Rubis sur Cendres

Partie I

— Alizarine. Sherlock. —

C'était la peste. La Peste Noire, fléau ramené de la mer qui causait des milliers de morts. Des rats noirs infestaient les rues, les habitations. La mort entrait par les pores, ressortait sous forme de pus, de bulbes, de tâches noires sur la peau, aussi noires que les ténèbres les plus profondes.

Il déambulait dans les ruelles, le visage recouvert d'un chiffon noir. Il l'avait aspergé d'alcool. Il avait remarqué que l'alcool repoussait certaines infections. Il était le seul à croire en ces propriétés. Il vivait encore, les autres non.

La mort rongeait tous les êtres. Humaines, animaux. Les bons, les mauvais. Personne n'était épargné. Les hommes d'Eglise avaient autorisé le commun des mortels, hommes comme femmes, à donner les derniers sacrements aux mourants. Même les prêtres ne survivaient pas à la Peste. Lui survivait. Il n'avait jamais été bien pieux, contestant sans cesse les préceptes de l'Eglise.

Il évita quelques mourants éparpillés dans un coin de la rue, prenant soin de bien lever ses pieds pour ne pas marcher dans leurs pas. Il évitait le plus possible de s'en approcher, de respirer l'air les entourant. Il était entièrement vêtu de noir, comme cette peste dont il essayait d'en tirer les particularités.

C'était toujours pareil. On se sentait moins bien. Des pustules jaillissaient au niveau de l'aine, des aisselles, parfois du cou. Quelques tâches noires apparaissaient. Trop vite, le noir se propageait sur l'ensemble du corps. La mort était une issue inévitable, presque bienvenue, tant la souffrance était grande et la peur aveuglante. Certains criaient, d'autres pleuraient. Quelques-uns demeuraient silencieux, attendaient leur dernière heure avec sérénité. Trois jours suffisait pour rendre un homme gaillard en cadavre.

Elle était arrivée très vite. Les autres villes n'avaient pas encore eu le temps de réagir que Florence fut touchée par la pandémie en cette année de 1348.

De sa famille, il était le seul survivant. Son frère ainé, ses cousins et cousines, ses parents, tous étaient morts. Lui, l'étrange élément différent de la famille était resté vivant. Depuis la mort du dernier membre de son clan, la demeure familiale fut abandonnée de tous, par crainte de propagation. Il avait fait le choix de rester, seul, dans l'immense propriété familiale. Reclus dans ses pièces favorites, il ne sortait que pour se rendre compte des dégâts et se ravitailler comme il le pouvait. Le reste du temps, il le passait à étudier la Peste Noire.

On le traitait de sorcier. On voulait le brûler de rester en vie et servir le diable. Il ne voulait que trouver des réponses, ce qu'il faisait le mieux, et apporter un brin d'espoir à une ville qu'il adorait tant mais était désormais plongée dans la terreur la plus sinistre qu'il ait connu.

La nuit commençait à tomber. Il avait rassemblé du pain, quelques morceaux de lards. Assez pour tenir encore une semaine. La ville s'était refermée sur elle-même. Les voyageurs avaient déserté les entrées. Ces dernières n'étaient même plus gardées. Les gardes ne désiraient que rester en vie et combattre ces rats maudits. La ville avait perdu son éclat.

Les cadavres jonchaient les rues. La fumée avait recouvert le bleu d'un ciel disparu. On brûlait les affaires des morts. On entassait les corps aux portes des églises. Il avait déposé les corps des siens dans un caveau de fortune creusé dans le petit jardin de la demeure familiale. Une simple pierre tombale aux inscriptions minimales ornait le tout.

Personne n'avait le droit de quitter la ville. Personne n'avait plus le droit d'y entrer à l'exception des fossoyeurs, médecins et hommes d'Eglise. Certains soldats passaient. Parfois, des bandits pénétraient dans les enceintes en silence. Ils venaient dépouiller les restes des riches marchands de la ville morte. La nourriture coûtait encore plus cher. Les pauvres en plus d'être malades, mourraient de faim.

Il tomba sur le corps presque sans vie d'un jeune garçon qui ne devait pas avoir dix ans. Bien qu'il avait appris à ne plus écouter ses sentiments et son coeur, il ne put se résoudre à laisser l'enfant mourir. Ce dernier méritait un lit et une tendresse humaine jusqu'à la fin. Il s'accroupit et l'entoura de ses bras. Le garçon émit un faible son et se blottit contre lui.

