Bonjour à tous! Merci à tous pour vos review, en particulier celles anonymes auxquelles je n'ai pas pu répondre, ça m'a fait très plaisir!

Il est vrai que j'ai mis un peu de temps à publier, mais je voulais finir toute l'histoire avant de continuer. Bref, voici la suite.

Je publierais un chapitre par semaine à partir de maintenant, si tout va bien.

Bonne lecture! J'espère que vous apprécierez la suite.


Chapitre 1

Savoir

La première chose que sentit Navee à son réveil, c'était le froid. Elle ne se souvenait pas s'être endormie à même le sol. Pourquoi n'était-elle donc pas sur son matelas ? Vinrent ensuite les courbatures qui s'éveillèrent dans son corps, ne laissant aucune parcelle intacte, puis le souvenir de sa petite balade dans les couloirs de la prison. Alors, doucement, la blonde ouvrit les paupières, redoutant déjà ce qu'elle y découvrirait.

Le visage penché sur elle se recula légèrement à son réveil. Navee dévisagea longuement les grands yeux marron, les joues creusées qui rendaient les mâchoires proéminentes, le crâne rasé parcouru de cicatrices et de blessures, tout comme l'était le corps maigre et dénudé. Elle eut du mal à reconnaître l'une des participantes de l'Expiation, vêtue uniquement des sous-vêtements qu'elle portait pendant les Jeux : Johanna Mason.

– Bienvenue dans ta nouvelle maison ! déclara celle-ci d'une voix rauque qu'accompagnait un geste théâtral de la main.

Son bras retomba mollement sur sa cuisse nue tandis qu'elle arborait une grimace. Le moindre mouvement était synonyme de souffrance après ces nombreuses heures de tortures. Navee observa sa nouvelle camarade de cellule encore un instant avant de se redresser précautionneusement. Elle esquissa alors un léger signe de la main en guise de salut.

– Ne me dit pas qu'on m'a collé une muette en plus de ça ! râla l'autre dans un grand soupir.

Comme elle n'obtenait de réponse qu'un simple haussement d'épaules, Johanna secoua la tête, exaspérée, et se traîna jusqu'à son matelas où elle reprit position sous sa couverture. La blonde la regarda faire, intriguée par ce comportement exalté et revêche. Une chose qui n'avait pas changé depuis leur dernière rencontre, pour les 74ème Hunger Games, lorsque son oncle était le mentor des Tributs du Trois. Navee l'avait rencontrée pour la première fois l'année-là, elle venait de gagner l'édition précédente des Jeux (1). Un minuscule sourire fit son apparition sur ses lèvres fines à ce souvenir et elle entreprit d'observer les alentours.

La pièce était une copie conforme de son ancienne cellule, en plus grande et avec quelques gadgets en plus. L'œil exercé de Navee eut tôt fait de repérer les deux caméras situées chacune à un coin de la pièce. Des Myd88 (2). Elle avait eu l'occasion de participer à leur élaboration lorsqu'elle était plus jeune, puisque son oncle était l'inventeur de cette technologie dernier cri. La jeune femme pensa un instant qu'il ne devait pas être bien dur pour lui de pirater le système vidéo. Et, s'il avait en plus rejoint le camp des Rebelles, alors elle ne donnait pas cher du Capitole. Peut-être même viendrait-il la chercher.

Le regard de Navee dériva un moment avant de s'attarder sur le mur où se découpait la porte. Tranchant avec le blanc immaculé alentour, d'épaisses chaines noires pendaient du plafond. Aussitôt, le visage de la blonde se tourna vers sa compagne de cellule. Était-elle l'une des voix qu'elle avait pu entendre durant ces dernières semaines ? Certainement.

Alors que la jeune femme amorçait un geste pour rejoindre Johanna – qui dardait son regard vide vers le plafond –, la porte s'ouvrit à nouveau, captant instantanément l'attention des deux prisonnières. Navee reconnut le gardien, pour l'avoir vu à maintes reprises. Son visage était gravé au fer rouge sur sa rétine, lui et ceux de deux autres Pacificateurs.

Il s'avança dans la faible lumière tandis que le halo des néons, à contrejour, rendait sa silhouette plus menaçante encore. Navee commença à reculer vivement, les yeux écarquillés de terreur, tandis que ses joues se nimbaient de larmes humides. Ses lèvres tremblèrent lorsque son dos toucha le mur. Ses ongles s'enfoncèrent dans ses paumes, rouvrant les blessures qu'elle s'était faites dans la même situation, les jours auparavant.

Un gémissement presque imperceptible s'échappa de sa gorge, alors qu'il se penchait vers elle, attrapant d'une main ferme le menton délicat.

– C'est dommage que nos jeux s'arrêtent ici, souffla-t-il doucement, son haleine chaude coulant sur le visage glacé de la jeune femme. Mais ce n'est qu'une interruption momentanée, jusqu'à ce qu'il n'ait plus besoin de toi.

