais vraiment reçu une éducation bien construite sur le sexe opposé. Sa mère avait été son seul référent et il avait rarement approché les filles de la cour du royaume voisin. Il avait grandi à l'écart avec son frère et un des fils de la famille royale, Nichkhun. Ce-dernier avait bien deux sœurs, mais il ne les avait jamais regardées autrement que comme des sœurs pour lui aussi. Il ne s'était surtout pas attendu à se retrouver dans ce genre de situation. Il ne faisait plus attention aux bruits extérieurs, et il ne se rendit même pas compte lorsque vint l'extinction des feux, lui, il ne dormit pas beaucoup.
Quand il s'éveilla, ce fut par l'arrivée de Choa venant lui déposer son petit-déjeuner. Elle vérifia sa blessure par la même occasion, pour constater qu'elle guérissait bien et vite. Mais cette nouvelle assombrit le regard de Minjun. Il n'avait pas envie de partir mais il le devait, mais rester dans cet endroit était irresponsable. Il finit par se lever, accrocher son épée à la ceinture, et partir discrètement en direction du bassin paisible et à l'écart de tout. Il n'avait pu répondre à aucune de ses questions pendant la nuit et il avait bien besoin de se détendre et de se rafraichir les idées. Il descendit pierres par pierres en direction du petit plan d'eau qui scintillait. Il se pencha au bord, caressant l'eau du bout des doigts. Un mouvement vif et surprenant troubla la surface. Deux bras sortirent face à lui et l'attrapèrent par le col. Minjun n'eut pas le temps de comprendre ce qu'il se passait qu'il fut entraîné dans le bassin, les yeux écarquillés. Il n'eut aucun mal à se redresser pour reprendre son souffle et ses esprits, toussotant, sous des rires clairs d'une jeune femme pleine de malice. Hyejung lui faisait face, le visage ruisselant, ramenant ses cheveux en arrière. Elle ne portait sa petite robe blanche, devenue presque transparente à cause de l'eau.
- Tu es folle ? s'écria-t-il. D'où tu sors ?
- Dis donc j'étais là avant toi, répondit-elle, amusée. Apprends à regarder !
- Et au lieu de me faire part de ta présence, tu décides de me faire couler tout habillé ? répliqua Minjun en lui envoyant de l'eau dans la figure.
- N'as-tu aucun humour, jeune homme ? Ou bien as-tu mal dormi ?
Il soupira longuement et sortit son épée de l'eau pour la mettre à sécher sur le rebord. Sans perdre son sourire et d'humeur joueuse, Hyejung s'accrocha à son cou, se collant contre lui.
- Tu m'as laissée trop hâtivement hier soir, murmura-t-elle. J'étais déçue.
- Je vois, tu te venges alors, dit-il en souriant enfin.
Il passa ses bras autour de sa taille, oubliant tout son débat intérieur qui l'avait tenu éveillé toute la nuit. Hyejung s'accordait parfaitement en ce lieu si féérique, et Minjun avait l'impression que le temps s'était arrêté depuis qu'il était arrivé dans ce refuge. Le visage de la jeune femme était si proche du sien qu'il ne réfléchissait plus. Elle l'embrassa, il lui répondit, se tenant fermement l'un contre l'autre, bercés par les ronflements de la cascade et l'eau fraîche qui leur caressait la peau. Cette douceur était enivrante et apaisante, comme un baume soulageant la moindre douleur. Il sentait la main de Hyejung dans ses cheveux, sa jambe venir se glisser le long de la sienne, intensifiant son désir. Il la suréleva et la colla contre la paroi, approfondissant son baiser, et elle noua ses jambes autour de sa taille. Mais alors qu'ils se laissaient emporter par le désir, Minjun rompit soudainement tout contact, reculant et détournant la tête d'un air coupable. Surprise, Hyejung ne semblait pas comprendre.
- Ce n'est pas correct, dit-il. On ne devrait pas.
- On ne devrait pas quoi ? répéta-t-elle. Si tu en as envie et moi aussi, je ne vois pas le problème.
- Ce n'est pas responsable vis-à-vis de toi.
- Mais de quoi tu parles ? fit-elle d'une voix plus forte. D'où tu me parles de responsabilité ? A moins que…
Elle se tut, le regardant comme si elle venait de le rencontrer.
