Suite et fin de (R)éveil
Trois mois plus tard
Jack Marlow rentrait tranquillement chez lui, après une dure journée de labeur. Depuis plus d'un mois il travaillait d'arrache pied sur une affaire très importante, secondé dans sa tâche par sa remarquable associée Sally O'Brian. Ils devaient aider une vingtaine de familles d'émigrés vietnamiens, menacées d'expulsion par le propriétaire véreux de leur immeuble.
Le jeune homme était lui-même d'origine vietnamienne. Jack avait vécu dans un orphelinat les huit premiers mois de sa vie, avant d'être adopté par un couple d'américains, Sylvia et Matthew Marlow. Il avait ensuite passé le reste de son existence à Seacouver. Étudiant brillant, il avait terminé ses études de Droit avec deux ans d'avance, et à 25 ans il avait ouvert son propre cabinet d'avocats en s'associant avec Sally, la camarade d'Université dont il avait toujours été secrètement amoureux.
Sur la route du retour, Jack regardait émerveillé, à travers les fenêtres de sa voiture, les illuminations qui couvraient les rues de Seacouver. À trois semaines de Noël, il ne lui restait plus beaucoup de temps pour acheter ses cadeaux, se sermona-t-il.
Son attention était portée sur une magnifique vitrine de jouets, quand un homme déboula en plein milieu de la chaussée, juste devant son véhicule. Son pied se crispa sur la pédale de frein, mais il était trop tard, et il entendit le son mat du corps contre la carrosserie. Il sortit immédiatement de l'automobile et se précipita au chevet de l'accidenté, étendu inconscient sur le bitume glacé. Avec soulagement, il découvrit que le blessé était toujours vivant. En attendant l'arrivée des secours, il détailla celui qui s'était jeté sous ses roues : un homme apparemment grand, mince mais musclé, aux cheveux sombres et au nez un peu plus long que la moyenne. Mais ce qui était déroutant, c'était la tenue qu'il portait : un simple pantalon de coton, au mois de décembre. Même pas de chaussures.
En fait il y avait plus étrange, songea Jack. Juste avant de le renverser, il avait croisé un bref instant le regard de cet homme : un regard paniqué, aussi doré et brillant que les ampoules des décorations qu'il contemplait quelques minutes plus tôt.
Duncan MacLeod n'avait vraiment pas l'esprit à préparer les festivités de Noël : depuis trois mois il était sans nouvelles de Cassandra et Methos. Il était persuadé qu'ils avaient été enlevés, car il avait récupéré le sac de la sorcière et l'Ivanhoé du vieil homme dans une mare de sang, juste en bas de chez lui. Malgré des recherches intensives, lui et Joe n'avaient pas encore retrouvé leur trace, et il commençait à désespérer de les revoir un jour.
Il étudiait une fois de plus les rares indices qu'il avait obtenus, quand le téléphone sonna. Il le décrocha aussitôt.
- Joe, du nouveau ?
- Allo, je suis bien chez Duncan MacLeod ? s'enquit une voix féminine.
- Oui, c'est moi. À qui ai-je l'honneur ?
- Je vous appelle de l'Hôpital Général de Seacouver. Nous avons admis un homme, il y a quelques heures, qui dit être de vos amis.
- Quel est son nom ? demanda l'Écossais soudain nerveux.
- Adam Pierson.
ooOOoo
Duncan déboula en trombe dans le hall des urgences de l'hôpital et se dirigea immédiatement vers l'accueil.
- Bonsoir, on m'a appelé pour me dire qu'un de mes amis était là. Adam Pierson.
- Vous êtes Duncan MacLeod ? questionna un homme derrière lui. Je suis Kyle Stern, le médecin en charge de Mr Pierson.
- Comment est-il arrivé ici ?
- Il s'est jeté sous les roues d'une voiture. Rassurez-vous, il n'a rien. Du moins, physiquement.
- Que voulez-vous dire ?