Sur ces paroles, il déposa un paquet à ses côtés – un matelas et une couverture – et s'en fut, traversant la pièce à pas rapide avant de claquer la porte derrière lui. À peine eut-il disparu que Navee éclata en sanglots, le visage enfoui dans ses mains tremblantes. Elle resta ainsi de longues secondes, puis elle put clairement entendre un soupir résigné. Alors, quelques instants plus tard, une main se posait sur son épaule.

Navee se figea à ce geste et ses pleurs s'interrompirent brusquement. Depuis sa capture, elle avait encore plus de mal avec les contacts physiques qu'auparavant. Cependant, elle n'avait jamais été une personne tactile, bien au contraire. Ses grands yeux remplis de larmes se levèrent vers sa nouvelle camarade de cellule, curieux de cette tentative de réconfort.

– Tu n'as pas à t'inquiéter, souffla doucement Johanna en posant ses prunelles foncées sur la blonde. Arcas est un tortionnaire, mais il n'aime pas qu'on viole une femme.

Ainsi, son calvaire était suspendu. Pour l'instant. À la place, on allait surement la torturer pour elle ne savait quelle raison, puisque Navee ignorait tout de la Résistance. Ses pensées s'embrouillaient, incohérentes. Les émotions se bousculaient dans sa tête : du soulagement, mais également une peur insidieuse qui faisait battre son cœur à vive allure. Elle ne comprenait pas cette situation dans laquelle on l'avait plongée depuis sa capture. Plus rien n'avait de sens, ici, dans tout ce blanc écœurant.

Pourtant, la jeune femme se trompait : personne ne chercha à la martyriser. Mais il est des choses encore plus dures qu'une souffrance physique. La souffrance morale. Et voir Johanna subir les pires tourments était, en soit, une forme de torture beaucoup plus pénible.

x

Trente-troisième jour de captivité.

Ses tympans semblaient sur le point d'exploser, malgré ses mains tremblantes qui recouvraient ses oreilles. Les hurlements étaient insupportables, faisant vibrer tout son être à l'unisson de cette souffrance qui ne lui appartenait pourtant pas. Ses yeux gris ne pouvaient se détacher du visage parcouru des pires tourments, de ces orbes marron qui la cherchaient à chaque instant afin de ne pas sombrer.

Imperturbable à cela, la haute silhouette du bourreau se détachait dans la lumière crue qu'on avait allumée pour l'occasion. Des cheveux noirs, coupés ras, un visage large et massif qu'ornait à chaque instant un léger rictus aux coins de ses lèvres fines. Arcas se tenait là, comme une singularité dans cet univers immaculé. Contrairement aux autres gardiens, sa tenue était noire, rendant ainsi invisibles les traces de sang qui résultaient de ses séances de tortures. Soudainement, comme lassé, il tendit sa main vers le boitier, déposé sur une table à roulettes, et mit fin aux tremblements violents qui parcouraient le corps de Johanna.

Quelques instants plus tard, le corps torturé de la jeune femme s'affaissa lourdement au sol tandis que la porte de la cellule claquait et que la semi-obscurité revenait. Les yeux de Navee eurent du mal à s'habituer à la pénombre, mais elle se précipita tout de même – avec toute la vigueur qui lui restait encore – sur sa camarade.

Doucement, elle lui caressa le visage tandis que les paupières closes tressautaient par moment. Johanna était au bord de l'inconscience. La blonde entreprit alors, comme à chaque fois dans cette situation, de traîner la jeune femme jusqu'à sa couche. Mais elle n'était pas bien forte et on ne les nourrissait pas beaucoup, alors cela lui prit plusieurs longues minutes.

Essoufflée, elle se laissa tomber sur son séant et attrapa sa propre couverture. Avec le tissu rêche, Navee essuya le plus doucement possible le corps de la brune, veillant à ne pas rouvrir les blessures qu'Arcas lui infligeait parfois lorsque l'eau et l'électricité ne lui semblaient pas marcher aussi bien qu'il l'aurait voulu. Enfin, la plus jeune installa son aînée sur son matelas et la recouvrit avec les deux couvertures, juste avant de se caler contre elle, sous la mince chaleur que leur procuraient les étoffes grises.

Quelques heures plus tard, un gémissement de douleur tira Navee de son sommeil léger. Ses yeux gris s'ouvrirent en grand, sur le qui-vive, puis elle sentit Johanna remuer à ses côtés. Alors, elle se redressa doucement et considéra le visage de sa camarade, ravagé par la souffrance. La blonde lui caressa la joue, puis remonta sur les tempes et sur son front, faisant profiter la peau brulante de sa main glacée. Un soupir de soulagement s'échappa des lèvres de sa camarade sous la caresse rafraîchissante et celle-ci ne tarda pas à replonger dans l'obscurité salvatrice, arrêtant pour un moment la spirale de tourmente qui l'entrainait dans son sillage.