— Comment t'appelles-tu? lui murmura-t-il une fois qu'il l'avait bien sécurisé dans ses bras.

— Octavio, gémit le garçon.

— Où sont tes parents?

L'enfant s'était tut. Il comprit qu'il était orphelin.

— Je m'appelle Agnolo. Agnolo... Bardi.

Il termina sa présentation par un murmure. Son nom de famille passait rarement inaperçu. Mais il n'était pas de la branche principale, dont les membres s'étaient réfugiés à Milan. Sa branche, certes fameuse et argentée, ne possédait aucune puissance politique. Qu'importe, son nom de famille était suffisamment reconnu pour le laisser exercer ses passions en paix.

L'enfant avait relevé le regard, sans plus. La réalité était différente. Tous mourraient égaux. Il venait de prendre un risque considérable en prenant l'enfant avec lui. L'infection se propageait si vite. Il arracha un pan de sa cape et recouvrit le visage de l'enfant du tissu.

Le retour chez lui fut rapide. Il ne perdit pas de temps sur la route. La santé de l'enfant se détériorait à grande vitesse et il voulait lui offrir le plus de répit possible. Les malades survivaient rarement plus de quatre jours après l'apparition des premiers symptômes.

Sa demeure était toujours vide. On le disait tellement maudit que même les bandits ne voulaient pas venir ici. Il gravit les quelques marches qui menaient aux appartements de son frère.

Il installa le garçon dans le lit de son frère aîné qu'il avait pris soin de nettoyer après sa mort, comme tous les autres meubles et pièces.

Il avait besoin d'alcool.

— Je reviens. Reste dans le lit, murmura-t-il au garçon.

Ce dernier était trop faible pour bouger.

Agnolo se dirigea vers sa pharmacie et revint avec une bouteille d'alcool, du linge propre qu'il avait lui-même bouilli. Il s'assit au bord du lit et se pencha sur le corps frêle de l'enfant. Il travailla rapidement. Enlevant ses vêtements qu'il s'empressa de jeter au loin, et le frottant délicatement avec de l'alcool. Octavio gémit d'une douleur qu'il ignora parce que la propreté était plus importante. A ce jour, c'était ce rituel d'alcool, d'eau bouilli et de linge propre quotidien qui l'avait maintenu en vie. Ceux qui étaient morts en premier étaient ces indigents abandonnés dans la saleté. Ceux qui vivaient de manière peu chaste étaient très rapidement atteints par la Peste. Ce qui fut le cas de ses cousins. Son frère, quant à lui, avait toujours été de santé fragile tout comme sa défunte mère. Son père fut tout simplement emporté après avoir passé quelques semaines en compagnie des gardes pour protéger la ville comme son statut et nom lui dictaient de faire.

L'enfant nettoyé, Agnolo put observer l'ampleur des dégâts. Il avait peu de chance de s'en sortir mais la maladie ne s'était pas encore assez propagée pour le rendre démentiel. Il était encore sain d'esprit et les pustules demeuraient non loin de l'aine et des aisselles. Rien encore sur le visage, ni en dessous de la taille.

Aussitôt, il sortit une aiguille et un couteau de son manteau. Il trempa les deux instruments dans un bol d'alcool et débuta une opération de fortune. C'était un art qu'il avait peaufiné depuis des années sur des animaux et quelques individus qui redoutaient la violence des barbiers.

S'il avait eu plus de temps et moins de devoirs à suivre, il serait parti en apprentissage chez un médecin accompli. Son père ayant de bonnes relations avec d'autres familles proéminentes de la société, il n'aurait eu aucun mal à se trouver une bonne position. Sauf qu'un fils de noble marchand n'avait aucune place parmi les médecins. Il pouvait entrer dans le clergé, adopter une armure et partir en croisade ou encore devenir marchand ou banquier. Mais médecin n'était pas un rôle pour lui.

Agnolo soupira. Il s'activa. Il planta l'aiguille dans les pustules les plus petites, utilisa la pointe du couteau pour les grandes tumeurs. Un liquide nauséabond s'écoulait. L'enfant s'était évanoui de douleur et de fatigue. Sur chaque plaie, il versait de l'alcool. Il répéta les gestes jusqu'à ce que les pustules ne fussent que plaies et sang. Il laissa tremper les instruments dans l'alcool et quitta la chambre.