- Je pense qu'il vaudrait mieux que vous vous rendiez compte par vous-même.
Le médecin le guida à travers les couloirs, et il sentit finalement le buzz puissant du vieil Immortel. Le docteur Stern l'invita à entrer dans une petite chambre, où il découvrit Methos, assis en tailleur au milieu de son lit. Il se balançait légèrement d'avant en arrière, les yeux fixés devant lui, et paraissait extrêmement concentré : il n'avait même pas tourné la tête à leur approche. MacLeod, encouragé par le médecin, prit une chaise et s'assit à côté du lit. Devant l'absence de changement dans le comportement de son aîné, il se décida à lui parler.
- Adam ?
- Je… S'il te plaît, quel jour sommes-nous, Duncan ? demanda Methos fébrilement, sans néanmoins détourner le regard.
- Mais, pourquoi…
- Quel jour sommes-nous ?
- Le 7 décembre.
L'Ancien s'arrêta net.
- C'est impossible, murmura-t-il dans un souffle.
- Qu'est-ce qui est impossible ? questionna MacLeod, oubliant la présence du médecin. Où étais-tu passé pendant tout ce temps ?
Methos se tourna finalement vers lui, et lui répondit d'une voix brisée, l'air désespéré :
- Je ne sais pas Duncan. Je ne sais plus.
ooOOoo
Le docteur Stern avait entraîné le Highlander à l'écart, avant de lui expliquer que son ami souffrait d'une amnésie -sans doute due à un important traumatisme- pour tout ce qui concernait les trois derniers mois, et qu'il doutait que l'accident en fût la véritable cause. Ses souvenirs les plus récents dataient du jour de la rencontre avec Cassandra, dont personne n'avait entendu parler. L'état de Methos n'était probablement que temporaire, mais il faudrait faire preuve de patience avant que sa mémoire ne revienne complètement. Le médecin n'accepta qu'à contrecoeur de le laisser sortir sous la garde de MacLeod, et seulement après une évaluation psychologique qui confirma que le patient n'était pas un danger pour lui-même ou pour autrui. Les docteurs préconisèrent cependant du repos et un environnement calme.
L'Écossais, après voir prévenu son guetteur, emmena donc son ami dans une maison en dehors de la ville, trouvant de toute façon trop dangereux de l'installer au dojo, où il avait été enlevé. Il constata par lui-même qu'à part les trois mois où il avait disparu, Methos n'avait rien oublié. Duncan avait bien essayé de lui poser des questions dans l'espoir de stimuler sa mémoire et peut-être retrouver Cassandra, mais il n'avait réussi qu'à l'exaspérer. Le vieil Immortel passait ses journées recroquevillé dans un fauteuil, la tête sur les genoux, cherchant jusqu'à la migraine la moindre sensation, la moindre image de ces trois mois. La nuit, il se réveillait en sursaut, haletant, incapable de se rappeler le rêve ou le cauchemar qui l'avait tiré du sommeil. Au bout d'une semaine sans aucun progrès, il demanda à MacLeod de l'accompagner au dojo, à l'endroit de sa disparition.
- Ce n'est pas une bonne idée, objecta celui-ci. Le médecin a dit…
- Au diable le médecin ! Je vais devenir dingue si ça continue. La méthode douce ne fonctionne pas, alors passons à la vitesse supérieure. Si un choc m'a fait perdre la mémoire, un autre me la rendra peut-être.
- Tu es sûr de ta décision ?
Après un instant de réflexion, Methos répondit :
- Rien ne sera pire que cette incertitude. Avec ou sans toi, j'irai là-bas.
ooOOoo
Une heure plus tard, ils se trouvaient à l'entrée de la salle de sport. Methos arpentait le trottoir sous le regard soucieux de son cadet, attendant un déclic, un éclair de lucidité. Mais rien ne vint.
