Tout aurait pu être si différent - saison 8 – épisode 6

Les coups s'enchaînaient. Malgré sa peine après la perte de son frère… malgré la haine de sa mère envers lui… Clément avait encore la rage de vaincre et il était déterminé à donner le meilleur de lui. Même pour ce petit entraînement improvisé avec l'homme qui devait résoudre la plus grande énigme de sa vie: qui était l'assassin de son frère?

Thomas, qui n'était jamais bien loin d'un ring de boxe quand il avait du temps libre, avait senti que ce jeune boxeur avait besoin de se défouler. Alors il lui avait offert quelques minutes de son temps et l'avait pris sous son aile.

Adèle arriva au plus fort de l'entraînement. Quand les coups étaient plus rapides. Plus puissants. La force du commandant l'avait toujours impressionnée. Son côté paternaliste sur cette enquête l'attendrissait. Fin de combat.

"C'est bien. Faut que tu gardes un peu de jus pour demain", conseilla Thomas à Clément. "Je n'ai pas dit que j'allais me battre", répondit borné le boxeur avant d'enlever ses gants. "C'est toi qui décide Clément. Tu es prêt". "Merci". Les deux hommes se saluèrent et Clément quitta le ring. C'est à ce moment-là que Thomas vit Adèle. Et comme à chaque fois qu'il la voyait ces derniers mois, surtout si elle surgissait sans trop prévenir, son cœur se serrait et l'émotion le gagnait. Il s'en voulait d'être moins présent pour elle ces jours-ci à cause d'Aurélie…

"Qu'est-ce qui se passe? Il y a un problème", s'inquiéta Thomas. "Non non aucun… C'est bien ce que vous faites pour lui". "Merci". Ils se regardèrent quelques secondes, s'abandonnant dans les yeux de l'autre comme ça arrivait si souvent depuis que Camille était morte. Puis Thomas réalisa que c'était le moment idéal pour qu'ils se parlent. Qu'elle lui parle surtout. Alors il eut une idée.

"Vous voulez essayer?", lui lança-t-il le sourire aux lèvres en soulevant un gant de boxe. "Ah" répondit-elle, tentée, avec un sourire jusqu'aux oreilles et un regard malicieux. "Non laissez tomber je vais vous faire mal je m'en voudrais après". Ah elle jouait la carte taquine. Il adorait ça. "Moi aussi je vous en voudrais". Ils rirent de bon cœur. Il aimait tant se créer de beaux souvenirs comme celui-là avec elle.

"Mais si vous n'êtes pas venue pour me cogner dessus, vous êtes là pour quoi?" Le sourire d'Adèle s'effaça. Elle avait dit à Jess que ce n'était pas une bonne idée. Que ce n'était pas fait pour elle tout ça. Mais elle s'était retrouvée là sans trop savoir comment, guidée vers lui comme une évidence. Elle était certaine de le trouver là en plus. "Je voulais juste… je ne sais pas je m'étais dit que peut-être vous voudriez… manger un morceau après votre session de boxe. Manger avec moi".

Il rêvait ou elle venait vraiment de l'inviter? La surprise devait se lire sur son visage parce qu'elle recula d'un pas, prête à s'enfuir.

"Je vous propose un marché. Vous enfilez une paire de gants, on fait un petit combat. Et celui qui gagne choisit le restaurant". Un restaurant carrément. Elle s'imaginait juste aller boire un verre dans un petit coin sympa. Là ça ressemblait presque à un rendez-vous… Et pourquoi pas après tout? Adèle tourna la tête à droite, puis à gauche, et tomba sur une paire de gants qu'elle essaya. C'était un peu serré mais ça irait. Elle s'avança vers le ring et il appuya sur la deuxième corde pour l'aider à passer.

"Vous savez que c'est vachement inéquitable comme marché? Vous allez forcément gagner! Je n'ai jamais enfilé de gants de boxe de ma vie". "C'est la loi du sport chère madame". Il jouait avec elle. Dieu ce qu'elle adorait ça, le voir sourire aussi sincèrement. Elle avait presque envie de… non ce n'était pas bien de penser à ça maintenant.

Il commença à avancer et elle recula d'un pas, la garde bien levée pour se protéger même si elle savait très bien qu'il ne lui ferait jamais de mal. Ils se tournèrent autour en cercle pendant quelques secondes et elle se risqua à un petit coup de poing dans l'épaule. Il s'arrêta et se mit à rire.

"Eh vous moquez pas de moi!" "Mais je me moque pas je… C'est presque mignon. Vous avez failli froisser mon tee-shirt". "Oh c'est mesquin. Dis tout de suite que je n'ai pas de force". Elle l'avait tutoyé inconsciemment. Il décida de faire de même. Consciemment. "Je dis juste que tu n'as pas forcément beaucoup de puissance dans les bras". "Alors apprends-moi".

Il s'approcha tellement près qu'elle frissonna. Il lui enleva sa veste en cuir rouge et la posa sur la corde supérieure. Elle ne broncha pas. Il fit le tour d'elle et se plaça juste derrière elle. Il enleva ses propres gants. "Alors on va régler la position déjà et peut-être que si la boxe te plaît, je te donnerai d'autres cours". "Cool".