*xXx*

Mycroft Holmes offrit le bras à celle qu'il avait pris pour habitude d'appeler sa chère mère.

Cela faisait quarante-ans qu'ils déambulaient ensemble dans l'Europe. Jamais ils ne s'installaient plus d'un mois dans un même lieu. Ils ne devaient éveiller aucun soupçons. Et en cette année de Peste Noire, les rumeurs devenaient meurtrières.

— C'est donc Florence, mon fils, dit la belle femme en levant les yeux sur les magnifiques bâtiments plongés dans l'abandon.

Il regarda la femme pendue à son bras, petite, ronde, les cheveux grisonnants, le regards pétillant. Elle respirait la douceur et la bonté malgré son identité maléfique. Son âge était inconnu. Mère vivait depuis tellement longtemps qu'elle avait oublié jusqu'à son nom de naissance. Lui-même commençait à oublier son existence d'autrefois, même s'ils vivaient grâce à sa richesse accumulée durant sa première vie et détournée en rentes.

— Le fléau n'a pas épargné cette ville, dit-il.

Les mortels s'écroulaient de cette maladie, impuissants. Mais eux, ils restaient immunisés. Rien ne les atteignait dans l'immortalité, à l'exception des armes forgées dans l'argent le plus solide et pur. Ce qui était impossible en ces temps de croisades et de pandémie.

— Couvrons-nous le visage, Mycroft. Nous devons nous mêler à la population, ajouta précipitamment sa mère.

Il ignorait toujours son nom. Mère lui suffisait pour la qualifier. A ce jour, personne n'avait mis cette filiation en cause. Elle lui avait expliqué que dans leur espèce, la filiation s'établissait par cet échange d'immortalité. Alors pour eux, oui, ils étaient mère et fils.

— Nous ne pouvons même pas nous nourrir de ces mortels. Leur sang est putride, observa Mycroft en avançant vers la place principale.

Sa mère acquiesça. Ce n'était certes pas un lieu idéal pour le repos, mais aucune autre ville des environs n'était épargnée. Ils devaient s'en contenter et trouver de quoi se nourrir là où c'était encore possible. Mycroft abhorrait le sang des animaux. Celui des mortels était bien plus goûteux.

Et ils avaient faim.

— Il y a peu de chance de tomber sur un mortel encore vivace. Cette ville est touchée depuis longtemps. Et les entrées ne sont même plus gardées. Qui sait comment elle va terminer.

— Mère. Pensez-vous que c'est donc la faim qui aura Florence en plus de la maladie?

— Nous partirons pour l'Asie après cette étape, mon fils. J'ai des connaissances là-bas qui pourront nous aider. Notre espèce est moins connue dans ces contrées lointaines, projeta sa mère, ignorant sa dernière remarque évidente.

— Etes-vous déjà allée là-bas?

— Il y a très très très longtemps, oui. J'ai parcouru la Route de la Soie et me suis arrêtée aux confins de l'Extrême-orient. Là où les mortels ont des yeux fins, des cheveux noirs comme le plumage d'un corbeau et une peau dorée. Et toi, marchand explorateur, as-tu vu ces contrées?

— Je ne suis qu'un marin. Mon entreprise s'étalait de l'Angleterre, l'Ecosse jusqu'en Scandinavie. Pas plus, répondit-il en toute honnêteté.

Mycroft était curieux de ce que ces contrées inconnues pouvaient leur offrir. En quarante ans, il avait erré dans toute l'Europe et appris ce que des centaines de livres ne pourraient jamais lui inculquer. Sa mère lui avait enseigné l'art de lire dans d'autres langues anciennes que le latin et le grec. Il parlait la langue des saxons, celle des descendants vikings même. Il connaissait l'histoire des peuples d'Europe, celle de son espèce.

Il avait appris à ne plus s'attacher aux choses matériels et aux sentiments purement mortels. Seule sa mère comptait pour lui. Elle lui avait sauvé la vie et donné une chance de se refaire.