Le lendemain matin, lorsque Johanna se réveilla, le petit déjeuner était déjà arrivé et sa camarade s'affairait à réduire en morceaux le pain rassis qu'elle trempait ensuite dans le bol de lait. La brune ne put empêcher ses lèvres de remonter légèrement, comme un sourire, même si elle n'avait pas assez de force pour cela. Navee savait qu'elle ne pouvait manger après ces séances de tortures. Tous ses muscles semblaient être un doux amalgame entre le coton et le miel, irradiant de douleur au moindre tressautement, au moindre geste. Même respirer était douloureux.

La jeune femme aux cheveux blonds s'approcha doucement, ses genoux s'éraflant sur les petits carrés de faïence blanche. Avec prudence, elle aida Johanna à se redresser, appuyée sur le mur derrière elle. Les yeux clos, la tête au crâne rasé dodelinait par moment. Enfin, les paupières lourdes s'ouvrirent péniblement à l'appel de son nom. Navee avait une manière bien particulière de le prononcer. Dans un murmure et avec une douceur indescriptible qui apaisait étrangement Johanna. Pendant ces instants, elle ne se sentait plus seule, livrée à elle-même, comme ça avait été le cas depuis sa victoire lors de ses premiers Jeux.

Navee avait pris l'habitude de nourrir sa camarade de cellule lorsque celle-ci n'en avait plus la force – une chose qui arrivait fréquemment. Comme à un enfant, elle lui tendait la cuillère à demi pleine et attendait patiemment qu'elle avale la mixture étrange qu'elle lui préparait. Car, après ces séances de tortures, Johanna ne pouvait mâcher, et même ouvrir la bouche et avaler étaient une souffrance en soi. Pourtant, il fallait qu'elle reprenne des forces, pour l'après-midi, lorsque le tortionnaire reviendrait.

Alors que la brune venait de finir sa part, Navee croisa son regard marron. Il n'y avait pas besoin de mots pour exprimer ce qu'elle souhaitait lui dire, la plus jeune comprenait. Depuis son arrivée dans cette cellule, la fréquence et l'intensité des tortures avaient étrangement baissé pour Johanna. Sans explications, aucune. Pourtant, depuis quatre jours, le rythme reprenait de plus belle, exténuant. C'était comme si Arcas voulait lui arracher l'étincelle de vie à laquelle elle se rattachait désespérément. Ainsi, dans les yeux interrogateurs, la question virevoltait sans fin : pourquoi ?

Les mains de Navee tremblèrent lorsqu'elle reposa le bol à terre dans un tintement aigrelet. Ses iris gris fixèrent soudainement le sol, absorbés. Elle n'avait pas le courage de regarder sa camarade en face.

– Je suis désolé, souffla la blonde d'une voix éraillée. C'est ma faute.

Le « pourquoi ? », formulé cette fois-ci, mais d'une voix presque imperceptible, fit relever les yeux à Navee. Un léger froncement de sourcils était visible sur le visage abîmé par les tortures.

– Je…, commença la plus jeune en passant sa langue sur ses lèvres desséchées. Il m'a mis avec toi pour qu'un lien se crée entre nous. Parce que je suis comme ça, reprit-elle plus énergiquement avec une sorte de note désespérée. Je ne supporte pas la souffrance des autres.

La dernière phrase : un chuchotement qui résonna étrangement dans la grande pièce blanche. Lorsque Johanna assimila ses paroles, les plis sur son front soucieux s'accentuèrent légèrement. Les orbes gris dérivèrent plus loin pour se fixer sur le mur en face. Sa voix prit un ton dur qui semblait insolite chez elle.

– Il va t'affaiblir le plus possible. Il sait que tu ne diras rien, alors, quand tu n'auras presque plus aucune force, que tu seras épuisée autant physiquement que mentalement, il viendra une nouvelle fois. Mais ça sera moi qu'il torturera. Sous tes yeux. Pour te briser entièrement.

Ce fut la première fois que Navee parlait autant, ici, dans cette cellule du Capitole. La surprise puis l'effroi succédèrent bien vite à l'incompréhension dans les iris marron. Oui, maintenant Johanna comprenait, mais elle aurait voulu ne jamais savoir et demeurer dans cette douce ignorance qui l'avait entouré jusqu'ici. Car endurer la douleur d'une autre, d'une camarade de cellule, d'une amie même, c'était plus qu'elle ne pouvait supporter.

xxx

(1) – Je pars du principe que chaque nouveau Vainqueur devient mentor et que, comme Johanna a gagné la 73ème édition des Hunger Games, elle devient le mentor du district Sept l'année suivante, là où elle a rencontré Navee qui accompagnait son oncle. Je ne pense pas qu'il y ait des incohérences, puisqu'on a peu d'informations sur les autres districts pendant les Jeux de Katniss et Peeta.

(2) – Si quelqu'un sait à quoi je fais allusion, ici, c'est que c'est un collègue ! ^^


Alors, verdict? ^^