Il prit ses bras et les positionna en formation de défense. "Comme ça, bien haut. Toujours les poings bien serrés. Prête à cogner mais aussi à replacer vite ta garde pour parer les coups de ton adversaire". "Oui mais si c'est toi mon adversaire tu ne vas pas me frapper au visage non?" "Ah ah très drôle. Evidemment que non. Mais imagine que tu es une vraie apprentie boxeuse. Faut être solide sur tes jambes aussi. Bien ancrer tes pieds dans le sol et fléchir un peu les genoux". A ces mots il colla son torse à son dos et toucha l'arrière de ses genoux avec les siens pour l'inciter à bien se placer. Il resta tout près d'elle quelques secondes puis se recula. Il avait… très chaud tout à coup.

"Garde la position comme ça". Il se remit face à elle. "C'est parfait ça. Attends, bouge surtout pas". Il fit semblant de remettre ses gants puis attrapa vite son téléphone et la prit en photo, en position de combat. Elle le remarqua trop tard. La photo était prise. Alors elle pesta comme une gamine que l'on avait pris en flagrant délit en train de danser ou de chanter seule dans sa chambre.

"Eh mais c'est tellement pas fair-play ça", cria-t-elle en se lançant à sa poursuite alors qu'il faisait semblant de la fuir à reculons. "Wow quand je vais montrer ça à Jess. Non pire, à Hyppolite. Ils vont tellement te saouler avec ça". Mais quel gosse! Elle enleva rapidement ses gants. "Je vais me venger Thomas". Elle essaya de lui piquer son téléphone mais il leva son bras en l'air et elle sauta, impuissante. "Tu montres ça à personne. C'est trop la honte". "Trop la honte? Tu es très belle déguisée en boxeuse". La dernière fois qu'il lui avait dit ça, elle était en robe de soirée. Et s'il n'y avait pas eu de prise d'otages… peut-être qu'il l'aurait encore raccompagné devant la porte de sa chambre au château en Anjou… et alors peut-être, Baransky n'étant plus là, qu'ils seraient rentrés tous les deux dans cette chambre.

Elle tourna et se retrouva le dos appuyé au coin bleu du ring. Elle tenta désespérément une dernière fois de sauter pour attraper le téléphone mais Thomas lui saisit un poignet. Puis l'autre. Dans la manœuvre, il fit tomber son téléphone. Il ne se brisa même pas. Mais il s'en ficha. Car là, à cet instant précis, ses yeux ne lâchaient plus ceux d'Adèle. Il s'avança d'un coup vers elle, laissant les bras de la jeune femme reposer sur ses épaules, et l'embrassa en posant tendrement ses mains sur ses joues.

Surprise quelques secondes, elle lui rendit rapidement son baiser. En l'enlaçant de ses bras dans le même temps. Leur baiser devint plus langoureux, plus passionné. L'atmosphère devint plus électrique quand il passa ses mains sous son chemisier, caressant le creux de ses reins avec ses pouces. Il remonta le long de ses cotes en la caressant du bout des doigts. Et alors qu'il allait atteindre sa poitrine, les lumières au-dessus de leurs têtes s'éteignirent et ils entendirent une porte claquée. Ils se reculèrent brusquement, pensant qu'il y avait encore quelqu'un dans le club. Mais c'était juste Clément qui venait de partir et avait tout éteint en pensant qu'il n'y avait plus personne.

Thomas alla rallumer les lumières avec l'interrupteur juste à côté du ring. Puis il resta figé contre un sac de frappe. Adèle sortit du carré de combat en passant entre deux cordes. Ils se regardèrent… Puis le commandant décida de ne pas en rester là. "Tu peux me ramener chez moi? Je suis venue en métro", dit-elle.

Thomas secoua doucement la tête pour lui signifier que non, il n'allait pas la ramener tout de suite chez elle. Il l'embrassa encore plus passionnément que quelques secondes plus tôt puis la prit dans ses bras. Pour ne pas tomber, ou pour le sentir encore plus près, elle l'entoura de ses jambes sans cesser de l'embrasser.

Il la porta jusqu'aux vestiaires mais ne la posa pas au sol en arrivant devant les casiers. Il l'appuya contre un mur sans lui permettre de poser les pieds au sol et enleva son tee-shirt, qui dégoulinait de sueur suite à l'entraînement avec Clément. Puis il la reprit dans ses bras et les fit s'asseoir sur le banc derrière eux. Il lui ôta son chemisier en faisait sauter une couture.

Elle avait les mains glacées mais elle les passa quand même sur son torse et descendit jusqu'en bas des reins. Il voulait plus. Plus vite. Alors il détacha son pantalon et la porta jusque sous les douches. Il fit couler l'eau et l'appuyant, sans vraiment le faire exprès, contre l'interrupteur tactile du robinet. En quelques secondes, ils avaient les cheveux et les habits trempés.

Leurs visages s'éloignèrent à cause de la surprise face à la température trop froide de l'eau. Il sourit. Elle sourit. Il régla la température pour rendre le moment plus agréable. Si c'était encore possible. Puis attaqua à nouveau ses lèvres, son cou, ses épaules, ses seins…

Il lui fit l'amour passionnément. Comme jamais il ne l'avait fait à une femme depuis la mort de Julia. D'ailleurs, depuis qu'il ressentait ces choses-là pour Adèle -il ne savait pas vraiment à quel moment il était tombé amoureux d'elle mais il était certain de l'être- il ne pensait plus vraiment à Julia. Plus comme avant. Sa peine était ténue. Si ténue face à l'amour profond qu'il ressentait pour la femme à ses côtés désormais. Une femme qui avait tant souffert et tant donné pour être avec lui. Elle le méritait. Il la méritait. Ils se méritaient. S'aimaient. Et n'imaginaient plus vivre l'un sans l'autre.