Les premiers mois après sa renaissance, il s'état vengé, la rage insurmontable, le désespoir poignant. Sa mère avait patienté, le calmant, lui apprenant à vivre sa nouvelle existence infinie. Puis, un jour de pluie calme, il était parti, laissant à Paul une simple d'adieu fraternelle. Il avait gardé une mèche des cheveux de ses filles, de son épouse, la dague favorite de son fils en souvenir. Et son argent, il l'avait déposé chez des banquiers florentins, puis vénitiens, anglais, français. Depuis, il vivait et voyageait avec sa mère.

— Il y a foule là-bas, lui cria Mère en pointant un rassemblement de malades et d'autres mortels plus ou moins en bonne santé sur la place.

*xXx*

Agnolo Bardi regretta sa décision de révéler ses découvertes aux florentins. La guérison du petit Octavio s'était révélée brillante. Après l'avoir envoyé chez des frères aux alentours de Milan pour lui rendre une santé vigoureuse, il s'était empressé de retourner à Florence, la ville de son enfance.

Il désirait leur expliquer son processus, le remède qu'il venait de découvrir. Il voulait redonner de l'espoir aux gens, la volonté de vivre et de retrouver un calme disparu.

Mais la ville avait perdu ses derniers gardes. Il ne connaissait plus personne, à l'exception des éternels médecins et travailleurs des hôpitaux. Les bâtiments étaient abandonnés, les vivres rares. La famine menaçait de s'effondrer parmi les pauvres indigents. Les cadavres s'accumulaient plus, toujours plus. Les hommes étaient devenus fous. Ils buvaient, baisaient, tuaient, pillaient. La décence et la loi avaient laissé place au chaos.

On le traitait en étranger dans la ville de son clan.

Mais il ne s'était pas dérobé de ses convictions. Agnolo avait serré les poings, s'était dirigé vers le centre de la place et grimpé sur un chariot pour se donner de la hauteur.

Très vite, le peuple s'était regroupé autour de lui, par curiosité. Grand, les cheveux noirs bouclés longueur épaule, seul ses yeux dépassaient d'un monticule de tissus noirs. Ces derniers étaient gris. Comme la pierre des bâtiments autrefois magnifiques de la ville.

— Je m'appelle Agnolo Bardi et je viens ici pour vous annoncer une bonne nouvelle!

Personne n'avait bougé. Pas d'exclamations, pas de rires ou même de protestations.

— J'ai, après de nombreuses expériences, réussi à guérir un enfant du fléau de la peste! continua-t-il.

Rien. Les gens l'ignoraient.

— Il est désormais en vie et sur le chemin de la guérison complète! Ses forces sont retournées, son visage a retrouvé de l'éclat et plus rien ne reste de ses pustules. Alors je viens vous conter mon récit pour vous aider dans la voie de la guérison et...

Il ne put terminer sa phrase. On lui avait jeté une pierre en plein visage.

Il n'abandonna pas. Il y avait toujours des contestataires. La majorité l'écoutait.

— Il ne faut surtout pas respirer les...

Les jets de pierre recommençaient. D'autres contestataires s'étaient joints aux premiers. Ce n'était pas normal... On devait l'écouter et appliquer ses idées.

— Ecoutez-moi amis florentins. Je suis comme vous, j'ai perdu ma...

Des cris se firent entendre en plus des jets. Il avait mal. On ne devait pas l'accueillir ainsi.

— N'avez-vous donc pas envie de guérir? De vivre enfin? De voir vos proches demeurer à vos côtés?

Plus personne ne l'écoutait. Ce qui était impossible. Tout le monde devait l'admirer et l'acclamer pour ses idées révolutionnaires. Il n'était pas en tort. Au contraire, il voulait sauver des vies.

Mais les violences continuaient. On le jeta à terre, dans la saleté et la putréfaction.

— Ecoutez-moi! Mais écoutez-moi! Pourquoi?

Il cria. On le frappait à présent. On lui enleva son masque improvisé. Il avait mal. Il cria encore.

— Non! Mais j'ai fait cela pour vous!

Un prêtre le frappait, imité par le peuple, des médecins. Il ne comprenait pas. On devait le remercier.

On continuait de le lapider. Il n'arrivait plus à respirer. Il ne comprenait toujours pas. L'homme était bon. L'homme devait aider son prochain. On devait rester ensemble pour vaincre la maladie.

— Non... gémit-il.

Il avait recouvert son corps de ses bras, s'était recroquevillé, en vain. La violence s'abattait sur tout son être. Des crachats, des insultes.