Déçu, il s'adossa à la porte d'entrée et soupira. Un vent frais se leva et un frisson remonta le long de sa colonne vertébrale. Il ferma les paupières, et brusquement un flot d'images jaillit dans son esprit. Une voiture noire, trois hommes, le corps sans vie de Cassandra, le canon d'un pistolet sur son front. La violence du phénomène le fit vaciller, et il dut s'accrocher à la porte pour ne pas tomber.
- Qu'est-ce qu'il y a ? s'inquiéta Duncan. Tu te souviens de quelque chose ?
- Ils nous ont emmenés, balbutia Methos. Ils nous ont tués et nous ont emmenés.
- Qui, "ils" ?
- Des scientifiques. Ceux qui avaient aidé Friedman. Ils ont suivi sa trace et ça les a menés jusqu'à moi.
- Pourquoi vous ont-ils kidnappés, tous les deux ?
- Je ne sais pas.
- Où vous ont-ils conduits ? Cassandra y est toujours ?
- JE NE SAIS PAS !
L'Écossais recula. Il avait vu un éclat doré dans les yeux de son aîné, mais il avait disparu aussi vite qu'il était apparu. Il le laissa se calmer quelques instants.
- Excuse-moi, Methos. C'est juste que je me fais du souci pour toi et… pour elle.
- Moi aussi, acquiesça le plus vieux des Immortels. C'est assez étrange, d'ailleurs. Je me rappelle que quand je suis parti, après le rituel, j'avais envie de l'étrangler. Maintenant, je ne saurais dire pourquoi, j'ai l'impression que ce que je ressens est… différent. Et ça n'a rien à voir avec l'affection que je lui portais il y a 3000 ans.
Son regard se perdit momentanément dans le vague, cherchant la cause et la nature de cette sensation.
- Nous ne devrions pas rester ici, remarqua Duncan. Ces hommes surveillent peut-être les environs. Rentrons.
Après quelques détours, pour vérifier qu'ils n'étaient pas suivis, ils arrivèrent dans la calme maison de banlieue. Mais cette nuit-là, des cauchemars et des voix revinrent hanter le sommeil du doyen des hommes.
Tous ses membres lui faisaient atrocement mal. Ses blessures avaient beau avoir guéri depuis plusieurs heures, la douleur était encore présente. Methos ne savait pas depuis combien de temps ils étaient prisonniers. Après leur capture, il avait ressuscité dans cette pièce aux murs blancs, exiguë, et toujours éclairée, rendant illusoires les notions de jour et de nuit. Ses ravisseurs lui avaient seulement laissé un pantalon fin en coton. Leur geôle était chauffée en général, mais cela n'avait pas toujours été le cas durant leur détention. À son réveil, Cassandra était là elle aussi, à peine plus habillée, et elle n'avait pas daigné lui adresser la parole.
Et puis les "expériences" avaient commencé. Ces scientifiques avaient beaucoup de questions concernant les Immortels, et ils se donnaient les moyens d'y répondre, quitte à violer allègrement les Droits de l'Homme. Sa dernière "séance" s'était achevée par sa mort, comme de plus en plus souvent récemment. Les savants voulaient connaître les limites de ces individus aux facultés de guérison si étonnantes. L'Ancien comme Cassandra mettaient toute leur volonté à cacher leurs autres capacités, peu ordinaires même pour les gens de leur espèce.
Soudain, la porte s'ouvrit et deux hommes en blouses blanches déposèrent le cadavre de l'Immortelle au sol, avant de repartir. Methos n'essaya pas de s'échapper, il savait que c'était inutile. Ses tentatives précédentes avaient toutes échoué, et les représailles avaient été terribles. Il s'approcha de Cassandra et attendit qu'elle revienne à la vie. Au regard des marques qu'elle portait encore, pour quelques minutes du moins, son agonie avait dû être très pénible. Quand elle ouvrit finalement les yeux, il caressa délicatement ses cheveux, puis son visage, avec un sourire mélancolique. Elle ne repoussa pas sa main. Il songea à quel point leur relation avait changé depuis qu'ils étaient captifs.
ooOOoo
Au début, ils étaient restés chacun de leur côté, évitant soigneusement de se regarder ou de se parler. Il avait fait le premier pas, quand leurs tortionnaires avaient augmenté d'un cran la cruauté de leurs expériences, mais elle l'avait rejeté.