- Tu es comme les autres en fait, tu veux me protéger de par mon statut de femme ? On ne sortira pas de ce paternalisme étouffant si on n'admet toujours pas que les femmes aussi peuvent éprouver du désir. Nous sommes fragiles, nous devons être protégées, même contre nous-mêmes. Ah non, nous ne pouvons pas vous toucher comme ça.
- Il y a des formes.
- Et puis merde, je crois que tu ne sais même pas de quoi tu parles, reprit-elle avec colère en sortant de l'eau. Tu ne sais pas ce que tu veux et tu te crois chevaleresque.
Elle donna un coup de pied dans le sac qu'elle avait mis de côté et sortit un pantalon qu'elle enfila par-dessous sa robe mouillée.
- Il n'y a pas de demi-mesure : soit tu traites la femme comme un objet et tu la violes sans scrupule, soit tu la surprotèges, et dans tous les cas tu ne l'écoutes pas. C'est fatigant.
Soufflé, Minjun sortit à son tour du bassin et prit son épée au passage. Hyejung lui tournait le dos et finit d'enlever sa robe avant de mettre une chemise sèche. La robe finit en boule dans son sac et elle partit, son épée sur le dos. Minjun la suivit, ne voulant pas en rester là.
- Tu te méprends, disait-il.
- Ah bon ? répliqua-t-elle. Sache que je fais encore ce que je veux. Est-ce responsable ce que l'on fait ? Il n'a pas de règle, je me fiche de toutes ces conventions. Pourquoi y mettre des formes ?
- Il y a des choses que tu ne sais pas, répondit-il en lui attrapant le bras pour la faire arrêter de s'éloigner de lui.
Elle répliqua en le plaquant contre un arbre.
- Alors oui je ne te connais pas plus que tu ne me connais, dit-elle rapidement. On s'est regardés, on s'est jugé, et tu ne peux pas ne pas avoir ressenti la même chose que moi. On a des atomes crochus c'est indéniable.
- C'est vrai mais… je vais partir Hyejung, ça aussi c'est indéniable. Reviendrai-je ? Je n'en ai aucune idée. J'aime cet endroit, j'aime les gens qui y vivent, mais j'ai quelque chose à faire, et j'ai une raison de plus de le faire, expliqua-t-il douloureusement.
Elle s'agrippa de nouveau à son cou et l'embrassa férocement. Au bout de quelques instants, elle s'éloigna un peu et retrouva son calme.
- Alors pars, murmura-t-elle. Mais ne nie pas.
- D'accord, répondit-il sur un même ton. Pardonne-moi, ce n'est pas quelque chose à laquelle je suis habitué.
- Moi non plus si c'est ce que tu insinues.
- D'accord, je ne peux vraiment rien dire ici, soupira-t-il.
Il l'embrassa une nouvelle fois, plus tendrement cette fois, passant ses doigts dans ses cheveux encore mouillés.
- Tu vois, c'est mieux quand tu es raisonnable, sourit-elle.
- Ce n'est pas un manque de considération tu sais.
- J'applique un peu trop le discours de Jimin.
- Seraient-ce des excuses ?
- Faute de se laisser aller dans d'éventuels ébats nous allons reprendre notre duel là où il s'était arrêté, non ?
Minjun leva les yeux aux ciels tandis qu'elle reculait de quelques pas en riant, prête à reprendre le chemin du retour plus sereinement. Elle posa la main sur la poignée de son sabre qui dépassait derrière son épaule. La tempête était passée mais ils étaient tout de même passés à côté de quelque chose. Un bruit furtif rompit le silence et une ombre retomba juste devant Hyejung dans un bruit de fer glissant hors de son fourreau. Le visage figé entre le sourire et la surprise soudaine, la jeune femme se retrouvait avec une lame contre son cou, prête à la blesser dangereusement. Un homme au visage sévère se tenait, immobile, entre elle et Minjun. Un autre sifflement retentit et Jimin apparut, la lame de son épée pointée vers cet inconnu qui menaçait son amie. Un autre homme apparut, un arc bandé à la main, puis Yuna, elle aussi armée, sous l'incompréhension générale. Hyejung passa de la surprise à la peur, comprenant que sa vie était en danger.
- Taecyeon ? dit Minjun d'une petite voix.