— Sorcier!

— Meure!

— Envoyé par le diable.

— Encore un autre charlatan!

On tirait sur ses vêtements. On agrippait ses membres pour l'empêcher de se rouler en boule. Il ne voyait plus rien. Il voulait hurler de douleur.

Aucun son ne sortit de ses entrailles.

— Des envoyés du diable comme toi n'ont rien à faire ici!

— Crève!

— Menteur!

Il gémissait de terreur. Il avait mal. Il n'était même pas malade. Pourquoi.

Parce que les hommes avaient perdu toute raison.

Non.

Mais on continuait de le frapper, de le déshabiller. On tirait sur ses cheveux, son cuir chevelu était à vif. Il avait si mal et si peur. Il voulut vomir.

Parce que les hommes avaient perdu leur bon sens pour la terreur, la noirceur de la maladie s'était éprise de leurs âmes. Ils étaient devenus leur propre fléau.

Il voulait juste les aider. Revoir sa ville comme avant. Il aimait la lumière, déambuler dans les rues, rire avec ses camarades, les amis de ses parents, découvrir le monde et le comprendre.

C'était son esprit, son intelligence qui l'avaient trahi. On le torturait pour cela.

— Poussez-vous, mécréants!

Une voix masculine forte attira ce qui lui restait d'esprit. Cette voix l'englobait dans une noirceur encore plus profonde. Et l'espoir. Il sentait l'espoir en elle. Et du désespoir.

— Laissez-nous passer.

Deux voix. Il avait enfin le droit d'utiliser ses bras. Il se recroquevilla sur lui-même.

— Oh non! Il est en piteux état...

Son coeur battait la chamade. Pourtant, un froid glacial l'enfonçait dans les ténèbres. Il se sentait flotter.

*xXx*

Il ne flottait plus. Il avait chaud. Trop chaud. Et il voyait rouge. Non, il ne voyait pas. Si. Si, il voyait. Il criait. Il s'entendait, de loin.

Il ne comprenait plus rien. Il ne voulait pas rester ainsi. Il avait besoin de son esprit et intelligence comme de sa vie.

Mais tout était si ténébreux et rouge.

Il entendait un peu.

— Il se réveille, Mycroft.

Mycroft. Ce n'était pas un nom normal.

Le froid l'engloutit de nouveau. Le rouge disparut. Le noir revint. Le noir qu'il aimait et redoutait tant.

*xXx*

Il gisait au centre d'un gigantesque lit, propre. Le sien.

Non. Il devait être mort. Pas dans un lit, surtout le sien.

— C'était la plus propre habitation de toute la ville. Et la tienne, si j'ai bien compris.

Elle était âgée, mais encore forte. Son regard était plein de tendresse.

— Tu dois avoir froid, continuait-elle en s'approchant de lui.

Il n'arrivait même plus à bouger.

— On a dû te sauver en vitesse. Sinon ils t'auraient tué. Tu es sain. Et presque sauf.

Il la fixa.

— Oh, mais tu es intelligent!

Il ne comprenait toujours rien. Cela ne lui arrivait jamais.

— Je suis ta mère. Appelle-moi ta mère.

Il délirait. Son esprit ne pouvait pas lui jouer ce tour. C'était tout ce qu'il chérissait...

— Et tu t'appelleras Sherlock. Holmes. Sherlock Holmes.

Non. Non. Il devait retourner là d'où il venait.

— NON! cria-t-il.

Un bruit sourd. Une silhouette masculine. Il sursauta. Il voulut quitter ce lit. Mais on l'avait emprisonné. La poigne était si féroce, vigoureuse.

Ses yeux étaient bleus. Ils fixaient son visage. Il n'avait jamais vu de regard aussi transperçant. Il ne comprenait rien. Rien. C'était impossible.

— Sherlock, du calme s'il te plait, intervint la dame.

— Il délire, Mère... Sherlock Holmes, regarde-moi. Je suis ton frère.

Il s'évanouit.


Cet épisode se passe en 1348, à Florence, lors de la sinistre Peste Noire.

Je vous remercie de suivre cette histoire. Je suis obligée de prendre un peu de temps pour rédiger chaque chapitre en raison des références historiques bien que je ne suis pas historienne. S'il y a des fautes ou anachronismes, cela vient de moi.