- Si tu crois que je veux de ta pitié ou de ton aide, avait-elle lancé, acerbe. Tout cela n'est rien comparé à ce que tu m'as fait.
Après quoi elle s'était murée dans le silence.
Puis un jour -ou peut-être un soir, comment savoir- après une séance particulièrement éprouvante, elle s'était laissée approcher. Et, par un improbable concours de circonstances -l'épuisement, la douleur, le désespoir ?- leurs lèvres s'étaient rencontrées.
- Ça ne change rien, avait-elle précisé entre deux baisers. Jamais je ne pourrai te pardonner.
Ils avaient fait l'amour, sans prêter attention aux caméras qui les surveillaient sans interruption. Ils avaient besoin de la chaleur de l'autre, de la douceur des caresses, d'oublier rien qu'instant la situation abominable dans laquelle ils se trouvaient.
Par la suite, ils s'étaient soutenus mutuellement. Elle l'avait aidé à maîtriser ses nouveaux dons, à l'insu de tous. Lui la réconfortait, lui donnait l'illusion d'être à l'abri entre ses bras, lorsque le désespoir devenait trop grand. En aucun cas il n'aurait pu imaginer une telle intimité entre eux, après ce qu'ils avaient traversé.
ooOOoo
Elle le regardait à présent avec des yeux remplis de larmes, et elle annonça d'une voix cassée :
- Je n'en peux plus, je n'ai plus la force de lutter.
- Tu ne dois pas dire ça. Nos amis nous cherchent. Ils finiront par nous trouver.
- Même si cela arrivait, je ne pourrais pas vivre avec ces souvenirs… ces horreurs.
Il l'embrassa, pour détourner son esprit de ces pensées lugubres, et elle se laissa faire. Leurs mains se rejoignirent et leurs corps brûlants se serrèrent.
Ce fut ce moment que choisirent leurs bourreaux pour faire irruption dans la pièce. Ils les saisirent tous les deux et tentèrent de les séparer. Les Immortels, éreintés, ne résistèrent pas longtemps. Ils furent traînés, plus qu'emmenés, de laboratoire en laboratoire, avant d'arriver dans une pièce aux murs recouverts de sangles. Durant le trajet, ils avaient été rejoints par un homme affûtant un sabre. Cela ne pouvait signifier qu'une seule chose.
- Methos, réveille-toi ! Methos !
La voix de Duncan le ramena à la réalité. Il était étendu par terre, à côté de son lit, et le Highlander essayait de le maîtriser en lui tenant fermement les poignets. Les images de son rêve tournaient encore dans sa tête, elles n'avaient pas disparu comme les dernières fois, ce qu'il regrettait amèrement à présent. Il ferma les yeux, espérant sombrer dans l'inconscience.
- Non, Methos, regarde-moi ! cria MacLeod en le forçant à les rouvrir. Tu dois faire face à tes souvenirs, les affronter. Si ce n'est pas pour toi, fais-le pour Cassandra. Nous devons découvrir ce qui lui est arrivé.
- Je ne veux pas le savoir ! C'est trop dur, Duncan ! Tu n'as pas la moindre idée de ce que ces malades m'ont fait subir ! De ce qu'ils lui ont fait, à elle !
- Alors raconte-moi.
Le vieil Immortel regarda son cadet, anéanti. S'il disait tout, il admettait que ces choses s'étaient effectivement passées. Tandis que s'il se taisait, il finirait peut-être par se convaincre que ce n'était rien d'autre qu'un affreux cauchemar. Mais l'Écossais le maintenait toujours au sol, sans avoir desserré son étreinte, et il ne semblait pas résolu à accepter la deuxième possibilité.
- Je t'en prie Mac...
- Il le faut Methos.
L'Ancien raconta. Les expériences, la douleur, le désespoir, mais aussi le rapprochement avec Cassandra, leur relation ambiguë. Duncan l'écouta sans l'interrompre, et quand il eut fini, il l'aida à se relever et le serra dans ses bras, où l'homme de 5000 ans s'effondra en sanglots. Après qu'il se fut calmé, le Highlander posa la question qui lui brûlait les lèvres :
- Qu'est-ce qui s'est passé, dans cette pièce ?
- Je ne me souviens pas encore, murmura Methos. J'espère que je ne m'en souviendrai jamais.
ooOOoo
De toute la journée, il ne prononça plus un mot, et resta prostré sur le canapé du salon, le regard vide, refusant de s'alimenter. Son attention n'était concentrée que sur un objectif : ne pas dormir. Il sentait, il savait que s'il s'endormait, il retrouverait complètement la mémoire, et il ne le désirait plus. Duncan, qui ne l'avait pas quitté un seul instant, succomba au sommeil à la tombée de la nuit. Malgré ses efforts, son aîné finit par le rejoindre dans les bras de Morphée. Et il vit ce qui se cachait derrière la porte.
C'était la fin. Les scientifiques avaient décidé de tenter l'expérience finale : une mort définitive suivie d'un quickening. Ils avaient attaché les deux Immortels sur des murs opposés, et les avaient bardés de capteurs. L'homme armé d'une épée entra et se dirigea vers Methos : c'était lui qui avait été condamné à mourir. Il accueillit la mort presque avec joie, ses souffrances allaient enfin cesser. Alors que le savant relevait la lame, Cassandra l'interrompit :
- Arrêtez ! Tuez-moi à sa place !
- Tais-toi ! Qu'est-ce qui te prend ?
- C'est le plus vieux d'entre nous, continua-t-elle, il peut vous apprendre encore énormément. Moi je n'ai plus rien à offrir... Les savants n'hésitèrent pas longtemps. En fait, peu leur importait lequel des deux allait être tué. Si cette femme voulait se sacrifier, pourquoi l'en empêcher ? Le bourreau s'éloigna de Methos et se posta face à Cassandra.
- Ne l'écoutez pas, elle est folle ! Arrêtez, par pitié !
- Methos, dis à Duncan que je l'aime, implora-t-elle avec un dernier regard. Dis-lui aussi que je comprends finalement pourquoi il voulait que je t'épargne.
Puis l'épée s'abattit dans un mouvement ample.
- Noooooooon !
Le hurlement fit sauter Duncan sur son fauteuil. Mais la vision qui s'imposa à ses yeux ébahis acheva de le réveiller complètement. Un cercle de bibelots tournoyait dans les airs à toute vitesse, et accélérait de seconde en seconde. En son centre, le doyen de l'Humanité était tombé à genoux, la tête entre les mains.
- Methos !
Le visage de son ami se releva, et aussitôt les objets s'arrêtèrent de tourner. Ils parurent flotter quelques instants, puis s'écrasèrent au sol avec un bruit assourdissant. MacLeod se précipita vers son aîné en pleurs, et l'attrapa par les épaules.
- Comment tu as fait ça ? Qu'est-ce que tu as vu ? Methos ?
- Tue-moi Duncan ! Je t'en supplie, prends ma tête !
- Un jour, je t'ai demandé la même chose, et tu as refusé. Je ne le ferai pas non plus.
- Elle est morte, Mac ! cria soudain l'Ancien. À cause de moi ! Elle a pris ma place, s'est sacrifiée pour me sauver. Et elle savait, reprit-il avec un rire nerveux, elle savait que je réussirais à m'échapper, grâce à son quickening et à la confusion qui en suivrait.
L'annonce de la mort de Cassandra assomma le Highlander, même s'il l'avait pressentie. Il saisissait mieux ce qui venait de se passer. Si Methos avait reçu la force vitale de l'Immortelle, il avait dû également hérité d'une partie de ses pouvoirs, dont la nature exacte était un mystère, même pour l'Écossais. Mais ils n'avaient pas le temps de s'occuper de cela, il y avait plus urgent.
- Methos, nous devons retrouver ces hommes. Il faut les arrêter, les empêcher de recommencer sur d'autres ce qu'ils vous ont fait. Ils doivent payer pour leurs crimes.
Le vieil Immortel s'immobilisa, ses larmes cessèrent de couler, et son regard se fit dur, froid, impitoyable. Il planta ses yeux dans ceux de Duncan, qui fut surpris de leur éclat, et parla d'une voix glacée, lourde de menaces.
- Je sais où ils se trouvent.
Devant eux se dressait un building imposant, avec quatre façades entièrement vitrées. Qui aurait pu croire que dans le sous-sol de cet immeuble de bureaux, situé en plein centre-ville, se cachaient des laboratoires où se commettaient de telles atrocités, au nom de la science.
Ils avaient décidé d'agir la nuit même. Leur plan était simple : récupérer le plus de renseignements possible sur ces hommes et leurs activités, puis détruire tous les documents touchant de près ou de loin les Immortels, avant de faire exploser les installations. Pour ce qui était de démanteler l'organisation, réduire au silence tous les responsables ou faire disparaître la totalité de leurs travaux, les Guetteurs s'en chargeraient, Joe le leur avait assuré.
Les deux hommes firent le tour du bâtiment et Methos retrouva la porte de secours par laquelle il s'était enfui quelques jours plus tôt, en état de choc. Ils ne s'embarrassèrent pas à crocheter la serrure et la firent sauter à coups de révolver, avant de pénétrer dans la place. MacLeod surveillait son aîné avec inquiétude : son visage était fermé et son attitude ne reflétait qu'une froide détermination. Tout indiquait qu'il ne montrerait aucune pitié pour ceux qui croiseraient son chemin. Duncan réalisa avec un frisson qu'il n'avait qu'un vague aperçu de ce qu'avait été Methos 3000 ans auparavant, lorsqu'il chevauchait parmi les Cavaliers de l'Apocalypse.
Le dispositif de sécurité ne leur posa pas trop de problèmes : les occupants des lieux ne s'attendaient pas à être attaqués. Les quelques gardes de service n'opposèrent que peu de résistance aux deux combattants aguerris et avides de vengeance. Dans toutes les pièces qu'ils traversèrent, ils disposèrent des explosifs à retardement, se laissant une demi-heure pour déguerpir. Ils arrivèrent finalement dans la salle de contrôle et de stockage des informations. Pendant que MacLeod piratait la base de données et installait les dernières bombes, Methos scrutait les moniteurs de vidéosurveillance. Ses yeux étincelèrent quand il reconnut l'homme qui avait achevé Cassandra, en train de travailler dans un laboratoire. Il empoigna son Ivanhoé et se dirigea vers la porte.
- Où vas-tu ? l'arrêta l'Écossais.
- J'ai un compte à régler.
Remarquant la couleur ambrée des yeux de son compagnon, Duncan comprit instantanément qu'il serait inutile, voire dangereux d'essayer de le retenir, et il ne chercha pas à le faire.
- Ne traîne pas, dit-il simplement. Et, Methos ! Fais attention à toi.
- Comme toujours, répondit celui-ci en disparaissant dans les couloirs.
ooOOoo
Le vieil Immortel mit plus de temps que prévu à rejoindre la pièce qu'il avait vue sur l'écran de contrôle. Il s'y engouffra avec fracas, l'épée à la main. Le scientifique le reconnut aussitôt et recula, épouvanté.
- Comment avez-vous fait pour vous introduire ici ? demanda-t-il, le visage blême.
- Par la porte, c'est plus facile.
Soudain, le savant brandit un pistolet, dissimulé sur une table derrière lui. Mais Methos fut le plus rapide et lui trancha la main d'un geste vif et précis. Le mutilé tomba à genoux en geignant, fixant avec horreur sa blessure.
- Ça c'était pour moi, déclara le plus vieux des hommes. Et ça, c'est pour Cassandra !
Il se jeta brusquement sur son ancien tortionnaire, le plaqua au sol et commença à le frapper de toutes ses forces. Le mortel se débattit d'abord, mais ne résista pas longtemps aux coups répétés de son assaillant. Finalement, à bout de souffle et les poings ensanglantés, Methos se remit péniblement debout et observa brièvement l'homme qu'il venait de défigurer. Puis il le saisit par le col, le releva et lui enfonça son épée dans le ventre jusqu'à la garde. Alors que sa victime hoquetait d'incrédulité et de douleur, il plongea son regard dans le sien et fit tourner lentement la lame d'un cran dans la plaie, avant de la retirer d'un coup sec. Le scientifique s'écroula, mort. Methos contempla son corps quelques secondes, à la fois soulagé et étonné par ce qu'il venait de faire. Depuis l'Âge de Bronze, il avait tué des mortels à plusieurs reprises, mais c'était la première fois qu'il faisait preuve d'un comportement aussi sanguinaire envers l'un d'entre eux et qu'il en retirait de la satisfaction. Puis il prit conscience qu'il ne restait plus beaucoup de temps avant que les bombes n'explosent, et il courut aussi vite qu'il put vers la sortie.
ooOOoo
Duncan attendait son aîné à l'intérieur de sa voiture quand le sous-sol et le rez-de-chaussée de l'immeuble volèrent en éclat. L'Écossais sortit de son véhicule, tout à coup anxieux. Et si son ami n'avait pas réussi à sortir à temps ? Déjà, des badauds se rapprochaient du sinistre pour mieux profiter du spectacle. MacLeod détaillait chacun de leurs visages, cherchant celui de l'Ancien. Enfin, le buzz du vieil Immortel résonna et il l'aperçut sortant d'une ruelle enfumée.
ooOOoo
Methos franchissait la porte de secours lorsque l'explosion s'était produite, et le souffle l'avait projeté contre le mur opposé, le laissant un peu sonné. En regagnant la rue, il vit Duncan qui lui fit signe de le rejoindre. Mais il n'en fit rien. Il n'était pas prêt. Il avait laissé ressurgir une partie de lui qu'il croyait avoir enfouie pour toujours, et ne voulait pas que le Highlander en soit témoin. Il devait partir quelques temps, s'éloigner de ses amis et de tout ce qui concernait les évènements récents, pour faire son deuil et retrouver un certain équilibre.
Ignorant les appels de l'Écossais, Methos se fondit dans la foule et disparut dans la nuit.
Le lendemain, Duncan retrouva l'Ancien devant son immeuble, chargeant sa voiture pour ce qui semblait être un long voyage.
- Alors comme ça, tu comptais réellement quitter la ville sans dire au revoir ? demanda-t-il avec un sourire.
- En effet, mais je n'ai pas été assez rapide apparemment.
- Tu pars longtemps ?
- Le temps qu'il faudra, répondit le doyen des hommes en fermant son coffre.
- Quand tu seras prêt à revenir, tu sais où me trouver.
Methos dévisagea son cadet quelques instants, cherchant les mots qui pourraient exprimer tout ce qu'il ressentait. Il n'en trouva qu'un :
- Merci.
Les deux hommes se donnèrent l'accolade, et MacLeod regarda son ami monter dans sa voiture et démarrer.
- Dis au revoir à Joe de ma part, lança le vieil Immortel par la fenêtre. Et qu'il me garde une bière au frais, pour mon retour !
Duncan observa le véhicule s'éloigner sur la route. Il n'était pas vraiment inquiet pour Methos, il savait qu'il surmonterait cette épreuve, comme il en avait surmonté tant d'autres.
Parce que malgré tout, il était celui qui survivait.
FIN
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Suite de la tétralogie dans Ca passe et ça casse
